Skip to main content

Full text of "Histoire abrégée de différens cultes"

See other formats


SPECIAL COLLECTIONS 




THE LIBRARY 

OF 

THE UNIVERSITY 

OF CALIFORNIA 

LOS ANGELES 




I 



HISTOIRE ABREGEE 



DE 



DIFFERENS CULTES. 



DE L'IMPRIMERIE DE A. HENRY, 

HUE GIT-LE-CQEUR , 11* 8. 



HISTOIRE ABREGEE 



DE 



DIFFERENS CULTES. 

TOME SECOND. 



DES 

DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

CHEZ LÈS ANCIENS ET LES MODERNES , 
PAR J.-A. DULAURE; 



SECONDE EDITION, 

REVUE j CORRIGÉE ET AUGMENTÉE. 



PARIS, 

GUILLAUME, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 

RUB HAUTEFEUILLK, N° I^j 

PONTHIEU, PALAIS-ROYAL, GALERIES DE BOIS, N** ^52; 
PEYTIEUX, GALERIE DELORME, N°' II ET l3. 

1825. 



A^^î^sv^x^As^x,vvx>^xx^x>s^x^^x>^x•^JVv'^^s\.'^^x\^sv/^s^x^Jv^^sv>, 



PREFACE. 



Lj'ouvrage que je publie manquait à notre 
littérature. Les mythologues, les scruta- 
teurs de l'antiquité y trouveront quelques 
aperçus , quelques faits nouveaux, des ex- 
plications sur l'origine, jusqu'à présent in- 
connue, de plusieurs divinités, quelques 
découvertes, et sur -tout le rapproche- 
ment d'un grand nombre de traits épars 
dans une immensité de livres peu com- 
muns, de notions inédites, puisées dans 
des manuscrits, ou fournies par des ama- 
teurs, dont l'ensemble offrira une face de 
l'histoire qui n'a point encore été aperçue. 
Je ne me borne point à l'historique du 
culte des dwinités génératrices y à dé- 
brouiller le chaos de son origine , à suivre 
ses ramifications, ses différences, ses rap- 
ports dans chaque pays; j'y joins le tableau 

II. T 



ij PREFACE. 

des opinions^ des mœurs, des inslitu lions 
correspondantes qui dirigeaient les diffé- 
rentes nations où ce culte a été en \7igueur. 
On verra qu'entr'elles et lui il existe une 
harmonie parfaite. Je traite aussi de toutes 
les divinités créées par le même motif, ado- 
rées dans la même intention. J établis leur 
source commune , leur filiation , leurs al- 
térations diverses. 

L'histoire des mœurs, des institutions^ 
des cultes et des usages , lorsqu'elle est dé- 
tachée des évènemens politiques, présente 
Tespèce humaine sous un jour nouveau ^ 
ouvre un vaste champ aux réflexions, 
agrandît la carrière des conjectures, et pré- 
pare des découvertes dans Tocéan du passé. 
Elle ne se rapporte plus à un seul peuple , 
à un seul pays^ elle ne se borne pas à des 
traits particuliers; elle s'étend sur la géné- 
ralité des nations de la terre; elle embrasse 
tous les rapports qui les unissent, qui les 
divisent; elle classe les différentes familles 
primitives qui, en se séparant, ont formé 
les différens peuples; elle indique les sour- 
ires d'où chacun d'eux est découlé, ainsi 



ï»rÉfacé. iij 

que les altérations qu'a fait subir à leur 
caractère antique l'influence des climats^ 
du sol, des événemens et des lois. 

La comparaison des usages, des cultes, 
des idiomes, des costumes même, celle 
des moyens de transmettre le langage ou 
de l'écrire; celle des cérémonies supersti- 
tieuses observées lors des naissances, des 
mariages et des morts; des pratiques pro- 
pres à détourner les accidens fâcheux , les 
calamités, les maladies, à amener l'abon- 
dance et la prospérité , à implorer la divi-* 
nité pour se la rendre favorable; ces cona^ 
paraisons, dis-je, peuvent procurer, sur 
l'origine des différens peuples, des con- 
naissances plus certaines que celles qu'on 
peut retirer de la plupart de nos traditions 
historiques. 

Mais tm obstacle peut arrêter la plume 
<le l'historien des mœurs et des cultes; et 
cet obstacle résulte de la grande diffé- 
rence que la distance des temps et celle 
des lieux ont établie entre les opi- 
nions, les bienséances et la langue des siè- 
cles passés, des pays étrangers, et celles 



IV PREFACE 

du siècle présent, et du pays pour lequel 
on écrit. Est-il permis de dire aujourd'hui, 
et parmi nous, sans craindre de blesser les 
convenances , ce qu'il était permis de dire 
et de faire autrefois , et ce qui se fait encore 
maintenant chez certaines nations éloi- 
gnées de nous ? Faut-il franchir brusque- 
ment cet obstacle en bravant les bienséan- 
ces, ou bien faut-il renoncer à l'histoire 
des mœurs, aux leçons et aux lumières 
qui en résultent? 

11 m'importe de fixer les idées sur ces 
questions indécises. 

Ces deux partis sont extrêmes ; mais il 
est un terme moyen où je dois m'arréter. 
11 faut tout dire, parce que, pour faire 
connaître une matière à fond, il ne faut 
rien cacher; mais il faut tout dire conve- 
nablement à nos mœurs; mais, en disant 
tout, ne point heurter les formes reçues; 
car la délicatesse extrême de notre langue , 
notre hypocrisie, ou si l'on veut nos bien- 
séances, exigent impérieusement que ces 
formes soient respectées. J'y soumettrai 
donc mes expressions; elles seront ici 



PREFACE. V 

comme un voile léger qui, satisfaisant à la 
décence, couvre des nudités choquantes 
sans en dérober les formes. 

C'est à ce terme moyen que je m'arrête. 
Je décrirai des institutions^ des pratiques, 
des divinités, indécentes pour nos mœurs; 
mais je les décrirai décemment. 

L'histoire n'existerait pas , ou ne présen- 
terait qu'un corps desséché, qu'un triste 
squelette, si l'on en bannissait les faits qui 
choquent la raison, la justice , qui blessent 
la décence , qui révoltent l'humanité. Au- 
cune leçon n'en ressortirait, si la corrup- 
tion, les erreurs et les crimes qui ont si 
long-temps souillé l'espèce humaine, y 
étaient passés sous silence. Comment pou- 
voir juger du mérite de telles institutions 
religieuses ou civiles , si l'on laisse ignorer 
l'influence funeste ou heureuse qu'elles 
ont exercée sur la conduite des hommes? 
Comment apprécier la valeur des causes ^ 
si leurs effets restent inconnus.^ 

Pour retracer des crimes, l'historien 
n'est point criminel; pour retracer des in- 
décences , l'historien n'est point indécent. 



V) PREFACii:. 

L'historien, pénétré de ses devoirs, ne con- 
naît d'indécent, dans une histoire, que la 
grossièreté de l'expression et le mensonge 
Il faut avouer qu'à certains égards notre 
raison a fait peu de progrès^ et que nos 
mœurs se ressentent encore de notre bar- 
barie originelle. Les mots bourreaux y as- 
sassins ^ etc. , n^ont pour nous rien d'indé- 
cent. Notre délicatesse n'est point blessée , 
lorsque nous nommons un poignard, une 
epée y un stylet, du poison, etc. Nous 
prononçons sans honte les noms des ins- 
trumens qui donnent la mort, et nous rou- 
gissons de désigner, de prononcer les noms 
de ceux qui donnent la vie (i). 

(i) Montaigne censure, à sa manière, cette disposi- 
tion déraisonnable de nos mœurs ; disposition qui , de- 
puis le siècle où il a vécu, n'a fait qu'empirer : « Chacun 
» fuit à le voir naître , dit-il en parlant de l'homme , 
» chacun court à le voir mourir. Pour le détruire , on 
» cherche un champ spacieux en pleine lumière ; pour 
M le construire , on se musse {cache) dans un creux té- 
» nébreux , et le plus contraint qu'il se peut. C'est le 
» devoir de se cacher pour le faire , et c'est gloire , et 
» naissent plusieurs vertus {honneurs) de le savoir dé- 
« faire. L'un est injure, l'autre est faveur. » {Essais de 
Michel de Montaigne , liv. 3.) 



PRÉFACE Vi] 

Cette inconséquence dans nos mœurs 
ne doit pas empêcher 1 écrivain de s'y sou- 
mettre. Il doit, en peignant les erreurs et 
les vices, les improuver, et faire partager 
à son lecteur l'horreur qu'ils lui inspirent; 
il doit, afin que l'expression ne soit pas ju- 
gée aussi criminelle que Faction exprimée, 
la présenter sous des formes et des cou- 
leurs qui ne blessent point les yeux faibles 
de ceux à qui le tableau en est offert. Si la 
raison condamne notre délicatesse ex- 
trême , la raison veut aussi que cette déH- 
catesse , lorsqu'elle existe , soit respectée. 

Tels sont les principes qui m'ont dirigé 
dans la composition de cet ouvrage; et, 
pour concilier la vérité des faits avec la dé- 
licatesse de notre langue , j'ai eu soin de ne 
jamais les perdre de vue. 

Il est des personnes dont la pudeur est 
semblable à une plaie enflammée qui s'ir- 
rite au moindre attouchement; des per- 
sonnes qui, du temps de Molière, auraient 
été nommées collets montés , précieuses 
ridicules^ qui, sans avoir égard à la décence 
soutenue de mes expressions, s'attachant 



VU] PREFACE. 

uniquement à la matière de cet ouvrage , 
pourront lui appliquer cette maxime d'Iso- 
crates : Ce qui est malhonnête à faire est 
nialhonnête à dire. * 

Cette maxime n'est point applicable icif 
elle est en outre fausse dans le plus grand 
nombre des cas. 

Elle n'est point applicable^ parce que 
les institutions, les cérémonies, les idoles 
dont je parle dans mon ouvrage , étaient et 
sont encore des choses très-honnétes, puis- 
qu'elles étaient et qu'elles sont des choses 
sacrées et religieuses, des objets de la vé^ 
nération de plusieurs peuples, depuis une 
longue suite de siècles. 

Elle est fausse, parce qu'en la suivant 
on ferait plus de mal qu'on n'en empêche- 
rait. Il faudrait brûler toutes les histoires et 
tous les ouvrages de morale qui présentent 
des tableaux de la dépravation des mœurs; 
tous les livres sur la jurisprudence crimi- 
nelle, et une infinité d'autres; parce que 
ces divers ouvrages contiennent souvent le 
récit d'actions fort malhonnêtes. Si le rhé- 
teur athénien eût dit : On ne doit jamais^ 



PREFACE. IX 

sans les improu^^er , rapporter des actions 
malhonnêtes y sa maxime moins tranchante 
eût été plus raisonnable. 

Ce que je vais exposer fera connaître le 
plan de mon ouvrage, et justifiera le motif 
qui me l'a fait entreprendre. 

Tout ce qui peut agrandir le champ des 
connaissances humaines, tout ce qui tend 
à augmenter le faisceau de nos lumières, 
est incontestablement utile ^ et les efforts 
de ceux qui, par de longues méditations et 
de pénibles recherches, se dévouent à de 
telles entreprises, ne peuvent être que 
louables. Leurs résultats, ne fussent-ils 
que des erreurs, doivent encore mériter la 
reconnaissance publique, parce que ce 
n'est qu en s' avançant au milieu du tour- 
billon d'erreurs qui la cachent, qu'on par- 
vient à découvrir la vérité; et des erreurs , 
bien reconnues, sont des pas de plus faits 
vers son sanctuaire. 

Les difficultés nombreuses de la mytho- 
logie sont de nature à piquer la curiosité, 
à exercer l'esprit, à enflammer le courage 
des amateurs de l'antiquité , et de tous ceux 



X PREFACE. 

qui voient avec inquiétude le voile qui 
couvre encore nos origines. J'essaie de le- 
ver un coin de ce voile , d'expliquer quel- 
ques difficultés , et de mettre au jour quel- 
ques vérités inconnues. 

On connaissait Texistence du Phallus^ 
celle de Priape; mais on ignorait leur ori- 
gine. On savait que chez les anciens ils 
étaient les emblèmes de la fécondité, 
parce que leur forme indiquait très- 
clairement ce motif 5 mais on ne savait pas 
à quelle occasion ces emblèmes furent 
établis ; et on n'avait à cet égard d'autres 
notions à donner que celles que fournis- 
sent leurs fables, c'est-à-dre, qu'on était 
réduit à prouver le certain par l'incertain, 
et la vérité par le mensonge. 

On savait que le culte du Phallus exis- 
tait chez différens peuples de la terre 5 mais 
on n'avait pas encore observé les altérations 
qu'il avait subies , ni son union constante 
avec les divinités-soleil de chaque pays; 
union qui contribue à lier ensemble les 
différentes parties du système qui établit 
l'origine de cette divinité. 



l^REFACE. XJ 

On ignorait que, dans le principe, le 
Phallus avait, été absolument isolé. On 
ignorait la cause de sa disproportion avec 
le corps humain, auquel on l'adjoignit en- 
suite ; on ignorait que son adjonction à dif- 
férens corps, tels que troncs d'arbres, 
bornes, figures humaines, avait donné 
naissance à plusieurs divinités : aux Her- 
mès^ à Phallus^ à Priape^ à Pan^ aux 
Faunes^ aux Satyres. On se doutait de 
Taffinité de ces diverses divinités ; mais on 
n'avait pas encore aperçu le lien qui les 
unissait, ni ce qu'ils avaient de commun 
dans leur origine. 

On ne savait pas non plus , ou l'on ne 
savait que vaguement, que le culte de 
Phallus se fût conservé en Europe jusqu'à 
nos jours. 

On n'avait jamais comparé ce culte avec 
celui des autres divinités génératrices , ni 
montré l'identité de leurs motifs ; on ne l'a- 
vait point comparé avec des institutions, 
des mœurs qui y ont un grand rapport; 
comparaison qui démontre une uniformité 
d'intentions chez les anciens, et donne 



Xlj PRÉtÛCE. 

l'explication de plusieurs pratiques, qui y 
présentées isolées^ restaient inexplicables. 

Mon ouvrage a pour objet d éclairer ces 
points ignorés, de dissiper ces doutes, de 
fixer ces incertitudes. 

Je prouve^ d'une manière incontestable, 
l'origine de Phallus. Je suis son culte dans 
ses ramifications, ses progrès, ses altéra- 
tions, ses abus, durant plusieurs siècles, et 
chez diverses nations de la terre où il a été 
établi. Je le trouve presque par-tout où le 
soleil a été adoré , où la religion astrono- 
mique a été en vigueur. 

Ce culte a existé long-temps chez les 
peuples modernes de l'Europe; ils ont con- 
servé au Phallus sa forme, ont cru ^ comme 
les anciens, à sa vertu fécondante, mais ils 
ont déguisé son nom, et lui ont appliqué 
des dénominations appropriées au temps ^ 
et conformes à la religion dominante. J'ai 
recueilli avec soin les différens matériaux 
que l'histoire et les monumens m'ont four- 
nis sur la continuation de ce culte. Cette 
partie de mon ouvrage, qui n'est pas la 
moins intéressante, montre quelle est la 



PRÉFACE. xiij 

force des habitudes religieuses chez les 
peuples, puisqu'elles peuvent se maintenir 
très-long-temps ^ malgré les efforts que 
lui opposent les religions contraires et ex- 
<;lusives. 

Pour rendre plus vraisemblable l'exis- 
tence de ce culte indécent parmi les chré- 
tiens, pour prouver qu'il n'était pas aussi 
étranger à leurs mœurs qu'on le pense, il 
a fallu donner le tableau des mœurs du 
temps où ce culte existait, y joindre celui 
de quelques pratiques, de quelques insti- 
tutions dont l'indécence s'accorde assez 
bien avec celle du Phallus. On en conclura 
facilement qu'un peuple, habitué à de 
telles mœurs, à de telles pratiques, à de 
telles institutions, pouvait bien accueillir, 
loin de les rejeter, le culte et la figure obs- 
cènes du dieu des jardins. 

D'après cet exposé, on pourrait croire 
qu'il m'a fallu entrer dans des détails qui, 
par leur nature , peuvent alarmer des es- 
prits timides et ombrageux. Qu'ils se ras- 
surent cependant : ils ne trouveront dans 
cet ouvrage aucun tableau capable d'é- 



Xiv PKÉFACE. 

mouvoir les sens; son ton scientifique re- 
poussera d ailleurs les lecteurs qui, par 
leur âge, pourraient y puiser des instruc- 
tions prématurées. Je serai décent, je le 
répète , et je le serai plus que la plupart des 
autorités respectables dont je me suis ap- 
puyé; je le serai plus que le sont certains 
livres de la Bible, plus que certains pères 
de leglise , que je n'ai cités qu'en employant 
des circonlocutions. Je serai plus décent 
que ne l'était Arnohe, un des premiers 
défenseurs du christianisme , que ne Té- 
taient saint Clément cV Alexandrie y et 
plusieurs autres écrivains ecclésiastiques; 
plus décent que plusieurs prélats rédac- 
teurs de certains Canons pénitentiaux, 
dont les expressions sont d'une naïveté, 
d'une liberté étonnantes, et que, par respect 
pour nos mœurs, je me suis bien gardé 
de traduire, mais que, pour les progrès de 
l'instruction que je respecte aussi beaucoup, 
j'ai conservées dans leur texte original. 

Mes expressions seront conformes aux 
convenances actuelles; mais dois-je sacri- 
fier à la pusillanimité de certains lecteurs 



PREFACE. XV 

des couleurs que réclamait la vérité du 
tableau? 

Tout ce que peut trouver à reprendre 
dans mon ouvrage la pudeur la plus sus- 
ceptible de s'effaroucher^ ne m'appartient 
point, mais appartient le plus souvent à 
des écrivains ecclésiastiques, recomman- 
dables par leur piété et leur doctrine. Et 
si, sous ce rapport, mon ouvrage a quel- 
que blâme à encourir, ce n'est pas sur 
moi, c'est sur eux qu'il doit tomber (i). 

Au reste, mon intention, que j'ai déve- 
loppée, est mon excuse. 

Je sens que, sur ce point, j'en ai déjà 

( i) On verra que je suis bien éloigné du sentiment d'un 
moine du neuvième siècle , qui a écrit difFérens traités 
théologiques , et qui , pour s'affranchir des entraves de 
la bienséance , prétend qu'il n'y a rien de honteux dans 
la nature. « Ce qui est utile est honnête, dit-il, et ce 
»» qui est honnête n'est point indécent ; tout ce qui a été 
» créé n'a rien d'indécent. » Et il ajoute : Igitur et mu- 
« lieris vulva non turpis , sed honesta s iquidem paries 
» omnes créatures honestœ. » {Ratramni vcioudiQhi Coi - 
biensis , liber de eo quod Chris tus ex Virgine natus est, 
cap. 3. Spicilegium d^Achery^ tom. i, p. 53.) 



Xvî PREFACE 



trop dit pour les lecteurs raisonnables, et 
que ce serait vainement que j'en dirais 
davantage pour ceux qui ne le sont pas. 



DES DIVINITES 



GENERATRICES 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 



Asv^^^.^^s\l^^sv^s^^l^^^.^^s^l^^s\«^^sv^^svv^^,^!vvv\sv^^JV^s\sv^svvx^^, 



CHAPITRE PREHIER. 



Origine du Phallus et du culte du Taureau et du Bouc 
zodiacal. 



Les anciens, pour représenter, par un objet 
physique , la force régénératrice du soleil au 
printemps, et l'action de cette force sur tous 
les êtres de la nature, adoptèrent le simulacre 
de la masculinité, que les Grecs nommaient 
Phallus, 

Ce simulacre, quoiqu'il paraisse indécent à 
la plupart des modernes, ne l'était point dans 
l'antiquité; sa vue ne réveillait aucune idée 
obscène : on le vénérait, au contraire, comme 
un des objets les plus sacrés du culte. Il faut 
l'avouer, malgré nos préventions, il serait dif- 
lï. 2 



l8 DES DIVINITES GENERATRICES 

ficile d'imaginer un signe qui fût plus simple^ 
plus énergique , et qui exprimât mieux la chose 
signifiée. Cette convenance parfaite assura son 
succès, et lui obtint un assentiment presque 
général. 

Le culte du simulacre de la masculinité se 
répandit sur une grande partie du globe. Il 
a fleuri long-temps en Egypte, en Syrie, en 
Perse, dans l'Asie Mineure, en Grèce, en Ita- 
lie, etc. Il était et il est encore en vigueur dans 
l'Inde et dans quelques parties de l'Afrique. Il 
s'est même propagé jusqu'en Amérique. Lors- 
que les espagnols firent la découverte de cette 
partie du monde, ils trouvèrent ce culte établi 
chez les Mexicains. Ce qui surprendra davan- 
tage: il s'est conservé presque jusqu'à nos jours 
chez les chrétiens de l'Europe. Au seizième 
siècle il existait en France : on en retrouve en- 
core aujourd'hui des traces dans quelques par- 
ties de l'Italie. 

Un culte qui nous paraît si étrange, un 
culte si universellement répandu, malgré l'in- 
décence actuelle de son objet, mérite bien 
qu'on s'en occupe , qu'on recherche son ori- 
gine, ses causes, son état chez difFérens peu- 
ples, les variations qu'il y a éprouvées, son 
influence sur les mœurs, ses abus. L'histoire 
de l'homme se compose en grande partie de 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. ig 

ses erreurs , de sa folie ^ de ses crimes ; et c'est 
même du tableau exact qu'elle en offre, que 
ressortent ses plus efficaces leçons. Si les écri- 
vains anciens et modernes ont peint sans rou- 
gir la fureur des passions qui divisent, déso- 
lent, anéantissent les sociétés, pourquoi la rai- 
son s'opposerait-elle à ce qu'on parlât d'une 
institution qui, ayant un objet tout contraire, 
devait produire des résultats moins funestes, 
dont la connaissance peut fournir de nouvelles 
lumières à l'histoire de l'esprit humain, et dont 
l'exposition fidèle, mais présentée avec les mé- 
nagemens qu'exige la délicatesse de notre lan- 
gue pudibonde, doit faire ressortir aussi sa le- 
çon morale? On peut donc, sans rougir, re- 
chercher l'origini^, faire l'histoire et blâmer les 
abus d'un culte dont l'objet primitif tendait , 
non à rompre , mais à fortifier le lien des so- 
ciétés, à les conserver, à les accroître. 

Des écrivains anciens et modernes ont parlé 
du Phallus, sans rien dire de l'origine de son 
culte. Quelques-uns de ces derniers, plus zélés 
moralistes qu'habiles dans l'art de scruter l'an- 
tiquité, en s' (épargnant beaucoup de recher- 
ches et de méditations, ont tout simplement 
attribué cette origine à la corruption et au li- 
bertinage de certains peuples. 

Quand même je n'aurais pas réuni des preu- 



20 DES DIVINITES GENERATRICES 

ves contraires à cette opinion, la raison me la 
ferait rejeter. Jamais les institutions religieuses 
n'ont eu , dans leur commencement, la dépra- 
vation des mœurs pour motif. Il faut donc 
chercher ailleurs cette origine. 

Je crois l'avoir trouvée dans le culte des as- 
tres, ou la religion astronomique: en ce cas, on 
peut dire que le Phallus est d'origine céleste. 

Pour établir cette origine, je dois remonter 
aux époques où la religion astronomique com- 
mença à faire de grands progrès. 

Il y a environ quatre mille cinq cents ans 
que le soleil, par l'effet d'un troisième mouve- 
ment de la terre, d'où résulte la précession des 
équinoxes, aborda, à l'équinoxe du printemps, 
dans le signe du zodiaque appelé le Taureau, 

Le signe de la constellatation céleste qui 
portait ce nom, représenté sur les zodiaques 
artificiels, fut considéré comme le symbole du 
soleil printanier, du soleil régénérateur de la 
nature. 

La naissance du printemps est Fépoque la 
plus désirée, la plus attrayante de toutes les 
époques de l'année; nulle autre ne procure des 
émotions plus vives et plus douces : triomphant 
des frimas et des longues nuits, le soleil, plus 
élevé sur l'horizon, prolonge la durée des 
jours, répand sur la terre sa chaleur fécon- 



1 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 21 
faille, en pénètre les végétaux et les animaux; 
ressuscite la nature, et sème par-tout la vie, la 
verdure, l'espérance, les fleurs et les amours. 

Cette époque si précieuse, et les bienfaits 
nombreux du soleil printanier, furent vivement 
sentis par tous les peuples adorateurs de cet 
astre. Aussi la célèbrèrent-ils par desfêtes joyeu- 
ses, renouvelées à chaque retour du printemps. 
Les prêtres de ce culte instituèrent cette solen- 
nité, et la revêtirent du prestige imposant de 
la religion; et, malgré la différence des climats, 
des peuples , malgré les altérations nombreu- 
ses qu'a éprouvées le culte antique des astres, 
malgré les ravages des siècles, les fêtes prin- 
tanières se sont maintenues jusqu'à nos jours. 
La reconnaissance populaire, et les homma- 
ges rendus au dieu du jour, au soleil ramenant 
le printemps, se dirigèrent naturellement vers 
un objet plus à la portée des sens, vers le signe 
du zodiaque qui en était le symbole, vers le 
signe du Taureau y qui, participant en quelque 
sorte à l'action du soleil régénérateur, fut, à 
cet égard, identifié à cet astre : on lui en attri- 
bua les vertus, la puissance, les bienfaits; on 
lui en décerna les honneurs. Ce signe balança 
l'objet signifié, devint un dieu; et les représen- 
tations du taureau céleste furent adorées. 
L'enthousiasme religieux pour ce signe de 



22 DES DIVINITES GENERATRICES 

Téquinoxe du printemps, se porta plus loin en^ 
core ; on adora non-seulement les représenta- 
tions du taureau zodiacal, mais un taureau vi- 
vant obtint ensuite les honneurs divins. Telle 
est la marche de l'esprit humain; une fois 
engagé dans la carrière de l'erreur et des su- 
perstitions, il s'y avance et ne rétrograde ja- 
mais : une erreur admise appelle alors d'autres 
erreurs à son secours. 

C'est ainsi que le taureau, signe tracé, peint 
ou sculpté sur les zodiaques artificiels, fut 
identifié au soleil du printemps, devint taureau- 
soleil , et puis, représenté par un taureau vi- 
vant, fut adoré comme un dieu. Je dirai sous 
quels noms; je parlerai de l'espèce de culte 
qu'on lui rendait, et je rapporterai les témoi- 
gnages des écrivains de l'antiquité, qui consta- 
tent que du signe zodiacal du taureau sont dé- 
rivés les taureaux, vaches ou bœufs adorés par 
les partisans du culte des astres, et notamment 
par les Égyptiens (i). 



(i) Les taureaux, les bœufs ;, les vaches, jouent un 
grand rôle dans la mythologie, comme emblèmes du 
soleil réparateur et régénérateur. Plusieurs taureaux 
étaient adorés en Egypte sous des noms différens. Le 
taureau Apis , le plus célèbre de tous , l'était à Mem- 
phis; le taureau Mnevis , à Héliopolis; le taureau 



» 



CHEZ LES AINCIENS ET LES MODERJNES. :î5 

Dans la méiîje division du zodiaque où se 
trouve le taureau , est , tout près de ce dernier, 

Onuphis ou Bacis Tétait , suivant Macrobe , à Hermun- 
tis, ville de la haute Egypte. Chez les Grecs , on trouve 
le taureau de Cadmus , dont Jupiter prit la forme pour 
enlever Europe ; le taureau de Marathon , dompté par 
Hercule, et dont Pasiphaé devint amoureuse, etc. Les 
Hébreux empruntèrent des Egyptiens le veau d'or, dé- 
truit par Moïse , ainsi que le veau de Samarie , contre 
lequel déclame le prophète Osée (chap. 8 et i3). Les 
Romains eurent leur taureau expiateur, réparateur, 
qu'ils égorgeaient dans les sacrifices appelés tauroboles, 
et dont le sang effaçait les péchés de ceux sur lesquels il 
était répandu. Les monumens symboliques du dieu-soleil 
Mithra offrent un taureau dont le sang est versé pom^ le 
même objet. 

Les Cimbres , les Theutons avaient leur bœuf sacré , 
sur lequel ils prononçaient leur serment ; les Scandinaves 
adoraient le thor ou taureau , dont l'idole existait à 
Upsal dans le temple du Soleil. Le taureau est adoré au 
Japon, à Méaco. Les rabins parlent d'un bœuf gigan- 
tesque appelé Béhémoth , réservé pour le festin du 
Messie, etc. , etc. 

Les vaches furent presque autant honorées que les tau- 
reaux. Jo fut changée en vache par Jupiter, qui en de- 
vint amoureux. Iphianasse fut également m^étamor- 
phosée en vache par l'efFet de la jalousie de ses sœurs. 
Les Hébreux sacrifiaient et faisaient brûler la vache 
rousse, dont les cendres , mêlées avec de l'eau, servaient 
aux expiations. Chez les Indiens, les cendres de la bouze 



:24 DÈS DIVINITES GENERATRICES 

une autre constellation appelée le Cocher ce- 
leste ou le Chevrier. Elle est aujourd'hui repré- 
sentée par un homme à pieds de bouc, portant 
la chèvre et les chevreaux. Ce signe n'était, 
dans son origine, qu'une figure de bouc. 

Les mêmes causes, qui élevèrent le signe du 

Taureau au rang des dieux , procurèrent un 

pareil honneur au signe du Bouc. Ces deux 

signes indiquaient également le retour du 

printemps : ils eurent le même sort, portèrent 

le même nom; mais ils furent adorés dans des 

villes différentes. Ainsi le soleil printanier eut 

pour emblème deux animaux vivans. Le bouc 

sacré était adoré sous le nom de Pan à Mendes, 

ville qui , ainsi que le Nome mendésien , doit 

son nom à cette divinité animale; car mendès 

signifie bouc. i< Le bouc ou le dieu Pan, dit 

» Hérodote, s'appelle Mendès en égyptien (i ), » 

Il en est de même de la ville de Thmuis ou 

Chemmîs, où le culte du bouc fut en vigueur. 

Saint Jérôme nous apprend que ce mot signifie 

bouc. L'Arcadie et même l'Italie mirent ce 

bouc au rang des grands dieux, et le nommè- 

de vache sont également employées aux expiations. Ce* 
peuples ont pour précepte d'aimer les vaches et les bra^ 
mines. 

(i) Hérodote, Euierpe, liv. 2, p. 4i- 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. iS^ 

rent Pan, Le taureau et le bouc sacrés por- 
taient souvent le même nom : cette conformité 
nouvelle est attestée par Plutarque, qui dit 
formellement que les Egyptiens donnaient au 
bouc de Mendès le nom d'épis (i). 

Il est certain que ces deux animaux vivans ^ 
le bouc dieu et le taureau dieu, avaient une 
même extraction , et descendaient de la même 
division zodiacale , où leurs signes étaient 
réunis. 

Jamblique dit que le système des anciens 
était de représenter le soleil sous les formes 
des animaux qui occupent les signes du zodia- 
que (2). 

Lucien, dans son Traité sur Tastrologie, 
s'explique avec plus de précision : il dit, en 
parlant du taureau u^pis, objet delà vénération 
des Egyptiens, que, s'ils adorent cet animal, 
c'est pour honorer le taureau céleste ou le tau- 
reau du zodiaque; et il ajoute que le culte 
d'Ammon, dieu à tête de bélier, doit son ori- 
gine au bélier céleste et à la connaissance de ce 
signe du zodiaque (5). 

(i) Plutarque , Traité d'Isis et d'Osiris, vers la fin. 

(2) Jamblique, de Mjsteriis, cap. i-j, sect. i. 

(3) Lucien, Astrologie, tom. 4, pag. 65 de la dernière 
traduction de ses œuvres. 



20 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

Ainsi les animaux adorés en Egypte étaient 
les emblèmes vivans des animaux figurés dans 
le zodiaque. 

C'est de ces deux animaux adorés qui ont 
tant de rapports ensemble, de ces deux divi- 
nités de la même fabrique; c'est du taureau 
sacré appelé y^pis^ et du bouc sacré appelé 
également ^pis, qu'est dérivé le culte du 
Phallus , qu'on a aussi appelé Priape. C'est le 
simulacre de leurs parties génitales, et non de 
celles de l'homme, comme on l'a cru généra- 
lement, qui est devenu un objet de culte. 

Je trouve d'abord de grands rapports entre 
le nova Apis y donné à ces deux animaux sacrés, 
et le nom de Priape ou Priapis, qu'a port le 
Phallus isolé ou adhérent à un kermès. 

Apis y suivant les plus habiles étymologistes, 
signifie haut^ élevé y puissant ^ ou ce mot est le 
même c^nab , abis y dont on a fait ap, apis , qui, 
dans les langues orientales, exprime père, chef, 
maître. Dans l'un et l'autre cas. Apis serait une 
qualification honorable donnée au soleil. 

Quant à la syllabe pri ou pré, elle signifie , 
dans les mêmes langues, principe , production , 
source première; ainsi le mot Priape, Priapis, 
pourrait être traduit par principe de production 
ou de fécondation dApis. 

Cette étymologie, que me fournil le savant 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 27 

Court de Gebelin, quoiqu'elle soit très-vrai- 
semblable et conforme au génie des langues 
orientales, serait une faible preuve, si elle 
n'était fortifiée par plusieurs autres plus déci- 
sives. 

Il est prouvé , par un grand nombre de mo- 
numens antiques, que c'était un usage adopté 
de rendre un culte aux parties séparées d'un 
animal sacré, d'en former de^limulacres, de 
les adorer isolément, ou de les appliquer à des 
troncs d'arbres, à des colonnes ou pierres de 
bornes, appelés chez les Grecs kermès y ou bien, 
lorsque les figures humaines furent introduites 
dans la religion, de leur adjoindre différentes 
parties de ces animaux sacrés. 

C'est ainsi que le Jupiter Ammon eut les 
cornes du bélier, que Pan eut les jambes et 
les pieds du bouc, et quelquefois ses oreilles 
et ses cornes; c'est ainsi que Bacchus, dieu- 
soleil, fut souvent représenté avec la tête du 
taureau céleste, ou seulement avec ses cornes, 
et quelquefois avec ses pieds. C'est pourquoi 
ce dieu était souvent nommé, par les Grecs et 
par les Romains , Bac chus Tauricorne ou 
Tauriforme. Ces figures étaient monstrueuses; 
mais cette monstruosité avait un motif mysté- 
rieux; et, sans elle, l'idole n'aurait signifié qu'un 
homme. 



28 DES DIVINITES GËNERATRICES 

Les anciens étaient persuadés que ces par- 
ties, ajoutées à un tronc d'arbre, à une pierre 
limitante, à un hermès^ à une figure humaine, 
non-seulement donnaient un caractère divin 
à ces différens objets, mais encore leur com- 
muniquaient une vertu sublime, une influence 
semblable à celle que l'on attribuait à l'animal 
sacré dont elles étaient un extrait, et à la 
constellation ^1 à l'astre dont elles étaient l'em- 
blème. 

Les cornes furent prises pour le symbole de 
la force active du soleil; aussi les dieux-soleil, 
tels que Bac chus , Harpocrates et Achéloûs , 
son fils, étaient-ils représentés avec le front dé- 
coré des cornes du taureau; ou bien on se 
bornait à mettre dans la main de ce dernier, 
une corne de cet animal qui indiquait son ex- 
traction du taureau céleste; corne dont les 
poètes et les sculpteurs, se conformant à l'idée 
de fécondité et de force attachée à cet attribut 
du soleil régénérateur , firent la corne d abon- 
dance ou cornucopie. Par suite de ce principe , 
et pour donner un caractère de force et de do- 
mination aux objets qu'ils représentaient^ ils 
placèrent des cornes sur le front de plusieurs 
divinités, sur celui des fleuves, des demi- 
dieux, et même des héros de l'antiquité. 

D'après ces exemples, il ne doit pas sembler 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. :2Q 

étrange de voir les parties sexuelles du taureau 
et du bouc sacrés obtenir les mêmes honneurs 
que leurs pieds, leur tête ou leurs cornes, 
puisque ces parties exprimaient d'une manière 
particulière et très-énergique, à l'esprit et aux 
yeux, la force régénératrice, la source de fé- 
condité attribuée au soleil du printemps, et à 
ces animaux qui en étaient les emblèmes. 

Un autre fait ajoute un nouveau degré de 
vraisemblance à mon opinion; c'est l'impor- 
tance qu'attachaient les prêtres égyptiens à la 
partie génitale du taureau Apis (i). 

Lorsque cet animal-dieu était mort, les prê- 
tres lui choisissaient, avec beaucoup de soins 
et de cérémonies, un digne successeur. Parmi 
les caractères qui devaient, aux yeux du peu- 
ple, signaler sa divinité, le volume de la partie 
sexuelle du nouvel élu était très-recommandé. 
Porphyre dit que le taureau choisi pour rem- 
plir le rôle de dieu à Héliopolis avait les par- 
ties de la génération d'un volume extraordi- 
naire, afin de mieux désigner la force généra- 

(i) On dit vulgairement le bœuf Apis ; mais, autorisé 
par l'histoire, et sur-tout par l'opinion du savant de 
Caylus, je dirai le taureau Apis. « Je suis résolu, dit ce 
» célèbre antiquaire, de ne point donner de fausses 
» idées, et de dire toujouis le taureau, {Recueil d'An- 
tiquités, tom. 3, p. 28.) 



5o DES DIVINITES GENERATRICES 

tive que le soleil exerce sur la nature par sa 
chaleur, dont le propre est de développer la 
faculté fécondante. Ammien Marcellin dit aussi 
que ie taureau adoré à Memphis avait des si- 
gnes évidens de sa faculté générative (i). 

Le Phallus, dans son origine, était isolé, et 
n'adhérait point à un corps humain. Cette 
adhésion n'eut lieu que long-temps après, lors- 
que le culte des figures humaines eut fait des 
progrès. Il paraît même qu'à l'époque oii les 
Grecs reçurent des Egyptiens le Phallus, il 
n'adhérait à aucun corps, et que les Grecs, 
même du temps d'Hérodote, n'avaient point 
encore adopté cette réunion. Cet historien, en 
décrivant les cérémonies de ce culte, qu'on 
célébrait en Egypte, semble s'étonner de ce 
qu'on avait réuni au Phallus une petite figure 
humaine. « Ils ont inventé, dit-il, des figures 
» humaines d'une coudée de haut, auxquelles 
» est adjoint la partie génitale, presque aussi 
» grande que le reste du corps (2). )) 

Je tire de ce fait une nouvelle preuve de 
mon opinion. Si le Phallus eût appartenu au 

(i) Eusèbe, Préparât, evangel., lib. 3, cap. i3,Ainm. 
Marcell., lib. 22 , p. 245, et Dupuis , Origine de tous les 
Cultes, tom. 2, p. 1 14- 

(2) Hérodote , Euterpe, liv. 2, p. 42. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 3l 

corps humain , il y aurait adhéré dès l'origine 
de cette institution, et l'on voit qu'il y eut un 
temps en Egypte oii il était absolument isolé , 
et que les Grecs, qui tenaient ce culte des Égyp- 
tiens, avaient maintenu son isolement. 

Le récit d'Hérodote prouve que le Phallus, 
réuni à une figure humaine, était d'une gran- 
deur disproportionnée à cette figure. Il connaît 
la cause mystérieuse de cette disproportion; 
mais, par un motif de religion, il ne veut pas 
la publier. Après avoir dit que cette figure hu- 
maine, d'une coudée de haut, était munie d'un 
Phallus presqu'aussi grand que le reste du 
corps, et que des femmes en procession por- 
taient plusieurs de ces figures dans les bourgs 
et villages, en faisant mouvoir le Phallus par 
le moyen d'une corde ^ il ajoute : u Mais pour- 
» quoi ces figures ont-elles le membre génital 
» d'une grandeur si peu proportionnée? et 
» pourquoi ces femmes ne remuent-elles que 
» cette partie? On en donne une raison sainte; 
» mais je ne dois pas la rapporter (i). » 

Celte réserve d'Hérodote annonce qu'il était 
initié aux mystères du Phallus; qu'il en con- 
naissait l'origine, mais qu'il ne pouvait la di- 
vulguer. Il paraît que la figure humaine à la- 

(i) Hérodote, Uv. 2. 



52 DES DIVINITES GENERATRICES 

quelle on adjoignait le Phallus , était un acces-^ 
soire fort indifférent, que les prêtres avaient 
imaginé pour donner le change et cacher aux 
yeux du vulgaire la véritable origine de ce culte. 

La grandeur disproportionnée du Phallus 
annonce assez qu'il n'appartenait pas à la figure 
humaine à laquelle il adhérait. D'ailleurs cette 
disproportion était un mystère ; et si le Phallus 
eût appartenu à la figure humaine , la chose 
eût été simple; Hérodote n'aurait pu y trouver 
rien de mystérieux. 

Cette disproportion, dont la cause était ca- 
chée, la convenance de la longueur de ce 
Phallus avec la partie sexuelle du taureau , sont 
de nouveaux traits de lumière qui, réunis aux 
lumières déjà produites, éclairent l'origine té- 
nébreuse du Phallus, et concourent à prouver 
que cet objet du culte était le simulacre de la 
partie génitale du taureau ou du bouc Apis, 

Mais des preuves plus positives vont éloigner 
les moindres doutes qui pourraient s'élever 
contre cette vérité. 

J'ai parlé de l'affinité qui se t^uve entre la 
divinité taureau , et la divinité bouc ; j'ai dit 
que l'une et l'autre ont la même origine^ ont 
porté le même nom, et doivent leur extraction 
à la même division zodiacale qui marquait l'é- 
quinoxe du printemps; que tous les deux sont 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 55 

les emblèmes adorés du soleil régénérateur et 
fécondant la nature. De l'identité des motifs de 
leur culte il doit résulter des conséquences 
communes. Je pourrais donc conclure que l'o- 
rigine bien constatée du Phallus-bouc doit 
établir suffisamment celle du Phallus-taureau, 
L'origine du premier est attestée par un histo- 
rien grave et profondément instruit en mytho- 
logie, qui déclare, d'une manière précise, que 
le simulacre de la partie génitale du bouc a été 
adoré comme l'emblème de la nature qui donne 
naissance à tous les êtres. Voici le passage : 
u Le bouc, dit-il, à cause de son membre gé- 
)) nital, mérita, chez les Égyptiens, d'être 
» placé au rang des dieux, par la même raison 
» que les Grecs rendent à Priape les honneurs 
» divins. Cet animal étant fort enclin aux actes 
y) de Vénus, on jugea que le membre de son 
» corps y qui est Vinstrumejit de la génération y 
» méritait d'être adoré ^ parce que c'est par lui 
» que la nature donne naissance à tous les 
» êtres (i). » 

Le même auteur ajoute immédiatement : 
(( Enfin ce n'est pas seulement les Egyptiens, 
» mais un grand nombre d'autres peuples, qui 
» rendent un culte au signe du sexe masculin, 

(i) Diodore de Sicile , lib. i, sect. 88. 

II. 5 



54 I>U CULTE DU PHALLUS 

)) et l'emploient comme un objet ssicré dans 
:» les cérémonies des mystères, parce que c'est 
)j de lui que provient la génération des ani- 
)) maux. » 

Ce membre adoré , cet instrument de la gé- 
nération du bouc, ce signe du sexe masculin 
qui figurait dans les cérémonies des mystères 
d'un grand nombre de peuples, ne pouvait 
pas être la partie vivante du bouc sacré, mais 
son simulacre ou son image; et ces simulacres 
ou images étaient des Pballus : donc il y eut 
des Phallus qui furent les images de la partie 
génitale du bouc sacré, adoré à Mendès et à 
Chemnis. 

Il est donc reconnu que ce ne sont point des 
hommes, mais deux animaux adorés, qui ont 
fourni le modèle du Phallus et le type de son 
culte. 

Cette vérité, jusqu'ici inconnue, acquerra, 
dans la suite de cet ouvrage, de nouveaux de- 
grés d'évidence. 

On attribua à ce simulacre isolé la même 
vertu qu'on attribuait au soleil printanier; on 
attribua au signe la même influence sur toute 
la nature qu'avait l'objet signifié. On crut, et 
cette opinion est émise par le philosophe Jam- 
blique, que, par-tout où les Phallus se trouvaient 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 55 

placés, ilsaraenaientrabondaiiceetla fécondité, 
et détournaient les accidens qui leur sont con- 
traires. Cet emblème sacréreçut difFérens noms, 
suivant le langage des peuples chez lesquels il 
fut adoré, suivant l'usage auquel on le destinait, 
et suivant l'objet auquel il fut appliqué et réuni. 
Appelé Phallus , Priape ou Priapis chez les 
Égyptiens, les Phéniciens, les Grecs, il porta 
aussi le nom de Tutunus , de Mutinus, de 
Fascinum chez les Romains ; il est nommé 
Lingarn chez les Indiens. Mais, quelles que 
soient sa dénomination et la différence de son 
culte chez diverses nations, toujours les motifs 
de ce culte se rapportent à l'action fécondante 
du soleil du printemps. Le plus souvent, il se 
trouve réuni, et même quelquefois confondu 
avec le culte de cet astre. 

Suidas atteste que , chez les Égyptiens , 
Priape était nommé Horus, dieu -soleil du 
printemps; qu'il était représenté sous une 
forme humaine, tenant un sceptre de la main 
droite, et, de la gauche, son Phallus dans un 
état d'énergie : i( Parce que, dit-il, c'est lui qui 
)) développe, qui fait germer les semences ca- 
)) chées dans la terre. Les ailes qu'ils portent 
» annoncent la célérité de son mouvement; le 
» disque qu'il tient représente la rotondité de 



56 DES DIVINITÉS GENERATRICES. 

» l'univers. On croit qu'il est le même que le 
)) soleil (i). )) 

Les Gnosliques représentaient leur dieu- 
soleil Jao dans la même attitude, avec les mê- 
mes attributs; ils y joignaient un serpent qui 
se* mord la queue : emblème de son éter- 
nité (2). 

Dans les monumens de Thèbes, décrits par 
la commission d'Egypte, on voit un Osiris 
d'une taille gigantesque, tenant de la main 
droite son Phallus, dont l'éjaculation produit 
les animaux et les hommes. 

C'est le soleil résurrecteur, fécondateur de la 
nature au printemps, ce sont les signes zodia- 
quaux du taureau et du bouc marquant l'en- 
trée de cet astre dans cette belle saison , qui ont 
donné naissance au culte du Phallus, et à 
plusieurs divinités que cet emblème carac- 
térise. 

Je donnerai, avec détail, les preuves posi- 
tives de l'union constante du culte du Phallus 
avec celui du soleil. 

Le soleil, au printemps, allume des feux et 
répand une lumière qui ^ en automne et en hi- 

(i) Suidas, ad Verbum Priapos. 

(2) Kojez la figure 26 du Recueil de Chifflet. 



CHEZ LES A>'CTE]NS ET LES MODERNES. ^7 

ver, voni toujours en s'éteignant. La langueur 
qu'éprouve la nature par l'impuissanee du so- 
leil a été, par les mythologues de l'antiquité, 
aussi vivement sentie et exprimée, mais non au- 
tant vénérée que la régénération qui s'opère au 
printemps: ils représentèrent doncle Phallus, 
emblème du soleil d'automne et d'hiver, dans 
un état convenable à la stérilité de ces sai- 
sons; et le triste événement, qui ramène la 
décroissance des jours et le froid, a été allégo- 
risé,dans les mythologies des difFérens peuples, 
par quelques accidens funestes arrivés aux or- 
ganes de la génération des divinités-soleil: ac- 
cidens qui causèrent la stérilité de ces divi- 
nités. 

OsiriSy dieu-soleil de l'Egypte^ est renfermé 
dans un coffre , et puis coupé en plusieurs 
morceaux par son frère Thyphon, qui jette 
dans le Nil sa partie génératrice. 

Atis y dieu-soleil de Phrygie^ se mutila lui- 
même , ou fut mutilé par d'autres. 

Adonis, dieu - soleil de la Phénicie, fut 
blessé par un sanglier aux parties de la géné- 
ration. 

Bacchus ou Djo?iisius veut descendre aux 
enfers pour y chercher sa mère : un jeune 
homme s'offre de l'y conduire; mais ce jeune 



58 DU CULTE DU PHALLUS 

homme meurt; et un Phallus stérile joue, dans 
la fable, un rôle fort indécent. 

Saturne, ancien dieu-soleil, coupe à son 
père Uranus y dieu du ciel, les organes de la 
génération. 

Jupiter, autre dieu-soleil, fait subir la même 
opération à son père Saturne. 

Ixora, Brama y Vichenou , principales di- 
vinités de l'Inde, éprouvent la même humilia- 
tion, et sont réduites temporairement à la 
même stérilité. 

Odiîiy dieu-soleil des Scandinaves, s'étant 
endormi dans un bois, est, suivant les uns, 
privé des organes de la génération par la dent 
d'un sanglier, ou, suivant d'autres, il s'en 
priva de ses propres mains. Il les recouvra par 
les soins de son épouse. Olaus Rudbeck expli- 
que très-bien cette allégorie : « Elle signifie , 
» dit-il, que le soleil , après avoir parcouru les 
)) hautes régions des cieux, est forcé de des- 
)) cendre dans l'hémisphère inférieur, où il 
» semble se reposer pendant l'hiver (i). » 

Je ne multiplierai pas les exemples de ces 
allégories qui sont presque semblables, et qui 
signifient les vicissitudes du soleil pendant le 
cours de l'année: allégories simples et tirées de 

(i) Atlantic. . lib. IT, pars II, p. 236, 261, 384- 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 5\) 

îa nature qui ont pu naître dans l'imagination 
de difFérens peuples éloignés entr'eux, sans se 
les être communiquées. 

Ainsi les organes de la virilité, dans un état 
d'énergie ou dans celui d'impuissance ^ ont servi 
dans presque toutes les religions dont l'origine 
est astronomique, à signifier la force régéné- 
ratrice du soleil dans la belle saison, et la fai- 
blesse de cet astre dégénéré pendant la saison 
des frima ts. La religion offrit les images de ces 
organes de la virilité à la vénération publique ; 
mais je crois ces images symboliques antérieu- 
res aux fables mythologiques. Voici, d'après le 
raisonnement, la généalogie de ces diverses 
institutions. 

La connaissance du cours des astres et les 
besoins de Tagriculture ont amené la division 
du zodiaque. 

Les signes du taureau et du bouc, placés 
dans la division où entre le soleil lors de l'é- 
quinoxe du printemps, ont fait adorer ces ani- 
maux et leurs parties sexuelles comme princi- 
pes de régénération de la nature. La croyance 
populaire a été plus loin, et a prêté une vertu 
fécondante aux images mêmes des parties 
sexuelles de ces animaux célestes. 

Ces figures du zodiaque , les images de leurs 
parties sexuelles, le cours annuel du soleil 



4o DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

devinrent ensuite la matière des allégories my- 
thologiques. C'est sur ce fond que chaque na- 
tion a brodé les légendes des divinités. 

Je vais rechercher et exposer les fables et 
les formes de ce culte dans les diverses con- 
trées où il a été en vigueur; et toujours on le 
trouvera réuni, confondu avec le culte du so- 
leil, et sur-tout de cet astre ramenant le prin- 
temps. 

On verra que le Phallus a joué un rôle im- 
portant dans l'histoire religieuse de l'antiquité, 
qu'il a donné naissance à différentes divinités, 
et qu'il a servi à caractériser plusieurs autres. 
De nombreux emplois de cet objet du culte 
ont fort embarrassé les mjthographes , qui, 
s'attachànt toujours aux fables mythologiques, 
et cherchant la vérité dans le mensonge , n'ont 
donné k cet égard aucune explication satisfai- 
sante, et n'ont point dissipé le nuage qui ca- 
chait son origine. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 4l 



V>SV>SNA-X'VV>^SV>ASVV\S\AS!WVA^SV>AiXVVX>ASV>XXArvX>S>X'>S\X\^SVX^ 



CHAPITRE II. 



Du culte des Taureaux et Boucs sacrés ; de ses rapports 
avec le culte du Phallus ou de Priape. 



Avant de m'engager dans l'historique du 
culte du Phallus chez les difFérens peuples de 
la terre , il convient de fixer les idées sur celui 
qu'on rendait aux deux animaux qui lui ont 
donné la naissance, de faire connaître de 
quelle nature étaient les hommac;:es religieux 
qu'on adressait au taureau et au bouc divins , 
archétypes du Phallus. 

Les taureaux , adorés en Egypte sous difFé- 
rens noms, étaient, comme on l'a dit, l'image 
vivante du taureau céleste , figuré dans la divi- 
sion zodiacale où se trouvait l'équinoxe du 
printemps; et, par cette circonstance, ce signe 
du zodiaque était le symbole du soleil, qui, à 
cette époque de l'année, féconde la nature. On 
attribuait au taureau sacré, non-seulement la 
faculté fécondante, mais le pouvoir de commu- 
niquer à l'espèce humaine cette même faculté. 



4^ DU CULTE DU PHALLUS 

Aussitôt qu'un des taureaux Apis était mort,, 
les prêtres de l'Egypte s'empressaient de lui 
donner un successeur, qui devait, suivant l'o- 
pinion populaire, être né d'une vache fécondée 
par un rayon du soleil. Certaines taches de sa 
peau déterminaient son élection. Sa découverte 
changeait en allégresse le deuil où la mort de 
son prédécesseur avait plongé le peuple égyp- 
tien. Au lieu même où l'on avait trouvé le nou- 
veau dieu , on lui construisait une étable ma- 
gnifique , tournée du côté du soleil levant. Là , 
pendant quatre mois, il était abreuvé de lait; 
ensuite une troupe de prêtres le conduisait 
processionnellement au bord du Nil, l'embar-. 
quait sur un vaisseau richement décoré, et Ta-, 
menait à Nicopolis. 

C'était dans cette dernière ville que les fem- 
mes avaient le droit de venir, pendant qua- 
rante jours, visiter le nouveau dieu. Suivant 
Diodore de Sicile , elles relevaient leurs vête- 
mens, mettaient en évidence et semblaient of- 
frir au taureau divin ce que la pudeur ordonne 
de cacher (i). Le but de ces femmes, dans cette 
ridicule cérémonie, était évidemment d'obtenir 
du taureau-dieu la fécondité. 

Ce récit offre des rapports nouveaux entre 

(i) Diodore de Sicile, lib. i , sect. 85. 



CHE^S LES ANCIENS ET LES MODERNES. 4^^ 

le taureau sacré et le Phallus ou Priape, et 
ajoute, aux preuves que j'ai déjà produites dans 
le chapitre précédent, une preuve nouvelle qui 
confirme l'origine du Phallus, et constate qu'il 
est le simulacre de la partie génitale du tau- 
reau divinisé. Si l'on abreuvait de lait cet ani- 
mal^ on offrait aussi du lait à Priape ; et les li- 
bations qu'on faisait en son honneur étaient 
ordinairement de cette substance. Si les Egyp- 
tiennes, pour devenir fécondes, se montraient 
à nu devant le taureau, des femmes, par le 
même motif, observaient cet usage devant l'i- 
dole de Piûape, et faisaient quelquefois pis en- 
core, comme on le verra dans la suite de cet 
ouvrage. 

Le taureau Apis partait de INicopolis sur un 
vaisseau, dans lequel une chambre dorée lui 
était destinée; on le débarquait à Memphis, où 
un temple, magnifiquement bâti par le roi 
Psamnitichus, lui servait d'étable. On célébrait 
sa naissance avec pompe, et on le promenait 
par la ville, accompagné d'une escorte de ma- 
gistrats, et précédé d'enfans qui chantaient des 
hymnes en son honneur. 

Cette dernière cérémonie fut sans doute 
adoptée par plusieurs peuples : l'usage de pro- 
mener un veau gras orné de fleurs et de ru- 
bans, accompagné de musique, qui se prati- 



44 I>ES DIVITSITÉS GÉNÉRATRICES 

quait et se pratique encore dans plusieurs v illes 
de France, paraît en être une imitation. 

Passons au culte du bouc, image vivante du 
bouc céleste ou du chevrier, qui se trouve dans 
la division zodiacale du taureau, et qui, comme 
lui, était le symbole du soleil printanier et de 
la vertu fécondante et régénératrice de cet astre. 
Les cultes de ces deux animaux sacrés ont tous 
les rapports qu'on doit attendre de leur origine 
commune. 

« Les Mendésiens, dit Hérodote, ont beau- 
» coup de vénération pour les boucs et les chè- 
» vres, et plus encore pour ceux-là»que pour 
» celles-ci ; et c'est à cause de ces animaux qu'ils 
» honorent ceux qui en prennent soin. Ils ont 
» sur-tout en grande vénération un bouc , 
» qu'ils considèrent plus que tous les autres., 
w Quand il vient à mourir, tout le INome men- 
)) désien est en deuil (i). 

Il ajoute qu'en langue égyptienne mendès 
signifiait bouc et Pan, et prouve, par consé- 
quent, l'identité de cet animal et de ce dieu. 

Le deuil que causait la mort du bouc rap- 
pelle celui que manifestaient les Egyptiens à la 
mort de leur taureau Apis. 

On offrait du lait à ce taureau ; on offrait de 

(i) Hérodote, Euterpe, sect. 46. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. /^5 

même du lait et du miel au bouc ou à Pan , qui 
était sou idole, ainsi qu'à Priape, qui était de 
la même famille. 

Pan, dit la fable, accompagnait les dieux- 
soleil Osiris et Bacchus dans leur expédition 
de l'Inde. Priape suivit aussi Bacchus dans son 
voyage de l'Inde, et prit dispute en route avec 
l'âne de Sylène , que montait ce dieu (i). 

Le bouc sacré avait, avec Priape, d'autres 
conformités. Les Grecs, sous les noms de Pan, 
de Faune y de Sihain, de Satyre, etc., ado- 
raient des divinités champêtres, dont les figu- 
res représentaient à la fois les formes du bouc 
et l'attribut le plus caractéristique de Priape. 
Elles avaient les cornes, quelquefois les oreilles 
et toujours les cuisses, les jambes et les pieds 
de cet animal, et en avaient aussi le Phallus, 
dans un état d'énergie. « On leur a érigé des 
)) temples, dit Diodore de Sicile, en parlant 
>) de ces divinités à cornes et à pieds de bouc : 
» elles y sont représentées dans un état d'éner- 
n gie et de lubricité, afin qu'elles parussent 
» imiter le naturel lascif du bouc (2)* » Voilà 
pourquoi Priape a souvent les formes du bouc; 

(i) Lactant., defalsâ religione, lib. i, cap. 21 . 
(2) Arrectis ità membris, ut hirci naturam imitentur. 
(Diodore de Sicile , liv. i , sect. 1 1 .) 



46 DU CULTE DU PHALLUS 

voilà pourquoi on le confond souvent avec 
les dieux Pan^ Sil^ain et Satjre , qui ont 
la même origine que lui. 

Les femmes se découvraient fort indécem'» 
ment devant le taureau Apis: elles faisaient la 
même chose devant le bouc de Mendès ou de 
Chemnis y et poussaient même beaucoup plus 
loin leur étrange dévotion. 

Dans l'int'ention, sans doute, de détruire le 
charme prétendu qui les maintenait dans un 
état de stérilité, elles s'offraient au bouc sacré, 
ei se livraient à son ardeur brutale. 

(( Rien de si certain , dit le traducteur d'Hé- 
» rodote, que l'infâme coutume d'enfermer 
» des femmes avec le bouc de Mendès. La 
)) même chose se pratiquait à Chemnis (ville 
t» du Delta ). Mille auteurs en ont parlé (i). » 

Des vers du poëte Pindare, cités par Strabon, 
«n passage de Clément d'Alexandrie, et plu- 
sieurs autres écrivains de l'antiquité^ attestent 
l'existence de cette pratique religieuse et ré- 
voltante (2). 

(i) Notes sur l'Histoire cC Hérodote, par Larcher, t. 2, 
p. 267 et 268. 

(2) Strabon, liv. 17; — Clément d'Alexandrie, Pro- 
trept , p. 27. 



CHEZ LES ANCIENS Et LES MODERNES. 4-7 

H II arriva, pendant que j'étais en Egypte, 
)) dit Hérodote, une chose étonnante dans le 
» Nome mendésven : un bouc eut publique- 
)) ment commerce avec une femme; et cette 
» aventure fut connue de tout le monde (i). » 

Cette union monstrueuse n'avait pas lieu 
toutes les fols qu elle était sollicitée ; et ici l'ins- 
tinct grossier d'un animal se montrait supérieur 
à l'esprit humain , dégradé par la religion. 

(( Il ne faut pas s'étonner, fait dire Plutarque 
» à un interlocuteur, si le bouc de Mendès en 
» Egypte, renfermé avec plusieurs belles fem- 
>j mes, ne témoigne aucun désir pour elles , 
» et ne s'enflamme que pour des chèvres (2).» 

Les femmes agissaient avec le dieu bouc, 
comme avec l'idole à Phallus , appelée Priape, 

Il existe encore à Chemnis quelques traces 
de celte dégoûtante prostitution, a On y voit, 
» dit Vivant Denon, un édifice enfoui jusqu'au 
» comble. C'est sans doute le temple dédié au 
» dieu Pan, autrefois consacré à la prostitu- 
» tion. On y rencontre aujourd'hui, comme à 
» Métabis, nombre àlialmès et de femmes pu- 
» bliques, sinon protégées, au moins recon- 

(i) Hérodote , Euterpe , liv. 2, sect. 46. 
(2) Plutarque , OEu^res morales , dialogue intitulé : 
Les bêtes ont l'usage de la raison. 



48 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

» nues et tolérées par le gouvernement. On m'a 
)) assuré que, toutes les semaines, elles se ras- 
» semblaient a un jour fixe dans une mosquée 
» près du tombeau du scheik Haridiy et que, 
» mêlant le sacré au profane, elles y commet- 
)) taient entr'elles toutes sortes de lascive- 
» tés (i). » 

Les juifs, dont le législateur s'était attaché à 
former des institutions toutes contraires à celles 
des Egyptiens, bien loin d'adorer les boucs, en 
présentaient chaque année deux devant le ta- 
bernacle. L'un était sacrifié au Seigneur; et 
l'autre, chargé des imprécations du grand- 
prêtre et des iniquités du peuple, était envoyé 
dans le désert. 

Il n'en était pas ainsi des sectaires samari- 
tains. Le premier verset de leur Pentateuque 
prouve qu'ils adoraient le bouc comme le créa- 
teur de l'univers : a Au commencement, y est- 
)) il dit, le bouc Azima créa le ciel et la 
» terre. » 

Ce culte passa dans l'Inde. Dans les monu- 
mens des grottes d'//o«/a^ qui remontent à la 
plus haute antiquité , on retrouve le culte du 
bouc, auquel les, Indiens donnent le nom de 
Mendès , qu'il portait en Egypte. 

(i) Voyage de Vivant Denon, t. 2, p. 3 19. 



CHEZ LES ATVCIENS ET LES MODERNES. 49 

Le bouc fat adoré en Grèce et en Etrurie. 
Les Romains modifièrent son culte, et dimi- 
nuèrent de beaucoup ce qu'il avait de brutal. 
Voici ce qu'à cet égard nous apprend Ovide : 

Les Romains, fâchés de voir les Sabines 
qu'ils avaient enlevées rester stériles , allèrent 
invoquer Junon dans la forêt sacrée du mont 
Esquilin. A peine eurent-ils achevé leurs priè- 
res qu'ils virent la cîme des arbres s'agiter, et 
qu'ils entendirent cet oracle : Que les femmes 
d Italie soient fécondées par un bouc. C'était 
prescrire aux Romains les pratiques révoltan- 
tes du culte de Mendès. Ils ne parurent pas dis- 
posés à obéir à l'oracle. Alors un devin d'Etru- 
rie l'interpréta^ et en adoucit la rigueur : 

Il est avec le ciel des accommodemens. 

11 proposa aux femmes stériles de se faire frap- 
per le dos ou le ventre avec des lanières for- 
mées de peau de bouc. C'est ce qui se pratiqua 
dans la fête des Lupercales. 

Le 25 février, jour destiné à cette solennité, 
des jeunes gens, nus ou presque nus, parcou- 
raient la ville, armés du couteau dont ils 
avaient immolé des boucs, et d'un fouet com- 
posé de courroies tirées de la peau de ces ani- 
maux ; et ils en frappaient ceux qu'ils rencon- 
II. 4 



5o DES DIVINITÉS gÉjXÉRATRICES 

traient. Les femmes, loin de fuir, accouraient 
au-devant, et offraient leur ventre nu aux 
coups de ces jeunes fouetteurs , dans l'espoir 
de devenir fécondes, et de produire de beaux 
enfans. 

On voit que chez les Romains la cérémonie 
différait de celle de Mendès : le bouc n'y jouait 
pas le principal rôle, mais il y avait part; et 
le motif était le même. 

Si l'on pouvait donner croyance à ces récits, 
mêlés de tant de contes ridicules, que faisaient 
nos crédules aïeux sur les assemblées nocturnes 
appelées sabbat, on serait tenté de croire que 
le culte du bouc s'est continué long-temps chez 
les nations modernes. Dans ces assemblées, 
c'est toujours un bouc qui préside; c'est un bouc 
qu'on y adore; c'est un bouc qui s'unit aux fem- 
mes assistantes. Si l'on pouvait séparer la vérité 
du chaos de mensonges qui la font méconnaître, 
la dépouiller des exagérations et du merveil- 
leux dont sont chargées les relations de ces as- 
semblées mystérieuses, on y retrouverait peut- 
être les pratiques du culte de Mendès; on fixe- 
rait les opinions encore incertaines sur ce point 
de l'histoire des hommes; on délivrerait les es- 
prits du scepticisme pénible où ils sont encore 
sur l'existence des assemblées du sabbat, attes- 
tées par tant d'autorités, par tant de procédures 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 5l 

juridiques, et si fortement contestées par tant 
d'écrivains illustres. 

Une bonne histoire des sociétés mystérieuses 
de toutes les nations dissiperait bien des in- 
certitudes, formerait un faisceau de lumières 
qui éclairerait l'origine obscure et la filiation 
des institutions humaines, et serait plus utile 
et plus curieuse que le tableau toujours uni- 
forme des désastres causés par l'ambition de 
quelque souverains. 



52 Dl'S DIVINITES GÉKERAïRICES 

CHAPITRE III. 

Du culte du Phallus chez les Égyptiens. 



Est-ce l'Inde, la Phénicie, l'Ethiopie^ la 
Chaldée ou l'Egypte, qui a vu naître ce culte; 
ou bien le type en a-t-il été fourni aux habi- 
tans de ces contrées par une nation plus an- 
cienne encore? Les diverses opinions émises 
sur celte matière sont subordonnées à la ques- 
tion de l'origine de la religion astronomique , 
dont ce culte est une dépendance. Plusieurs 
savans l'ont approfondie sans beaucoup de suc- 
cès; leurs sentimens sont opposés: je ne m'y 
arrêterai point. 

L'abbé Mignot, qui a recherché avec une 
constance opiniâtre les antiquités religieuses 
des Assyriens et des Phéniciens, pense que le 
Phallus est originaire de l'Assyrie et de la 
Chaldée qui en faisait partie , et que c'est de 
ce pays que l'usage de consacrer ce symbole 
de la génération a passé en Egypte. Il croit. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES, 55 

d après le savant le Clerc, que le nom de ce 
symbole est phénicien; qu'il dérive de Phalou, 
qui, dans cette langTie, signifie une chose ^e- 
crète et cachée^ et du verbe phala^ qui veut dire 
être admirable et être terni secret. Il en con- 
clut que l'origine du Phallus n'est point égyp- 
tienne (i). 

Quoi qu'il en soit, c'est en Egypte que se 
trouvent les monumens les plus nombreux de 
ce culte antique; c'est de ce pays qu'il est parti 
pour se répandre dans l'Asie mineure, en Grèce 
et en Italie; et l'histoire égyptienne nous offre 
plus de notions sur le Phallus que celle des au- 
tres peuples de l'Orient. Cela me décide à 
tirer des Egyptiens les premiers traits du tableau 
que je vais présenter. 

Le Phallus, chez ce peuple, recevait des 
honneurs divins , était placé dans les temples. 
On le promenait en procession dans les campa- 
gnes ; et , aux fêtes célébrées en l'honneur 
du dieu-soleil Osiris ou Bacchus, il figurait 
avec distinction. Hérodote, qui a assisté a cette 
cérémonie, nous la décrit de cette manière : 
(( Les Egyptiens célèbrent la fête de Bacchus 

(i) Second Mémoire sur les anciens philosophes de 
l'Inde , etc. , par l'abbé Mignot. {Mém. de VAcad. dei 
Inscriptions , tom. 3i, p. 141) 



54 BES DIVINITÉS GENÉBATRICES 

» à peu près de la même manière que les 
» Grecs; mais, au lieu de Phallus, ils ont in- 
» venté des figures d'environ une coudée de 
» haut, qu'on fait mouvoir par le moyen d'une 
)) corde. Les femmes portent^ dans les bourgs 
« et les villages, ces figures, dont le membre 
n viril n'est guère moins grand que le reste 
» du corps , et qu'elles font remuer. Un 
)) joueur de flûte marche à la tête. Elles le 
)) suivent en chantant les louanges de Bac- 
)) chus, etc. (i). » 

Il est remarquable que cet usage de prome- 
ner un grand Phallus en procession, et de le 
faire mouvoir en le promenant, subsiste en- 
core aujourd'hui dans une contrée éloignée de 
l'Egypte. M. de Grandpré fut témoin, en 1787, 
d'une fête célébrée dans les états de Conao- H 
y vit des hommes masqués, exécutant une 
pantomime, et portant, dit-il, avec affectation, 
un Priape énorme qu'ils agitaient avec un res- 
sort (2). 

Cette similitude d'usage chez des peuples 
dont l'existence est séparée par plus de deux 

(i) Hérodote , Euteiye , liv. 2 , sect. 48. 

(2) Voyage à la côte occidentale d'Afrique, par L. 
de Grandpré, officier de la marine française, tom. i, 
pag. 118. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 55 

niille ans, dont les pays laissent entreux de 
vastes déserts et un espace de plus de mille 
lieues de France en ligne droite, donne ma- 
tière à plusieurs conjectures sur le lieu où le 
culte du Phallus a été pour la première fois 
institué. Serait-il parvenu de l'Egypte à la côte 
occidentale d'Afrique par l'Ethiopie? Ou bien 
l'Ethiopie, qui, comme le témoignent plusieurs 
écrivains de l'antiquité , a fourni ses dieux 
à l'Egypte, aurait - elle été la source com- 
mune où les Egyptiens et les habitans du Congo 
ont puisé ce culte? Je n'entreprendrai point de 
résoudre une question si difîicultueuse; mais 
le rapprochement que je viens de faire peut 
donner une direction nouvelle aux idées des 
scrutateurs de l'anticpiité. 

Le premier jour des épagomènes(i)j ou cinq 
jours avant le premier jour de l'année égyp- 
tienne, on célébrait la naissance du dieu-soleil 
Osiris; et, le 25 du mois plaménoth, qui répond 
à l'équinoxe du printemps, on fêtait, en l'hon- 
neur du même dieu, les panijlies, mot qui, sui- 
vant le savant Jablonski, signifie V anjionce d une 
bonne nouvelle. On promenait alors en proces- 

(i) Les jours épagomènes étaient chez les Egyptiens ce 
qu'étaient, pendant la révolution, en France, les cinq 
jours complémentaires. 



56 DES DIVIMTES GENERATRICES 

sion , dit Plutarque, une figure d'Osiris, dont le 
Phallus était triple : « car ce dieu, ajoute-t-il, 
» est le principe de la génération ; et tout prîn- 
» cipe, par sa faculté productive, multiplie 
» tout ce qui sort de lui. » Suivant cet au- 
teur, le nombre trois exprime la pluralité in- 
définie (i). 

Il y avait en Egypte des mystères affectés au 
culte particulier du Phallus. Diodore de Sicile 
nous apprend que ceux qui voulaient parve- 
nir au sacerdoce commençaient par s'y faire 
initier. 

Les monumens antiques des Egyptiens qui 
témoignent l'existence de ce culte sont très- 
nombreux; et leur manière de représenter le 
Phallus est très variée : on en voit plusieurs 
isolés, ou sculptés sur une borne dans un sens 
horizontal. 

Vivant Denon, dans son voyage d'Egypte, a 
vu ces Phallus isolés sculptés dans les temples, 
et souvent répétés (2). 

Le plus remarquable des Phallus isolés est 
sans doute celui que le même voyageur a dé- 



(i) Plutarque, OEuvres mof^ilcs. Traité d'Isis cl d'O- 
siris. 

(2) Vojage de Vivant Denon dans la basse et haute 
Égfpt^y toni. 3, ot l'Atlas, pi. cxiv, n. 47 et 54- 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 5j 

couvert à Thèbes dans la haute Egypte, et 
dans le tombeau d'une femme. Ce Phallus, qui 
avait eu existence^ était embaumé et enveloppé 
de bandelettes : on l'a trouvé posé sur la partie 
correspondante de cette momie féminine. La 
gravure qu'il donne de celte momie et de ce 
Phallus prouve que ce dernier était plus grand 
que nature, et n'appartenait point à l'espèce 
humaine. Je serais porté a croire que cette mo- 
mie était celle d'une femme élevée en dignité, 
et que le Phallus embaumé était celui d'un des 
taureaux sacrés, que l'on aura extrait après la 
mort de l'animal, et placé dans ce tombeau 
comme un préservatif, comme un moyen propre 
à détourner les mauvais génies, que les anciens 
croyaient occupés à tourmenter les âmes des 
morts (i). Les Grecs et les Romains plaçaient 
aussi quelquefois les figures de Phallus dans 
les sépultures, par le même motif : plusieurs 
vases étrusques et grecs, trouvés dans des tom- 
beaux, offrent en peintures des Phallus, et 
même des scènes licencieuses, appelées Pria- 
pées (2). 

(1) Vojagede Vivant Denon, toiu. 3, Atlas, pi. xcviiij 
n» 35. 

(2) Telles sont notamment les peintmes de deux vases 
grecs conservés dans le musée de Portici, du roi rl^ ^ ^ 



58 DES DIVINITES GENERATRICES 

Les Phallus isolés et clans une très-petite 
proportion se trouvent en grand nombre en 
Egypte. Ils sont ordinairement de porcelaine 
de différentes couleurs, et étaient portés comme 
des amulètes. 

Je ne puis quitter ces détails sur les Phallus 
isolés, sans parler d'une opinion fort étrange, 
etrelative à une figure qu'on assure être leur re- 
présentation, ni sans combattre celte opinion 
émise par des savans d'un rang distingué. 

Ils prétendent que les figures de croix que 
l'on voit si fréquemment sur les monumens 
égyptiens et indiens sont des figures de Phal- 
lus : ainsi, ces croix, placées sur la cîme du cou- 
vercle de plusieurs vases égyptiens consacrés 
aux cérémonies religieuses; ces croix, dont sont 
souvent parsemés les vêtemens des prêtres et 
des divinités d'Egypte; ces croix ou croisettes, 
circonscrites dans un cercle, et qui se voient 
sur un grand nombre de monumens antiques; 
enfin, ces croix annelées ou surmontées d'un 
anneau que tiennent presque toujours à la 
main des figures de prêtres , des figures d'Osi- 
ris, et sur-tout d'Isis, etc, seraient donc autant 
de Phallus. 

pies, et qui ont été trouvés dans des tombeaux près de 
Nola. J'en parlerai à la fin de cet ouvrage. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 5g 

Cette opinion, qui donnerait aux croix des 
chrétiens une origine impure, a été soutenue 
par les savans Jahlojiskiy dans son Panthéon 
égyptien (i); Delacroze , dans son Histoire du 
christianisme des Indes (2); Carli, dans ses 
Lettres sur l'Amérique (5); enfin Larcher, 
dans ses notes de la traduction d'Hérodote (4). 

Ce dernier donne même la figure de ces pré- 
tendus Phallus; et cette figure est exactement 
la même que celle des croix qui pendent sur 
la poitrine de nos femmes dévotes ou galantes, 
et sur celle desévêques. Il donne aussi la figure 
du triple Phallus ou triphallus ; et cette figure 
rappelle celle des triples croix qu'on porte en 
procession devant le pape ou devant des prélats 
éminens. 

Les croix sont fort anciennes, et paraissent 
originaires de l'Egypte. Le signe sacré du Tau, 
image des colonnes cruciformes et adorées, 
que les Egyptiens appelaient Thoth^ et dont ils 
firent une divinité, était une croix. Ce signe 
formait aussi un caractère alphabétique dont 

(1) Lib. 5, cap. "j^secii'ofi 4, tom. 3, p. 2o5. 

(2)P«^.43l. 

(3) Tom. i,p. 499, et iotir. 2, p. 5o4et5o5. 

(4) Traduction d'Hérodote, par Larcher, dernière édi- 
tion, tom. 2, p. 270 et 272. 



6o DES DIVINITES GENERATRICES 

notre T représente, sinon la figure exacte, du 
moins la valeur accentuelle. 

Lorsque les chrétiens démolirent, vers la fin 
du quatrième siècle, le fameux temple de Séra- 
pis à Alexandrie, ils y trouvèrent plusieurs 
croix gravées sur des pierres. C'est cette cir- 
constance, dit l'historien Sozomène, qui déter- 
mina plusieurs payens à embrasser le christia- 
nisme (i). 

Quant à la croix surmontée d'un anneau, elle 
était et elle est encore le signe de la planète 
appelée Vénus. L'anneau ou le cercle indique 
la planète ; et le Tau, qui lui est adjoint, la ca- 
ractérise. 

Ceux qui connaissent parfaitement la forme 
du Phallus ne pourront se persuader qu'une 
croix est son image. D'ailleurs, dans les mêmes 
monumens égyptiens, on voit des croix toutes 

mples, et des Phallus d'après nature. Les 
Égyptiens n'auraient pas en même temps re- 
présenté le même objet par des figures si dis- 
semblables. Mais revenons a l'histoire du Phal- 
lus chez les Egyptiens. 

On ajouta un Phallus à des figures d'animaux, 
à des figures d'hommes ou de divinités. Un 
exemple singulier de ces additions a été publié 

{\) Histoire ecclésiastique de Fleurj, Uv. 19, p. 600. 



CHEZ T.ES ANCIENS ET LES MODERNES. 6l 

par M.Knight : c'est une figure, représentant la 
tête seule du taureau Jpis ^ ornée du disque 
du soleil, qui caractérisait cet animal divin. Des 
deux côtés de sa bouche sortent deux formes 
de Phallus de même proportion, et qui s'éten- 
dent horizontalement sur une même ligne (i). 
C'est le symbole de la force, de la puissance, 
uni à celui d'une double fécondité. 

L'Egypte offre encore des Phallus adhérens 
à la divinité Terme. M. Vivant Denon a décrit 
un bas-relief, où se voit un homme à tête de 
loup, faisant des offrandes '^^ un Terme, et 
portant une main sur le Phallus de cette 
divinité (2). 

Les Phallus, unis aux figures humaines, 
sont très-fréquens dans les monumens égyp- 
tiens. On trouve des figures d'enfans représen- 
tés assiS;, au corps desquels adhère un énorme 
Pliallus, qui s'élève au dessus de leur tête, ou 
dont ils supportent l'extrémité sur leurs épau- 
les. Caylus a fait graver une de ces figures : 
(( Elle représente, dit- il ^ le plus terrible Phal- 
V lus qu'on ait vu, proportions gardées, sur au- 

(i) J[n accouru ^of the remains of the TVorship of 
Priapus, etc. 

(2) Vojage dans la basse et la haute Egypte , Atlas, 
pi. cxxv, n* t5. 



6-2 DES DIVINITÉS GENERATRICES 

» cun autre ouvrage (i). » Quoique ceux qui 
lui firent passer cette antiquité assurassent 
qu'elle était Egyptienne, M. Caylus l'a jugée 
Romaine. On va voir que ce savant, d'ailleurs 
très-circonspect dans ses décisions, a prononcé 
avec trop de précipitation. 

M. Vivant Denon a publié deux figures abso- 
lument semblables à celle de Caylus; et il les a 
trouvées en Egypte (2). La suite de cet ouvrage 
prouvera qu'il existait de pareilles figures dans 
le temple d'Hiérapolls en Syrie. Ainsi, le type 
de ces petites figures à grand Phallus venait 
d'Egypte ou de la Syrie. 

Les rapports intimes qui existent entre le 
soleil printanier et le signe de la génération ' 
portèrent les Egyptiens, lorsqu41s eurent 
adopté l'usage de donner à leurs divinités des 
figures humaines, à représenter le dieu-soleil, 
Osiris ou Bac chus y avec un Phallus dans un 
état propre à la fécondation. La plupart des 
monumens antiques nous offrent ce dieu - soleil 
tenant en main son Phallus très-apparent, et 
semblant, par cette attitude, prouver à ses 

(1) Antiquités de Cajlus , tom. 3, p. 62, et pi. xiii , 
n. 2, 3 et 5. 

(2) Voyage dans la basse et la haute Égj-ptCf-paivYi- 
vant Denon^ pi. 98, n. 36 et 37. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 65 

adorateurs sa résurrection au printemps, et sa 
vigueur renouvelée. 

Caylus a fait graver quatre figures antiques 
d'Osiris qui sont toutes dans cette attitude mys- 
térieuse (i). Dans le cabinet des antiquités de 
Paris, on en voit plusieurs de cette espèce. On 
y remarque un Osiris nu^ coiffé d'une mitre, 
soulevant un voile de la main droite, et de la 
gauche tenant son Phallus. Un souffre, pris sur 
une amélhiste gravée, représente le même dieu 
dans la même attitude (2). 

La figure d' Osiris , coiffée d'une miîre, tenant 
en main le fléau ou le fouet qui le caractérise, 
et muni d'un Phallus très-saillant, figurait dans 
les pompes religieuses. Douze prêtres portaient 
alors sur leurs épaules un riche brancard cou- 
vert d'un tapis parsemé de fleurs de lotus épa- 
nouies, sur lequel s'élevait l'idole de ce dieu- 
soleil. Des bas-reliefs, vus dans le temple d'Her- 
montis, dans celui de Karnakà Thèbes, et dans 
plusieurs autres lieux de la haute Egypte, re- 
présentent cette cérémonie processionnelle , 

(ij Antiquités de Caj'lus, tom. 3, pi. 11 et m, tom. 6, 
pi. I et II. 

(2) Dictionnaire de la Fable , par Millin , au mot 
Osiris. 



64 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

et le dieu à Phallus ainsi porté en triom-- 
phe (i). 

Quelquefois la même figure de ce dieu se 
trouve devant un autel chargé d'offrandes 
composées de fruits ou de volailles. Un bas-re- 
lief très-saillant, qui décore un vase de bronze 
venu d'Egypte, et dont la gravure a été publiée 
par Caylus, représente ainsi un Osiris nu : son 
Phallus se trouve en contact avec les offrandes 
dont l'autel est chargé (2). 

Une scène toute semblable a été reproduite 
dans les monumens égyptiens publiés par 
M. Vivant Denon (5). 

Une particularité très - rare de ce culte 
se remarque à Tentiris , dans un bas-relief: 
il représente un Osiris ^ coiffé de sa mître, 
absolument nu et couché horizontalement, 
tandis que sou Phallus s'élève dans un sens 
vertical (4). 

Il serait trop long, il serait fastidieux de dé- 
crire toutesles variétés déformes quelesÉgyp- 

(i) Vojage de Denon, Atlas, pi. li, n. i , 2 et 3 ; 
pi. cxxi, n. 5j pi. cxxvi, n. 4; pi- cxxvii , n. 10; 
pi. cxxxiii, n. 4, et pi. cxxxiv. 

(2) Caylus, Antiquités, tom. 6, pi. xv, 11. i. 

(3) Vojage dans la basse et la haute Égfpte , Atlas, 
pi. XXIII, n. 7. 

(4) Vojage de Denon, Atlas, pi. cxxvi, 11- 12. 



CHEZ LES AprClENS ET LES MODERNES. 65 

tiens donnèrent au culte du Phallus. Les cabi- 
nets et les recueils d'antiquités présentent en- 
core de nouvelles espèces de ce genre de culte 
chez ces peuples. Je me suis borné aux princi- 
pales. 

Maintenant je dois dire^ et il sera curieux 
de l'apprendre , sous quel voile allégorique les 
prêtres égyptiens cachèrent au vulgaire cet 
emblème énergique du Soleil régénérateur; son 
origine astronomique, et par quel fable ils jus- 
tifièrent le culte du Phallus. 

Osiris (ou le Soleil), principe du bien, génie 
de la lumière, avait pour ennemi son frère 
Tjphon y principe du mal, génie des frimas et 
des ténèbres. Ce dernier parvint à se saisir 
d'Osiris, et le renferma dans un coffre, qu'il jeta 
dans les eaux du Nil. 

Cette disparition d'Osiris est une allégorie 
grossière de la saison rigoureuse oii les nuits, 
plus longues que les jours, l'absence de la 
végétation, l'engourdissement de la nature, 
annoncent le triomphe du génie des ténèbres 
et de la mort sur le génie de la lumière et de 
la vie. 

Isis (la Lune), femme d'Osiris, fit de longs 

voyages pour retrouver le corps de son 

époux. C'est à Biblos, en Phénicie, et à 

l'époque du printemps , qu'elle en fit la décou- 

IT. 5 



66 DES DIVINITES GENERATmCES 

verte. Elle emporta aussitôt le coffre qui con- 
tenait ce dépôt précieux; mais, voulant visiter 
son fils Horus (dieu du jour), elle le déposa 
dans un lieu secret_, loin des regards des 
mortels. 

Tjphon, chassant pendant la nuit, aperçoit 
le coffre, reconnaît le corps d'Osiris, s'en em- 
pare, le coupe en quatorze ou en vingt-six par- 
ties, et les disperse çà et là (i). 

Isis, affligée, recherche avec soin les parties 
éparses du corps de son cher Osiris. A chaque 
partie qu'elle retrouve, elle élève en son hon- 
neur un monument. Elle parvint à les recou- 
vrer toutes, excepté la partie sexuelle que Tj- 
py^oTz avait jetée dans le Nil, et qui était devenue 
la proie des poissons. 

La déesse, pour remplacer cette partie per- 
due , en lit faire une représentation , et lui ren- 
dit les mêmes honneurs funèbres qu'avaient 
reçues les autres parties du corps d'Osiris. 

Elle voulut même marquer sa prédilection 
pour ce simulacre de la virilité, en le faisant 
placerdans les temples, et en l'exposant à l'ado- 

(i) La plupart des anciens qui racontent cette tragique 
aventure disent que Tjphon coupa Osiris en quatorze 
parties. Diodore de Sicile assure que son corps fut 
coupé en vingt-six parties , qui furent distribuées aux 
Titans. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 67 

ration des peuples. On assure que les figures de 
cette partie du corps d'Osiris, les Phallus fu- 
rent, dans l'origine^ en bois de figuier, parce 
que cet arbre passait pour contenir, à un degré 
éminent, des principes d'humidité et de repro- 
duction. Quoi qu'il en soit, Isis érigea en divi- 
nité ce simulacre de bois, u Elle consacra, dit 
» Plutarque, le Phallus dont les Egyptiens 
» célèbrent encore la fête (i). » 

Il ajoute « qu'Isis le fabriqua elle-même; 
» qu'elle le fit porter dans les sacrifices, afin 
» de nous apprendre que la vertu productive 
» du Dieu-Soleil a eu pour matière première la 
» substance humide ; et que, par elle, cette 
» vertu s'est communiquée à tout ce qui en est 
» susceptible. » 

C'est par cette fable, qui fut inventée à une 
époque où le Phallus était encore isolé, et n'ad- 
hérait à aucun corps, que les prêtres égyptiens 
cherchèrent à rendre raison au peuple du culte 
de cet emblème; c'est sous cette enveloppe 
allégorique qu'ils ont caché le mécanisme de 

(i) Sur cette fable, que je n'ai rapportée qu'en subs- 
tance, on peut consulter le Traité d'Isis et d'Osiris , 
par Plutarque ; Diodore de Sicile, Iw. i , cap. 11, ou 
torn. I , liv. 4î chop. 3 de la traduction de Terrasson ; 
Jablonski, en sonPanthéon égyptien ^ Court de Gebelin^ 
en sonHistoire religieuse du Calendrier, etc. 



68 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

leur dogme et l'historique des divers états du 
soleil, ou plutôt de la terre, pendant la révo- 
lution annuelle. 

On verra que les fables, inventées par les 
prêtres de chaque nation, pour justifier le 
culte du Phallus y ne sont pas plus ingé- 
nieuses. 

Telles sont les variétés progressives qu'é- 
prouva ce simulacre en Egypte. D'abord Phal- 
lus simple et isolé, puis Phallus double, triple; 
Phallus uni à un corps quelconque, arbre ^ 
borne, terme, etc.; Phallus adhérent à une fi- 
gure humaine, sans désignation; enfin adhé- 
rent à celle désignée sous le nom du dieu 
Osîris. 

Là, fut fixée en Egypte la fortune du Phallus. 
Le culte ne pouvait élever cet emblème à un 
degré plus éminent qu'en l'adjoignant à l'idole 
du Dieu-Soleil : cette adjonction n'altéra point 
la simplicité du culte primitif, et l'on continua 
de vénérer le Phallus isolé ; car, dans les reli- 
gions antiques , une nouveauté admise ne 
s'établissait jamais aux dépens des anciennes 
pratiques; et le culte des temps les plus recu- 
lés, des temps les plus barbares, existait sou- 
vent à coté des cultes enrichis et ornés par la 
civilisation. 

Le Phalhfs simple et grossier ne perdait rien 



CHEZ LES ANCIÈiNS ET LÉS MODERNES. 69 

dans l'opinion publique, tandis que l'on fêtait 
pompeusement le Phallus illustré par son adhé- 
sion à la figure du dieu-soleil Osiris. 

Ce culte subsista en Egypte jusqu'à la fin du 
quatrième siècle de l'ère chrétienne. 

Cambyse, roi des Perses, vainqueur des 
Égyptiens, tua le bœuf y^pis, et fit fouetter ses 
prêtres : il était adorateur d'un seul dieu. 

Les Grecs, conquérans de l'Egypte, et qui y 
régnèrent sous le nom de Ptolémée, ne chan- 
gèrent rien au culte des Egyptiens, s'y soumi- 
rent, l'embellirent et le fortifièrent; ils furent 
imités par les empereurs romains : les Grecs et 
les Romains adoraient plusieurs dieux. Les 
chrétiens n'imitèrent ni les Grecs ni les Ro- 
mains: ils suivirent les traces de Cambyse, ré- 
solurent d'anéantir la religion de l'Egypte: et 
leur persévérance assura leurs succès. 

L'évêque Théophile obtint, en 589, de l'em- 
pereur Théodose, la permission de détruire 
l'idolâtrie égyptienne. Muni de ses pouvoirs, et 
escorté d'une foule de moines, il mit en fuite 
les prêtres, brisa les idoles, démolit les tem- 
ples^ ou y établit des monastères. Le fameux 
temple de Sérapis, à Alexandrie, fut renversé 
en cette occasion. Le temple d'Osiris ou de 
Bacchus, tombant en ruines, fut converti en 
temple chrétien. Cette expédition ne se fit pas. 



yO DES DIVINITES GENERATRICES 

sans exciter de sanglantes émotions parmi le 
peuple. On trouva dans les souterrains du tem- 
ple de Bacchus, dit l'historien Socrate, plu- 
sieurs de ces ligures infâmes nommées, parles 
Grecs, Phallus (i). 

Tels furent les commencemens, les progrès 
et la ruine du culte du Phallus en Egypte. Je 
vais rechercher ce que devint ce culte chez 
d'autres nations. 

(i) Socrate, lib. 5, cap. i6; Histoire ecclésiastique àe 
Fleury, liv. 19, p. 696 . 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 



x^sv>^^V;'^^sv\^sv^xvx\^,^s^svvvxv\^;V^JA,x^xx^xx^^,^^x^AA;^^A,v\s 



CHAPITRE IV. 



Du culte du Phallus en Palestine et chez les Hébreux. 



Dans l'ordre géographique^ la Syrie se pré- 
sente la première; et la partie de la Syrie la 
plus voisine de l'Egypte est la Palestine. 

Quel fut le culte du Phallus dans cette 
dernière contrée qu'hahitaient les Héhreux, 
peuple favorisé de Dieu, qui, toujours dirigé 
par la main divine dans la voie sainte, ne ces- 
sait de s'en écarter; dont les lois, quoique, dit- 
on, composées par leur dieu, étaient si mal 
appropriées au caractère et aux hahitudes na- 
tionales qu'elles furent presque continuelle- 
ment violées ? C'est ce que je vais rechercher. 

Les Moahites et les Madianites, peuples 
voisins de la Palestine, adoraient un dieu ap- 
pelé Baal-Pkégor ou Beel-Poor (i). Les pre- 

(i) Baal , Beel , n'est qu'une qualification honorable 
donnée à un objet de culte, qui, chez les Chaldéens, 



72 DES DIVINITES GENERATRICES 

miers écrivains du christianisme qui ont parlé 
de cette divinité^ tels que saint Jérôme, Rulin , 
Isidore de Séville, et plusieurs savans com- 
mentateurs de la Bible, s'accordent à dire que 
cette divinité était la même que Priape. 

Les Hébreux, toujours curieux d'imiter les 
pratiques supertitieuses de leurs voisins, se 
firent initier au culte de BeeUPhégor ; ils for- 
niquèrent avec les filles des Moabites; ils man- 
gèrent de leurs sacrifices, et adorèrent leurs 
dieux (i). 

Le dieu des Hébreux ou des Israélites, étant 
fort irrité de cette conduite , dit à Moïse : Pre- 
nez tous les -princes du peuple ^ et pendez-les à 
des potences en plein jour (2). 

Moïse ne suivit point l'ordre de Dieu qui 
voulait épargner le peuple et punir les chefs: 
il ne les pendit point, mais il dit aux juges 
d'Israël : Que chacun tue ceux de ses parens 
qui se sont consacrés au culte de Beel-Phegor,,.. 

était l'équivalent eu mot Seigneur. Les Samaritains ap- 
pelaient cette divinité Baal, et les Babyloniens Bel ou 
Beliis. De ce mot Baal, les Grecs ont fait Abello, 
Apollon ; les Gaulois Belemis , Belisama , Bellus-Ca- 
drus, etc. Il paraît constant que les adjectifs beau, belle, 
dérivent du nom de ces divinités-soleils. 

(i) Nombres, chap. 25, v. 1 et 2, 

(2) Idem, ibid., vers. 3 et 4- 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 75 
11 y eut alors vingt-quatre mille hommes qui 
furent tués (i). 

Ce ne fut pas tout ; le Seigneur dit encore à 
Moïse : (f Que les Madianites sentent que vous 
» êtes leurs ennemis : tuez-les tous, parce qu'ils 
» vous ont traités en ennemis, en vous sédui- 
» sant par l'idole de Phégor (2). » 

Ainsi le sang ruissela dans Israël: des parens 
égorgèrent leurs parens; vingt-quatre mille 
Hébreux furent mis à mort, ainsi que tous les 
Madianites, pour avoir adressé des hommages 
au simulacre de ce qui donne la vie (5). 

Car il n'en faut pas douter, ce Beel-Phégor 
était une idole à Phallus, située sur la monta- 
gne de Pliégor ou Phogor, dont le nom a servi 
a la composition de celui de cette divinité. C'é- 



(i) Nombres , cliap, 25 , vers. 5 et 9. 

{2) Idem ^ cliap. 26, vers. 17 et 18. 

(3) Cette affreuse boucherie rappelle ce que fit faire 
Moïse contre les adorateurs du simulacre doré du taureau 
Apis, appelé communément le veau d'or. Moïse s'adressa 
à ceux de la tribu de Levi .* Que chacun mette son épée à 
son côté; passez et repassez au travers du camp d'une 
porte à l'autre, et que chacun tue son frère , son ami, 

ET CELUI QUI LUI EST LE PLUS rROCHE. 

Les enfans de Levi firent ce que Moïse leur avait or- 
donné , et il y eut environ vingt-trois mille hommes de 
tués en ce jour-là. {Exode, cap. 82, vers. 27 et 28.) 



74 DES DIVINITÉS CxÉnÉRATRICES 

tait le Priape des Grecs et des Romains, comme 
plusieurs écrivains en conviennent (i). 

Cette terrible correction, ce moyen violent 
de (convertir im peuple, ne produisit pas l'eflPet 
qu'en attendait le législateur Moïse. En tuant 
les hommes, on ne tue pas toujours les opi- 
nions; et l'on vit, plusieurs siècles après, les 
Hébreux renouveler leur adoration à l'idole de 
Beel-Phégor. Voici comment le prophète Osée 
fait parler le Seigneur : 

(c J'ai aimé Israël comme des grappes de 
)) raisin trouvées dans le désert; j'ai vu leurs 
» pères avec le même plaisir que l'on voit les 
» premières figues paraître sur le haut du fi- 
» guier; et cependant ils sont entrés en Beel- 
» Phégor (où ils ont été initiés aux mystères 

( I ) Voyez ce qu'en dit saint Jérôme dans son Commen- 
taire sur le chapitre 9 du prophète Osée : Ipsi autem. 
educti de Egjpto fornicati sunt cum Madianitis , et 
ingressiad Beel-Phegor^ idolum,Moabitarum,^quernnos 
Vjii Â.vvM.possumus appellare. Isidore , en ses Origines, 
dit de même : Beel-Phegor interpretatur simulacrum. 
ignominiœ : idolum enimfuit Moab, cognomentoBkAL, 
SUPER MONTEM Phegor , quem latini PriApum vocant 
Deum hortorum,. Rufin , en son livre 3 sur Osée , dit : 
BEEL-PHEGORy?^MramPRiAPi dixeruut teneie. Un autre 
commentateur de la Bible dit aussi : Beiil-Phegor He- 
brœis deus turpitudinis , ut PriApus Romanis. (Note sur 
le chap. 25 du livre des Nombres, vers. 3.) 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. yS 

» de Beel'Phégor). Ils se sont débauchés et 
» plongés dans le désordre; ils sont devenus 
» abominables comme les choses qu'ils ont 
» aimées (i). » 

C'étaient des femmes qui desservaient le 
temple de ce dieu: elles étaient nommées kedes- 
choths; et ce nom , suivant saint Jérôme, avait 
la même signification que celui des prostituées 
qui remplissaient les fonctions de prêtresses de 
Priape. 

Les cérémonies qu'on observait dans le culte 
rendu à Beel-Phégor ont exercé la plume de 
plusieurs commentateurs de la Bible, et d'au- 
tres savans. Il paraît que ]a principale consis- 
tait à se présenter nu devant l'idole. Les adora- 
teurs, suivant Phillon, mettaient devant elle en 
évidence toutes les ouvertures extérieures du 
corps. Le texte de la Bible semble dire qu'ils 
s'offraient a l'idole pour se prostituer à elle. 
Beyer, dans ses additions sur Selden, conclut 
du texte de la Bible que les filles moabites se 
prostituaient d'abord à l'idole , puis aux Israé- 
lites (2). 

Cette cérémonie infâme se rapporterait assez 
au culte que les Egyptiennes rendaient au tau- 

(i) Osée, chap 9, vers. 10. 

(^) Beyer sur Selden, cap. 5, sintagm. i, Baal-Pooi\. 



76 Ï)ES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

reaii Apis, en se découvrant devant lui, comme 
il a été dit plus haut. 

Le rabin Salomon-Jarchi attribue au culte 
de Beel-Phégor une pratique fort indécente 
et plus ordurière encore. Il serait difficile de 
trouver dans les fastes des folies humaines un 
genre d'adoration plus étrange et plus dégoû- 
tant. L'adorateur, suivant ce rabin, présentait 
devant l'autel son postérieur nu, soulageait ses 
entrailles, et faisait à l'idole une offrande de sa 
puante déjection (i). 

Saint Jérôme nous représente cette idole 
comme portant à la bouche le signe caracté- 
ristique de Priape (2). 

(i ) Voici les paroles de Salomon Jarchi, dans son Com- 
mentaire sm' le livre des Nombres , cliap. 25 : Eb quod 
distendebant corcim illo foramen podicis, et stercus 
offerebant. Hottinger {Hist. orient. , p. i55), exprime la 
même chose ; Turpiter à cultoribus distento ( sit venia 
verbis), podicis for aminé , egestoque onere molesto. 

On peut consulter sur cet usage religieux Selden , de 
Dis Sjris , Sintagm. i, cap. 4; Beyer, Addimenta 
ad Selden, p. 244 ^t 245; Elias Scliedius, de Dis 
Germanis, p. 84 et 85; Antiquitates Gronovii, tom. 7, 
cap. i3, etc. 

(2) Voici le passage de saint Jérôme , dans son Com- 
mentaire sur le chapitre 9 du prophète Osée : Denique 
interpretatur Beel-Phegor idolum, tentiginis liabens in 
ore , id est in summitotepellem., ut turpitudinem mem-' 
bri virilis ostenderet. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. ^^ 

Les livres de la Bible ne disent plus rien de 
Beel-Pkégor; mais ils font mention de quel-^ 
ques autres cultes qui ne diffèrent nullement 
de celui du Phallus ou de Priape. 

Les aïeux du roi ^za avaient introduit dans 
Israël plusieurs espèces de cultes idolâtres; et 
celui du Phallus oif de Priape était du nombre. 
La grande prêtresse de cette divinité était 
même la mère du Jeune roi. 

» Aza chassa de ses terres les efféminés, 
» purgea Jérusalem de toutes les idoles sordi- 
)) des que ses pères avaient érigées (i). » 

Il dépouilla sa mère, appelée Maacha, de 
l'autorité dont elle était revêtue, afin qu'elle 
ne présidât plus au sacerdoce de Priape , et au 
bocage sacré où la statue de ce dieu était ado- 
rée. Il détruisit la caverne où se célébraient ses 
mystères, et le simulacre de cette divinité cra- 
puleuse; réduit en pièces, fut brûlé dans le 
torrent de Cedron (2). 

Cette divinité, que la Vulgate nomme PriapCy 
porte, suivant le texte hébraïque, le nom de 
Mipheletzeth. Quelques commentateurs l'ont 
jugée du genre féminin , et ont cru qu'elle était 

(i) Les Rois, liv. 3, chap. i5, vers. 12. 
(2) Idem,ibid. j vers. i3, et P aralypomenon^ liv. 2, 
vers. 16. 



78 DES DIVINITES GENERATRICES. 

la déesse Astarté ou Vénus, Les auteurs de la 
Vulgate auraient-ils pris un sexe pour l'autre, 
et Priape pour Vénus? Cette opinion n'est pas 
solidement appuyée ^ à moins qu'on ne regarde 
comme très-prépondérante, sur une telle ma- 
tière, l'autorité de Ptabelais (i). 

On trouve encore , dans les livres des pro- 
phètes , un autre témoignage de l'existence du 
culte de Phallus. Ezéchiel indique, d'une ma- 
nière assez précise, la fabrication de ce simu- 
lacre indécent, et l'abus que les femmes d'Is- 
raël en faisaient. 

« Vous avez, leur dit-il, pris vos riches vê- 
» temens, que vous avez cousus l'un à l'autre, 
» pour en faire les ornemens de vos hauts lieux, 
» et vous avez forniqué sur ces hauts lieux (2) 



(i) Rabelais fait de Mipheletzeth la souveraine d'une 
île peuplée par des Andoidlles. Pentagruel et ses com- 
pagnons , après avoir débarqué dans cette île , eurent de 
terribles combats à soutenir^ et passèrent au fil de l'épée 
une infinité' d'Andouilles. Le carnage fut si grand que 
la reine des Andouilles se vit forcée de demander la 
paix à Pentagruel, qui la lui accorda. 

(2) Les hauts lieux étaient des sanctuaires établis sur 
la cîme de quelques montagnes. Là étaient des autels en 
pierres brutes, des espèces de colonnes ou d'obélisques 
grossiers, objets de l'adoration de plusieurs peuples. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 79 

» d'une manière qui n'a jamais eu ni qui n'aura 
» jamais d'exemple. 

» Vous avez pris des objets de parure, des 
» vases d'or et d'argent qui m'appartenaient, et 
» que je vous avais donnés ; vous en avez fa- 
» briqué des images du sexe masculin , et vous 
» avez forniqué avec ces images (i). » 

Ainsi les femmes israélites fabriquèrent, à 
l'exemple sans doute de quelques peuples voi- 
sins, des Phallus d'or et d'argent , et en abusè- 
rent d'une étrange manière. 

Voilà ce que les livres de la Bible et les ou- 
vrages de leurs commentateurs me fournissent 
sur le culte du Phallus chez les Hébreux. Ce 
culte , dont l'exercice était une contravention 
formelle aux lois de ce peuple, commença à se 
manifester du temps de Moïse, y reparut à dif- 
férentes époques jusqu'au temps où vivait le 
prophète Ezéchiel: ce qui comprend un espace 
d'environ neuf cents ans. 

.'i) Fecisti tibi imagines masculinas et fornicata es 
in eis. Ezéchiel, chap. 16, vers. 17. 



8o DES DIVINITÉS GENERATRICES 



lJ^s^.^^s^(X^^.^^^\J^^s\l^^sv^^s\.^^s\l^^sv^^sv^^sv v^svx^^>^s^)■v^sv^s^sv'v\s» « 



CHAPITRE V. 



Du Culte du Phallus en Syrie, en Phénicie, en Phrygie, 
en Assyrie et en Perse. 



A l'extrémité de la Syrie, et sur les bords 
de l'Euphrate , était Hiérapolis ou la ville sa- 
crée. Dans son enceinte s'élevait un temple, re- 
nommé par sa grandeur et sa magnificence. 
Jamais, dans aucune contrée de la terre, le 
Phallus ne fut plus honoré que dans ce lieu; 
jamais on ne lui éleva des moniimens plus im- 
posans, plus colossaux (i). 

L'auteur du Traité de la Déesse de Syrie, 
qui a décrit le temple de cette ville et les objets 



(i) Cette ville est aujourd'hui nommée Bambich ou 
Bambouck. C'est Séleucus qui lui donna le nom à* Hié- 
rapolis. Les Syriens , avant , l'appelaient Magog. Il ne 
faut pas la confondre avec une autre Hiérapolis située 
dans l'Asie Mineure. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 8l 

sacrés qu'il contenait, va nous en fournir la 
preuve (i). 

« Ce temple, dit-il, est le plus vaste de tous 
» ceux de la Syrie; il n'y en a point de plus 
» saint; aucun lieu n'est plus consacré par la 
» dévotion des peuples. Il renferme les ouvra- 
» ges les plus précieux et les oiFrandes les plus 
» antiques. On y voit plusieurs merveilles, des 
» statues dignes des dieux dont elles offrent 
» l'image, et qui manifestent leur présence. . . 
» Sesrichessessont immenses: l'Arabie, la Phé- 
» nicie, Babylone etla Cappadoce , lui paient 
» un tribut. Les Ciliciens et les Assyriens y ap- 
» portent ce que leur pays a de plus précieux. 
M J'ai vu le trésor oii sont déposées ces riches- 
» ses : il contient un grand nombre de véte- 
» mens, et beaucoup d'autres objets qui éga- 
» lent en valeur l'argent et l'or. On ne célèbre 
» d'ailleurs, chez aucun peuple, autant de fêtes 
» et de solennités. » 

Ce temple, bâti sur une élévation au milieu 
de la ville, était entouré de deux enceintes. Il 
avait cent toises d'étendue. Les richesses abon- 



(i) Ce Traité a été attribué à Lucien, et se trouve 
encore parmi ses OEuvres ; mais l'extrême crédulité 
qu'on y remarque prouve qu'il n'appartient point à cet 
auteur incrédule. 

IT. 6 



82 DES DIVINITES GENERATRICES 

daient dans son intérieur. L'or brillait sur le^ 
portes; la voûte en était toute couverte. Les 
parfums de l'Arabie flattaient délicieusement 
l'odorat; et les yeux étaient éblouis par de 
nombreuses statues d'or enrichies de pierreries. 
Mais ce qu'on y voyait de plus remarquable 
était le trône du soleil et la statue d'Apollon^ 
que l'auteur, de qui j'emprunte ces détails, dit 
avoir va se mouvoir et s'élever jusqu'à la voûte 
du temple. Les prêtres, pour maintenir et ac- 
croître la dévotion du peuple, ne négligeaient 
rien pour flatter tous ses sens, étonner les es- 
prits. 

Je ne suivrai pas cet écrivain enthousiaste 
et crédule dans ses descriptions longues et 
pompeuses qui sentent le terroir, et qui offrent 
les écarts ordinaires de l'imagination orientale. 
Je reviens à mon sujet. 

Devant le portique de ce temple magni- 
fique , s'élevaient deux Phallus colossaux , 
dont la hauteur prodigieuse fait suspecter 
d'exagération notre écrivain , ou d'erreur ses 
copistes. 

Ces deux simulacres du sexe masculin 
avaient , suivant lui , 5oo orgies d'élévation : ce 
qui revient à 1706 pieds 5 pouces mesure de 
France (i), proportion exorbitante! Ces Phal- 

(j) L'orgie est une mesure de 6 pieds grecs. Le pied 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 85 

lus auraient donc eu en hauteur trois fois la 
longueur du temple, qui n'avait que loo or- 
gies ou 568 pieds 9 pouces. Cette disproportion 
choquante entre la longueur de l'édifice et la 
hauteur des Phallus a fait croire qu'il fallait 
retrancher un zéro, et lire 3o orgies de hauteur 
au lieu de 5oo : ce qui réduisait ces monumens 
à la hauteur plus convenable de 170 pieds 
7 pouces et demi, hauteur encore très-consi- 
dérable, puisqu'elle se rapproche de celle des 
tours de Notre-Dame de Paris (1). 

Sur ces Phallus était gravée cette inscrip- 
tion : 

Bacchus a élevé ces Phallus à Junon, sa 
belle-mère (2). 

C'est ici un des exemples de l'usage, constam- 
ment suivi par les anciens, d'associer le Phallus 
aux divinités-soleil. Dans ce temple était le 
trône de cet astre j et la plus brillante statue 

grec ayant 1 1 pouces 4 lignes et demie de Paris , l'orgie 
doit avoir 5 pieds 8 pouces 3 lignes. 

(i) Les tours de Notre-Dame de Paris ont 204 pieds 
de hauteur. Elles surpasseraient donc celle du Phallus 
que d'environ 33 pieds. 

(2) Homère pensait honorer Junon en lui prêtant des 
yeux de bœuf-, mais Bacchus , dans cette offrande , nous 
donne de cette déesse une bien plus grande idée. C'est le 
cas de s'écrier : 6 altitude! 



84 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

qui en décorait l'intérieur était celle d'Apollon, 
dieu-soleil. Bacchus, qui éleva ces Phallus, 
était, ainsi qu'Osiris, le dieu-soleil des Egyp- 
tiens. Tous les deux ont pour symboles le tau- 
reau céleste et le Phallus extrait de la figure de 
cet animal. 

Ces deux énormes Phallus, qui figuraient 
devant ce temple comme deux tours figurent 
devant le portail de nos églises gothiques, pa- 
raissent avoir servi de modèle à ces sortes de 
constructions, si généralement adoptées dans 
les derniers siècles. On nommait, du temps de 
Vitruve, phalœ des tours rondes dont la cime 
représentait un œuf. Les tours qui servaient à 
la défense des camps et des villes portaient 
aussi le même nom dans le moyen âge (i). 
La conformité des noms, les rapports qui exis- 
tent entre les formes, et sur-tout entre la dis- 
position de ces Phallus et celle des tours de nos 
églises gothiques, donnent beaucoup de vrai- 
semblance à cette opinion. 

Ces deux Phallus servaient non-seulement 
k la décoration de la façade du temple , mais 
encore aux cérémonies du culte : voici com- 
ment : 

« Tous les ans, continue notre orateur, un 

(i) Voyez le Glossaire de Ducange au mot Phalœ. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 85 

M homme monte jusqu'au sommet de ces 

)) monstrueux simulacres, et y demeure pen- 

» dant sept jours. Il attire à lui, par le moyen 

» d'une longue chaîne, les vivres dont il a be- 

« soin, et le bois dont il se construit une espèce 

» de siège en forme de nid. Un prêtre debout, 

» placé au bas du Phallus, reçoit les offrandes 

» de la multitude qui vient au temple , et il ré- 

w pète tout haut les noms de ceux qui les ont 

M faites. L'homme, perché sur le Phallus, les 

)) entend; et, à chaque nom, il adresse pour 

» le dévot une prière à Dieu. Pendant cet^e 

» prière, il frappe sur un instrument d'airain, 

» qui rend un son désagréable. » 

Pendant les sept jours et les sept nuits que 
ce diseur de prières restait sur la pointe élevée 
d'un de ces Phallus , il devait bien se garder 
de s'endormir. On racontait que, s'il se laissait 
aller à l'attrait du sommeil, un scorpion 
viendrait le piquer douloureusement et le ré- 
veiller (i). 



(i) Cette opinion se rapporte aux monumens symbo- 
liques du culte d^ Mithra, dieu-soleil des Persans. Ce 
dieu y est représenté tenant sous lui un taureau renversé 
qu'il égorge. On y voit toujours un scorpion qui mord 
les parties génitales de ce taureau. Ce scorpion agit sur 
l'extrémité du membre du taureau, comme il agit sur 



S6 DES DIVINITÉS GENERATRICES 

11 paraît que , dans le temps où voyageait en 
Syrie l'auteur que je cite , les opinions étaient 
fort partagées sur l'origine de cette cérémonie. 
Les uns croyaient que cet homme si haut 
monté, étant plus voisin du ciel, pouvait plus 
facilement communiquer avec les dieux. Quel- 
ques-uns pensaient que son séjour sur la cime 
de cette espèce d'obélisque était un acte com- 
mémoratif du déluge de Deucalion, où les 
hommes grimpèrent sur les arbres et sur les 
montagnes pour se soustraire à l'inondation ; 
njais notre auteur est d'une autre opinion : il 
croit que c'est en l'honneur de Bacchus que 
cette cérémonie est pratiquée. 

K Tous ceux qui élèvent des Priapes à Bac- 
» chus, dit-il, placent sur ces mêmes Priapes 
» des hommes de bois. Pour quelle raison y 
» placent-ils ces figures? c'est ce que je ne di- 
» rai pas; mais il me paraît que c'est pour re- 
» présenter cette figure de bois qu'un homme 
» monte sur le Phallus. » 

La figure de ces hommes de bois montés sur 



rextréuiité de ces Phallus. Cette identité d'action sur 
deux objets semblables décèle les rapports mystiques qui 
existent entre ces deux objets, et concourt à établir 
l'affinité du membre génital du taureau avec les Phallus 
adorés. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 87 

la cîme d'un Phallus se retrouve dans une 
gravure des antiquités de Caylus. Elle repré- 
sente un groupe composé d'un Phallus énorme 
et de deux enfans. L'un d'eux est assis, et sem- 
ble soutenir le Phallus qu'il ne peut embrasser; 
l'autre est absolument juché sur la cîme. Il est 
évident que les figures décrites par l'auteur du 
Traité de la Déesse de Syrie, et celles que 
Gaylus nous retrace, ont été copiées sur le 
même type (i). 

En décrivant les divers objets contenus dans 
le même temple, notre auteur ajoute qu'il 
s'y trouve plusieurs de ces Phallus en bois, 
sur lesquels sont sculptés de petits hommes 
munis de « gros Priapes, et que ces figures 
» sont appelées Ne^^rospastes f c'est-a-dire ^ 
» nerfs tendus. 

» Ces Phallus se voient aussi dans le temple ; 
» et, sur la droite, on trouve un petit homme 
» d'airain , assis et portant un Priape (2). 

Cette dernière espèce de Phallus est parfai- 
tement semblable à celle qui était en usage en 
Egypte, et que les femmes promenaient dans 
les campagnes. Caylus etDenon en ont donné 
des figures (5). 

(i) Caylus, Antiquités, tom. -j, pi. vu, n. i et 2. 

(2) OEuvres de Lucien, Traité de la Déesse de Syrie, 

(3) Voyez ci-dessus chap. IIÏ. 



8S DES DIVINITES GENERATRICES 

En Phénicie, pays voisin de la Syrie, le 
Phallus était encore en honneur; et, comme 
ailleurs, on l'associait au culte du soleil. Cet 
astre y était adoré sous le nom ô^ Adonis ou de 
Seigneur, Cette divinité est absolument la 
même que l'Osirisde Memphis, et le Bacchus 
de Thèbes en Egypte (i). 

C'est à Biblos que ce culte était particulière- 
ment célébré. On y adorait dans le même tem- 
ple Astarté ou la Vénus Bïblienne, Vénus qui 
préside à la génération des êtres, qui, comme 
Isis, était le symbole de Fhumidité fécondante. 
Vénus, dis-je, amoureuse du bel Adonis, of- 
frait l'emblème de la terre au printemps qui, 
avide de la chaleur du soleil, ouvre son sein à 
ses rayons , et en est fécondée. 

A l'exemple des Egyptiens qui célébraient la 
mort d'Osiris et sa résurrection^ on célébrait 
à Biblos , par le deuil et les larmes, la mort 
d'Adonis. Bientôt on annonçait sa résurrec- 
tion : a la fête lugubre succédaient des céré- 
monies où se manifestait la joie puWique. 
C'était alors que le Phallus, symbole de la ré- 

(2) Selden, de Dis Sjris, syntagm. 2, dit: Eumdem 
enim Osiridem et Adonim intelligunt omnes. Ausone, 
epigiamm. 2g, dit encore: Oggjgia me Bacchum vocat, 
Osirim ÂEgyptus putat , Arabica gens Adoneum. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 89 

surrectioii de la nature, au printemps, était 
porté en triomphe (t). 

Les prêtres de Biblos, pour rendre raison de 
la présence du Phallus dans ces solennités 
joyeuses, imaginèrent la fable du sanglier fu- 
rieux qui blessa Adonis aux parties de la géné- 
ration : ils dirent que ce dieu, étant guéri de sa 
blessure , consacra le Phallus, image de la par- 
tie blessée. 

C'est cette fable que les Grecs ont, suivant 
leur coutume, brodée, amplifiée et altérée, 
mais dont ils ont conservé les principaux ca- 
ractères : la mort ou la blessure d'Adonis, et sa 
résurrection ou sa guérison. 

Si l'on se reporte en Phrygie , on trouve le 
culte du Phallus associé également à celui du 
soleil , et fondé sur une fable pareille. 

Le dieu-soleil de cette contrée était nommé 

(i) Meursius, de Festis grcecorum, lib. i, Adonia. Les 
Hébreux rendirent un culte à Adonis sous le nom de 
Thammuz. Ezéchiel se plaint des femmes qui venaient 
s'asseoir à la porte septentrionale du temple , et pleurer 
la mort de Thammuz. Ce dieu Thammuz paraît être le 
même que Cham,os ou Chamosh, qu'adoraient les Cana- 
néens (ou Phéniciens), les Moabites et les Madianites , 
et auquel Salomon bâtit un temple que Josias détruisit 
dans la suite. Quant au nom à^ Adonis, il signifie sei- 
gneur , maître , ainsi (ixi'Adon et Adonài. 



90 DES DIVINITES GENERATRICES 

Atis; et, pour expliquer au peuple la cause de 
la présence du Phallus dans les cérémonies re- 
ligieuses qu'on célébrait en l'honneur de cette 
divinité génératrice, les prêtres composèrent 
plusieurs fables qui s'accordent à dire que 
le jeune et beau Phrygien, nommé Atis, 
se mutila lui-même , ou fut mutilé par d'au- 
tres. 

Suivant toutes ces fables orientales, égyp- 
tiennes, phéniciennes, phrygiennes, c'est tou- 
jours après un événement funeste et malheu- 
reux que le Phallus paraît publiquement, et 
reçoit des hommages divins, parce que c'est 
après les frimas et la stérilité de la nature vé- 
gétante que le soleil parait, et répand par-tout 
la vigueur et la fécondité. 

Diodore de Sicile nous apprend que les 
Egyptiens n'étaient pas les seuls qui honoras- 
sent le Phallus : plusieurs autres peuples les 
imitaient a cet égard. Dans l'Assyrie comme 
dans la Phénicie, le Phallus figurait dans les 
mystères et dans les pompes religieuses. 

Alexandre Polyhistor , en parlant du temple 
de Bélus à Babylone , et des idoles variées et 
monstrueuses qui s'y trouvaient, dit qu'une de 
ces idoles avait deux têtes : Tune appartenant 
à l'homme et l'autre à la femme, ainsi que les 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. Qï 

parties delà génération des deux sexes (i). On 
verra ailleurs de pareils amalgames de deux 
sexes en une même figure. 

Le géographe Ptolémée témoigne que le 
symbole de la reproduction des êtres était con- 
sacré, non-seulement chez les Assyriens, mais 
encore chez les Perses. « Les membres desti- 
» nés à la génération, dit-il, sont sacrés chez 
» les peuples de l'Assyrie et de la Perse , parce 
» qu'ils sont les symboles du Soleil, de Saturne 
» et de Vénus : planètes qui président a la fé- 
» condité (2). » 

On voit que ce n'était pas le simulacre du 
sexe masculin seulement^ mais aussi celui du 
sexe féminin, que les Assyriens et les Perses 
consacraient dans leurs cérémonies religieuses. 
On trouvera d'autres exemples de cette réunion 
de la figure des deux sexes. 

Parmi les bas-reliefs antiques et allégoriques 
de Mithra^ dieu-soleil des Perses^ on en trouve 
où le symbole de la fécondité est figuré par un 
homme tenant en main son Phallus, qui est 
dans un état propre à la fécondation. 

Ces bas-reliefs allégoriques, qui sont assez 
communs^ représentent un homme coiffé du 

(i) Alexand. Polyhist. in Ghaldaii, apud Syncell,/?. 29. 
(2) Ptolémée, Geograph., lib. i. 



92 DES DIVINITES GENERATRICES 

bonnet phygien, et tenant sous lui un taureau 
qu'il vient d'égorger. C'est l'emblème du soleil 
triomphateur, du taureau céleste (i). 

Dans les ruines de Persépolis, on voit, sui- 
vant un voyageur moderne, plusieurs bas-re- 
liefs qui retracent la même scène ; mais, au lieu 
du taureau, c'est un bouc , que l'homme , sym- 
bole du soleil, égorge (2) : ce qui prouverait 
que les anciens Perses avaient, comme les 
Egyptiens, également adopté pour symboles 
du soleil printanier les signes zodiacaux ren- 
fermés dans la même division: le Taureau et le 
Bouc. 

(1) Voyez Y Histoire physique ^ cii^ile et morale de 
Paris y tome I", page 160 , 2* édit. ; Paris , Guillaume , 
libraire , rue Hautefeuille , n° 14. 

(2) Voyage du Bengale à Scjrras, par Franklin. 



CHEZ LES ANCTENS ET LES MODERNES. qS 



^^^v\sv^^sv^^sv^^sv^^svx>A,\^sv'^s\sv>^sv>^sv>5\sv>s^sv'v\sv'v^sv'^s\sv^s> 



CHAPITRE VI. 



Du culte du Phallus chez les Indiens. 



Après avoir parcouru tout l'espace qui existe 
entre les bords du Nil et ceux de l'Indus, et 
avoir trouvé chez les diverses nations qui oc- 
cupent cette vaste étendue de pays le culte du 
Phallus établi, je vais examiner quel fut et 
quel est encore ce culte chez les Indiens an- 
ciens et modernes. 

Ces peuples diffèrent de ceux dont nous 
avons parlé en ce que , malgré les efforts des 
missionnaires musulmans et chrétiens, ils ont 
conservé, pour la plupart, leur religion anti- 
que, ses dogmes et ses cérémonies. 

Bardésane a vu chez eux, et dans un antre 
profond, une statue, de dix à douze coudées de 
hauteur, qui, en un seul corps, représentait 
l'homme et la femme. La moitié du visage, un 
bras, un pied, appartenaient au sexe masculin; 
et l'autre moitié du corps au sexe féminin. Sur 



94 I>ES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

la mamelle droite on voyait le soleil, et sur la 
gauche la lune en peinture ; tout le reste 
du corps représentait des figures de montagnes, 
de mers , de fleuves , de plantes et d'animaux. 
Les brachmanes, anciens philosophes indiens, 
disaient que Dieu avait donné cette statue her- 
maphrodite à son fils, afin qu'elle lui servît de 
modèle, lorsqu'il créa le monde. Elle était 
l'emblème des principes actifs et passifs de la 
nature. C'est ce que nous apprend Porphyre 
de cette figure symbolique des deux sexes, par 
laquelle les anciens Indiens représentaient la 
génération des êtres (i). 

On voit bien, dans cette description, que les 
deux sexes sont l'emblème de la génération; 
mais on n'y voit pas figurer le signe qui carac- 
térise le sexe masculin, nommé Priape ou 
Phallus, et que les Indiens appellent Lingam. 
Le silence de Bardésane ne prouve pas que ce 
signe était inconnu chez les Indiens, lorsque, il 
y a environ quinze cents ans, il voyagea parmi 
eux. Bardésane a bien pu n'y pas tout voir j il a 
pu aussi y voir des Lingams, et ne pas en par- 
ler, parce que ces simulacres ne lui présentaient 
rien d'extraordinaire , rien qu'il n'eût vu plu- 

(i) Porphyre, de Stjge, p. 283 ; Mém, de VJcad. des 
//i^cn/;i., tom. XXXI, p. i36. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. gS 

sieurs fois clans son pays; et Porphyre, qui 
le cite, a pu aussi ne point relater tout ce 
que Bardésane avait mentionné sur le culte 
des Indiens. 

Cette citation sert à prouver que la figure 
des deux sexes réunis était anciennement chez 
les Indiens un objet sacré; elle prouve aussi 
que ces peuples ont scrupuleusement conservé 
jusqu'à nos jours les rites et les cérémo- 
nies qu'ils observaient il y a environ quinze 
siècles ; car la figure que Bardésane a re- 
marquée dans l'Inde à cette époque ancienne 
existe encore aujourd'hui dans la même 
forme (i). 

{i)Vahhé Mignot, dans un second Mémoire sur les 
anciens philosophes de Vinde , après avoir cité le pas- 
sage de Porphyre sur le voyage de Bardésane , dit , à pro- 
pos de cette figura à deux sexes : « Cette espèce de Lin- 
» gam se trouve encore aujourd'hui dans l'Inde, comme 
» on le voit par les figures des idoles de ce pays qui ont 
» été envoyées à M. le marquis de Marigny. » {Mém. de 
VAcad. des Inscript. , tom. XXXI, p. i36). Un autre 
écrivain témoigne l'existence de cette figure. « Elle est 
>• appelée aujourd'hui , àii-û, Ardhanarj-Eswara. QiQ 
» mélange fut fait, disent les bramines, parce que 
» Eswara (ou Chiven) , amoureux de Parvatti, lui 
» donna la moitié de son corps. >» {Mœurs des Bramines, 
par Abraham Roger,/?. i540 



q6 des divinités GENERATRICES 

Cette attention à ne rien altérer dans les 
pratiques de la religion me fait croire que la 
figure du Phallus ou du Lingam, que les In- 
diens vénèrent comme un objet sacré, était 
égalementvénérée par eux dans des temps très- 
reculés. 

Je suis confirmé dans cette opinion par le 
rapport de plusieurs voyageurs dans l'Inde, 
qui ont vu sur les murs des pagodes ou temples 
de ce pays, dont la structure remontait à la 
plus haute antiquité, des bas-reliefs qui repré- 
sentaient le simulacre du sexe masculin, appelé 
Lingam, avec des formes très-variées. Enfin, 
dire a ceux qui connaissent l'éloignement des 
Indiens pour les innovations religieuses que 
le culte du Lingam existe, c'est leur prouver 
qu'il a existé depuis très-long-temps. 

Les Phallus, appelés Lingam dans l'Inde, s'y 
trouvent sous plusieurs formes : il en est d'iso- 
lés, de combinés avec la figure du sexe fémi- 
nin il en est qui, par leur petitesse, doivent 
être mis au rang des amulettes; d'autres qui 
sont d'une grandeur très-disproportionnée 
avec le corps auquel ils adhèrent. 

Les Indiens de la secte de Chiven, une des 
trois principales divinités, ont une grande vé- 
nération pour le Lingam : c'est sous cette forme 
que ce dieu est adoré dans les pagodes; mais 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 97 

quand on le porte en procession dans les rues, 
son idole alors a la figure d'un homme (i). 

Trois symboles réunis expriment ordinaire- 
ment, dans les lieux consacrés au culte, les 
trois principales divinités : Brama y Wischnou 
et Chwen. CetteTrinité indienne est caractérisée 
par un piédestal, sur lequel est un vase, d'où s'é- 
lève un corps en forme de colonne. Le piédes- 
tal signifie Brama; le vase posé dessus indique 
la figure du sexe féminin et Temblême de 
Wischnou ; la colonne qui s'élève du sein de 
ce vase désigne le sexe masculin, emblème de 
Chwen. 

L'intérieur des pagodes et leur extérieur of- 
frent des peintures et des sculptures bien faites 
pour blesser les yeux de tout autre peuple que 
les Indiens : il s'y trouve souvent des scènes 
d'une indécence révoltante. Les pagodes, les 
chemins, les lieux destinés à loger les voya- 
geurs, que les Perses nomment caravanserais ^ 

(i) Abraham Roger , p. 157. Chiven ou Sweii, Sib, 
Seib , Schiva Esswara , Ixora ou bien Routreji , Rou- 
dra, Majessouren, Mahaden, Sangara, etc., sont les 
noms de la même divinité. Quelques-uns se ressemblent, 
et sont prononcés différemment dans divers cantons de 
l'Inde , ou différemment orthographiés par les Européens. 
Ce dieu a beaucoup de rapport avec le Priape des Grecs 
et des Romains. 

II. n 



98 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

et les Indiens chauderies , offrent par-tout le 
Lingam. La pagode de Villenour , située à deux 
petites lieues de Pondichéry, contient, dans 
son enceinte, une tour consacrée au Lingam. 
Cette tour est entourée de figures colossales et 
fort anciennes de ce simulacre de la masculi- 
nité (ï). La célèbre et antique pagode de Ja- 
grenaty celle non moins ancienne ôHElephanta 
près de Bombai, dont JVilliam Alen a dessiné 
les bas -reliefs en 1784, offrent les tableaux 
les plus indécens qu'une imagination corrom- J 
pue puisse concevoir (2). * 

Sur la porte d'une des villes du petit royaume 
de Sisupatnam, on voit une statue de Sita , 
femme du dieu Wischnou, incarné sous le nom 
de Ram, Celte statue, dans les proportions na- 
turelles, est accompagnée de six faquirs, ou pé- 

(i) Essais historiques sur VInde , par Delaflotte . 
p. 206, et Vojage de Grandpré dans VJnde. 

(2) Dans l'ouvrage anglais intitulé : An Account ofthe 
remains of the TVorship of Priapus etc. By R. P. 
Knight, publié en 1 791 , on a gravé plusieurs monumens 
antiques de l'Inde qui ont rapport au culte de Priape. 
On y voit deux ex-voto tirés de la pagode de Tanjore, 
dont l'un réunit les deux sexes. On remarque sur-tout la 
gravure d'un bas-relief de la pagode à' Elephanta , qui 
représente un groupe exécutant l'action infâme que les 
Latins désignaient par le mot irrumatio. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 99 

îiitens indiens, placés de manière que trois sont 
d'un côté et trois de l'autre. Ces pénitens sont 
représentés à genoux, entièrement nus, les 
yeux levés vers l'épouse du dieu, et tenant 
chacun des deux mains leur Phallus, dont ils 
semblent faire une offrande à cette divinité (i). 
Sur la côte de Malabar se voient plusieurs 
pagodes dont les façades sont chargées de bas- 
rehefs, qui représentent les scènes les plus 
étonnantes pour des jeux européens : tels sont 
ceux de la célèbre pagode de Gondouloury si- 
tuée entre Pondichéry Trinquebar, dont les 
vastes édifices forment quatre grands corps de 
bâtimens réunis; tels sont ceux bien plus re- 
marquables encore de la pagode de TricoulouTy 
située entre Pondichéry et Madras. Le culte du 
Phallus s'y voit exprimé avec les raffinemens 
les plus extraordinaires. On y distingue une 
figure d'homme armée d'un Lingam d'une 
grandeur prodigieuse , qui, se repliant comme 
le serpent du Laocoon , contourne les mem- 
bres nus de plusieurs femmes, et vient enfin 
aboutir vers une dernière, comme au but qui 
lui est destiné. Les attitudes les plus étranges , 
que le génie lascif de l'Arétin n'a pu imaginer, 
se trouvent dans ces bas-reliefs consacrés par 

(i) Dictionnaire de la Fable, par Noël, au mot Sita. 



100 D]£S DIVINITES GENERATRICES 

le culte , ainsi que dans ceux qui décorent les 
chars destinés aux pompes religieuses. 

Un Français, récemment arrivé de l'Inde, et 
qui me fournit ces détails , m'assure avoir fur- 
tivement pénétré dans le sanctuaire le plus se- 
cret de la pagode appelée Tréi>iscaré, qui est 
consacrée au culte de Chiven, et y avoir vu 
une espèce de piédestal , en granit, composé 
d'une large base et d'une colonne qui supporte 
un bassin du milieu duquel s'élève verticale- 
ment unLingam colossal, d'environ trois pieds 
de hauteur. Au dessous, et sur la pierre qui 
forme le vase, est une vaste échancrure qui re- 
présente le sexe féminin : cet emblème carac- 
térise la Trinité de la religion indienne. 
Dans ce sanctuaire, qui n'est éclairé que par le 
toît, et sur cette pierre sacrée, les prêtres 
de Chiven initient aux mystères de l'amour les 
jeunes devedassis ou danseuses, que les Euro- 
péens nomment ^«j^<2û?ère5", et qui, consacrées 
au culte, servent aussi aux plaisirs du public, et 
sont, comme étaient les courtisanes de la Grèce, 
prêtresses et prostituées. 

Que dire de ces indécences, lorsqu'on est 
convaincu que ce n'est point le libertinage, 
mais la rehgion qui les a imaginées? Un voya- 
geur moderne fait, à propos de ces tableaux 
scandaleux, cette sage réflexion : « Ne jugeons 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. lOI 

» point des coutumes des peuples avec lesquels 
« nous n'avons aucune* ressemblance d'après 
» nos préjugés et nos habitudes : ces figures 
» choquent les Européens; elles inspirent aux 
» Indiens des idées religieuses (i). » 

Les Indiens ont cru donner plus d'expression 
ou de vertu à l'emblème de la fécondité, en 
réunissant les parties génératives des deux 
sexes. Cette réunion, que quelques écrivains 
confondent avec le Lingam,esi nommé Pulleiar» 
C'est sans doute un extrait de la statue moitié 
mâle, moitié femelle, que Bardésane avait au- 
trefois vue dans l'Inde. « Ce symbole, aussi 
» naïf qu'énergique, est, dit Sonnerai y la 
» forme la plus sacrée sous laquelle on adore 
» Chiven : il est toujours dans le sanctuaire de 
» ses temples. » 

Les sectateurs de ce dieu ont une grande 
dévotion au Pulleiar : ils l'emploient comme 
une amulette ou un préservatif; ils le portent 
pendu à leur cou; et les moines, appelés Pan- 
darons y ne marchent jamais sans cette reli- 
gieuse décoration. D'autres renferment le Pul- 
leiar dans une boîte en argent, qu'ils attachent 

(i) Voyage à CaTiton, et Observations sur le Vojagc 
de la Chine de lord Macartney , par Charpentier-Cos- 
signy. 



102 DES DIVINITES GENERATRICES 

à leur bras. Sonnerai nous apprend que les 
sectateurs de TVischnhu méprisent celte pra- 
tique , et la regardent comme infâme. 

Les Indiens ont encore un petit joyau, d'or 
ou d'argent, appelé Talj, que les femmes pen- 
dent ordinairement à leur cou comme une 
amulette. Elles le reçoivent, le jour de leurs 
noces, des mains de leurs époux, qui, eux-mê- 
mes, le tiennent des Brames. Ces bijoux portent 
l'empreinte de quelques hiéroglyphes qui re- 
présentent le Pi^ZZe/ar ou le Lingam. C'est à leur 
occasion que Sonnerai^ duquel j'emprunte ces 
détails, rapporte l'anecdote suivante : 

Un capu^n missionnaire eut une grande 
querelle avec les jésuites de Pondichéry, la- 
quelle fut portée devant les tribunaux. Les jé- 
suites , très-tolérans lorsque la tolérance favo- 
risait leurs desseins ambitieux, n'avaient point 
contrarié l'usage de cette amulette. M. de Tour- 
non y légat apostolique du saint-siége, qui ne 
badinait pas sur de telles matières, et qui n'ai- 
mait guère les jésuites, prohiba rigoureuse- 
ment le Taljy et prescrivit aux chrétiennes de 
l'Inde de porter en place une croix ou une mé- 
daille de la Vierge. Les Indiennes, attachées à 
leurs anciennes pratiques, se refusèrent au 
changement. Les missionnaires, craignant de 
perdre les fruits de leur zèle, el de voir diminuer 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. Io3 

le nombre de leurs néophites, entrèrent en 
composition , et prirent avec les chrétiennes 
de rinde un mezzo-termine. Il fut convenu que 
l'on graverait une croix sur le Talj-. Par cet 
arrangement, le signe du chrétien fut accolé au 
simulacre des parties de la génération des deux 
sexes (i). 

Quelques Lingams de l'Inde sont, comme 
étaient certains Phallus de l'Egypte et de la 
Syrie, d'une grandeur colossale, et très-dis- 
proportionnés aux corps auxquels ils adhèrent : 
tels sont les Lingams de la pagode de Ville- 
nour, qui sont isolés, et ceux qu'on voit dans 
les bas-reliefs de celle à' Elephanta , qui adhè- 
rent à des corps humains, etc. Un voyageur, 
dans cette partie du monde, rapporte un exem- 
ple remarquable d*un Lingam gigantesque at- 
tenant à un Terme. 

En passant vis-à-vis la côte de Trovancour, 
près le cap Comorin, ce voyageur, officier de 
marine, envoya un bateau à terre pour prendre 
des informations. « Le bateau, à son retour, 
» apporta, dit-il, un Lingam ou Priape que 
» les canotiers avaient enlevé d'une niche pra- 
» tiquée dans un Terme , où il était exposé à 

(i) Vojage aux Indes cl à la Chine, par Sonnerai, 
depuis 1774 jusqu'en 1781, tom. I, liv. i.. 



104 I>ES DIVINITÉS GENERATRICES 

» la vénération publique. Le dessin n'en étaic 
» que trop bien fini; car il était indécent par la 
» recherche de la sculpture .... Les canotiers- 
» l'avaient pris pour servir de timon au gou- 
)) vernail du bateau. Us avaient gouverné le 
» bateau avec ce Phallus , dont on peut juger 
» les dimensions d'après cet usage (i). » 

Les rites et les cérémonies observes dans 
l'Inde pour honorer le Lingam, et pour en 
tirer des avantages, se rapportent^ à plusieurs 
égards, à ceux que pratiquaient les anciens 
Égyptiens. 

Les prêtres de Chiven, chaque jour, à l'heure 
de midi, ornent de guirlandes de fleurs et de 
sandal le Lingam sacré; et, pour se rendre di- 
gnes de cette auguste fonction, ils s'y prépa- 
rent en se purifiant par un bain. 

Dans la cérémonie appelée Nagapoutché, ou 
office de la couleuvre, ce sont les femmes qui 
remplacent les prêtres. Elles portent sur le 
bord d'un étang un Lingam en pierre, repré- 
senté entre deux couleuvres; lavent cet emblème 
de la génération, après s'être purifiées elles- 
mêmes par un bain; brûlent devant 'lui des 
morceaux de bois affectés à ce sacrifice; lui jet- 

(i) Voyage dans V Inde et au Bengale, €111789 et 1790. 
parL. de Giandpré, officier de marine, tom. II^p.no. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. lo5 

tent des fleurs, et lui demandent des richesses, 
une nombreuse postérité, et une longue vie 
pour leurs maris (i). Les Indiens croient fer- 
mement que, si la cérémonie est faite dans les 
formes prescrites , on obtient tout ce qu'on de- 
mande. 

Chaque sectateur de Chiven est tenu de faire 
YAbichegam, cérémonie qui fait partie du 
Poutché, ou des actes journaliers de dévotion 
obligée. « Elle consiste, dit M. Sonnerai, à ver- 
» ser du lait sur le Lingam. On conserve en- 
» suite, avec le plus grand soin , cette liqueur; 
» et on en donne quelques gouttes aux mou- 
» rans, pour leur faire mériter par là les déli- 
» ces du Caïlasson (2) , qui est le paradis des 
» Indiens. » 

Les moines de Chiven sont nommés Panda- 
rons. Ils se barbouillent le visage, la poitrine et 
ks bras^ avec des cendres de bouze de vache; 
ils parcourent les rues, demandent l'aumône, 
et chantent les louanges de Chiven, en portant 
un paquet de plumes de paon à la main et le 
Lingam pendu au cou (3). 



(i) Vojage aux Indes et à la Chine, par Sonnerat, 
tom. II, 2' édit., p. 46. 

(2) Idem, idem, t. II, p. 44- 

(3) Idem, idem, tom. Il, p. 5o. 



106 DES DIVINITÉS GENERATRICES 

Les Cachi-caoris sont une espèce àe Panda- 
rons qui font le pèlerinage de Cachi, d'où ils 
rapportent de l'eau du Gange dans des vases 
de terre. Ils doivent la transporter jusqu'à Ra- 
messourin^ près du cap Comorin, où est un 
temple très-renommé de Chiven. Ils répandent 
cette eau sacrée sur le Lingam^ adoré dans ce 
temple sous le nom de Ramanada-Suami ^ qui 
signifie Dieu adoré par Brama. On ramasse 
cette eau qui a découlé du Lingam^ et on la 
distribue aux Indiens, qui la conservent reli- 
gieusement, et qui sont en usage d'en verser 
quelques gouttes sur la tête et dans la bouche 
des agonisans. Ils en boivent, et croient que 
cette eau les lave de toute souillure, et les 
rend dignes d'arriver, après leur mort, dans les 
célestes béatitudes (i). 

Les Andis ou pénitens sont dans l'Inde ce 
que les Fakirs sont dans leMogoL Presque tous 
sectateurs de Chiven, ils offrent continuelle- 
leur adoration au Lijiganiy qui est à peu près 
l'unique meuble dont ils sont pourvus (2). 
On trouve encore dans l'Inde une secte par- 
Ci ) Voyage aux Indes et à la Chine, par Sonnerai, 
tom. II, p. 53. 

(2) Essais historiques sur VInde , par Delaflotte y 
pc 206 , etc 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. I07 

liculière de Chweji, dont ceux qui la composent 
sont nommés Laris : on les voit tous nus , cou- 
verts de cendres, demander l'aumône le Lin- 
gam à la main. Parmi ces mendians, on révère 
comme des saints ceux qui tiennent constam- 
ment les deux mains sur la tète en empoignant 
le Lingam, Les gens charitables leur donnent 
a manger, et leur portent les morceaux à la 
bouche (i). 

Le Lingam sortant des mains de l'ouvrier 
est un meuble sans vertu ; il n'en acquiert que 
lorsqu'un brame l'a béni , et y a incorporé la 
divinité par des prières et des cérémonies (2). 

Les prêtres de Chwen ne se mutilent pas 
comme ceux de TVischnou -, mais ils sont obli- 
gés d'approcher du Lingam entièrement nus et 
en présence du public. L'obscénité de l'idole, 
les scènes voluptueuses peintes ou sculptées 
sur les murs de la plupart des temples de ce 
dieu, n'empêchent pas que la chasteté la plus 
rigoureuse ne leur soit prescrite; et, lorsqu'ils 
exercent leur ministère, on leur fait une loi de 
s'abstenir même des désirs que ces images li- 
cencieuses pourraient faire naître. Si ces prê- 

(i) Essais historiques sur Vlnde , par Delaflotte ^ 
p. 192. 

(2) Tdem . idem, p. 206. tom. I, p. 3i i , 



I08 DES DIVINITÉS GENERATRICES 

très, y arrêtant leur pensée, avaient alors le 
malheur d'éprouver une émotion que l'ima- 
gination échauffée transmet aux organes exté- 
rieurs, cette émotion, que leur nudité absolue 
rendrait visible, serait sévèrement punie. « Si 
)) le peuple^ dit Sonnerat, venant faire ses 
» adorations, s'apercevait qu'ils éprouvassent 
w le moindre mouvement de la chair, il les re- 
» garderait comme infâmes, et finirait par les 
» lapider (i). » 

Les femmes stériles viennent mettre en con- 
tact certaines parties de leur corps avec l'extré- 
mité du Lingam consacré à cet effet. On y con- 
duit même des bestiaux que l'on soumet à la 
même cérémonie ^ afin qu'ils multiplient plus 
abondamment. Cet usage, avec ce motif, se 
pratiquait, comme on le verra dans la suite, 
chez les Grecs et les Romains. 

Duquesne a vu , dans les environs de Pondi- 
chéry, les jeunes mariées venir faire à cette 
idole de bois le sacrifice complet de leur vir- 
ginité. Dans une partie de l'Inde , appelée Ca- 
riara, ainsi que dans les environs de Goa , de 
pareils sacrifices sont en usage. Les jeunes 
filles, avant d'épouser, offrent et donnent dans 

(i) F'ojrage aux Indes et à la Chine , par Sonnerat , 
tom. I, p. 3i 1. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. lOQ 

le temple de Chiven les prémices du mariage à 
une semblable idole dont le Lingam est de fer; 
et l'on fait jouer à ce dieu le rôle de sacrifica- 
teur (i). 

Dans quelques pays de l'Inde, les prêtres, 
plus adroits, ont ravi à ce dieu une fonction 
aussi précieuse. Ce sacrifice, bien préférable au 
premier, a paru sans doute plus saint aux sa- 
crificateurs et plus doux aux victimes. 

Le roi de Calicut, par exemple, cède au plus 
considéré d'entre les prêtres de son royaume , 
pendant une nuit, la jeune fille qu'il va épou- 
ser, et paie ce service par une somme consi- 
dérable (2). 

A Jagrenat , une jeune fille, introduite pen- 
dant la nuit dans la pagode, doit en épouser 
la divinité. Un prêtre, à la faveur des ténèbres, 
s'empare des prémices qu'elle croit offrir à un 
dieu (5). 

L'histoire ancienne offre un grand nombre 
d'exemples, d'usages et de fourberies pa- 
reils (4). 

(i) Vojage dans VInde, par Duquesne. 

(2) Voyage dans l'Inde, par l'amiral Van Caerden. 

(3) Voyage dans le Mogolet VIndostan, par Bernier, 
et Essais historiques sur VInde, par Delaflotte,p. 218. 

(4) On en verra plusieurs dans le chap. IX. 



no DES DIVINITES GENERATRICES 

La superstition étendit les hommages rendus 
au Lingam jusqu'aux prêtres de cet objet divin; 
il était tout naturel que l'original participât aux 
honneurs attribués à la copie. 

Dans le pays de Canara dont j'ai déjà parlé , 
les prêtres de Chiven, lorsqu'ils sortent de leurs 
pagodes, sont nus, et se promènent ainsi dans 
les rues, en faisant retentir une sonnette. A ce 
bruit, les femmes, même les plus qualifiées, 
accourent au devant de ces pieux personnages, 
et baisent dévotement leurs parties sexuelles 
en l'honneur du dieu Chiven. 

C'est ainsi que plusieurs pénitens se mon- 
trent aussi insensibles à la douleur qu'aux 
amorces du plaisir, et reçoivent sans émotion 
de pareils baisers de la part des dévotes in- 
diennes. 

Cette vénération religieuse pour l'organe 
viril de la génération était inculquée dans 
l'âme de tous les peuples orientaux. Ce qui 
nous paraît ridicule ou honteux était pour eux 
noble et sacré; j'en rapporterai quelques preu- 
ves dans la suite. 

L'Egypte fournit des exemples pareils à ceux 
de l'Inde; et on voit encore des Égyptiennes 
remplir, envers quelques inspirés, le même 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 1 1 1 

acte de dévotion que les femmes de Canara 

remplissent à l'égard des prêtres de Chiven (i). 

Pour justifier Tadoration du Lirigam et le 

^•ulte de Chiven, auquel cette partie était con- 

(i) Un Turc insensé parcourait, tout nu, les rues d'A- 
lexandrie en Egypte. Il entrait dans les boutiques , pre- 
nait ce qui tombait sous sa main sans le payer, le 
gardait ou le jetait dans la rue. Loin de déplaire aux 
marchands turcs, cette extravagance les flattait beau- 
coup : ils voyaient dans ce gaspillage une preuve de la 
protection du prophète ; car depuis long-temps , en 
Orient , on a l'opinion singulière de regarder les fous 
comme des inspirés : on les nomme les saints de Dieu, 
tandis qu'en Europe tous les inspirés passent pour des 
fous. 

Pendant que ce Turc^ nu^ se livrait à ces actes de folie, 
arrive une vieille Musulmane. « D'une main, dit l'au- 
» teur qui me fournit cette anecdote , elle tire son voile 
» de côté , afin de lui laisser voir une partie de sa 
» figure, et, de l'autre, elle prend , à genoux , la par- 
» tie du fou que la décence ne permet pas de nommer, 
» quoiqu'elle fût plus malpropre que la boue même; 
)) elle la baise et la porte à son front. Le saint ne 
» fait aucune résistance. La femme suit son chemin ; 
>» et le fou , d'un air dédaigneux , continue sa mar- 
» che nonchalante. » {Vojage en Orient, par M. A. D. B., 
chap. II.) 

Pokoke vit à Rosette deux de ces fous quaUfiés de 
saints : ils étaient nus ; et des femmes leur rendaient dé- 
votement le même hommage. 



lî2 DES DIVINITES GENERATRICES 

sacrée, les prêtres indiens, comme ceux des 
autres nations, imaginèrent plusieurs fables, 
dont voici les plus accréditées : 

Pendant que Chiven vivait parmi les hom- 
mes, il enleva aux prêtres ou bramines plu- 
sieurs belles femmes attachées à leur service; 
car Chiven était un dieu de fort mauvais exem- 
ple, comme la plupart des divinités grecques 
et romaines. Ces bramines, mécontens, pro- 
noncèrent tant de malédictions contre le dieu 
ravisseur qu'il perdit l'usage d'un de ses mem- 
bres, fort nécessaire dans cette occasion. Le 
dieu, maudit, ne put en conséquence satisfaire 
ses désirs auprès de ces femmes; et le Lingam 
fut consacré comme un monument commémo- 
ratif de cette aventure, honteuse pour Chiven, 
et honorable pour les bramines. 

Dans d'autres pays de l'Inde, la fable est dif- 
férente. 

Un jour que ce dieu, couché avec son épouse, 
allait savourer ce que lesjouissances de l'amour 
ont de plus vif, un dévot vint, fort mal à pro- 
pos, frapper à sa porte. Le dieu est trop occupé 
pour lui ouvrir. Le dévot continue à frapper, 
mais frappe sans succès. Impatienté de ce re- 
tard^ il exhale sa colère, en se répandant en 
injures contre Chiven, qui, les ayant enten- 
dues, répond à l'importun par de violens re- 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. Il5 

proches. Alors le dévot, consterné, change de 
ton, s'excuse beaucoup, et demande que ceux 
qui adoreront Chiven sous la figure du Lingam 
soient plus favorisés que ceux qui ne ladorent 
que sous la figure humaine : sa prière fut 
exaucée. 

Une autre fable rapporte que la partie sexuelle 
de ce dieu était si grande qu'elle atteignait à 
son front. Il fut obligé de la couper et de la 
diviser en douze parcelles, qui donnèrent nais- 
sance à toutes les créatures humaines. 

Cette dernière fable parait allégorique ; les 
précédentes ne le sont point. Elle semble ex- 
primer la révolution annuelle du soleil, divisée 
en douze mois. L'auteur, qui l'a imaginée, a 
laissé voir la vérité à travers le voile léger dont 
il l'a enveloppée : cette allégorie prouve que 
le Lingam a la même origine et les mêmes 
rapports avec le soleil régénérateur que le 
Phallus , et que Chiven paraît être le dieu- 
soleil des Indiens. 

Dans les régions voisines qui sont à Test ou 
au nord de l'Inde^ ou dans l'Indostan, on ne 
retrouve plus le culte du Phallus. Les relations 
que nous avons sur le Pégu, Ava, Siam ou 
l'empire desBirmans , sur le Thibet et le 
Boutan, n'offrent aucune notion sur ce culte. 
Quoique les religions de ces diflPérentes nations 
II. 8 



I l4 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

aient entr'elles et celles de l'Inde des rapports 
nombreux, ce culte paraît n'avoir jamais été 
adopté dans les vastes contrées de la Tartarie. 
On serait tenté de croire qu'il l'a été en Chine, 
d'après une idole que les voyageurs les plus 
récens ont vue dans cet empire, et qu'ils qua- 
lifient vaguement d'idole consacrée à la vo- 
lupté. « On voit, dit l'un d'eux, plusieurs de 
» ces idoles obscènes dans les temples ou 
» miaos: elles reçoivent un tribut de confiance 
» et de respect de la part des Chinoises, très- 
)) pudiques d'ailleurs. La superstition est un 
» voile pour ces images (i). » 

Ces idoles sont sans doute celles dont parle 
M. Barrow, lorsqu'il dit que les femmes sté- 
riles vont dans les temples pour y toucher le 
ventre de certaines petites idoles en cuivre 
persuadées que, par suite de cet attouchement 
elles concevront et feront des enfans (2). 

Voilà bien le culte d'une idole obscène, et ce \ 
culte est rendu par des femmes; mais ces notions 
trop vagues n'annoncent ni le sexe de l'idole, 
ni par conséquent le Phallus : ainsi l'on peut 
dire, jusqu'à ce que de nouvelles lumières 

(i) T^ojage de V Ambassade de la Compagnie orien- 
tale hollandaise vers rempereur de la Chine. 

(2) Voyage en Chine, par John Barrow, t.Wy p. 32 1 - 



'{ 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. Il5 

nous éclairent^ que le culte de cet objet sacré 
s'est étendu en Asie depuis les rives du Nil 
jusqu'à celles du Gange , et qu'il n'a point 
franchi cette dernière limite. 



Il 6 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 



^^x.^^x^^sv^^sv^^^,^^sv^^sv^^^-\^A.v^sv^^^-'^^sv^^sv^^sv'^^sv^s^sv^sv 



CHAPITRE VII. 



Dutultedu Phallus en Amérique. 



Il a fallu qu'en Amérique il se soit trouvé 
des circonstances qui existaient en Asie, pour 
qu'elles aient fait , dans ces deux parties, du 
monde, naître le même culte; ou bien il a fallu 
que des Asiatiques, sans doute les Phéniciens 
navigateurs, jetés par la tempête sur les côtes 
du JNouveau-Monde, j aient fixé leur demeure 
et transporté leurs arts, leurs mœurs et leur 
religion. Cette dernière opinion, très-vraisem- 
blable, est adoptée par plusieurs savans. 

Que le culte du Phallus ait passé de l'Inde 
ou de l'Ethiopie en Egypte, de TEgypte dans 
l'Asie mineure et en Grèce, etc. : rien n'étonne; 
ces peuples communiquaient les uns avec les 
autres; mais que ce culte ait existé dans des 
contrées long-temps inconnues au reste de la 
terre, dans plusieurs parties de l'Amérique où 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. II7 
les peuples de rAncien-Monde ne communi- 
quaient pas autrefois: le fait est étonnant, mais 
n'en est pas moins vrai ; en voici les preuves : 

Lorsqu'on fit la découverte du Mexique, on 
trouva dans la ville de Panuco le culte par- 
ticulier du Phallus bien établi. Sa figure était 
adorée dans les temples. On voyait dans les 
places publiques des bas-reliefs qui, comme 
ceux de l'Inde, représentaient de différentes 
manières l'union des deux sexes. 

A Tlascalla^ autre ville du Mexique, on ré- 
vérait l'acte de la génération sous les symbo- 
les réunis des parties caractéristiques des deux 
sexes (i). 

Garcilasso de la Végua dit, d'après Blas Va- 
lera, que, chez les Mexicains, le dieu de la 
luxure était nommé Tiazolteuti (2). 

Je ne dois pas négliger d'observer que le so- 
leil était la divinité principale du Mexique, et 
que là^ comme en Asie, le culte du Phallus se 
trouvait associé a celui de cet astre. 

Les naturels de l'île de Tàiti, depuis nom- 
mée Saint-Domingue , rendaient aussi un culte 
au Phallus. On ne peut pas en douter d'après 
plusieurs de ces objets sacrés découverts, 

(i) Histoire des Incas , par Garcilasso de la Végua, 
Uu. II, chap. 6. 

(2) Histoire de la Floride, par le même. 



1 18 DES DIVINITES GENERATRICES 

en 1790, dans ce pays, comme l'atteste la dis- 
sertation faite à ce sujet, par M. Arihault , d-^ 
devant médecin du roi. Ces Phallus, dit-il, 
trouvés dans des fouilles et dans différens 
quartiers, sont incontestablement l'ouvrage de& 
naturels du pays. « Ils en avaient de plusieurs 
» espèces. Un d'eux a été trouvé dans la grande 
» caverne du Borgne. Il est représenté dans 
» une grandeur naturelle j la forme en est ré- 
» gulière ; le gland est perforé ; il est aplati à sa 
» base pour recevoir une forme de charnière. » 
Cette charnière était percée : on y adaptait 
sans doute un cordon qui servait à l'attacher 
ou à la pendre en quelque lieu saint. La ma- 
tière de ce Phallus dont j'ai vu le dessin, dit 
M. Arihaulty est d'une espèce de marbre. 

Un second est d'une pierre plus dure, moins 
gros que le premier, d'un beau poli , et égale- 
ment bien conformé. Le scrotum y est exprimé 
d'une manière assez naturelle, et fait partie de 
la même pièce. 

Un troisième, plus petite conformé comme 
le précédent, est percé à sa base : il paraît des- 
tiné à être porté suspendu par un cordon. 

M. Artliault possédait sept de ces Phal- 
lus (i). 

(i) Cette Dissertation manuscrite m'a été communi- 
quée par M. Moreau de Saint-Méri, conseiller-d'état. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES, 1 19 

Ces Phallus isolés doivent être rangés dans 
îa classe de ceux que les Africains et les Asiati- 
ques portaient en cérémonie lors des pompes 
religieuses, ou bien dans celle des ex voto 
qu'on appendait dans les lieux destinés au culte, 
pour obtenir la guérison de la partie malade 
dont le Phallus est l'image. 

Quoi qu'il en soit, ils appartiennent certai- 
nement aux premières époques de ce culte : 
leur isolement en est la preuve. 

Leur découverte jette une lumière nouvelle 
sur l'antiquité et la généralité de son institution, 
agrandit le champ des conjectures sur l'origine 
des habitans de cette partie de la terre, que 
nous appelons le Nouveau- Monde. 

Passons en Europe, et examinons quel fut le 
sort du culte du Phallus dans cette partie du 
monde. 



I20 DES DIVINITES GENERATRICES 



v«^,^^sv^^^»^^^,^^sv^^^,^^^.^^^<^^^^^^.\^^'>^^^^^.^^sv^s^^i 



CHAPITRE TIII. 



Du culte du Phallus chez les Grecs 



Des colonies égyptiennes vinrent, à diffé- 
rentes époques, s'établir dans certaines parties 
de la Grèce ^ y apportèrent leurs mœurs, leur 
religion, et les firent insensiblement adopter 
par les habitans incivilisés de ce pays, qui 
étaient alors connus sous le nom de Pélasges, 
Un des cbefs de ces colonies fonda, en Béotie, 
une ville à laquelle il donna le nom de Thèbes, 
nom que portait une autre ville très-fameuse 
de la haute Egypte, où l'on adorait particulière- 
ment le soleil sous le nom de Bacchus , et par 
suite le Phallus, un de ses principaux symboles. 

Hérodote et Diodore de Sicile s'accordent à 
dire que le culte de Bacchus fut porté en Grèce 
par un nommé Mélampus, qui vivait 170 ans 
avant la guerre de Troie. « Mélampus, fils 
» d'Amythaon, avait, dit Hérodote, une grande 
)) connaissance de la cérémonie sacrée du 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 121 
» Phallus. C'est lui, en effet, qui a instruit les 
» Grecs du nom de Bacchus , des cérémonies 
» de son culte, et qui a introduit parmi eux la 
» procession du Phallus, Il est vrai qu'il ne 
» leur a pas découvert le fond de ces mystères^ 
» mais les sages, qui sont venus après lui , en 
» ont donné une plus ample explication. 

» C'est donc Mélampus , ajoute-t-il, qui a 
» institué la procession du Phallus que l'on 
» porte en l'honneur de Bacchus ; et c'est lui 
» qui a instruit les Grecs des cérémonies qu'ils 
» pratiquent encore aujourd'hui (i). » 

Le même historien nous apprend que Mé- 
lampus y instruit , par les Egyptiens , d'un 
grand nombre de cérémonies, entr'autres de 
celles qui concernent le culte de Bacchus, les 
introduisit dans la Grèce avec de légers chan- 
gemens. Il convient que les cérémonies pra- 
tiquées par les Grecs ont beaucoup de ressem- 
blance avec celles des Egyptiens. Plutarque dit 
de même que les Pamjlies des Egyptiens, fêtes 
célébrées en l'honneur du dieu-soleil Osiris, et 
dans lesquelles on portait le Phallus ^ ne diffé- 
raient point des Phallophories des Grecs^ célé- 
brées en l'honneur du dieu-soleil Bacchus, où 
l'on portait aussi des Phallus (i). La diflférence 

(i) Hérodote, Euterpe, liv. 2, sect. 49^ 
(2) Plutarque, Traité d'Isis et à'Osiris. 



123 DES DIVINITÉS GENERATRICES 

quY trouve Hérodote consiste en ce que les 
Grecs, dans leur féte^ ne sacrifiaient point un 
porc comme les Egyptiens , et que le Phallus 
qu'ils portaient dans les processions n'adhérait 
point à une figure humaine, mais qu'il était 
isolé. 

Hérodote pense que les connaissances ac- 
quises par Mélampus sur le culte de Bacchus 
provenaient de ses liaisons avec les descendans 
de Cadmus de Tyr, et avec ceux des Tyriens 
de sa suite qui vinrent de Phénicie dans cette 
partie de la Grèce qu'on appelle aujourd'hui 
Béotie, 

Les Grecs ne composèrent pas seulement 
leur théologie de celle de la haute et basse 
Egypte; mais encore ils y amalgamèrent le 
culte grotssier des Pélsges , anciens habitans de 
la Grèce. Hérodote nous apprend queV Hermès 
à Phallus, ou Mercure au membre droit , ne 
vient point d'Egypte; mais que les Athéniens le 
tiennent des Pélasges qui habitaient le même 
canton. « Les Pélasges, ajoute-t-^1, en donnent 
)) une raison sacrée que l'on trouve expliquée 
» dans les mystères de Samotrace (i). » 

Au culte transmis par les Egyptiens, à celui 
qu'ils trouvèrent établi chez les Pélasges, les 

(i) Hérodote, Euterpe, sect. 5i. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 125 

Grecs ajoutèrent les cultes en vigueur chez les 
Syriens, les Babyloniens, les Phéniciens, les 
Phrygiens, et d'autres peuples qui fondèrent 
des colonies chez eux^ ou avec lesquels ils 
étaient en commerce. Ce mélange confus devint^ 
la matière que l'imagination féconde et déré- * 
glée des Grecs mit en œuvre pour enfanter le 
dédale inextricable de la mythologie : cet océan 
d'aventures ridicules ou merveilleuses, souvent 
contradictoires, qui ont fait le désespoir des 
commentateurs. 

Au milieu de ce chaos, il subsiste cependant 
des points de reconnaissance, qui établissent la 
conformité des cérémonies et des fables des 
Grecs avec celles qui étaient en usage chez les 
étrangers. Le Phallus, par exemple, fut cons- 
tamment chez eux , comme il était chez les 
Egyptiens et chez d'autres peuples , uni au 
culte du dieu-soleil. 

Bacchus était nommé en Grèce Dionjsius (i), 

(i) Cette dénomination dérive , dit-on , de Nfsa, ville 
où Jupiter fit porter Bacchus par Mercure , pour y être 
élevé par des nymphes , ou du nom de Njsa , fille d'^- 
risteus , qui le nouirit. Ce sont des fables : Bacchus ne 
fut élevé par personne, ni dans aucune ville. Bacchus 
était le soleil ; et ce nom lui vient du pays de Cous, dans 
la Thébaïde.. La syllabe ab ou ba signifie père, maître, 
dieu : ainsi le nom de Bacchus doit être interprété par 



Î24 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

et ses fêtes Dionysiaques. Il y avait plusieurs 
fêtes de ce nom. Celles qui se célébraient à la 
ville étaient appelées les grandes DionjsiaqueSy 
ou les Dionysiaques urbaines : elles avaient 
lieu à Limna dans l'Attique , où Bacchus avait 
un temple, le 12 du mois e'iaphébolion, qui ré- 
pond au 12 du mois de mars, et huit jours avant 
l'époque où la même fête se célébrait en Egypte 
sous le nom de Pamylies. 

Les grandes Dionysiaques duraient pendant 
trois jours. Quatorze prêtresses, choisies par 
l'archonte-roi et présidées par son épouse , fi- 
guraient dans cette solennité. 

Ces fêtes, dans leur origine, se célébraient 
sans luxe et sans beaucoup d'appareil : voici ce 
qu'en dit Plutarque. « Rien n'était plus simple, 
M et en même temps plus gai, que la manière 
» dont on célébrait autrefois dans ma patrie 
» les Dionysiaques. Deux hommes marchaient 
» à la tête du cortège, dont l'un portait une 
» cruche de vin, et l'autre un cep de vigne; un 
» troisième traînait un bouc; un quatrième 
» était chargé d'un panier de figues ; une Çi- 



lepère ou le dieu de Cous. Quant au nom Dionj'sius , il 
est le même ([ViAdon, Adonis, Adonaï, Dionis, qui si- 
gnifient maître, seigneur : qualifications qu'on a toujours 
données au soleil. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 125, 

» gure de Phallus fermait la marche. On né- 
» glige aujourd'hui, continue-t-il, cette heu- 
» reuse simplicité; on la fait même disparaître 
» sous un vain appareil de vases d'or et d'ar- 
» gent, d'habits superbes, de chevaux atelés 
)) à des chars et de déguisemens bizarres (i). » 

Voici quelle était ordinairement l'ordon- 
nance de cette pompe religieuse : 

La marche s'ouvrait par des bacchantes, qui 
portaient des vases pleins d'eau,* ensuite s'avan- 
çaient de jeunes vierges recommandables par 
la pureté de leurs mœurs et par leur naissance, 
appelées Canéphores , parce qu'elles portaient 
des corbeilles d'or remplies des prémices de 
tous les fruits, où se trouvaient des serpens ap- 
privoisés, différentes fleurs, quelques objets 
mystiques: comme le sésame, le sel, la férule, 
le lierre, des pavots, des gâteaux de forme 
ombilicale, des placenta, et notamment le 
Phallus couronné de fleurs. 

A la suite de cette troupe de vierges, parais- 
saient les Phallophores : c'étaient des hommes 
qui ne portaient point de masque sur leur vi- 
sage, mais qui le couvraient avec un tissu 
formé par des feuilles de lierre, de serpolet et 

(i) Pliitarque, OEuvres morales , Traité de Vaînour 
des Richesses, vers la fin. 



^126 DES DIVINITÉS GENERATRICES 

d'acanthe. Une épaisse couronne de lierre et de 
violette ceignait leur tète. Ils portaient l'amict 
et la robe auguralej ils tenaient en main de 
longs bâtons, de la cîme desquels pendaient des 
Phallus, 

Cette partie de la solennité était nommée 
Phallophorie y Phallogogie ^ Periphallie. 

Venait ensuite un chœur de musiciens qui 
chantaient ou accompagnaient, au son des 
instrumens, des chansons analogues au simu- 
lacre que les Phallaphores étalaient, et criaient 
par intervalles : evohé Bacché ! io Bacchéy io 
Bacché! 

A ce chœur de musiciens succédaient les 
ityphalles. Ils étaient, suivant Hesichius , vêtus 
d'une robe de femme. Athénée les représente la 
tête couronnée^ les mains couvertes de gants 
sur lesquels des fleurs étaient peintes, portant 
une tunique blanche et l'amict tarentin à demi- 
vêtu^ et, par leurs gestes et leur contenance _, 
contrefaisant les ivrognes. C'étaient sur-tout les 
Itjphalles qui chantaient les chants phalliques, 
et qui poussaient ces exclamations : eithé, me 
Itjphallé! 

Suivaient le van mystique et autres objets 
sacrés. 

Des groupes de satyres et de bacchantes fi- 
guraient souvent dans ces processions. Les 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 127 

bacchantes, à demi-nues ou couvertes seulement 
d'une peau de tigre passée en écharpe, les che- 
veux épars, tenant en main des torches allu- 
mées ou des tyrses, s'abandonnaient aux mou- 
vemens les plus impétueux, en heurlant des 
ésfolié , et menaçaient ou frappaient même les 
spectateurs. Elles exécutaient quelquefois des 
danses appelées phalliques , dont le principal 
caractère consistait en mouvemens lascifs. 

Les satyres traînaient des boucs ornés de 
guirlandes, et destinés au sacrifice; puis on 
voyait arriver, monté sur un âne, le person- 
nage qui jouait le rôle de Silène, et représen- 
tait ce nourricier de Bacchus chancelant et à 
demi-ivre. 

On doit juger que de telles scènes religieuses 
devaient facilement dégénérer en abus : aussi 
tout ce que l'ivresse et la débauche ont de plus 
dégoûtant était audacieusement offert aux 
yeux du public. Un médecin de l'antiquité, ^re- 
teus y dit, en parlant des satyres qui accompa- 
gnaient les pompes de Bacchus, qu'ils s'y pré- 
sentaient d'une manière fort indécente, dans 
un état apparent de désir dont la continuité 
étonnante était regardée comme une grâce du 
ciel, une marque de l'assistance divine (i). 

(i) Satjri in hanc pompam producebantur arecto 



128 DES DIVINITÉS gÉnÉRATRICEî^ 

Il est probable que cet auteur a pris la fic- 
tion pour la réalité, et le postiche pour la na- 
ture. Divers monumens antiques qui nous re- 
tracent les scènes des groupes de satyres nous 
représentent des hommes dont la tête était cou- 
verte d'un masque entier, ou têtière, et le corps 
et les jambes enveloppés de peaux de bouc. On 
peut croire que le travestissement était complet, 
et qu'un Phallus artificiel était substitué au na- 
turel; car, sans cela la, durée de l'état en ques- 
tion, un érétisme si soutenu, pendant une 
course longue et fatigante, serait vraiment un 
miracle. 

Que les jeux obscènes des groupes de satyres 
fussent figurés ou réels, ils n'en étaient pas 
moins des attentats à la pudeur publique ; et 
un père de l'église grecque, révolté de ces 
scènes scandaleuses^ s'exprime de la sorte : 
(( L'homme le plus débauché n'oserait jamais, 
» dans le lieu le plus secret de son apparte- 
)) ment, se livrer aux infamies que commettait 
» effrontément le chœur des satyres dans une 
» procession publique (i). » 

pêne , quod tamen ipsi rei divinœ signum autumabant. 
{Areteus, lib. 2. Auctorum, cap. 12.) 

(i) Théodoret, cité par Castellan. , de Festis grceco- 
rum, Dionysia, p. loi. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. ï 2g 

dette marche religieuse était suivie de jeux 
qui avaient un caractère analogue. La jeunesse 
s'exerçait à sauter sur des outres enflées de vent, 
et à courir, les yeux bandés, parmi des Phallu& 
ornés de fleurs , et suspendus à des pins ou à 
des colonnes. On regardait comme un présage 
de bonheur lorsqu en courant la tête venait à 
se heurter contre ces simulacres. 

Les prêtres d'Osiris, d'Adonis, d'Atis, de 
Chiven et d'autres dieux-soleils, avaient com- 
posé, pour chacune de ces divinités, une ou 
plusieurs fables ou légendes que l'on récitait 
lors de leurs fêtes, qui servaient aussi de ma- 
tière à leurs hymnes , et dans lesquels on ren- 
dait raison de leur association avec le Phallus. 
Les prêtres de Bacchus suivirent cet exemple , 
et composèrent une fable, dont voici une no- 
tice sommaire : 

Bacchus a perdu sa mère Semelé, tuée par 
la foudre ou morte dans un incendie; il la 
cherche dans plusieurs pays, et va jusqu'aux 
enfers pour la trouver. Pendant le cours de ses 
recherches, il rencontre un jeune homme, ap- 
pelé Poljmnus ou Prosumus , qui promet de 
le conduire auprès de sa mère, et de lui mon- 
trer le chemin des enfers s'il en a besoin; 
mais Polymnus, devenu amoureux de Bacchus, 
II. 9 



l3o DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

exige , pour prix de ce service , une com- 
plaisance honteuse : le dieu consent sans dif- 
ficulté. On va voir de quelle manière il tint sa 
promesse. 

Poljmnus mourut en chemin. Bacchus lui 
éleva un tombeau; et, en mémoire du défunt, 
il fabriqua avec une branche de figuier un ' 
Phallus, qu'il plaça sur ce monument. 

Deux pères de l'église, qui me fournissent 
ces détails , Arnobe et Clément d Alexandrie , 
en ajoutent de fort scandaleux. Leurs expres- 
sions sont si peu ménagées qu'à cause de la 
sévérité de notre langue et de la délicatesse de 
nos oreilles je ne puis les traduire. Je me 
bornerai à dire que Bacchus, jaloux de rem- 
plir ses engagemens, planta le Phallus de bois 
sur le tombeau du défunt, s'assit à nu sur sa 
pointe, et que, dans cette attitude, il s'acquitta 
complètement envers ce simulacre de la pro- 
messe qu'il avait faite au jeune Polymnus (i). 

(i) Voici comment Arnobe décrit cette action de Bac- 
chus '. Figit {penem) super aggerem tumuli, et,posticâ 
ex parte nudatus ,insidet . Lasciviâ deinde siiriantis as- 
sumptâ, JiUc atque illiic chines torquet, et meditatur ab 
ligno pati quod jamdudum in veritate promiserat. (Ar- 
nobii adversus Gentes opéra , lib. 5,pag. 177, édit. de 
i65i.) {Clément j4lexand., Propterpt.) 

Arnobe et Clément d'Alexandrie ne sont pas les seuls 



i:HEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. i5i 

C'est par ces contes obscènes, qui décèlentrim- 
moralité du temps dans lequel ils ont été inven- 
tés, que les prêtres amusaient le peuple, et le 
trompaient sur le véritable motif de l'institution 
^♦du Phallus: comme si des mensonges orduriers 
devaient être plus profitables à la religion que 
des vérités simples, dont la connaissance était 
réservée aux seuls initiés des plus hautes 
classes. 

Le scoliaste d'Aristophane attribue à une 
autre cause l'institution du Pkallus en Grèce. Il 
raconte que, un nommé Pégaze ayant introduit 
le culte de Bacchus et de ses symboles dans 
l'Attique, les habitans de ce pays refusèrent de 
l'adopter. Ils en furent punis par ce dieu , qui 
les frappa dans les parties de la génération 
d'une maladie incurable, rebelle à tous les 
remèdes, et dont ils ne purent se débarras- 
ser qu'en rendant de grands honneurs à Bac- 
chus. Ils fabriquèrent alors des Phallus , comme 
un hommage particulier qu'ils faisaient à cette 

pères de l'église qui aient rapporté cette fable : on la 
trouve avec ces circonstances dans Julius Firmicus , de 
Erroreprofanarum Religionum ; dans Theodoret, Ser- 
mon 8 de Martjrihus y dans Nîcétas , sur Grégoire de 
Nazianze, orat, 89, p. 829, etc. Voyez, au surplus, Oh- 
servationes ad Arnobium Gebharti Elmenhorstii , 
p. 171. 



l32 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

divinité, et comme un monument de leur re-^ 
connaissance et de leur attachement pour elle. 

Les Grecs, très-affectionnés au culte du Phal- 
lus y l'introduisirent dans les cérémonies consa- 
crées à plusieurs autres divinités. « On a con-^ 
» serve la coutume, dit Diodore de Sicile, de 
» rendre quelques honneurs à Priape, non- 
» seulement dans les sacrés mystères de Bac- 
» chus, mais aussi dans ceux des autres dieux; 
» et Ton porte sa figure aux sacrifices en riant 
» et en folâtrant. » 

Vénus et Cérès, la première présidant à la 
fécondité de l'espèce humaine, la seconde à 
celle des champs, devaient avoir droit au 
Phallus, symbole général de la fécondité. 

La consécration du Phallus par Isis, en 
Egypte ; la réunion à Biblos , dans un même 
temple, du culte du Soleil, de Vénus Astarté et 
du Phallus; cette même réunion du simulacre 
des deux sexes dans l'Inde , prouvent que les 
Grecs ne manquaient pas d'exemples pour as- 
socier le Phallus au culte de Vénus: aussi l'u- 
nissaient-ils souvent au Mullos , c'est-à-dire au 
simulacre de la partie du sexe féminin , et cette 
réunion complétait l'allégorie ; aussi voyait- 
on , à Cypre , dans les mystères de la mère 
des amours , figurer l'emblème de la vi- 
rilité. Les initiés aux mystères de la Vénus cy- 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. l55 
prienne recevaient ordinairement une poignée 
de sel et un Phallus. 

Une secte particulière et peu connue, appe- 
lée la secte des Baptes y célébrait à Athènes , à 
Corinthe, dans l'île de Chio, en Thrace et ail- 
leurs, les mystères nocturnes de CotittOj espèce 
de /^ewwi'populaire. Les initiés, qui se livraient 
à tous les excès de la débauche, y employaient 
le Phallus d'une manière particulière; ils étaient 
de verre , et servaient de vase à boire (i). 

Ceux qui ne voient dans ce symbole de la 
reproduction que le caractère du libertinage 
doivent s'étonner de ce qu'il faisait partie inté- 
grante des cérémonies consacrées à Céres , di- 
vinité si recommandée par sa pureté, et sur- 
nommée la Vierge sainte; de ce qu'il figurait 
dans les mystères de cette déesse à Eleusis, ap- 
pelés mjstères par excellence , auxquels tous 
les hommes de l'antiquité, distingués par leurs 
talens,par leurs vertus, s'honoraient d'être ini- 
tiés; d'où les scélérats, fussent-ils placés sur le 
trône, étaient rigoureusement exclus; et dont 
la moralité des dogmes et la sagesse des 
principes sont garanties par le témoignage des 

( I ) Juvénal , parlant de la licence extrême de ces mys- 
tères , dit (satire 2, vers 96 ) : 
Vitre o hibit ille Priapo, 



l54 DES DIVINITES GENERATRICES 

écrivains grecs , ou romains, connus par leur 
véracité et leurs belles actions. Tertulien nous 
apprend que le Phallus faisait a Eleusis partie 
des objets mystérieux. « Tout ce que ces mys- 
» tères ont de plus saint, dit-il , ce qui est caché 
» avec tant de soin , ce qu'on est admis à ne 
» connaître que fort tard, et ce que les minis- 
» très du culte, appelés Epoptes, font si ardem- 
» ment désirer, c'est le simulacre du membre 
» virit (i). » 

Ce simulacre figurait encore dans la célébra- 
tion de la fête dite Thesmophories, en l'hon- 
neur de la même déesse. On voyait une proces- 
sion de femmes. Chacune d'elles était accom- 
pagnée d'une suivante portant une corbeille, 
où était le gâteau qui devait être offert à Cérès 
et à sa fille. Parmi ces pieuses Athéniennes fi- 
gurait, comme épisode nécessaire à la cérémo- 
nie , Yltiphalle ou le Phallus , porté au bout 
d'une perche : tout alentour se faisaient enten- 
dre les cantiques ithy phalliques, c'est-à-dire, 
des chansons très^obscènes (2). 

Théodoret di\i ç\yxe l'on vénérait aussi, dans 

(i) Tertulien. Adversus Valentitianos , Tertuliani 
opéra , p. 260. 

(2) Mélanges de critique et de philologie, i^dirM. Char- 
don de la Rochette, t. III, p. 202. Préface deDomLobi- 
neau, sur sa traduction manuscrite à' Aristophane. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. l55 

les orgies secrètes d'Eleusis, l'image du sexe 
féminin (i). 

Pour justifier la présence de ces figures ob- 
scènes dans des mystères aussi saints, pour 
donner un prétexte à cette association du culte 
de Cérès et de celui du Phallus , voici la fable 
extravagante que les prêtres imaginèrent. 

Cérès cherchait sa fille Proserpine quePluton 
avait enlevée. Dans cette intention, elle par- 
courait le monde, tenant deux flambeaux 
qu'elle avait allumés aux feux du mont Etna. 
Elle arrive fatiguée a Eleusis , bourg de l' Atti- 
que. Une femme, nommée Baiibo, lui offre 
l'hospitalité, lui fait un accueil gracieux, cher- 
che par ses caresses à adoucir le chagrin dans 
lequel la déesse est plongée, et lui présente, 
pour la rafraîchir, cette liqueur fameuse dans 
les mystères, et que les Grecs appelaient Cj- 
céon. Cérès, en proie à sa douleur , refuse avec 
dédain ce breuvage, et repousse la main de 
celle qui l'invite à s'en désaltérer. 

Voyant ses instances plusieurs fois reje- 
tées , l'obligeante ^^«^o^ pour vaincre l'obs- 
tination de la déesse , a recours à d'autres 
moyens. Elle pense qu'une plaisanterie, en 



(i) Castellanus, de Festis Grœcorum , Eleusinia ^ 
p, 143 et i44- 



l56 DES DIVIMTES GENERATRICES 

l'égayant, pourra la disposera prendre la nour- 
riture dont elle a besoin. Dans ce dessein, elle 
sort, fait ses dispositions, puis reparaît devant 
la déesse, se découvre à ses yeux, et lui fait voir 
toutes ces parties secrètes que la pudeur dé- 
fend de nommer. A ce spectacle aussi étrange 
qu'inattendu, Cérès éclate de rire, oublie son 
chagrin, et consent avec joie à boire le Cj^ 
céon (i). 

Dans les fêtes d'Eleusis, on chantait- un 
hymne dont une strophe contenait la conclu- 
sion de cette aventure. Clément d'Alexandrie 
et Arnobe ont tous les deux publié cette fable; 
ils nous ont de plus transmis cette strophe, mo- 
nument authentique de la grossièreté et de 
l'indécence des fables que débitaient les prêtres 
de l'antiquité. 

(i) Partem illam corporis per quant seeus femineum 
et sobolem prodere et nomen solet acqidrere generi 
thm longiore ah incurid libérât : facit sumere habitum 
puriorem , et in speciem levigari nondum duri atque 

striculi pusionis : redit ad deam tristem atque 

omnia illa pudoris loca revelatis monstrat inguini— 
bus ; atque pubt qffigit oculos Diva , et inauditi specie 
solaminis pascitur , etc. Ce passage, sans doute cor- 
rompu dans plusieurs endroits , a embarrassé les com- 
mentateurs. (Arnobe, Adversus gentes, lib. 5, p. 174 et 
175. Godescalc. Stevech. in Arnob. , Observât. Eh 
menhorst. Desid. Hei^aldi animadversiones , etc.) 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 1^7 

Dans les fêtes appelées Targilies, qui se cé- 
lébraient le 6 du mois de targélion ou de mai_, 
on voyait aussi figurer le Phallus, Sa présence, 
dans cette solennité, ne doit point étonner, 
puisqu'elle était consacrée à Apollon, dieu-so- 
leil, et à Diane, divinité de la lune, ou, suivant 
le scoliaste d'Aristophane , au soleil et aux sai- 
sons. Il ajoute que des jeunes gens portaient, 
dans cette fête, des branches d'olivier, d'où 
pendaient des pains, des légumes, des glands, 
des figues et des Phallus (i). 

On a remar(Jtté que le Phallus était cons- 
tamment lié au culte des dieux-soleil^ quels 
que fussent les noms qu'ils portassent ; qu'il en 
était dépendant , et qu'il ne figurait dans les 
mystères consacrés à cet astre que comme un 
symbole, un objet secondaire de la cérémonie, 
mais non comme une divinité particulière. Les 
habitans de Lampsaque (2), ville située sur les 
bords de l'Hellespont, s'avisèrent, les pre- 
miers, de tirer ce symbole de la dépendance 
des dieux-soleil, de l'ériger en divinité, et de 
lui rendre un culte particulier sous le nom an- 
tique de Priape. Ce dieu naquit dans cette ville^ 



(i) Histoire religieuse du Calendrier, par Court de 
Gebelin, p. 436. 

(2) Aujourd'hui nommé Laspi. 



l58 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

dit la fable : ce qui, en langage allégorique^ 
signifie que son culte y prit naissance. 

Priape y était représenté comme un Terme ^ 
dont la tête , et quelquefois la moitié du corps, 
appartenait à Fespèce humaine. Sa figure était 
la copie de ces Hermès ou Mercure munis d'un 
Phallus colossal qui, en Grèce^ abondaient 
dans les champs, sur les chemins et dans les 
jardins. Ils étaient évidemment une imitation 
des figures à Phallus disproportionné que les 
femmes d'Egypte portaient en procession pen- 
dant les fêtes d'Osiris, et que^i'on conservait 
dans le temple d'Hiérapolis, en Syrie. 

Ce sont de tels Hermès à Phallus, qui, pla- 
placés dans les carrefours d'Athènes, furent 
mutilés dans une débauche nocturne par Alci- 
biade et ses compagnons : profanation qui eut 
pour lui des suites très-fâcheuses. 

C'est aussi à ces Hermès à tête humaine et 
à Phallus que Philippe , roi de Macédoine , 
comparait les Athéniens. Ils n'ont, disait-il, 
comme les Hermès , que la bouche et les par- 
ties de la génération , pour exprimer qu'ils n'é- 
taient que babillards et libertins (i). 

Les habitans de Lampsaque, ignorant l'origine 
de cette divinité, et n'ayant d'autres données 

(i) Stobée, Serm. 1 1. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. I 3g 

que sa figure pour lui composer une légende 
ou une fable, et trouvant des rapports frap- 
pans entre certaine partie de l'âne et le trait qui 
caractérisait Priape, lui sacrifièrent un âne , et 
introduisirent cet animal comme acteur dans 
les aventures qu'ils supposèrent à ce dieu. 
Voici en substance quelle était cette fable . 

La naissance de Priape est fort incertaine. Sui- 
vant les uns, il la dut à Bacchu s età la nymphe ap- 
pelée Najade; d'autres lui donnent pour mère la 
nymphe Chionée. Hygin le dit fils de Mercure; 
et Apollonius^ d'Adonis et de Vénus. L'opinion 
la plus généralement adoptée le fait naître de 
Bacchus et de Vénus. Les mythologues , qui le 
disent fils d'Hermès ou de Mercure, annoncent 
par là que ce dieu devait sa naissance aux 
pierres ou aux troncs d'arbres, appelés Hermès 
par les Grecs, et qui avaient servi à composer 
sa figure. Ceux qui le disent fils de Bacchus ou 
d'Adonis, dieux-soleil, exprimaient son origine 
par une allégorie plus savante et plus conforme 
à la vérité. 

La jalouse Junon, apprenant que sa fille 
Vénus était enceinte, la visita; et, sous le pré- 
texte de la secourir, elle employa, en lui tou- 
chant le ventre , un charme secret qui la fit ac- 
coucher d'un enfant difforme, et dont le signe 
delà virilité était d'une proportion gigantesque. 



* • 

140 DES DIVINITÉS GENERATRICES 

Vénus, fâchée d avoir donné le jour à un enfant 
monstrueux, l'abandonna, et le fit élever, loin 
d'elle, à Lampsaque. Devenu grand, le dieu 
courtisa les dames de cette ville; et sa difiPor- 
mité ne leur déplut pas ; mais les maris, jaloux, 
le chassèrent honteusement. Ils furent bientôt 
punis de cette violence : une maladie cruelle 
les attaqua à l'endroit même où le dieu préside. 
Dans cette fâcheuse extrémité, on consulta l'o- 
racle de Dodone : d'après son avis, Priape 
fut honorablement rappelé; et les pauvres ma- 
ris se virent contraints de lui dresser des autels, 
et de lui rendre un culte (1). 

Telles sont les fables fabriquées sur l'origine 
de Priape. Voici celles qui expliquent l'asso- 
ciation de l'âne à son culte : 

Un jour Priape rencontra Vesta couchée sur 
l'herbe ^ et plongée dans un profond sommeil. 
Il allait profiter d'une occasion aussi favorable 
à ses goûts lascifs, lorsqu'un âne vint fort à 
propos par ses braimens réveiller la déesse en- 
dormie^ qui échappa heureusement aux pour- 
suites du dieu libertin. 

Lactance et Hygin attribuent à une autre 

(1) On voit que cette fable a le même fond que celle 
rapportée par le Scoliaste d'Aristophane , sur l'origine du 
culte du Phallus dans l'Attique. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. l4l 

cause l'usage d'immoler un âne à ce dieu; et 
cette cause est encore moins décente. Priape 
eut, disent-ils, une dispute avec l'âne de Silène 
que montait Bacchus lors de son voyage dans 
l'Inde. Priape prétendait être, à certain égard, 
mieux que l'âne, avantagé de la nature. La 
question , dit Lactance , fut décidée en faveur 
de l'animal; et Priape, furieux d'une telle hu- 
miliation, tua son concurrent. Hygin raconte 
au contraire que Priape fut vainqueur, et que 
l'âne vaincu fut mis au rang des astres (i). 

Le peuple de Lampsaque, dit Pausanias, est 
plus dévot à Priape qu'à toute autre divinité (2). 
Il était le dieu tutélaire de cette ville, dont les 
médailles, conservées jusqu'à nos jours, offrent 
sa figure bien caractérisée, et attestent encore 
la considération dont il jouissait parmi ses ha- 
bitans. Ces médailles, qui se voient dans les 
cabinets des curieux , le présentent le plus or- 
dinairement sous la forme d'un kermès, où le 
monstrueux Phallus est ajusté. 

Des empereurs romains, non pas de ceux 
qui se sont distingués par leur extrême débau- 
che, ont voulu éterniser leur dévotion au dieu 

(i) Lactantius, de fais a Religione , lib. i , cap. 21. 
Hyginus, Poeacwm astronomicon, cap. 33. 

(2) Pausauias, liv. IX, Béotie, cap. XXXL 



l42 DES DIVINITÉS GENERATRICES. 

de Lampsaque , et faire frapper des médailles 
où leurs noms sont associés au signe indécent 
de celte divinité. On en trouve une de Septime 
Sé^^ère, et une autre que la ville même de 
Lampsaque fit frapper en l'honneur de l'em- 
pereur Maximin (i). 

La ville de Priapis ou de Priape ^ bâtie sur 
les bords delamerPropontide, dans la Troade, 
doit son nom au culte de cette divinité. C'est 
dans ce lieu, dit la fable, que Priape, chassé 
par les maris de Lampsaque, vint chercher un 
asile. On y voyait un temple où le dieu-soleil 
Apollon était adoré sous le nom de Priapesœus. 
Ainsi les habitans avaient conservé, dans leur 
culte, les rapports existans entre l'astre du jour 
et l'emblème delà fécondité. 

Pline fait mention de plusieurs autres lieux 
qui portaient le nom de Priape, et où, sans 
doute, il était vénéré comme la divinité prin- 
cipale. En parlant des îles de la mer d'Ephèse, 
il en nomme une appelée Priapos (2). Il dit 
ailleurs qu'au golfe Céramique est l'ile de Pria- 
pojièse (5). 

(i) Baudelot, dans son ouvrage intitulé : Utilité des 
J^ojages, a donné la gravure de ces deux médailles {t. I, 
p. 343 et 344). 

(2)Pline,liv.V, cap. XXXI. 

(3;/^em, liv. V. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. l43 

Priape était honoré d'un culte particulier 
dans différentes villes de la Grèce : telles étaient 
Ornée, située près de Corinthe, qui donna à ce 
dieu le surnom ôi^Ornéates et à ses fêtes celui 
ôHOniéennes , et Colophon, ville de Tlonie, fa- 
meuse par son oracle d'Apollon. On y célébrait 
avec beaucoup d'éclat les fêtes de Priape; et ce 
dieu n'y avait pour ministres que des femmes 
mariées. 

Les Cylléniens rendaient aussi à Priape un 
culte particulier, ou plutôt ils confondaient 
cette divinité avec celle ô^ Hermès ou de Mer- 
cure; car, comme je l'ai dit, les Hermès à 
Phallus ne différaient en rien des Priapes pour 
la figure : la matière de pierre ou de bois, le^ 
lieu où ils étaient placés, et les honneurs qu'on 
leur rendait, faisaient les seules différences. 
Une de ces figures, que Pausanias qualifie 
Ôl Hermès , recevait les honneurs divins à Cy- 
lenne. Elle était élevée sur un piédestal, et pré- 
sentait un Phallus remarquable (i). 

Le même auteur a vu sur le mont Hélicon 
une autre figure de Priape, qui, dit-il, mérite 
l'attention des curieux. Ce dieu est sur-tout ho- 
noré, continue- t-il, par ceux qui nourrissent 

(i) Pausanias, Elide, liv 6, chap. 26. 



l44 I>ES DIVINITES GENERATRICES 

des troupeaux de chèvres ou de brebis, ou des 
mouches à miel (i). 

Tous les auteurs qui parlent de Priape s'ac- 
cordent, avec lesmonumens numismatiques et 
lapidaires, à donner à son signe caractéristique 
des proportions plus grandes que nature. Les 
Grecs avaient conservé l'antique tradition à 
l'égard de cette forme colossale étrangère à la 
figure humaine à laquelle elle est adhérente. 

Us conservèrent aussi au Phallus et à Priape 
même ses rapports originels avec le soleil; et 
leur culte ne fut presque jamais séparé de celui 
de cet astre, sous quelque nom qu'il fût adoré. 
Déterminés par ces principes, ils accordèrent à 
• Priape le titre auguste de sau\>eur du monde , 
qu'on a souvent donné aux dieux-soleil, et 
sur-tout aux différens signes qui ont successi- 
vement marqué l'équinoxe du printemps , tels 
que les Gémeaux, le Taureau, le Bouc, enfin 
le Bélier ou l'Agneau. Cette quahfication divine 
se trouve dans une inscription grecque placée 
sur le Priape antique du musée du cardinal 
Albani (:i). 

On sacrifiait un âne à Priape; on lui offrait 

(i) Plutarque, Béotie^Xxy. g, cap. 3i. 
(2) Voyez Vouvrage de Knigth, sur le culte de Priape, 
où ce monument est gravé. 



CHEZ LES A>CIENS ET LES MODERISES. l45 

lies fleurs, des fruits, du lait et du miel; on lui 
faisait des libations, en versant du lait ou du 
vin sur la partie saillante qui distingue cette 
divinité; on y appendait des couronnes et 
même de petits Phallus en ex voto ; enfin les 
dévots venaient baiser religieusement le Phal- 
lus consacré. 

L'introduction et lesprogrèsdu christianisme 
en Grèce devinrent funestes au culte du Phal- 
lus et de Priape, mais ne l'anéantirent pas. 
Lors même que plusieurs écrivains chrétiens 
s'attachaient à déclamer contre lui , se récriaient 
contre ses indécences, en décrivaient, et peut- 
être même en exagéraient les abus, une secte 
favorable au Phallus s'établissait sôus une 
forme nouvelle. C'était celle qui célébrait les 
fêtes appelées orphiques , espèce de Dionysia- 
ques régénérées sous des noms différens. La 
divinité qui en était l'objet se nommait Pha- 
neSy surnom du soleil : elle était figurée avec 
un Phallus très-apparent, qui, suivant quel- 
ques auteurs , était placé en sens inverse. 

La secte des orphiques se distingua d'abord 
par ses principes austères, par ses mœurs 
pures, qui dégénérèrent dans la suite en dé- 
bauche (i). 

(i) Warburthon attribue la cause de cette dégradation 
IT. lO 



î46 DES DIVINITES GENÉRATHICES 

Aux déclamations violentes et répétées deg 
pères de l'Eglise contre le Phallus, lespartisans 
de ce culte répondaient qu'il était un emblème 
du soleil, de l'action régénératrice de cet astre 
sur toute la nature. 

Un philosophe platonicien, JambliquCy qui 
vivait sous le règne de Constantin , disait que 
l'institution des Phallus était le symbole de la 
force générative; que ce symbole provoquait 
la génération des êtres. « C'est véritablement, 
» ajoutait-il, parce qu'un grand nombre de 
» Phallus sont consacrés que les dieux répan- 
» dent la fécondité sur la terre (i). » 

Malgré les atteintes du christianisme, le culte 
du Phallus se soutint encore long-temps chez 
les Grecs. Les femmes de cette nation conti- 
nuèrent de porter à leur cou^ comme un pré- 
servatif puissant^ des amulettes ityphaUiques 
de diverses formes, comme les Indiennes por- 
tent le talj; elles les plaçaient même quelque- 

au Phallus qui figurait dans les mystères , aux allégories 
indécentes et aux assemblées nocturnes ; mais ce sont 
bien plutôt les passions humaines qui s'installent, pour 
ainsi dire , dans les institutions , après en avoir déplacé 
l'esprit primitif, qui y dominent, et finissent par les cor- 
rompre. 

(i) Jamblicus, de Mjsteriis AEgjptiorum , sect. i, 
cap, î I. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. l/^J 

ibis plus bas que le sein. Arnobe et son disciple 
Lactancey qui vivaient sous l'empire de Dioclé- 
tien, c'est-a-dire, vers le commencement du 
troisième siècle de l'ère chrétienne, prouvent, 
par leurs déclamations, que ce culte était alors 
dans toute sa vigueur en Grèce, a J'ai honte, 
» dit Arnobe, de parler des mystères où le 
» Phallus est consacré, et de dire qu'il n'est 
» point de canton dans la Grèce où l'on ne 
» trouve des simulacres de la partie caracté- 
» ristique de la virilité (i). » 

Lactance tourne en ridicule la figure et la 
fable de Priape (2); et plusieurs pères de l'E- 
glise, qui ont vécu après eux, tiennent le 
même langage, et attestent la continuité de ce 
culte. 

L'historien Evagrius^ qui écrivait vers la fin 
du sixième siècle, témoigne que toutes les cé- 
rémonies du culte du Phallus existaient encore 
de son temps; il se moque des Itjphalles , des 
Phallogonies , du Priape y remarquable parles 
dimensions gigantesques de son signe caracté- 
ristique^ et delà corbeille sacrée qui contenait 
le Phallus (5). 

(i) Arnobius, Adversus gentes, lib. 5, p. 176. 

(2) Lactanctius, de fais a Religione, lib. i, p. 120. 

(3) Evagrius, Histoire ecclésiastique , lib. 1 1, cap. 2. 



l48 DES DIVINITÉS GENERATRICES 

Nicephore Calixtej autre historien ecclésias- 
tique plus récent, et qui n'est mort qu'au sep- 
tième siècle, parle aussi des Phallus , des Ity-- 
pJialleSy ainsi que du culte de Pan et de Priape, 
comme des objets ridicules qui, cependant, 
recevaient encore les hommages religieux des 
Grecs (i). 

Les exemples que je rapporterai dans la suite, 
de quelques peuples qui, ayant embrassé le 
christianisme, ont conservé plusieurs pratiques 
de l'idolâtrie et du culte du Phallus, me portent 
à croire que les Grecs, devenus chrétiens, et 
néanmoins restant attachés à une infinité de 
superstitions payennes, se sont difficilement 
deshabitués de ce culte, et qu'il doit en rester 
encore des traces parmi eux. 

(i) Nicephore Calixte, Histoire ecclésiastique, lib. i4> 
cap. 48. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES, l/^g 



Jv^l^Jvvv^sv^^x^^sv^^^J^^s\l^^sv^^sVl^^sv^^A,^^sv^^sv>JVJ^.^^sv^^^,^î^ 



CHAPITRE IX. 



Du culte du Phallus chez les Romains. 



Ce peuple, dont l'ambition sans bornes fut 
le fléau du monde; qui acquit sa gloire aux 
dépens du bonheur de tant de nations; qui, 
toujours vainqueur par ses armes, fut à la fin 
vaincu par ses vices; qui, s'élevant au plus 
haut degré de puissance, ne tomba qu'avec plus 
d'éclat; et qui, après avoir fatigué l'espèce hu- 
maine du poids de sa grandeur, devint l'objet 
de son mépris; ces Romains, si fiers, si turbu- 
lens, si dominateurs, surent-ils, dans les temps 
mêmes où ils remplissaient la terre subjuguée 
du bruit de leurs exploits, résister aux atteintes 
des préjugés honteux? Surent-ils se défendre 
contre des superstitions ridicules , enfans de 
l'ignorance, qui insultent à la raison, dégradent 
l'homme, et le ramènent vers la barbarie? 
Non : leur faiblesse, leur aveugle crédulité, 
leur soumission absolue à leurs prêtres, for- 



ï5o DES DIVIJSIÏES GENERATRICES 

ment, avec leur courage et leur caractère in- 
dépendant et impérieux, un contraste frappant. 
Quelques légères formalités oubliées pendant 
la cérémonie des sacrifices, quelques nuances 
dans la couleur des entrailles des victimes, 
quelque rencontre imprévue, le vol d'un oiseau 
dirigé d'un certain côté^ des poulets qui man- 
geaient peu ou qui ne mangeaient pas, et mille 
autres puérilités, suffisaient pour jeter l'effroi 
dans l'âme de ces grands hommes, pour arrê- 
ter une armée prête à livrer bataille, changer 
de grandes résolutions, suspendre des entre- 
prises importantes, et régler les destinées de 
l'empire. Ces fiers conquérans du monde trem- 
blaient devant un misérable devin. 

Avec cette pusillanimité de raison, on sent 
que les Romains durent être assujétis à tout ce 
que les cultes avaient de plus absurde. Ils enri- 
chirent même leur religion de toutes les su- 
perstitions des peuples qu'ils avaient vaincus.Les 
Étrusques, les Egyptiens, les Grecs, les Perses, 
les Thraces, les Phrygiens, les Phéniciens, les 
Gaulois mêmes, fournirent leur contingent. 
Une infinité d'objets étaient des dieux pour 
les Romains: aussi l'histoire n'offre-t-elle point 
de peuple qui se soit asservi à une aussi grande 
quantité de superstitions, ni qui ait rendu hon- 
neur a un plus grand nombre de divinités, La 



CHEZ LES AINCIENS ET LES MODERJNES. l5l 

Cité seule de Rome contenait plus de dieux que 
d'habitans, quoique le nombre de ces derniers 
se montât, dit-on^ à plusieurs millions (i). 

Ainsi le culte du Phallus et de Priape ne de- 
vait pas être oublié. Cette divinité y fut long- 
temps en grande vénération. 

Clément d'Alexandrie va nous apprendre 
comment et par qui ce culte fut introduit chez 
les Romains. 

« Ce sont des Corjhanies qui, comme le 
» dit Heraclite, apportèrent le culte du Pliai- 
» lus et de Bacchus en Italie. Ces Coryhantes (2), 
» aussi nommés Cahires , qui annonçaient au 
» peuple la mort des dieux Cabires , s'étant, 
» dans leur pays^ rendus coupables de deux 
» fratricides, enlevèrent le ciste ( ou corbeille 
>; sacrée ) dans lequel était placé le Phallus 
» de Bacchus ; et, après avoir commis ce crime, 
» ils transportèrent le ciste en Etrurie, où ils 

(i) Dictionnaire de Pitiscus, au mot Deiis. 

(2) Les Corjbantes étaient des prêtres consaciés à 
diverses divinités , et particulièrement à Cjbelle^ mais, 
comme Clément d'Alexandrie les nomme aussi Cabires, 
il est vraisemblable que les prêtres qui débarquèrent en 
Etrurie étaient attachés au culte des dieux Cabires, éta- 
bli dès la plus haute antiquité dans l'île de Samotrace, et 
où le Phallus faisait partie essentielle des mystères, com- 
me le dit Hérodote. 



}52 DES DIVIMTÉS GENERATraCES 

» firent valoir celle marchandise. Comme ils 
» étaient chassés de leur pays, ils fixèrent 
» leur demeure chez les Etrusques, préchè- 
)) rent leur vénérable doctrine, et recomman- 
» dèrent à ces peuples d'adorer le Phallus et 
» la corbeille sacrée (i). » 

Les Etrusques, voisins des Romains, leur 
communiquèrent bientôt cette nouvelle insti- 
tution, ainsi que les cérémonies et pratiques 
religieuses qui en dépendaient. 

L'époque de l'introduction de ce culte en 
Italie ne paraît pas remonter très-haut. Les 
Romains ne connaissaient point, du temps de 
leurs rois, le culte de Vénus 5 celui de Racchus 
et de Priape devait y être également ignoré. 
Tout* les divinités grecques et orientales 
n'existaient point du temps de Numa. 

Les Romains désignaient assez généralement 
Racchus sous le nom de Liber on de Pater liber, 
de même qu'ils donnaient souvent à Vénvs le 
nom de Libéra-, on croit que celte dénomina- 
tion lui venait de la liberté qui régnait dans ses 
fêtes. On dit que le soleil portait un nom équi- 
valent chez les Indiens. 

a La partie sexuelle de l'homme , dit saint 
)) Augustin, est consacrée dans le temple de 

(1) Clément. Alexand., Protrept. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. l55 

» Liber; celle de la femme dans les sanctuaires 
» de Libéra, même déesse que Vénus; et ces 
» deux divinités sont nommées le père et la 
» mère, parce qu'elles président à l'acte de la 
» génération (i). » 

Les fêtes de ce dieu-soleil avaient, chez les 
Romains, deux noms qui répondaient à ceux 
de Bacchus et de Liber: les Bacchanales et les 
Libérales. La fête des Libérales avait lieu le 
17 mars, six jours après l'époque où les Grecs- 
célébraient, en l'honneur du même dieu, leurs 
Dionysiaques y et trois jours avant celle où les 
Égyptiens fêtaient Osiris et son Phallus , dans 
la solennité des Pamylies. 

Le Phallus figurait avec distinction dans la 
fête des Libérales, Les Romains nommèrent ce 
simulacre de la virilité ilfw^i/zw^. C'est de ce sym- 
bole que parle souvent saint Augustin, afin 
d'en faire sentir l'indécence. Il dit, d'après 
Varron, que, dans certains lieux de l'Italie, les 
cérémonies sacrées du dieu Liber étaient célé- 
brées avec tant de licence qu'on n'y avait pas 
honte d'y adorer ce qui, dans l'homme, carac- 
térise le plus la virilité ; qu'on ne respectait pas 
assez la pudeur pour pratiquer ce culte en se- 
cret; mais qu'il était entièrement public , comme 

(i) S. Augustin, de Civitate Dei, liv. VI^ cap. 9. 



î54 DÈS DIVINITES GENERATRICES 

si l'on eût voulu honorer le libertinage; car ce 
simulacre honteux, placé sur un petit char, 
était avec grand honneur, pendant les jours 
consacrés à la fête du dieu Liber, promené 
d'abord dans les champs, dans les carrefours, 
et enfin dans la ville. Il ajoute, toujours d'après 
Varron, qu'à Lavinium la fête du dieu Liber 
durait un mois, pendant lequel on se livrait à 
la joie,àla licence, à la débauche. Les chansons 
lascives, les discours les plus libres, répondaient 
aux actions. Un char magnifique portait un 
énorme Phallus, et s'avançait lentement jus- 
qu'au milieu de la place publique. Là se faisait 
une station; et l'on voyait alors la mère de fa- 
mille la plus respectable de la ville venir 
placer une couronne de fleurs sur cette figure 
obscène (i). 

Dans l'indignation que lui inspire cette céré- 
monie indécente, saint Augustin, en nous ins- 
truisant de ses motifs, s'écrie : « Ainsi, pour 
» apaiser le dieu Liber y pour obtenir une ré- 
» coite abondante, pour éloigner des champs 
» les maléfices, une femme vénérable est obli- 



(i) Donec illud membrum per forum transvectum es- 
set , atque in loco quiesceret. Cui memhro inhonesto 
matrem-familias honestissimam palàm coronam ne- 
cesse erat imponere. (Civit. Dei^ lib. 7, cap. 21 .) 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. l55 

» gée de faire en face de la multitude ce 
» qu'elle ne devrait pas permettre sur le théâ- 
)) tre à une prostituée! De quelle honte, de 
» quelle confusion ne devrait pas être saisi le 
» mari de cette femme, si par hasard il était 
» présent à ce couronnement (i)! » 

Quelques jours après , vers le dernier mars 
et le i^^ avril, on célébrait la fête de Vénus; 
et cette divinité était à Rome , comme en 
Grèce, en Syrie, en Egypte, associée au si- 
mulacre de la virilité. 

Les dames romaines, pendant cette fête, 
montaient en cérémonie au mont Quirinal, où 
s'élevait la chapelle du P^rtZ/ï^i"/ s'emparaient 
de cet objet sacré, et le portaient en procession 
jusqu'au temple de Vénus Erycine, situé hors 
de la porte Colline. Arrivées dans le temple de 
la mère des amours, ces dames plaçaient elles- 
mêmes le Phallus dans le sein de Vénus (2). 

Une pierre antique vient à notre secours, et 

(i) In Liberi sacrais honesta matrona pudenda virilia 
coronabatjspectaîitemultitudine , iibi, rubens et sudans , 
si est ulla frons in hoininibus, adstabat forsitan et ma- 
ritus. (Ibid., lib. 7, cap. 24.) 

(2) Dictionnaire abrégé de Pitiscus, au mot Senacu- 
lum. Géniales dienini , à! Alexander ab Alexandre , 
lib. 3, cap. 18. Pompeius Festus, au mot Mutinus, et les 
Commentaires sur cet article. 



l56 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

nous donne l'explication de cette cérémonie. 
C'est une cornaline gravée , qui représente la 
pompe phallique. Un char triomphal porte une 
espèce d'autel, sur lequel repose le Phallus , 
d'une grandeur colossale. Un génie s'élève au 
dessus du simulacre, et tient sur lui une cou- 
ronne suspendue. Le char ainsi que la figure 
du génie sont entièrement abrités par un dais 
ou vaste draperie carrée , soutenue aux quatre 
coins par des piques, dont chacune est portée 
par une femme à demi-nue. Ce char est traîné 
par des boucs et des taureaux, sur lesquels sont 
montés des enfans ailés. Il est précédé par un 
groupe de femmes sonnant de la trompette. 
Plus avant, et en face du char, est une forme 
caractérisque du sexe féminin, représentant le 
Sinus veneris. Cette forme, proportionnée au 
Phallus élevé sur le char, est maintenue par 
deux génies qui semblent indiquer au Phallus 
la place qu'il doit occuper (i). 

Cette cérémonie terminée, les dames ro- 
maines reconduisaient dévotement le Phallus 
dans sa chapelle , qui devint célèbre , dans la 
suite, par l'édifice que fit élever dans le voisi- 



( I ) On trouve la gravure de cette pierre antique dans 
le recueil intitulé : Du Culte secret des Dames ro- 
maines. i( . ^ 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. l5j 

liage l'empereur Héliogabale , où il établit un 
sénat de femme , chargées de décider sur des 
questions de galanteries et de débauches. Ces 
assemblées se tenaient à l'occasion de la fête 
du Phallus (i). 

Les fêtes d'automne, consacrées àBacchus, 
étaient appelées Bacchanales : elles duraient 
depuis le 25 jusqu'au 2g octobre. On y voyait 
à peu près toutes les cérémonies pratiquées par 
les Grecs dans leurs Dionjsiaques (2). 

Les Romains nommaient Mutinus ou Tuti- 



(i) L'empereur Héliogabale , au rapport de Lampride, 
fit élever sur le mont Quiriiial un édifice poui' servir 
aux assemblées des dames romaines, qui se rendaient 
auparavant dans ce lieu lors delà solennité du Phallus. 
Cet édifice fut appelé Mœsa , du nom de son aïeule, 
qui présidait ces assemblées avec Sœmis , mère de ce 
prince. Il en fit un lieu de débauche. Crinitus nous a 
conservé le texte de l'ordonnsuice qui établit les droits 
et privilèges de ce sénat féminin. En voici le commen- 
cement : 

Jura visundi , consectandi , susurrandi, gestiundi , 
suttrudendi, salutandi, confabulandi , precandi , per- 
pétua , interdiîi, futuariis permissa ex me sunto. Ex 
œde y foramim , horto , postico, impluvio, cuncta hœc 
commoda nemo homini prohibejito , etc. (Pétri Criniti 
de honestd Disciplina, lib. XI, cap. 8, p. 179.) 

(2) Voyez les détails des excès des Bacchanales dans le 
chapitre suivant. 



l58 DES DIVIINITES GENERATRICES 

nus (i) le Phallus isolé, et Priape , le Phallus 
adhérent à un Hermès ou Thermes. Lorsqu'il 
était sous l'une et l'autre formes, cet objet 
sacré, ou cette divinité, était considéré comme 
présidant à la fécondité des femmes, à la vi- 
c^ueur des époux, et comme capable de détour- 

(2) Les noms Mutinus, Tutiniis , se trouvent diverse- 
ment orthographiés dans les manuscrits des anciens au- 
teurs. Dans les vers de Lucilius , Mœtinus est pris pour 
une espèce de talisman ; on y lit aussi Mutinus. Dans 
Festus, on trouve Mutinus et Tiiijius ; dans Arnobe et 
dans saint Augustin, Mutwius , Motunus , Mutinus, 
Tutunus; dans Lactance et Tertuhen , Mutunus et Tu- , 
tunus. Mais quelques manuscrits et une vieille édition 
de Tertulien portaient Futinus , qui a peut-être donné 
lieu à S. Foutin , dont il sera parlé dans la suite. 

Jean Guillelme pense qu'il faut lire Mutonus , d'où 
on a fait , dit-il , mutoniatus , qui signifie un homme 
fortement constitué à certain égard. Quelques savans 
sont partagés sur la question de savoir si l'un de ces 
noms veut dire muet , mutin ou mouton. Il se pourrait 
que Tutunus ait fait naître ces noms caressans de tonton, 
toutou. 

Il serait plus important de savoir si ces deux mots 
expriment deux choses ou une seule. Les auteurs an- 
ciens les unissent toujours pour exprimer la figure du 
Phallus. Il est vraisemblable qu'il existait deux espèces 
de Phallus , dont les figures étaient distinguées par des 
différences qui sont inconnues. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. l5g 

lier les charmes nuisibles à l'acte du mariage , 
à la grossesse des épouses (i). 

( I ) Ce dieu présidait à Tacte du mariage , mais il n'é- 
tait pas le seul : les Romains avaient l'usage d'appeler en 
cette affaire , ainsi que dans beaucoup d'autres , plusiems 
dieux à leur secours. Voici la liste de ces divinités conju- 
gales , d'après Meursius {Antiquités , tom. 5 , de Puer- 
perio ) : 

Sattjrnus, ut semen conferret j Liber ei Libéra, ut 
semen emitterent : hic viris , illa feminis ; Janus , ut 
semini imnatricem cormneanti januam aperiret ^ Jung 
et Mena , ut flores menstruos regereiit ad fœtus con- 
cepti incrementum ; Vituniis , ut vitam daret y Sen- 
TiNus, ut sensum. 

Beyer vient grossir la liste de ces divinités secou- 
rables { Addimenta ad Selden , cap. i6 ) : Cinxia , 
Diana , Hjmeneus , Manturna , Mutinus , sive Pria- 
pus , dea mater Prema , deus pater Subigus , Venus , 
Pertunda, etc. 

Saint Augustin ( Civit. Dei , lib. 4 , cap. 1 1 ) , a com- 
plété le catalogue de ces divinités obscènes. Entre plu- 
sieurs autres , on remarque le dieu Jugatinus , qui rap- 
proche les époux ; la déesse Virginiensis , qui détache la 
ceinture virginale de la jeune épousée ; Volupia , qui 
excite à la volupté ; Stimula , qui stimule les désirs de 
l'époux ; Strenia , qui lui donne la vigueur dont il a 
besoin ; et ce grand saint n'oublie pas , dans sa nomen- 
clature , Mutinus et Tutunus. Il dit ailleurs que le dieu 
Liber est ainsi nommé parce que , dans l'action , il 
procure aux hommes qui l'invoquent l'avantage d'une 



l6o DES DIVINITÉS GENERATRICES 

En conséquence de ces vertus supposées, les 
jeunes épousées, avant d'être livrées aux em- 
brassemens de leurs maris, étaient religieuse- 
ment conduites par leurs parens vers l'idole de 
Priape ; et, la tête couverte d'un voile , elles 
s'asseyaient sur la forme très- saillante que pré- 
sentait cette figure. Un certain contact suffisait 
sans doute pour rendre la cérémonie complète, 
assurer la fécondité et neutraliser les enchan- 
temens. 

(( C'est une coutume considérée comme 
» très - honnête et très - religieuse parmi les 
» dames romaines, dit saint Augustin, d'obli- 
» ger les jeunes mariées de venir s'asseoir sur 
» la masculinité monstrueuse et surabondante 
» de Priape (i). 

émission reproductive. Libéra, qu'il croit être la 
même que Vénus , accorde la même faveur aux femmes : 
c'est pourquoi on place dans le temple de Liber la figure 
du sexe masculin , et celle du sexe féminin dans celui de 
Libéra. ( De Civitate Dei, lib. 6 , cap. 9). 

(i) Sed qiiid hoc dicam , ciim ibi sit et Priapus ni- 
mius masculus , super cujus immanissimum et lurpis- 
simum fascinum sedere nova nupta jubeantur , more 
honestissimo et religiosissimo matronarum ? ( Saint 
Augustin , Cwit. Dei, lib. 6, cap. 9). Le même saint 
dit ailleurs : In celebratione nuptiarum ^ super Priapi 
scapum 7iOK>a nupta sedere jubebatur. ( Ibid. , lib. 7 , 
cap. 1^). 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. »6l 

» Parlerai-je de ce Mutunus , clitLactance, 
» sur l'extrémité duquel les nouvelles mariées 
» viennent s'asseoir, afin que le dieu paraisse 
» avoir, le premier, reçu le sacrifice de leur pu- 
» deur (i)? n 

Lactance, par ces derniers mots, semble rap- 
peler ce que pratiquent les jeunes épousées 
dans quelques contrées de l'Inde, où le dieu, 
de bois ou de fer , opère entièrement le sacri- 
fice. On croirait que la formalité remplie par 
les jeunes femmes romaines auprès de cet 
objet sacré n'était qu'une modification, un di- 
minutif de l'usage indien, et que la jalousie des 
maris romains avait mis des bornes à la dévo- 
tion de leurs femmes. 

Les femmes mariées se soumettaient aussi à 
cette pratique , sans doute afin de détruire le 
charme qui les maintenait dans un état de sté- 
rilité; mais, plus aguerries que les jeunes épou- 
sées^ leur dévotion s'étendait plus loin. 

n Ne conduisez-vous pas, même avec em- 
» pressement, dit Arnobe aux maris, vos fem- 
» mes auprès de Tutunus; et, pour détruire 
» de prétendus ensorcellemens, ne les faites- 

(i) Et mutunus , in cujus siiiii pudendo nuhenles 
prœsedent, ut illaruni pudicitiain prior Deus delibdsse 
videatur. (Lactant. de falsâ Religioae, lib. i ). 
IT. H 



l6fi DES DIVINITÉS GENERATRICES 

» VOUS pas enjamber l'horrible et immense 
)) Phallus de cette idole (i)? » 

Il faut avouer qu'il n'y a pas loin de cette 
dernière pratique à celle qu'observent certaines 
filles ou femmes de l'Inde, dont j'ai parlé. 

Une figure du dieu Tutunus ou Mutinus 
fut découverte à Rome, sur le mont Viminal, 
dans les décombres d'un ancien temple. On la 
voit encore aujourd'hui dans cette ville : elle 
est de marbre blanc, et haute d'environ trois 
palmes (2). 

Mais un groupe antique, dont Meursius a 
donné la gravure, nous présente l'image fidèle 
de cette cérémonie superstitieuse. Ce groupe, 
qui se trouve dans la galerie de Florence, offre 
une femme debout > dont la tête, entièrement 
couverte par une espèce de bonnet, présente 
une forme peu naturelle. Ses mains, qui des- 
cendent plus bas que les hanches, semblent 
soutenir ses vêtemens relevés , et laisser à dé- 
couvert une partie de son corps. Un énorme 
Phallus s'élève de terre jusqu'à la partie sexuelle 



(i) Etiamne Tutunus , cujus immanihus pudendis 
horrentique fascino vestras inequitare matronas 
ducitis et optalis ? ( Arnob. , lib. ^,pag. i3i ). 

(2) Dictionnaire de Pitiscus , au mot Mutinus. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. l6.5 

de cette figure, qui, grandement proportionnée, 
paraît être en contact avec l'extrémité supé- 
rieure du PJmllus (i). 

Le PhalluSy appelé par les Romains Mutinus 
ou Tutunus , recevait encore d'autres homma- 
ges. On se prosternait dévotement devant lui ; 
on lui adressait des prières. i< Earce que nous 
» n'adressons point nos prières à Mutinus et à 
)) Tutunus y dit Arnobe, et que nous ne nous 
» prosternons pas jusqu'à terre devant leurs 
» idoles, ne semble-t-il pas, à vous entendre, 
» que de grandes calamités vont fondre sur 
)) nous^ et que l'ordre de la nature en sera 
» subverti (2)? » 

La chapelle de Mutinus et de Tutunus était 
située, suivant Festus, dans le quartier de 
Rome appelé Vélie, et dans l'endroit où sont 
les thermes de Domitien. Cette chapelle, ayant 
été détruite sous Auguste, fut rétablie à quelque 
distance de la ville. « On rendait, dit Festus, à 
» ces idoles un culte religieux et saint j et les 

(i) Meursius, Gr(3?ctVï? Feriatœ , tom. S , de Puer- 
perio . 

{•?.) Qiiià non supplices humi Mutino procumbimus 
atque Tutuno , ad interitum res lapsas , atque ipswn 
dicitis mundmn leges suas et constituta mutasse ? 
(Arnob, lib. 4jP- i33). 



l64 BES DIVINITÉS GENERATRICES 

» femmes romaines venaient, la tête voilée^ 
» leur offrir des sacrifices (i). » 

Considéré comme un amulette, comme un 
fétiche portatif, le Phallus recevait le nom de 
Fascinum y et était d'un usage très-fréquent 
chez les Romains qui ne connaissaient point 
de préservatif plus puissant contre les charmes^ 
les malheurs eues regards funestes de l'Envie* 
C'était ordinairement une petite figure du Phal- 
lus en ronde bosse, de différentes matières; 
quelquefois c'était une médaille qui portait 
l'image du Phallus. On les pendait au cou des 
enfans et même ailleurs (2). On les plaçait sur 
la porte des maisons, des jardins (5), des édifi- 
ces publics. Les empereurs , au rapport de 
Pline, en mettaient au devant de leurs chars de 
triomphe (4). Les vestales , lorsqu'on célébrait 
des sacrifices à Rome, lui rendaient un culte. 

On varia à l'infini les formes de ces amu- 

(i) Festus, aux mots Mutini, Titîni , Sacellum. 

(2) Pueris turpicula res in collo suspenditur , ne quid 
obsit rei obscenœ causa ( Varon. , de Lingud latind , 
lib. 6). 

(3) Hortosquc et fores tantUm contra invidentium 
cffascinationes dicari videmus, in remedio satjrica 
signa. (Plin. ,lib. 29, cap. 4)- 

(4) Et fascinus currus triomphantium sub his pen~ 
dens défendit, ins^idiœ medicus. (Plin. ;, lib, 28 , cap. 4)- 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. I 65 

lettes ityphalliques. Les uns présentaient le 
Phallus combiné avec le muUos ou la figure du 
sexe féminin : les cabinets d'antiquités et celui 
de la Bibliothèque royale en contiennent 
plusieurs de cette espèce. Les autres présentent 
un Phallus simple, mais muni de deux ailes et 
de deux pattes d'oiseaux, et quelquefois de 
sonnettes. Cette dernière particularité rappelle 
l'usage antique de représenter quelquefois la 
figure du dieu Priape , tenant une sonnette à 
la main, et l'usage moderne des moines indiens, 
qui parcourent tout nus les rues de l'Inde, et 
appellent, au bruit d'une sonnette, les dé- 
votes, qui viennent baiser l'original vivant du 
Phallus. 

D'autres amulettes ithyphalliques ont la 
forme d'un chien couché, ou des cuisses et des 
jambes humaines ployées et sans corps. Les 
plus décens offrent la figure d'une main fermée, 
et dont le pouce est placé entre les deux doigts 
qui le suivent : c'est cette figure que les anti- 
quaires nomment main itjphallique (i). 

Ces espèces d'amulettes sont encore en usage 
dans le royaume de Naples, comme je le dirai 
dans la suite. 



(i) Baudelot, Utilité des Vojages , tom. i , p. 346 • 
— Antiquités de Cœylus , tom. 4 ? p- 281 . 



î66 DES BIVIISITÉS GÉNÉRATRICES 

Il y eut des Fascinum doubles et triples, ou 
figurés par deux et trois branches partant du 
même centre. Les triples Phallus étaient fort 
en usage dans l'antiquité. On a déjà vu au rap- 
port dePlutarque que, dans la fête des pamjlies 
en Egypte, Osiris figurait avec un triple Phallus, 
pour signifier la multiplication de sa faculté 
productive (i). On retrouve encore sur plu- 
sieurs monumens antiques des Phallus doubles 
ou triples, isolés ou adhérens à un corps hu- 
main. Il en existe, en France, au pont du Gard et 
à l'amphithéâtre de Nismes, qui sont isolés: 
j'en parlerai bientôt. Une infinité d'autres monu- 
mens nous ont conservé l'image de ces Phallus k 
doubles ou triples branches; mais ils sont plus 
rares lorsqu'ils adhèrent à une figure humaine. 
Dans le royaume de Naples et dans la pro- 
vince de Peucétie, on trouve cependant des 
pierres gravées qui représentent la figure de 
Priape, munie d'un double Phallus. Près de lui 
est un berger qui semble planter en terre un 
bâton ou le lituus. Peut-être ce lituus signifîait- 
il le bâton que portaient les phallophores dans 
les pompes religieuses. 

Dans la ville de Trani, on a découvert un 

(2) Yoyez ci-dessus chap. ^ 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 167 

tableau votif en brique, qui représente Priape 
avec un triple Phallus (1). 

Voilà comment les anciens représentaient 
les Diaphallus ou Triphallus^eX non pas par des 
doubles ou triples croix, comme l'ont pensé 
quelques savans dont j'ai parlé (2). 

Les vases, les ustensiles, les meubles en gé- 
néral, reçurent souvent l'empreinte du Fasci- 
numonàxx Phallus. Il y eut, et l'on en conserve 
encore, des anneaux, des sceaux, des médailles, 
des pierres gravées ityphalliques (3). 

Les recueils de monumens antiques nous 
présentent des lampes ainsi formées. Les Ro- 
mains , à l'exemple des Baptes d'Athènes ou 
initiés aux mystères de Cotitto , se servaient, 

(i) Notes fournies par M. Dominique Forgés Da- 
rantzati , prélat de Canosa. 

(2) Voyez ci-dessus , p. 59. 

(3) M. de Chaduc , antiquaire Auvergnat , avait re- 
cueilli plus de trois ou quatre cents pierres gravées ithy- 
phalliques des plus curieuses , suivant Baudelot, « q\ii , 
» hors quelques-unes , dit- il , ne se trouvent point dans 
1) le beau manuscrit que j'ai vu : il paraît visiblement 
" que ceux dans les mains de qui il a passé les ont 
» ôtées. » ( Utilité des J^ojages , tom. i , p. 343 ). Les 
collections des archéologues , et même certains recueils 
imprimés , offrent une très-grande variété de Phallus 
de Fascinum et de Priapes. 



l68 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

pour boire, de vases en verre qui avaient la 
forme du Phallus (i). Pline, en deux endroits 
de son Histoire naturelle, parle de vases sur 
lesquels étaient gravées des scènes libidineuses 
qui n'étaient propres qu'à enivrer à la fois les 
buveurs et de vin et de désirs voluptueux (2). 
Lampride fait aussi mention des vases à l'usage 
de l'empereur Héliogabalc , lesquels étaient 
chargés de figures obscènes (5) ; mais^ dans 
l'inventaire des meubles de l'empereur Com- 
mode , que Pertinax fit vendre , il se trouva des 
vases semblables à ceux dont se servaient les 
Baptes : ils étaient de verre, et avaient la forme 
du Phallus, L'historien Capitolin les nomme 
phallointroboli, nom qui indique à la fois leur 
destination, leur forme et leur matière (4). 

Le Phallus, adhérent à une pierre appelée 
Terme, h un tronc d'arbre façonné ou non en 
Hermès, recevait^ avec le corps dont il faisait 
partie, chez les Romains comme chez lesEgyp- 

(i) Voyez ci-dessus la note p. i33. Un ancien scoliaste 
de Juvénal dit que ces Phallus en verre étaient nommés 
Drillopotas. 

(2) Ylin. , lib. i^, cap. 22, et ^rcemiam, lib. 33. 

(3) Elii Lamprid. vet. ant. Heliogabal. Hist. Au- 
gustes , t. I , p. 829. 

(4) Jul. Capitolini in j^ertinax. Hist. Augustœ ^ 
t. ï , p. 553. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 169 

tiens et les Grecs, le nom de Priape, Cette 
idole était représentée avec la tête de Pan ou 
des Faunes, c'est-à-dire, avec les cornes et les 
oreilles du bouc. Quand on lui donnait des 
bras, car il n'en était pas toujours pourvu, 
Priape tenait d'une main une faux ; et quelque- 
fois, de la main gauche, il empoignait, comme 
Osiris, le trait caractéristique de sa divinité, 
lequel était toujours colossal et menaçant, et 
peint en couleur rouge. 

Sa tête était couronnée de pampre ou de 
laurier, et sa face ombragée d'une épaisse 
barbe. 

Ainsi que l'idole d'Osiris portée en procession 
chez les Égyptiens pendant la solennité des 
Pamjlies , celle de Priape était ordinairement 
en bois de figuier^ on en voyait aussi beaucoup 
en bois de saule. Quelquefois ce dieu n'était 
qu'un tronc d'arbre , dont une branche figu- 
rait, par hasard, le signe caractéristique que 
la main de Fart avait à peine ébauché : tel est 
le Priape que Columelle conseille aux cultiva- 
teurs de placer au milieu de leurs jardins. 
(( N'ayez point de labyrinthes, point de statues 
» des héros de la Grèce; mais, qu'au milieu 
)) du jardin le tronc, à peine dégrossi, d'un 
)) arbre antique présente et fasse vénérer la 
)) divinité ity phallique; que cette branche for- 



îyo DES DIVINITES GENERATRICES 

» midable qui la caractérise épouvante les en- 
» fans, et la faux dont elle est armée, les vo- 
» leurs (i). » 

Toutes les figures de Priape n'étaient pas 
aussi grossières : on en voyait quelques-unes 
travaillées avec soin , ainsi que le Terme qui 
en composait la partie inférieure. Ce que cette 
figure avait d'humain était entièrement nu et 
coloré de rouge (2). 

Les Priapes ont offert dans leur forme, ainsi 
que les Phallus isolés, un grand nombre de 
variétés : les uns étaient représentés en Ter- 
mes, qui n'avaient que la tête humaine et le 
Phallus; d'autres avaient la moitié du corps 
humain, sans bras, ou avec des bras chargés 
ordinairement des attributs de cette divinité : 
attributs tous relatifs à l'agriculture. Il est quel- 



(0 *ec? truncum, forte dolatum, 

Arboris antiquœ numen venerare ithyphalli , 
9 Terrihilis membri, medio qui semper in horto , 

Inguinibus puero , prœdoni falce^ minetur. 

( Columcll. , de Cultu hortorum, Jib. lo. ) 

(2) C'est ce qu'expriment ces deux vers de la première 
pièce du Recueil intitulé Priapeia : 

Sed ruber hortorum custos , membrœsioro quo, 
Qui tectum nullis vestibus inguen habe • 



Voyez aussi Horace ^ liv. i , satire 8. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 17 1 
ques exemples de Priapes représentés sous la 
figure entière d'un homme : ils sont rares. 

Quelquefois le simulacre de ce dieu était fi- 
guré tenant en main une faucille ou une lon-^ 
gue faux, comme le dit Columelle dans les vers 
déjà cités. 

Pour caractériser l'abondance dont on le 
croyait en partie l'auteur^ pour éloigner la sté- 
rilité dont il était le préserv^ateur, on figurait 
souvent Priape portant sous le bras droit une 
longue corne d'abondance , dont la large ou- 
verture offrait un assemblage de fleurs et de 
fruits : productions et attributs des jardins, 
auxquels, sur-tout chez les Romains^ cette di- 
vinité présidait spécialement. 

Quelquefois aussi une longue perche s'éle- 
vait par derrière et au dessus de sa tête : elle 
servait, comme le dit Horace, d'épouvantail 
aux oiseaux (i). 

Tel est le portrait fidèle de cette divinité, dont, 
en Italie, on plaçait l'idole tutélaire dans les 
vignes, dans les vergers, et sur-tout dans les 
jardins. 

On voyait souvent cette idole, avec ses at- 
tributs indécens, placée sur les chemins : c'est 

(i) Asi importunas volucres in vertice arundo 

Tenet Jîxa 

( Horace , satire 8 , liv. i , vers 5. ) 



1^2 DES DIVINITES GENERATRICES 

alors que Priape était confondu avec Mercure 
et le dieu Terme. Scaliger dit avoir vu un 
pareil Terme dont le Phallus servait à in- 
diquer le chemin. Cet Hermès phallique se 
trouvait à Rome dans le palais d'un cardi- 
nal (i). 

Le lieu où était placé le Terme, l'addition 
ou l'absence du Phallus sur ce Terme , en bois 
ou en pierre , formaient la seule différence qui 
existe entre les divinités Mercure, Pan, Pria- 
pe , etc. 

Le Phallus ^*outé à une borne itinéraire 
devait préserver les voyageurs d'accidens, tout 
comme le Phallus ajouté à un tronc d'arbre 
devait détourner des champs voisins les acci- 
dens nuisibles aux récoltes. C'était l'opinion 
constante des anciens, et la cause unique de 
l'érection d'un si grand nombre d'idoles du dieu 
Priape, 

Ses fêtes étaient nommées Priapées, ainsi 
que les vers qu'on chantait à sa louange. Elles 

y^i) Cette attribution du dieu Priape sur les chemins 
est indiquée par la pièce 29 des Priapées : 

Falce minax , et parte tuî majore , Priape , 
Ad jontemy quœso, die mihi, qua sit iter? 

Voyez le Commentaire de Joseph Scaliger sur cette 
i^ïkcQ. {Priapcia , p. i4ï) 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. lyS 

rappelaient, à certains égards, les Pamjlies 
des Égyptiens et les Phalhphories des Grecs, 
Plusieurs monumens antiques, conservés jus- 
qu'à nos jours, présentent les détails de ces or- 
gies, souvent fort indécentes. Parmi ceux que 
Boissart a fait graver , il se trouve un bas-relief 
qui offre le tableau de la principale fête de ce 
dieu : ce sont des femmes qui y figurent comme 
ministres de ce culte. Une d'en tr' elles arrose le 
trait caractéristique de Priape , tandis que d'au- 
tres apportent pour offrandes des paniers pleins 
de fruits et des vases remplis de vin. Là sont 
des groupes de danseuses et de musiciennes , 
parmi lesquelles on en distingue une qui agite 
le sistre égyptien. Ici est une bacchante, por- 
tant un enfant sur ses épaules. Plus loin, quatre 
prétresses sont occupées à sacrifier un âne, vic- 
time consacrée à Priape. 

Priape avait des temples. Si l'on en croit Pé- 
trone, ils étaient desservis par des prêtresses,, qui 
célébraient des mystères nocturnes en l'hon- 
neur de cette divinité : voici les seuls rensei- 
gnemens que ce satyrique nous en a conservés. 
« Nous errions à l'aventure par les rues les 
« plus détournées , quand nous rencontrâmes 
» deux femmes assez jolies. Nous les suivîmes 
)) lentement jusqu'aux portes d'un petit temple 
» oij elles entrèrent : nous entendîmes sortir 



1^4 i^ES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

» de ce lieu des voix comme du fond d'un 
» antre. La curiosité se réveillant, nous des- 
» cendîmes après elles. Nous trouvâmes plu- 
» sieurs femmes qui, furieuses comme des 
» bacchantes, avaient entre les mains des fi- 
» gures de Priape. Nous ne pûmes en voir 
» d'avantage. » Quartilla ^ prêtresse de ce 
temple , envoie ensuite vers ces étrangers 
curieux sa suivante , qui leur dit : Vous avez 
troublé les mystères que Quartilla célébrait 
dans la grotte (i). 

On offrait à ce dieu , outre du miel et du lait, 
des branches de myrte, symbole des amours 
fortunés. Les habitans des campagnes cou- 
vraient sa tête de roses au printemps, d'épis de 
blé en été, de pampre en automne, et de bran- 
ches d'olivier en hiver. 

Dans les villes, Priape avait des chapelles 
publiques, où les dévots, affligés de certaines 
maladies qui rentraient dans ses atlributions, 
venaient appendre des ex voto : images naïves 
de la partie malade. Ces ex voto étaient des ta- 
bleaux peints ou des figures en cire, en bois, et 
quelquefois en marbre (2). 

On voyait des femmes, aussi dévotes que lu- 

( 1 ) Petronii Satiricon. 

(2) Cet usage est attesté par la pièce 87 du Recueil des 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. lyS 
briques , offrir publiquement à Priape au- 
tant de couronnes que leurs amans avaient 
fait de sacrifices à leurs charmes. Elles les 
appendaient à l'énorme Phallus de cette 
idole; et cette partie saillante en était quel- 
quefois totalement garnie. ( i ). C'est ainsi 
quel' épouse de l'empereur Claude , cette 
Messaline , fameuse par sa lubricité extrê- 



Priapées , intitulée : Voti Solutio. En voici quelques 

vers : 

Cur pictiiin memori sit in tabellâ 
Membrum quœritis undè procreamur : 
CiiTtt pénis milii Jorts lœsus essei , 
Chirurgique manum miser timerem. 

( I ) Plusieurs monumens antiques , et notamment des 
pierres gravées , représentent de pareilles offrandes. 
Dans la collection intitulée : Du Culte secret des Dames 
romaines, on voit un monument qui en donne une 
idée. Une pièce de vers du Recueil des Priapêes ( pièce 
n* 4o ) j parle d'une célèbre prostituée , appelée Télé^ 
thuse , qui , comblée des faveurs de l'amour et des pro- 
fits de la substitution , tit une pareille offrande à Priape , 
qualifié de saint dans la pièce : 

Cingit inaurata penein tibi, Sancts, corona. 

Dans la pièce 5o , une jeune fille promet à Priape des 
couronnes , s'il exhausse ses vœux : 

Totam cujîi paribus, Priape, nostris 
Cingemus tili rnentulnui coronis. 



Ï76 t)ES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

me, et bien digne, sous ce rapport, de figurer 
à côté du trône des Césars , après être sortie 
victorieuse de quatorze athlètes vigoureux, se 
fit déclarer invincible^ en prit le surnom, et, 
en mémoire de ces quatorze succès, fit au dieu 
PriapeV offrande de quatorze couronnes. 

D'autres faisaient hommage à ce dieu d'au- 
tantde Phallus en boisde saule qu'elles avaient 
vaincu d'hommes dans une nuit (i). 

Les difFérens traits que je viens de réunir 
prouvent que, chez les Romains , le culte de 
Priape avait beaucoup dégénéré; que ces peu- 
ples avaient perdu de vue l'objet signifié, pour 
ne s'attacher qu'au signe; pour n'y voir que ce 
qu'il y avait d'indécent. Ainsi, par cet oubli du 
principe, la religion devint le prétexte du li- 
bertinage. 

Le Phallus n'était plus cet objet sacré de la 
vénération des peuples de l'Orient, ce symbole 
adoré du soleil, régénérateur de la nature en- 
Ci) Cette pratique est représentée sur une pierre gra- 
vée ( Culte secret des Dames romaines) , et mentionnée 
dans la pièce 34 des Priapées : 

Ciim sacmmjîeret Deo saîaci , 
Conducta est pretio puella paruo , 
Communis satis omnibus futura. 
Quœy quot nocte viros peregit una. 
Tôt verpas tibi dedîcat saUgnas. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 177 

tière, ce dieu saus>eur du monde, dont la pré- 
sence assurait la conservation et la propao-ation 
de tous les êtres vivans ou végétans. On l'in- 
voquait, à la vérité , pour écarter les charmes 
contraires à la fécondité des femmes; mais, 
dans cette circonstance, bien loin d'être consi- 
déré comme un dieu-soleil, il n'était plus qu'un 
simple talisman. Il présidait aux plaisirs légiti- 
mes du mariage, mais encore plus aux excès 
de la débauche. Si l'on voyait quelques époux 
parmi ses adorateurs, leur plus grand nombre 
était des libertins et des prostituées. 

On plaçait encore son idole dans les viones , 
les vergers, les jardins; mais il n'y figurait plus 
comme l'emblème du soleil fécondant la terre 
au printemps, et donnant une nouvelle vie à 
toutes les plantes. Vil gardien d'un verger ou 
d'un jardin, il servait uniquement d'épouvan- 
tail aux voleurs superstitieux, aux enfans et 
aux oiseaux (i). Ce dieu dégradé était réduit à 
l'état de domesticité. 



,1) Et custosfunim atque at^iinn^cumjalce s aligna, 
ïfellespontiaci sert'et tutela Priapi, 

(Virgn.,Georâ'.,lib. 4.) 

Pomarii tutela diligens , rubro , 
Priape , jurihus ruinare niutino. 

( Piiapeia , carm. ;;-3). 



178 DES DIVINITES GENERATRICES 

Telles furent, du temps des empereurs ro^ 
mains y les seules fonctions du Phallus, et 
les attributions restreintes et humiliantes de 
Priape. 

Respecté, pendant que les mœurs romaines 
conservaient encore leur simplicité antique; 
avili, en raison des progrès de leur corruption, 
Priape devint enfin un objet de ridicule: il fut 
le plastron des plaisanteries, des sarcasmes de 
tous les écrivains. Horace ne pouvait plus in- 
génieusement ravaler cette divinité qu'il le 
fait par les premiers vers d'une de ses satyres. 
« J'étais un tronc de figuier, bois fort inutile, 
j) lorsqu'un ouvrier, incertain s'il en ferait un 
» banc ou un Priape, se décida enfin, et pré- 
» fera me faire dieu (i). )) On l'insultait jusque 
dans son sanctuaire, dont les murs offraient 
souvent des inscriptions très-peu respectueuses 
pour la divinité, et des vers qui excitaient à ses 
dépens le rire des lecteurs (2). 



(i) Olhn tiuncus eram ficulnus , inutile lignum , 
Ciim faber^ incertus scamnumfaceret ve Priapum , 
Malidt esse deum : deus indè egOjJurum ai^iwnque 
Maxima jormido , nam jures dextra coercet , 
Obscœnoque ruber porrectus ab inguine palus. 

( Horat. , salir. 8, lib. i. ) 
(2) Ce fait est prouvé par quelques pièces du Recueil 
des Priapées. Dans la première pièce on lit : 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 179 

Les Romains alors, ayant perdu de vue le 
inotif antique de ce culte, nj voyaient plus 
qu'un emblème de la débauche, qu'une divi- 
nité ridicule. 

Les écrivains du christianisme vinrent en- 
suite ajouter leurs déclamations aux insultes 
des poètes latins, accumulèrent le ridicule et 
le mépris sur cette divinité déjà vaincue, saisi- 
rent avec transport cette place abandonnée 
par les partisans de l'ancienne religion des Ro- 
mains, et obtinrent une victoire facile. Le culte 
de Priape allait être anéanti sans retour, ses 
idoles et ses autels renversés pour jamais, si la 

Ergo quicquid , id est , quod ntiosus 
Templl parietibus tul notavi. 

Dans la pièce 4o , on fait dire à Priape : 

Quisquis venerit hkc poeta fiât , 
Et versus mihi dedicet jocosas. 

Et dans la quarante-neuvième : 

Tu quicumque vides circa tectoria nostra 
JYon nimiunt castl carmina plena joci. 

Il paraît même que le Recueil des Priapées , et c'est 
l'opinion des savans qui ont, avec érudition^ commenté cet 
ouvrage , a été composé de pièces différentes , recueillies 
sur les murs des chapelles de Priape. Il est vraisembla- 
ble qu'elles ne sont point l'ouvrage de Virgile , comme 
plusieurs l'ont cru , parce qu'on les a trouvées placées 
à la suite de ses œuvres. 



l8o DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

superstition et l'habitude, la plus indestructible 
de toutes les affections humaines, ne fussent ve- 
nues à son secours. Ces deux puissans mo- 
biles delà conduite des peuples triomphèrent 
de la raison et du christianisme, et parvinrent, 
malgré leurs efforts continuels, à maintenir en 
quelque sorte le culte de cette obscène et an- 
tique divinité. 

C'est ce que j'établirai dans les chapitres sui- 

vans. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. l8l 



AAAiA^^(>s\sv^^sv^^^.>^sv>^sv^^sv^^^^^sv'^^sv\J^sv'^svv'^^^^^x'v^^.■^s^è 



CHAPITRE X. 



Du Culte de Vénus , de quelques autres institutions et 
usages religieux qui ont rapport au Culte du Phallus. 



Chez les nations où l'abondance des enfans 
est pour leurs pères un moyen de richesse, un 
titre de gloire; où une progéniture nombreuse 
attire la considération et le respect, et où, par 
conséquent, l'impuissance des hommes et la 
stérihtédes femmes deviennent un opprobre, 
et sont regardées comme un signe de la malé- 
diction divine , l'acte par lequel l'homme re- 
produit son semblable, elles objets qui servent 
à cette reproduction, doivent être en grand 
honneur. La continence , bien loin d'être mise 
au rang des vertus, y est considérée comme 
un attentat à la société. C'est évidemment la 
nécessité d'accroître la population qui a fait 
naître cette opinion, laquelle a dû s'altérer 
lorsque cette nécessité fut moins sensible, puis 
devint une source de débauche et de supers- 



î8:2 DES DIVINITÉS GENERATRICES 

tition, lorsque le temps eut eflPacé sa cause pri- 
mitive de la mémoire des hommes. 

Sous un climat où les vêtemens sont souvent 
inutiles et importuns, l'habitude de voir des 
nudités les rendait indiflférentes: elles ne cau- 
saient que peu ou point d'émotions, et n'irri- 
taient pas plus les désirs que ne le font les par- 
tics du corps que les nations civilisées laissent 
aujourd'hui à découvert. Ainsi l'on pourrait 
conclure de ces notions que la pudeur est na- 
tive des régions où le froid a rendu les vête- 
mens indispensables. 

L'usage d'honorer l'acte de la génération et 
l'habitude* des nudités sont deux causes qui ont 
puissamment influé sur les mœurs des nations. 
Lorsque ces causes ont agi ensemble dans une 
même région de la terre , leur influence a été 
plus marquée , et a produit des institutions ci- 
viles et religieuses qui portaient tous les carac- 
tères de leur double origine. 

Lorsque, dans d'autres pays, une de ces deux 
causes agissait isolément, son influence, moins 
puissante, produisait des institutions moins 
fortement caractérisées. 

Enfin , chez les peuples où ces deux causes 
n'ont point du tout existé, il en résultait des 
opinions, des habitudes, des institutions abso- 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. l85 
iument contraires à celles des peuples qui vi- 
vaient sous leur influence. 

De là cette diversité étrange de mœurs et de 
coutumes^ ces contrastes choquans, ces diffé- 
rences totales qui existent entre les opinions et 
les institutions des nations qui peuplent ou qui 
peuplaient la terre. On serait, au premier 
abord, porté à croire que la nature de l'homme 
du midi n'est pas la même que celle de l'homme 
du nord, ou à douter de la véracité des écri- 
vains qui ont offert des tableaux si différens 
de leurs mœurs respectives. 

Il est vrai que le temps, les communications 
de peuple à peuple, les migrations lointaines, 
le commerce, les révolutions politiques et re- 
ligieuses ont, dans plusieurs contrées, effacé, 
en tout ou en partie, les caractères que les cau- 
ses dont j'ai parlé y avaient imprimés, ont 
adouci ces nuances tranchantesqui distinguaient 
leurs habitans; mais ces événemens n'ont pas 
agi par-tout ; et , dans les lieux où leur action 
s'est fait sentir , elle n'a pas toujours été assez 
puissante pour faire disparaître entièrement le 
caractère antique. L'histoire, d'ailleurs, ainsi 
que l'attachement des peuples a leurs vieilles 
habitudes, a préservé les monumens caracté- 
ristiques des sociétés primitives d'une ruine 
complète. Des traits fortement prononcés exis-? 



l84 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

lent encore, et suffisent pour indiquer les causes 
qui les ont tracés. 

Ces causes matrices, oii l'esprit des nations 
est venu, pour ainsi dire, comme une matière 
fusible, se couler, recevoir des formes et se 
durcir, ont agi ensemble et avec force dans 
certaines régions. De vastes déserts, des ter- 
rains incultes et inondés, peuplés d'animaux 
destructeurs et féroces, appelaient le génie ^ le 
courage et les travaux des hommes. La popu- 
lation j était d'autant plus désirable qu'elle as- 
surait la puissance et la richesse. Aussi les lois, 
les préceptes, les institutions civiles et religieu- 
ses des temps anciens, que la tradition nous a 
conservés, tendent vers ce bat unique : tous 
favorisent et provoquent même l'accroissement 
de la population. 

La circoncision^ un des rites les plus anciens 
que les Egyptiens et les Éthiopiens pratiquaient 
avant les Hébreux, n'avait évidemment pour 
but que de rendre plus commode, que de favo- 
riser l'acte de la reproduction de l'homme , et 
de faire disparaître jusqu'à ses plus faibles 
obstacles. 

Le premier précepte que Dieu , dans la Ge- 
nèse, adresse aux hommes après le déluge, est 
celui-ci : Croissez et multipliez, remplissez la 
terre. Ce précepte est répété dans le même dis- 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. l85 
cours, et cette répétition en fait sentir l'impor- 
tance (i). Aussi chez les Hébreux le concubi- 
nage n'étaij^point un crime: il était habituel; et 
le mariage ne l'excluait point. 

Sara, femme à' Abraham, fournit elle-même 
k son mari une concubine: elle lui livre sa 
servante Jgar , dont le patriarche eut des en- 
fans (2). 

Nachor, frère d'Abraham , eut aussi plusieurs 
enfans d'une concubine appelée Roma (5). 

Lothy pour assouvir les désirs impétueux des 
habitans de Sodôme, leur offre ses deux filles 
encore vierges (4). 

Ces deux mêmes filles enivrent bientôt après 
leur père ; se livrent à ses caresses , et en ont 
des enfans (5). 

Jacob épouse en même temps les deux sœurs. 
Racket et Lia, et^ lorsque Tune et l'autre sont 
devenues stériles , elles se font remplacer par 
leurs servantes. Rachel fournit à son mari sa 
servante Bala; et Lia, sa servante Zel- 
pha (6). 

(i) Genèse, chap. 9 , vers i et 7. 

(2) Idem , chap. 16, vers, i et suiv. 

(3) Idem , chap. 11 , vers. 24. 

(4) Idem, chap. 19 , vers. 8 et suiv. 

(5) Idem ,Qhdi^. 19, vers. 3i et suiv. 

(6) Genèse^ chap. 29, vers. 28 et 29; chap. 3o,vcii.. 
I et 9. 



l86 DES DIVINITÉS GENERATRICES 

Bala, qui dormait avec Jacob, dormit aussi 
ave Ruben, fils de ce patriarche (i). 

Tkajnar épouse successivement. les deux 
frères, Her et Onan, fils de Juda. N'en ayant 
point d'enfant, et craig^nant d'être accusée de 
stérilité, elle va, déguisée en prostituée, se 
placer sur un chemin où devait passer son 
beau-père. Celui-ci la méconnaît, marchande 
ses faveurs, y met un prix, les obtient, et en a 
deux enfans (p). 

Ces fornications, ces adultères, ces incestes, 
et plusieurs autres qu'il est inutile de rapporter, 
ne sont point présentés, dans les livres de la 
Bible, comme des crimes, mais comme des ac- 
tions ordinaires. Ceux qui en sont les auteurs 
n'y reçoivent aucun reproche, n'éprouvent ni 
blâme , ni punition. 

Si la Bible se plaint de Salomon, qu'elle dit 
avoir surpassé en sagesse tous les rois de la 
terre (3), ce n'est point parce qu'ayant épousé 
la fille du Pharaon d'Egypte, et ayant eu un 
commerce passager avec la reine de Saba , il 
vivait en outre avec sept cents femmes quali- 
fiées de reines y et trois cents qualifiées de con- 

(i) Gewè^e, chap. 35, vers. 22. 

(2) Idem , chap. 38, vers. 8, i3 et suiv. 

(3) Les Rots, liv. 3, chap. 10, vers. 36. 



CHEZ LÈS ANCIENS ET LES MODERNES. iS-f 
cubines; mais parce que ce nombreux sérail , 
destiné aux amours et aux plaisirs de ce roi 
sage y était composé de femmes étrangères, de 
Moabites, d'Ammonites, d'Iduméennes, de Si- 
doniennes et de femmes du pays des Héthéens: 
nations chez lesquelles la loi de Moïse défend 
aux Hébreux de prendre des épouses, et qui 
professaient une religion différente de la leur. 
Salomon fut perverti par elles : il érigea des 
autels, des temples et des idoles en l'honneur 
des divinités adorées par ces étrangères (i). 
Ainsi ce n'est point la quantité exorbitante de 
femmes qui composaient le sérail de Salomon, 
que la Bible réprouve dans ce roi, mais leur 
qualité d'étrangères et d'idolâtres. 

Lorsqu'il s'agit au contraire , dans îa Bible , 
de ces actes infâmes, de ces plaisirs stériles et 
nuisibles à la population, alors l'opinion se 
prononce fortement contr'eux. L'action d'Onan 
excite l'indignation; et les mœurs corrompues 
des habitans de Sodôme et de Gomore attirent 
sur leurs villes une punition exemplaire et 
terrible. 

Enfin la virginité, pour les filles nubiles, 
était chez les Hébreux, comme elle l'est encore 
chez les Indiens, une espèce d'opprobre 

(i) Les Roù , chap. 1 1 , vers, i , 2 , 3 , et suiv. 



l88 DES DIVINITÉS GENERATRICES 

Jephté, avant de se laisser religieusement égor- 
ger par son père , lui dit : Permettez-moi d'al- 
ler pleurer pendant deux mois ma virginité 
dans les montagnes. Elle alla avec ses compa- 
gnes pleurer de ce qu elle mourrait vierge (i). 

Les jeunes Indiennes^ suivant Mindès-Pinto, 
croient ne pouvoir point être reçues en Paradis 
avec leur virginité. 

i( Les Indiens, dit Sonnerai, sont tellement 
» persuadés que les dieux ne leur ont accordé 
» l'existence que pour se reproduire qu'ils re- 
» gardent la stérilité comme une malédic- 
» tion (2). » 

Si nous portons nos regards sur les institu- 
tions et les usages de quelques autres nations 
de l'Orient _, nous y verrons, sous des formes 
différentes, un motif pareil: celui d'honorer 
l'acte de la génération , et de favoriser la popu- 
lation. 

Le culte de Vénus, si répandu en Orient, et 
qui s'introduisit ensuite en Grèce et en Italie , 
avait pour objet d'honorer la faculté fécondante 
de la nature. Son origine était plus ancienne et 
différente de celle de Priape; mais le culte de 



(i) Les Juges , chap 1 1 , vers. 87 et 53. 
(2) Voyage aux Indes et à la Chine , t. 1 , p. 128 ? 
deuxième édition. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 189 

l'iin et de l'autre avait un même but : celui d'ac- 
croître la population. 

Dans les cérémonies du culte de Vénus, 
l'acte de la génération était sanctifié. La jeu- 
nesse des deux sexes venait solennellement of- 
frir ses prémices à cette déesse : ainsi qu'ailleurs 
on y offrait à d'autres divinités les prémices 
des fleurs, des fi^uits , et les nouveaux-nés des 
animaux domestiques (i). 

La politique fonda cette cérémonie 5 la su- 
perstition la consacra; et rattachement des 
peuples pour les vieilles habitudes, et sur-tout 
pour celles qui tiennent à la religion, la 
maintint jusque dans un temps 011 la civilisa- 
tion avancée, les mœurs altérées^ commen- 
çaient à la rendre humiliante pour les person- 
nes qui étaient forcées de s'y soumettre. 

(( Le culte qu'on rend à cette divinité , dit 
» Montesquieu, est plutôt une profanation 
» qu'une religion. Elle a des temples où toutes 
» les filles de la ville se prostituent en son hon- 
» neur, et se font une dot des profits de la dé- 
» votion. Elle en a où chaque femme mariée 
» va, une fois en sa vie, se donner à celui qui 



(i) Voyez , sur l'origine de ce culte et de la divinité 
Vénus , l'ouvrage intitulé : Des Cultes qui ont précédé 
et amené V idolâtrie , chap. 21. 



igo iDÈS DIVINITES GENERATRICES 

» la choisit^ et jète dans le sanctuaire l'argent 
» qu'elle a reçu. Il y en a d'autres où les cour- 
» tisanes de tous les pays, plus honorées que 
» les matrones, vont porter leurs offrandes. Il 
» y en a enfin où les hommes se font eunuques 
» et s'habillent en femmes, pour servir dans le 
» sanctuaire , consacrant à la déesse et le sexe 
» qu'ils n'ont plus, et celui qu'ils ne peuvent 
)) pas avoir (i). » 

Ce n'est point ici une fiction poétique : c'est 
la vérité que l'illustre auteur que je viens de 
citer a puisée dans l'histoire de diverses na- 
tions. 

Plusieurs écrivains de l'antiquité témoignent 
que ces cérémonies dévotes et voluptueuses 
étaient pratiquées dans divers pays de l'Orient, 
et notamment à Babylone. Le prophète Jéré- 
mie, dans sa lettre adressée aux juifs destinés à 
être conduits captifs dans cette ville, leur ap- 
prend l'existence de cet usage (2). Le géographe 
Strabon en fait aussi mention (5); mais Héro- 
dote est celui qui le décrit avec plus de détail. 

u Les Babyloniens, dit-il, ont une loi bien 
» honteuse : toute femme, née dans le pays , 

(1) Temple de Gnide , chant premier, 

(2) Baruc. , chap. 6, vers. ^1 et 43- 

(3) Strab, , lib. 16. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. ÎQÎ 

» est obligée, une fois dans sa vie, de se rendre 
» au temple de Vénus, pour s'y livrer à un 
)) étranger. Plusieurs d'entr elles, dédaignant 
» de se voir confondues avec les autres, à 
» cause de l'orgueil que leur inspirent leurs 
» richesses, se font porter devant le temple 
» dans des chars couverts. Là, elles se tien- 
» nent assises, ayant derrière elles un grand 
» nombre de domestiques qui les ont accom- 
» pagnées; mais la plupart des autres s'as- 
» sèyent dans la pièce de terre dépendante du 
» temple de Vénus, avec une couronne de fi- 
» celle autour de la tête. Les unes arrivent, 
)) les autres se retirent. On voit en tout temps 
» des allées séparées par des cordages tendus. 
» Les étrangers se promènent dans ces allées, 
» et choisissent les femmes qui leur plaisent le 
» plus. Quand une femme a pris place en ce 
» lieu, elle ne peut retourner chez elle que 
» quelque étranger ne lui ait jeté de l'argent 
» sur les genoux, et n'ait eu commerce avec 
» elle hors du lieu sacré. Il faut que l'étranger, 
» en lui jetant de l'argent, lui dise : Tin^^oque 
» la déesse Mjlitta, Or les Assyriens donnent à 
» Vénus le nom de Mjlitta. Quelque modique 
» que soit la somme , il n'éprouvera point de 
y) refus : la loi le défend ; car cet argent devient 
w sacré. Elle suit le premier qui lui jète de 



ig2 DES DIVINITES GENERATRICES 

)) l'argent; et il ne lui est permis de repous- 
»ser personne. Enfin ^ quand elle s'est ac~ 
» quittée de ce qu'elle devait à la déesse, en 
» s'abandonnant a un étranger , elle retourne 
» chez elle. Après cela, quelque somme qu'on 
)) lui donne, il n'est pas possible de la séduire. 
» Celles qui ont en partage une taille élégante 
» et de la beauté ne font pas un long séjour 
» dans le temple ; mais les laides y restent 
)) davantage , parce qu'elles ne peuvent satis- 
» faire à la loi. Il y en a même qui y demeu- 
)) rent trois ou quatre ans (i). 

Le même historien ajoute : « Une coutume 
» à peu près semblable s'observe en quelques 
» endroits de l'île de Chypre. » 

Cette pratique était en effet en vigueur à 
Paphos, ville de cette île. Justin rapporte ainsi 
les causes de la fondation de Carthage : « Elissa, 
)) fuyant Tyr où son frère Pjgmalion avait 
» assassiné son mari Acerhus , pour s'emparer 
» de ses trésors, aborda avec plusieurs Ty riens, 
» compagnons de sa fuite, sur la côte de l'île 
)) de Chypre. Elle y débarquait au moment où 
» les Cypriennes célébraient la fête de Vénus. 
>) Les jeunes filles de Paphos se présentaient 
» aux étrangers, et leur offraient la jouissance 

(i) Hérodote, Clio , chap. 199. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. igS 

» de leurs charmes , dont le prix était destiné à 
» former leur dot. » 

Elissa fit choix de quatre-vingt de ces galantes 
Cypriennes, les embarqua sur sa flotte, les unit 
aux jeunes Tyriens qui l'accompagnaient, afin 
de peupler la ville qu'elle se proposait de 
bâtir. Elle arriva en Afrique, et y fonda Car- 
thage(i). 

Les Tyriens et les Cypriennes transportèrent 
les moeurs et la religion de leurs pays dans 
cette nouvelle contrée. L'usage qui obligeait 
les jeunes filles à venir gagner leur dot au bord 
de la mer y fut mis en vigueur. A quelque dis- 
tance de la nouvelle ville , était un lieu con- 
sacré à Vénus, appelé Sicca veneria. Un pareil 
lieu, consacré à la même divinité, et destiné 
au même culte, existait, chez les Phéniciens, 
sous le nom de Succoth-Benoth ou Siccoth 
Venoth, Ces mots signifient tentes des filles. On 
croit, avec beaucoup de raison, que le nom 
Vénus en est dérivé (2), Valère Maxime nous 



(i) Justin , lib. 18. 

(2) Selden de Dis Sjris , Sjntagm. 2 , cap. n , 
p. 234; — Addimenta Bejeri , p. 3 10 ; — Elias , Sche- 
dius ,de Dis Germanis , cap. 9^ p. i23; — treiziënie 
Mémoire sur les Phéniciens, par l'abbé Mignot ^ 
membre de l'Acad. des Inscriptions, tom. 38, p. 5g. 

II. i5 



194 I^ES DIVINITES GÉNÉRATRICES 

apprend que, dans ce lieu, se rendaient les 
jeunes Carthaginoises; et que^ sous les auspices 
de la déesse, elles se livraient religieusement à 
la brutalité des étrangers , et acquéraient, au 
prix de leur virginité, une somme qui servait 
il les marier (i). 

Cet usage religieux et galant était établi dans 
toute la Phénicie. La déesse, qui présidait à la 
génération s'y nommait Astarlé, et le lieu qui 
lui était consacré, Succoih-Benoth, A BibloSy 
les jeunes filles avaient l'alternative de se pros- 
tituer pendant un jour entier aux étrangers, ou 
de sacrifier leurs cheveux à la déesse (2). Si 
l'on enjuge d'après les vives déclamations faites 
par difFérens écrivains contre le culte de la 
Vénus de Biblos et contre ses indécences, on 
se convaincra que les filles de cette ville préfé- 
raient conserver leur chevelure. 

En ce dernier cas , le prix de la prostitution 
ne servait point à leur dot; mais il était destiné à 
subvenir aux frais du culte. C'est saint Augustin 
qui nous instruit de cette particularité, en nous 
disant que de son temps les prostitutions re- 

(i) Valer. "Maxim. , lib. 1 , cap. 6, sect. i5, p. 235. 

(2) Traité de la Déesse de Sjrie , dans les» œuvres de 
Lucien . 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. igS 

îigieuses étaient en usage dans toute la Phé- 
nicie (i). 

Elles y existèrent même long-temps après, 
jusque sous le règne de Constantin. Suivant 
Eusèbe et Théodoret, le temple à'HéUopoIis, 
en Phénicie, celui des Aphaques, situé sur le 
mont Liban , entre Héliopolis et Biblos, étaient 
dédiés à des divinités qui exigeaient de pareils 
sacrifices. Ces deux écrivains nous apprennent 
que cet empereur fit détruire ces temples , et 
abolit le culte indécent qu'on y célébrait (5)!). 



(i) Saint Augustin, Civit. Dei , lib. 4? cap. 10. 

(2) Eusèbe , J^ita Constantini , lib. 3 , cap. 53 et 56; 
Théodoret , Hist. ecclé.siast. , lib. i , cap. 8. 

Le temple des Aphaques était très-ancien. L'auteur 
du Traité de la Déesse de Syrie en parle comme d'une 
antiquité vénérable. Eusèbe en fait un tableau hideux. 
C'était , suivant lui , de vieilles masures , entourées d'ar- 
bustes et broussailles épaisses , où aucun chemin , au- 
cun sentier , n'aboutissait. Les ministres du temple y 
tenaient école de débauche. Des hommes efféminés , 
impudens , pour apaiser le démon qui y présidait , se 
livraient entr'eux aux excès du plus honteux libertinage. 
En outre , des hommes et des femmes mariés s'y réu- 
nissaient , se confondaient ensemble , et assouvissîdent 
la violence de leurs désirs. 

n raconte des choses semblables du temple d'Hélio- 
polis , et dit que les habitans y prostituaient leurs filles 
aux étrangers qui passaient dans leur pays. 



196 DÉS DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

Les Hébreux, voisins des Phéniciens, ne pu- 
rent résister à l'attrait de l'exemple que ces 
derniers leur offraient. Moïse avait prévu le 
danger, en défendant positivement à son peu- 
ple ces pratiques impures et religieuses. Ses 
paroles annoncent même que les Phéniciens 
ou les Chananéens avaient, de son temps, cor- 
rompu l'esprit de l'institution primitive, et s'é- 
talent laissés aller à des désordres plus révoltans 
encore : « il n'y aura point, dit-il, de femmes 
)) prostituées parmi les filles d'Israël, ni de 
)) fornicateurs parmi les garçons d'Israël; vous 
)) n'offrirez point dans la maison du Seigneur, 
)) votre Dieu, la récompense de la prostituée, 
w ni le prix du chien (i). » 

On voit, dans ce passage, les pratiques du 
culte à^Jstarté ou de Mjlitta bien désignées , 
la prostitution des jeunes gens des deux sexes, 
et le prix de cette prostitution offert à la divinité. 
L'auteur du Deutéronome emploie dans le 
texte hébreu, au lieu des mots grossiers de 
meretrix et de scortator , qui se trouvent dans 
la Vulgate, des expressions qui répondent à 
celles de consacrées , consacrés ou efféminés : 
qualifications servant à caractériser les garçons 

(i) Deutéronome , chap. 23, vers. 17 et 1 8, 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES, igy 

et les filles qui prétendaient honorer la divinité 
par de tels actes d'impureté (i). 

Malgré ces défenses, les Israélites forniquè- 
rent avec les consacrées et même avec les effé- 
minés; et ils forniquèrent avec tant d'éclat 
c^xijéza, roi de Juda, chassa ces efféminés du 
pays de sa domination. Son fils, Josaphat, qui 
lui succéda, fit plus encore: il en extermina un 
grand nombre. Les effets de ces exemples ter- 
ribles ne furent pas de longue durée. Les pros- 
titutions religieuses reprirent faveur parmi les 
Israélites; et ils les exercèrent jusque dans le 
lieu consacré au Seigneur. 

ce Josias , dit l'auteur du quatrième livre des 
)) Roisy abattit les cabanes des efféminés ou 
» consacrés, qui étaient dans la maison du 
» Seigneur, pour lesquels des femmes travail- 
» laient à faire des tentes en l'honneur à'As- 
» serao\iô^j4stafté{^2). » 

La déesse de la génération était, chez les 
Arméniens, nommée Diane Anaïtis. Strabon 
nous apprend que ces peuples lui rendaient un 
culte particulier : ils lui consacraient les prémi- 
ces de leurs esclaves, de leurs filles , même des 

(i) Mém. de V Académie des Inscriptions , tom. 38 , 
p. 59 et 60. 

(2) Les Rois , liv. 4 > chap. 23 , vers. 7. 



igS DES DIVIJNITÉS GENERATRICES 

filles les plus qualifiées. Ces filles se prostituaient 
clans le temple de la déesse : alors seulement 
elles étaient dignes du mariage ; et les hommes 
s'honoraient de les épouser (i). 

« C'était une pratique commune chez les 
» Lydiens que les nouvelles mariées se pros- 
)) tituassent avant d'habiter avec leurs maris; 
» mais, le mariage une fois consommé , elles 
)) devaient à leurs époux une fidélité inviolable : 
)) il n'y avait point de grâce pour celles qui 
» s'en seraient écartées (2). » 

u Toutes les filles, dans le pays lydien, dit 
)) Hérodote, se livrent a la prostitution : elles 
» y gagnent leur dot, et continuent ce com- 
» merce jusqu'à ce qu'elles se marient (5). » 

Pomponius-Méla dit la même chose de celles 
des Augiles, peuple d'Afrique. Elles reçoivent 
tous les hommes qui s'oiFrent avec un présent; 
et , plus le nombre de ceu]» qui sacrifient à 
leurs charmes est grand, plus elles en sont ho- 
norées. 

Les Nasamons, peuples de la Ljbie, obser- 
vaient le même usage : « Lorsqu'un d'eux, dit 
» Hérodote, se marie, la mariée accorde ses 



(i) Strabon, lib. 2. 

(2) Elien , Histoires diverses , liv. 4 > clmp. 

(3) Hérodote, CZ/o , chap. 98 . 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 199 

)) faveurs, la première nuit de ses noces, à tous 
» les convives; et chacun lui fait un présent, 
» qu'il a apporté de sa maison (i). » 

La prostitution était en honneur a Naucratis 
en Egypte : les filles de cette ville passaient 
pour les plus belles courtisanes de ce pays; et 
quelques-unes se sont rendues célèbres, telles 
que Rhodope et Ârchidice (2). 

Ces prostitutions de filles avant leur mariage 
semblent, au premier abord, étrangères au 
culte; mais, lorsqu'on les rapproche de l'usage 
des prostitutions religieuses, on y remarque de 
grands rapports; et il est évident qu'elles en 
dérivent. Il en est de même des courtisanes de 
l'antiquité. On croirait que le libertinage et les 
profits qui en peuvent résulter étaient les seuls 
motifs de leur profession; mais l'on doit sa- 
voir que ces courtisanes, si nombreuses et si cé- 
lèbres dans la Grèce, officiaient dans le temple 

(1) Hérodote, Melpomene , chap. 172. 

(2) WéioàolG , Eiiterpe , chap. i35. 

On peut joindre ici l'exemple qu'offrent les Gindanes, 
peuple de la Lybie , voisin des Maces. Leurs femmes 
portent, chacune, autour de la cheville du pied, autant 
de bandes de peaux qu'elles ont vu d'hommes : celle 
qui en a davantage est la plus estimée , comme ayant été 
aimée d'un plus grand nombre d'hommes. ( Hérodote , 
Melpomene , chap. 176). 



^00 DES DIVINITES GENERATRICES 

de Vénus, et qu elles y étaient les uniques pré- 
tresses de cette divinité. D'ailleurs, il est certain 
que les mêmes prostitutions religieuses qui 
avaientlieu à Babylone, dans toute la Phénicie, 
et dans d'autres parties de l'Orient, étaient, dans 
le principe, en vigueur à Paphos, dans l'île de 
Chypre , à Samos , à Corinthe , à Amathonte 
et à Hermioné , où l'on voyait plusieurs tem- 
ples de Vénus. 

Entre les différens honneurs que les habitans 
rendaient à cette divinité, dit Pausanias, on 
remarque une coutume qui oblige les filles qui 
se marient, et les veuves qui veulent contracter 
un nouveau lien, a venir sacrifier à Vénus 
avant leurs noces (i). 

La même cérémonie se pratiquait dans tous 
les lieux où cette déesse recevait un culte 
particulier; mais bientôt les progrès de la civi- 
lisation firent sentir, dans plusieurs villes, l'in- 
convenance de ce culte. Des lois sages y portè- 
rent la réforme ; les filles et les femmes des ci- 
toyens furent affranchies de cette servitude in- 
décente,* et les prostitutions exigées par Vénus 
devinrent les fonctions des courtisanes en titre, 
qui, par devoir, se sacrifiaient à la divinité, et, 
par goût ou par avarice, prodiguaient leurs 

(i) Pausanias , Corinthe , chap. 34- 



CHEZ LES A^CIE^S ET LES MODERNES. 20ï 

faveurs ou les vendaient en public. On at- 
tribue à un certain Dexicréonte l'honneur 
d'avoir, à Samos^ aboli les prostitutions re- 
ligieuses. 

Les courtisanes prétresses de Vénus étaient 
nombreuses dans les principales villes de la 
Grèce : on en comptait plus de mille à Co- 
rinthe. 

Le culte de Vénus se maintint long-temps 
en Grèce dans son indécence primitive. Outre 
rhabitude, qui, chez le vulgaire, est un des plus 
forts soutiens des institutions antiques, le peu- 
ple avait un autre motif pour consulter ce 
culte :il était persuadé que ceux qui le mépri- 
saient attiraient sur eux la haine et la vengeance 
de la divinité. Les jeunes filles redoutaient les 
fureurs de Vénus; et la peur les rendait dé- 
votes. 

Les prêtres racontaient la fable des Propae- 
tides, qui, rejetant le culte de cette déesse, en 
furent cruellement punies : elles sentirent dans 
leurs veines le feu de l'impudicité , et furent , 
dit Ovide, les premières femmes qui se pros- 
tituèrent a tout venant. Ëlè^e et Celène , filles 
de PrœtuSy furent punies pour la même faute. 
« On les vit, dit Elien , parcourir toutes nues, 
» comme des insensées , une partie du Pélo- 



202 DES DIVINITES GENERATRICES 

» ponèse et quelques autres contrées de la 

» Grèce (i). » 

Les Romains honorèrent plusieurs divinités 
génératrices. Vénus avait quatre temples h 
Rome, et y fut honorée, sous différens sur- 
noms, par différentes fêtes, célébrées au mois 
d'avril. Flore paraît être une des plus anciennes 
divinités génératrices que les Romains aient 
adorées ; la Vénus est bien plus moderne. 

Les i^"^, :i2 et 28 avril étaient consacrés 
à honorer , sous différens noms , la mère de la 
génération des êtres. Les cérémonies de ces 
fêtes rappellent les prostitutions des religieuses 
des Orientaux. L'hymne intitulé Per^igiïium 
T^eneris, ou la Veillée de Vénus, offre des 



(i) Élien , Histoires dii^erses , liv. 3 , chap, /^i. 

Lorsque les anciens eurent oublié le motif des insti- 
tutions primitives , les cultes ne se soutinrent que par la 
crainte de la colère des dieux : aussi a-t-on dit : 

Primus in orbe deos fecit tinior , ardiia cœlo 
Fulmina quiim caderenl. 

Dans VHjpolite d'Euripide , Phèdre est représentée 
comme une malheureuse victime de la colère de Vénus : 
l'amour désordonné qui là tourmente est l'ouvrage de 
cette divinité persécutrice. Racine est entré dans le sens 
du tragique grec , en faisant dire à sa Phèdre : 

C'est Venus toute entière h sa proie attachée. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODEKNES. 2o5 

traits de conformité. On j voit que les Ro- 
mains, à l'exemple des Phéniciens et des Grecs, 
dressaient des tentes ou des cabanes de feuil- 
lages consacrées aux mystères de l'amour. 

L'obscurité naissante de la fin du jour, l'om- 
bre des arbres, l'abri de ces tentes formées de 
branches de myrtes , symbole des amours for- 
tunés , enhardissaient les désirs, et dérobaient 
quelques alarmes à la pudeur. 

(( Demain, lit-on dans cette pièce, la mère 
» des Amours, sous des cabanes verdoyantes 
» de myrte , dressées à l'ombre des arbres , 
» dictera ses lois à la jeunesse. » 

Diane est trop chaste, suivant le poète ^ pour 
être invitée à cette fête. « Si vos regards pudi- 
» ques pouvaient se fixer sur ces jeux, dit-il à 
» cette déesse , vous verriez , pendant trois 
)) nuits, des chœurs déjeunes filles et de jeu- 
)) nés garçons, couronnés de fleurs , errer dans 
» vos bocages, ou se reposer délicieusement 
» sous les cabanes de myrte (i). )) 



( I ) Les courtisannes publiques étaient à Rome , comme 
en Grèce, les prêtresses de Vénus ; Ovide l'atteste dans ses 
Fastes , à l'occasion des fêtes vinales et floréales consa- 
crées à cette déesse. « Jeunes filles, dévouées aux plaisirs 
» publics , célébrez la divinité de Vénus , honorez-la 
j> d'un culte assidu : cette déesse procure des richesses 



J204 I>ES DIVINITES GENERATRICES 

Les pères de l'église , et notamment saint 
Augustin clans sa Cité de Dieu ^ se sont forte- 
ment récriés contre les indécences de ces fêtes; 
mais ils n'ont pu réussir à les faire abolir entiè- 
rement. 

Dans les pays où les prostitutions religieuses 
n'étaient pas connues, il se pratiquait des céré- 
monies qui leur ressemblaient. Dans le temple 
de Bélus, à Babylone, chaque nuit, une 
femme choisie était conduite par un prêtre , 
et couchée sur un lit magnifique situé dans 
le sanctuaire. 

Voici comment s'explique Hérodote en par- 
lant de ce temple : a Personne n'y passe la 
» nuit, à moins que ce ne soit une femme du 
» pays dont le dieu a fait choix , comme le 
» disent les Chaldéens , qui sont les prêtres de 
» ce dieu. ^) 

« Ces mêmes prêtres ajoutent que le dieu 
)) vient lui-même dans la chapelle , et qu'il se 
» repose sur le lit : cela ne me paraît pas croya- 

» à celles qui font profession de se livrer aux caresses 
» du vulgaire. Demandez-lui , l'encens à la main , la 
» beauté , la faveur du peuple , l'art des gestes agaçans , 
» des paroles séduisantes, etc. » {Fastes , liv. 3.) Dans 
le même livre des Fastes , Ovide dit de la fête des flo- 
réales : « Mais pourquoi la troupe des courtisanes ce 
» lèbre -tr-elle ces jeux ? » 



CHEZ LfcS ANCIENS ET LES MODERNES. 2o5 

)> ble. La même chose, dit encore Hérodote , 
» arrive à Thèbes en Egypte, s'il faut en croire 
» les Egyptiens ; car il y couche une femme 
» dans le temple de Jupiter thébéen; et l'on 
» dit que ces femmes n'ont commerce avec 
» aucun homme. La même chose s'observe 
» aussi à Patarès en Lycie , lorsque le dieu 
» honore cette ville de sa présence , alors on 
)) enferme la grande prêtresse la nuit dans 
)) le temple (i). ^ 

A Jagrenat, ville de l'Inde , les prêtres de 
Wischnou, pendant les huit jours que dure la 
fête de ce dieu, conduisent encore dans le vaste 
temple qui lui est consacré une vierge, qui y 
passe la nuit pour épouser le dieu, et le consul- 
ter sur la stérilité ou l'abondance de la récolte 
prochaine (2). C'était à Babylone, à Thèbes et 
îi Patarès, comme c'est aujourd'hui à Jagrenat , 
non le dieu , mais les prêtres , qui , à la faveur 
des ténèbres de la nuit , épousaient la jeune 
mortelle. 

Ce qui est remarquable , c'est qu'on adore 
encore à Jagrenat^ comme on adorait à Baby- 

(i) Hérodote, Clio , chap. 182. 

(2) Vojage dans le Mogol et VJndoustan , par Ber- 
nier. — Essais historiques sur l'Inde, par Delaflotte , 
pag. 218. 



2o6 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 
lone, une divinité qui préside à la génération, 
et que les jeunes filles de Jagrenat, avant de se 
marier, viennent faire une offrande à leur Vé- 
nus, comme celles de Babylone en faisaient à 
la leur. Un autre trait de ressemblance existe 
dans la forme de ces divinités, mères de la gé- 
nération: elles étaient représentées en Assyrie, 
en Phénicie, à Paphos, comme elles le sont 
dans l'Inde _, a Jagrenat, à Benarès, à Kesscrech 
et ailleurs , sous la forme d^ne borne , d'une 
pierre pyramidale (i). ♦ 

On connaît les dissolutions des mystères cé- 
lébrés chez les Grecs d'Alexandrie en l'honneur 
d'Isis, de ceux d'Athènes, célébrés par la secte 
des Baptes en l'honneur de Cotjtto ou de /^e- 
nus la Populaire : on peut y joindre les mys- 
tères de Flore, de Bacchus, de la bonne déesse 
chez les Romains. 

Nefujez point y dit Ovide, en s'adressant à 

des hommes^ nefujez point le temple de Mem- 

phis ou Von adore la génisse du Nil : là^ on 

fait tout ce que Jupiter jfit autrefois (2). Et 

ailleurs, le même poète dit au gardien de sa 



(i) Voyez le T^ojagc de Bernier en Orient , et sur- 
tout celui d'Henri Grosse , ainsi que la note de Langlès 
sur le Vojage Norden , p. 3 19. 

(2) Multas illa facit , quodfuit ipsa jovi. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 207 

maîtresse : Ne t'informe point de ce qui se passe 
dans le temple de V Egyptienne Isis. 

Juvénal confirme l'usage des prostitutions 
dans le temple d'Isis ; et , à cette occasion , il 
donne à cette divinité égyptienne une épithète 
fort injurieuse (i). 

Dans sa Satire IX'' , le même poète revient 
encore sur les prostitutions pratiquées dans le 
temple dlsis; il nous apprend même que Vénus 
y était souvent remplacée par Ganimède (2). 

Ces prostitutions dans les temples étaient si 
universelles qu'Hérodote n'a pas hésité de 
dire : « Presque tous les autres peuples _, si l'on 
» excepte les Egyptiens et les Grecs, ont 
» commerce avec les femmes dans les lieux 
» sacrés (5). » 

Ces exceptions paraissent même un eflPet de 
la complaisance de l'auteur; et ce qu'il dit ail- 
leurs sur le même sujet prouve qu'elles ne 
sont guère admissibles, comme on l'a déjà vu , 
et comme on va le voir. 

Juvénal ne fait point de telles exceptions, et 
s'exprime plus nettement qu'Hérodote sur cette 



(i) Aut apud Isiacœ potiiis sacraria lenœ. 

Satyr. 6, vers. 489. 

(2) Satyr. 9, vers. 22. 

(3) Hérodote , Euterpe , chap. 64- 



J2o8 DES DIVINITES GENERATRICES 

coutume, où, après avoir parlé de plusieurs 
lieux consacrés à ce libertinage religieux, il 
ajoute : Quel est le temple oie les femmes ne se 
soient point prostituées (i)? 

Les Dionysiaques des Grecs étaient fort indé- 
centes j mais il paraît que les Bacchanales des 
Romains les surpassaient encore. La civilisation 
ajoute ses vices aux institutions vicieuses déjà 
consacrées. Tite-Live nous a laissé un ta- 
bleau révoltant des désordres qui se prati- 
quaient dans ces assemblées nocturnes et reli- 
gieuses. 

Les mystères de Bacchus étaient célébrés à 
Rome dans le temple de ce dieu, et dans le bois 
sacré appelé Simila^ situé près du Tibre. D'a- 
bord, les femmes seules y étaient admises; et la 
lumière du jour en éclairait toutes les cérémo- 
nies. Des dames respectables et mariées étaient 
tour-à-tour revêtues de la dignité de prétresses. 
Aucun bruit scandaleux ne s'était élevé contre 
ces assemblées mystérieuses, lorsqu'une femme 
de la Campanie, nommée Pacculla MirnUy ob- 
tint le sacerdoce des mystères de Bacchus. Elle 
en changea entièrement l'institution, en ini- 
tiant ses deux fils. Cet exemple fut suivi : des 

(i) Nam quo non prostat femina templo ? 

Satir. g , vers. 24. 



CHEZ LEé ANCIENS ET LES MODERNES. 200 

hommes furent introduits; et les désordres 
avec eux. Par ordre de la même prêtresse, les 
mystères ne furent plus célébrés que la nuit. 
Avant elle , ils n'avaient lieu que trois jours par 
année; elle les fit célébrer chaque mois, et 
pendant cinq jours. Les jeunes garçons qu'on 
y admettait n'avaient jamais plus de vingt ans. 
Dans un âge plus avancé, ils auraient eu moins 
d'emportement pour les plaisirs, une imagina- 
tion moins inflammable, un esprit moins cré- 
dule et moins propre à recevoir les impressions 
qu'on voulait leur donner. 

Introduit par des prêtres dans des lieux sou- 
terrains, le jeune initié se trouvait livré à leur 
brutalité. Des hurlemens affreux, et le son de 
plusieurs instrumens, comme cymbales et tam- 
bours , servaient à étouffer les cris que la vio- 
lence qu'il éprouvait pouvait lui arracher. 

Les excès de la table, où le vin coulait en 
abondance, excitaient à d'autres excès que la 
nuit favorisait par ses ténèbres. Tout âge, tout 
sexe, étaient confondus. Chacun satisfaisait le 
goût auquel il était enclin; toute pudeur était 
bannie; tous les genres de luxure, même ceux 
que la nature réprouve, souillaient le temple 
de la divinité (i). 

(i) Plura virorum inter scsc quàm fœminarimi 
esse stiipra. 

IT. l4 



210 DES DIVINITES GENERATRICES 

Si quelques jeunes initiés témoignaient de la 
honte pour tant d'horreur, opposaient de la 
résistance aux poursuites de ces prêtres liber- 
tins, ou même s'ils s'acquittaient avec négli- 
gence de ce qu'on exigeait d'eux, ils étaient sa- 
crifiés j et, dans la crainte de leurs indiscrétions, 
on leur ôtait la vie. On les attachait fortement 
à certaines machines, avec lesquelles ils étaient 
subitement enlevés et plongés ensuite dans une 
caverne profonde. Les prêtres justifiaient en 
public leur disparition, en disant que le dieu 
irrité était Fauteur de cet enlèvement. 

Les danses, les courses, les cris des hom- 
mes et des femmes qu'on disait agités d'une 
fureur divine, et qui ne l'étaient que parles 
fumées du vin , formaient un épisode principal 
de ces cérémonies , et faisaient diversion à 
d'autres désordres. On voyait des femmes, les 
cheveux épars, tenant en main des torches 
allumées, aller les plonger dans les eaux du 
Tibre sans les éteindre. Ce prétendu miracle 
s'opérait, dit Tite-Live, parce que la matière 
inflammable de ces torches était composée de 
soufre et de chaux. 

Des crimes d'un autre genre s'ourdissaient 
dans ces assemblées nocturnes. On y préparait 
des poisons; on y disposait des délations et de 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 21 I 

faux témoignages; on fabriquait des testamens; 
on projetait des assassinats. 

On y trouvait des initiés de toutes les classes, 
et même des Romains et des Romaines du pre- 
mier rang: leur nombre était immense. Ce n'é- 
tait plus une société, c'était un peuple entier 
qui partageait ces désordres abominables, et 
conjurait même contre l'état. C'est sous ce 
dernier rapport que le consul Posthumius fit 
envisager cette aggrégation, lorsqu'il la dénonça 
au sénat de Rome; et cette seule considéra- 
tion peut-être détermina ce sénat superstitieux 
à porter atteinte à la religion, en abolissant ces 
assemblées abominables ; elles furent dissoutes 
l'an de Rome 564 (0- 

Si les Romains abolirent pour quelque temps 
les Bacchanales, ils laissèrent subsister le culte 
de la. bonne Déesse, Les hommes, à la vérité, 
mais non les excès, étaient bannis de ces mys- 
tères. 

(c Elles nous sont connues, les secrètes pra- 
» tiques du culte de la bonne Déesse ^ dit Juvé- 
)) nal. Etourdies par le bruit des trompettes, 



(i) Tite-Lwe , quatrième décade, liv. 9 ,011 de l'édi- 
tion de Drakenborchhfs , liv. 3g , chap. 8, 9, 10 et 11. 



512 DÉS DlVIl^lTES GENERATRICES 

» enivrées de vin, ces Ménades luxurieuses 
» courent échevelées, et appellent, par des 
» hurlemens, Priape à leur secours. Qui pourra 
» exprimer l'ardeur libidineuse qui les dévore? 
» qui pourra peindre leurs danses lascives, 
» mêlées de cris, et les torrens de vin vieux 
» dont elles sont toutes inondées? Voyez Lau- 
» fella^ qui, une couronne de fleurs à la main, 
>) provoque jusqu'aux servantes des plus viles 
» courtisanes, et remporte le prix de la débau- 
» che; mais Médulline la surpasse dans l'art 
» des postures et des mouvemens lascifs. Ce 
» sont ici les plus grands excès qui attirent le 
» plus de gloire : rien n'est figuré, tout est réel 
» dans leurs actions. Les vieillards les plus re- 
» froidis par l'âge, Priam et Nestor, s'enflam- 
» meraient à la vue de leur lubricité , s'ils pou- 
» vaient, sans en être révoltés, en supporter 
» le spectacle. Bientôt ces Furies, irritées par 
» les progrès de leurs désirs, dont la violence 
» leur est insupportable^ font retentir leur ca- 
» verne de ces cris : Qu on fasse entrer des 
» hommes y il en est temps! Serait-il endormi , 
» mon amant? quon V éveille. L'amant ne vient 
» pas. Faites venir des esclaves^ s'il ne s'en 
» trouve point ^ un porteur d'eau. Point de por- 
» teur d'eau. Elles sont réduites à demander, 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 21 3 

u faute d'hommes^ Tassistance d'un vil qua- 
» drupède (i). » 

Les Romains transplantèrent le culte de Vé- 
nus dans les Gaules. Le port de V^endres ou de 
Vénus, portas Veneris, était consacré a cette 
déesse; car Vendres était, par contraction , le 
nom que les Gaulois donnaient à la mère des 
Amours : on en a la preuve dans le moiv endre-di^ 
jour de Vénus, Plusieurs lieux sont encore, en 
France, nommés Prendre, Ventre, Vendœu- 
vre^ etc. : ce qui ferait présumer qu'ils doivent 
cette dénomination au culte que cette divinité 
y recevait. 

Si l'on en croit une légende en vers de saint 
Romain , évéque de Rouen , le culte de Vénus 
existait encore dans cette ville au septième siè- 
cle. Dans les murs de Rouen était un château 
fortifié : là, sous des voûtes ténébreuses, des 



O) Desiint hoinines : rnora nulla per ipsam 

Quominùs imposilo clunem submittal asello. 

Juvcnal , Satire 6. 

Sans doute Juvénal , usant de son privilège de poète , 
a chargé le tableau ; mais, en rabattant des exagérations 
que je lui suppose , il nous restera assez de données, si 
l'on y joint sur-tout ce que Tite-Live nous a conservé 
des anciennes bacchanales , pour décider que les Ro- 
mains avaient abusé de ce culte aussi indécemment que 
l'avaient fait les Grecs et les Orientaux. 



21 4 DES DIVIiVlTÉS GÉNÉUATIIICES 

sectaires de la déesse se livraient aux excès de 
la table, et puis à tous ceux de la débauche la 
plus effrénée. Au centre du château, s'élevait un 
édifice appelé temple de Vénus : une idole de 
cettedéesseyétaitadorée;etses prêtresses, à qui 
notre légendaire peu poli donne le titre dont 
le vulgaire grossier apostrophe les plus viles 
courtisanes, y remplissaient scandaleusement 
leur indécent ministère. Saint Romain détruisit 
tous ces repaires de prostitution, renversa le 
temple, brisa l'idole, et mit en fuite les prê- 
tresses et leurs partisans (i). 

C'est a ce point de dépravation que dégénéra 
un culte dont les motifs étaient originairement 
purs; un culte, à la vérité très-susceptible d'a- 
bus, qui ne put s'en préserver, mais dont les 
premiers fondateurs avaient des intentions 
louables. Ils le croyaient sans doute nécessaire 
à la propagation de l'espèce humaine, à sa 
prospérité; propre à réunir les familles, à res- 
serrer les liens sociaux, à maintenir la paix et 
l'union entre les nations, à accroître la popula- 
tion, et peut-être à détruire des habitudes vi- 
cieuses qui lui sont contraires. Il faudrait avoir 
vécu dans les lieux et dans les temps oii ces 

(i) Vita sancti Romani. Thesaur. aneçdot , t. 3, 
col. p. i656. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 21 D 

institutions ont pris naissance, pour pouvoir 
sainement les juger (i). 



(ï) Après tant de témoignages irrécusables, tant de 
preuves réunies sur l'existence des prostitutions reli- 
gieuses , on sera sans doute étonné d'apprendre qu'un 
homme, justement célèbre par sa philosophie , par son 
génie, par l'éclat et l'universalité de ses talens , que 
Voltaire , dans son Dictionnaù^e philosophique , au mot 
Babel , ait traité ce que rapportent, à ce sujet, Hérodote 
et son traducteur Larcher , de fables , de contes de Mille 
et une Nuits. « Ces contes d'Hérodote, dit-il, sont au- 
» jourd'hui si décriés par tous les honjiêtes gens , la 
» raison a fait de si grands progrès , que les vieilles et 
» les enfans mènie ne croient plus à ces sottises. >• 

On aurait ici facilement raison contre Voltaire : à son 
opinion , dépourvue de preuves , on pourrait opposer le 
témoignage de l'antiquité tout entière. Une réfutation 
en règle n'est pas nécessaire : les autorités nombreuses 
que je viens de citer sont une réponse suffisante : je 
m'en tiens là. Je vais seulement , pour l'instruction des 
lecteurs , placer ici des réflexions faites par un homme 
qui a plus observé les mœurs des différentes nations de 
l'Orient, et qui a plus voyagé, que Voltaire : « On juge 
» mal les peuples anciens , quand on prend pour terme 

» de comparaison nos opinions et nos usages , 

» on se donne des entraves gratuites de contradictions , 
» en leur supposant une sagesse conforme à nos prin- 
» cipes : nous raisonnons trop d'après nos idées , et non 
» pas assez d'après les leurs. » ( Voyage en Syrie et 
f.n Egypte , par Volney , tom. i . ) 



2lb DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

Ces motifs, qui ont fait naître les institutions 
dont je viens de parler, ont aussi amené des 
pratiques, des usages, qui ont des rapports 
avec elles, qui, comme elles, ont ce carac- 
tère que, dans nos mœurs, nous qualifions 
d'indécence. 

L'on peut croire que, si l'acte de la généra- 
tion était honoré comme religieux, les mem- 
bres, principaux coopérateurs de cet acte, de- 
vaient jouir au moins des mêmes prérogatives: 
aussi, les organes de la génération , loin d'être 
un objet de ridicule ou de honte, étaient-ils 
très - considérés et honorablement qualifiés. 
Leur exposition aux regards publics ne causait 
point de scandale, ne blessait ni les mœurs, ni 
les convenances. Ces objets étaient même reli- 
gieusement invoqués dans les sermens les plus 
solennels. Jurer, en j posant la main, était 
une pratique aussi sainte que de jurer en po- 
sant la main sur l'autel : c'était donner la plus 
forte garantie de l'inviolabilité d'une promesse. 
Sésostris, roi d'Egypte, pendant le cours de 
ses vastes conquêtes , faisait dresser, chez pres- 
que tous les peuples qu'il avait soumis, des 
colonnes portant cette inscription : Sésostris ^ 
roi des rois^ seigneur des seigneurs ^ a conquis 
ce pays par ses armes. Chez les peuples belli- 
queux et braves, ces colonnes offraient l'image 



CHEZ LES ANCiENS ET LES MODERNES. HlJ 

(le la virilité ; et, sur celles élevées chez une 
nation lâche et sans énergie, on voyait au 
contraire la marque du sexe féminin. Ces repré- 
sentations n'avaient alors rien d'indécent; et 
les historiens de l'antiquité, qui nous en parlent^ 
ne leur font point ce reproche (i). 

Psammetichus , autre roi d'Egypte, voulant 
retenir dans leur pays des soldats égyptiens ^ 
qui , mécontens, se retiraient en Ethiopie, leur 
parla de leur patrie, de leurs femmes, de leurs 
enfans : ces soldats alors relevèrent leur tuni- 
que , et, montrant le signe de leur virilité, ré- 
pondirent qu'avec cela ils ne manqueraient ni 
de femmes ni d'enfans. Ce fait est cité par Dio- 
dore de Sicile, comme une bravade, et non 
comme une action contraire à la décence (2). 

Les mœurs des Hébreux, sur-tout avant la 
loi de Moïse, ne différaient guère de celles des 
peuples qui les environnaient : elles étaient 

(i) Hérodote, Euterpe , chap. io2;Diodore de Si- 
cile , liv. I , sect. 65. 

(2) Uiodore de Sicile , liv. 1. Ce trait rappelle celui 
de Catherine Sforce. Ses sujets révoltés , s'étant emparés 
de ses enfans , et menaçant de les tuer , cette femme , 
plus courageuse que pudique , se découvrit aux yeux des 
insurgés , et leur dit : <( Voilà de quoi avoir d'autres 
» enfans. » Sublatâ veste nudatoque ventre, en, inquit, 
quo possiin liheros iterlmi procreare. 



210 DES DIVIMTES GEKEnATRICES 

formées des mêmes idées, des mêmes principes. 
Noé, étant ivre, montra sa nudité : il n'en est 
point blâmé; mais son fils Cham, qui s'en 
était moqué , est maudit ainsi que toute sa pos- 
térité. 

David, en dansant de toute sa force devant 
l'arche, relève trop haut son éphod de lin, 
laisse voir ce qu'il devait cacher, et fait rire les 
servantes de Jérusalem. Sa femme Michol lui 
en fait ensuite desreproches: David, piqué, ré- 
pond : (( Je danserai, je paraîtrai plus vil en- 
» core que je n'ai paru, je serai méprisable à 
» mes propres yeux et devant les servantes 
)) dont vous parlez; et même j'en ferai gloi- 
» re (i). » David n'est point blâmé pour avoir, 
pendant une cérémonie publique et religieuse, 
commis une indécence , et montré sa nudité: 
c'est au contraire sa femme Michol qui est pu- 
nie pour lui en avoir fait le reproche : elle fut 
frappée de stérilité. 

Ces deux exemples prouvent le grand res- 
pect des Hébreux pour les instrumens de la gé- 
nération; mais nous avons de ce respect plu- 
sieurs autres preuves : ils y portaient la main 
dans leurs sermens solennels; et alors le ser- 
ment était réputé inviolable. 

(i) Les Rois , liv. i , chap. 6 , vers. i4 et suiv. , 20 , 
21 et22. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 219 

Lorsqu'on fait dire à Abraham, s'adressant a 
Eliézer : Mettez la main sur ma cuisse ^ et pr^o- 
mettez-moi que vous ne marierez point mon fils 
à une Cananéenne , lorsqu'on fait adresser, par 
Jacob mourant, ce discours à Joseph : Tou- 
chez m,a cuisse, mon fils y et jurez-moi que vous 
ne m enterrerez point en Egypte , on a inexac- 
tement traduit le texte hébraïque : ce n'est pas 
de la cuisse qu'il est ici question, disent les plus 
savans commentateurs; et les Rabins croient 
qu'un tel attouchement était institué pour ho- 
norer la circoncision. 

Cet usage s'est conservé dans ce pays jusqu'à 
nos jours. Les Arabes, suivant plusieurs voya- 
geurs, soit pour saluer, soit pour engager leur 
promesse dans la forme la plus solennelle, por- 
taient la main en cet endroit : en voici un 
exemple récent, rapporté dans une lettre de 
l'adjudant-général Julien à un membre de 
l'institut d'Egypte. 

« Lorsque les Mamlouks parurent pour la 
» première fois à Rahmanyéh , nos avant- 
» postes arrêtèrent un habitant du pays qui 
» traversait la plaine. Les volontaires qui le 
» conduisaient prétendaient l'avoir vu sortir 
» des rangs ennemis, et le traitèrent assez du- 
» rement, le regardant comme un espion. Me 
» trouvant sur son passage , j'ordonnai qu'il 



220 DES DlVIlNîITES GElNERATRtCËi> 

» fut conduit au quartier-général , sans qu^on 
» lui fît aucun mal. Ce malheureux , rassuré 
» par la manière dont il me vit parler, chercha 
» à me prouver qu'il n'était point le partisan 
» des Mamlouks. ... Il vit bien que je ne pou- 
>) vais le comprendre : alors il lève sa chemise 
» bleue, et prenant son Phallus à poignée, il 
)) reste un moment dans l'attitude théâtrale 
» d'un dieu jurant par le Styx. Sa physionomie 
» semblait me dire : Âpres le serment terrible 
» que je fais pour vous proui^er mon inno- 
» cence ^ osezHvous en douter i Son geste me 
)) rappela que, du temps d'Abraham, on jurait 
» vérité en portant la main aux organes de la 
» génération (i). » 

Une pratique qui a beaucoup de rapport 
avec cette manière de jurer a subsisté dans le 
nord de l'Europe; et c'est une loi qui en atteste 
l'existence. 

Un article des lois que Hoel-le-Bon fit au 
dixième siècle , pour la province de Galles en 
Angleterre , porte que , si une femme violée 
veut poursuivre en justice celui qui lui a fait 

(i) Mémoires sur VÉgjpte , publiés pendant les 
campagnes de Bonaparte, partie deuxième , p. igS. — 
Extrait d'une lettre de Fadjudant-général Julien au ci- 
toyen Geoffroy , membre de l'Institut d'Egypte , de Ro- 
sette , le 20 vendémiaire an 7 . 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 221 
cet outrage , elle doit, en proférant le serment 
déclaratif du crime et du criminel , poser sa 
main droite sur les reliques des saints, et, de la 
gauche, tenir le membre viril de Taccusé (i). 

Chez les orientaux^ la nudité des femmes 
n'était pas plus honteuse que celle des hommes. 

Moïse, dont l'objet principal était d'établir 
des lois absolument opposées aux usages des 
Egyptiens et des Chananéens ou Phéniciens, 
prescrit aux Hébreux de ne point imiter ces 
peuples , et de ne point découvrir ce qui doit 
être caché dans les femmes qui leur sont pa- 
rentes ou alliées. « Vous n'agirez point, leur 
» dit-il , selon les coutumes du pays d'Egypte 
» où vous avez demeuré, ni selon les mœurs 
» du pays de Chanaan, dans lequel je vous ferai 
» entrer. Vous ne suivrez ni leurs lois, ni leurs 
» règles. . . . INul homme ne s'approchera de 
» celle qui lui est unie par la proximité du 
» sang pour découvrir ce que la pudeur veut 
» qui soit caché (2). » 

(i) Voici le texte latin de la loi : Si mulier stuprata 
lege cum illo agere velit , memhro virili sinistrd pre- 
henso, et dextrâ reliquis sanctorum impositâ , juret 
super nias qubd is per vim se isto memhro vitiaverit, 
( Voyage dans le département du Finistère , tom. 3 , 
pag. 233). 

(2) Lévitique , chap. 18 , vers. 3,6, etc. 



OLl'2 DES DIVINITES GENERATRICES. 

Moïse spécifie ensuite tous les degrés de pa- 
renté dans lesquels de telles indécences envers 
les femmes doivent être prohibées. Il parle 
aussi des délits plus graves encore , et ajoute : 
« Vous ne vous souillerez pas par toutes ces 
w infamies dont se sont souillés tous les peu- 
» pies que je chasserai devant vous, et qui ont 
)) déshonoré ce pays-là. Je punirai moi-même 
» les crimes de cette terre, afin quelle re- 
)) jète avec horreur ses habitans hors de son 
» sein (i). » 

Ainsi , on peut conclure de ces paroles que 
les indécences prohibées par Moïse étaient 
communes aux Egyptiens^ dont les Hébreux 
venaient de fuir le pays, et aux Chananéens ou 
Phéniciens, dans le pays desquels ils allaient 
s'établir. 

On voit en effet, par plusieurs traits de Fliis- 
toire, que la pudeur n'était pas la principale 
vertu des Égyptiennes. On a déjà remarqué 
que, pendant quarante jours ^ elles allaient se 
présenter au taureau Apis, se découvraient fort 
indécemment devant cet animal-dieu, et se li- 
vraient à des indécences, pareilles ou plus gra- 
ves encore, auprès du bouc sacré. Dans quel- 
ques autres circonstances, elles ne se mon- 

(i) Lévitique^ chap. i8^ vers. ?4 ^* ^^- 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 225 

traient pas plus réservées. Lorsque, chaque 
année, elles se rendaient par eau à Bubastis, 
pour y célébrer la fête de Diane, hommes et 
femmes, confondus dansle même bateau, s'exer- 
çaient par des chants, des danses, accompagnés 
du son de la flûte et du bruit des castagnettes. 
(i Lorsqu'on passe près d'une ville, dit Héro- 
» dote, on fait approcher le bateau du rivage. 
» Parmi les femmes, les unes continuent à 
» chanter, à jouer des castagnettes; et d'autres 
» crient de toutes leurs forces, et disent des 
» injures à celles de la ville. Celles-ci se met- 
» tant à danser; et celles-là, se tenant debout, 
» retroussent indécemment leurs robes. La 
» même chose s'observe dans chaque ville 
» qu'on rencontre le long du fleuve (i). )) 

Dans la guerre que Cyrus , roi de Perse, eut 
à soutenir contre Astyage, roi des Mèdes, on 
vit un pareil trait d'indécence, Les historiens de 
l'antiquité nous le donnent comme un acte de 
patriotisme et de courage. Astyage, après avoir 
harangué ses troupes, tombe avec vigueur sur 
l'armée des Perses : ceux-ci, étonnés, plient et 

(i) Hérodote, Euterpe f chap. 60. Ce qui est remar- 
quable, c'est qu'à la dernière circonstance près cet 
usage se pratiquait encore en France ; et les bords de 
la Seine offraient , comme ceux du Nil , de pareils as- 
sauts, de pareilles ripostes. 



2^4 DES DIVINITES GÉlSERATIltCES 

reculent insensiblement. Leurs mères et leurs 
femmes accourent vers eux, les prient de re- 
venir à la charge; et, les voyant balancer, se 
découvrent à leurs yeux, leur présentent les 
flancs qui les ont portés, et leur demandent 
s'ils veulent se réfugier dans le sein de leurs 
mères ou de leurs épouses (i). Cette vue et 
ce reproche les font retourner : ils sont vain- 
queurs. 

Plutarque place ce trait au rang des actions 
courageuses des femmes. 11 ajoute, après l'avoir 
rapporté, que Cyrus, plein de reconnaissance 
et d'admiration pour cet acte d'indécence et de 
patriotisme, fît une loi portant que, toutes les 
fois que le roi de Perse entrerait dans la ville , 
chaque femme recevrait une pièce d'or (2). 

Tacite dit, décrivant la mort d'Agrippine, qui 
fut assassiné par son fils Néron, que cette prin- 
cesse se découvrit devant ses bourreaux, et leur 
cria : Frappez-moi au ventre. Uterum proten- 
dens, ventremjèri eœclama^^it (5). 



(i) Cunctantibus , sublatâ veste , obscœna corporis 
ostendunt , rogantes niim in uteros matrum vel uxo- 
rum velint refugere. ( Justin. , Hist. , lib. i , cap. 7 ). 

(2) Plutarque , OEuvres morales , Traité des actions 
courageuses des femmes , chap. 5. 

(3) Tacit. , Annal. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 225 

Pendant la guerre civile entre Vitellius et 
Othon,destroupes de ce dernier empereur péné- 
trèrent dans la provincedesAlpes maritimes, ety 
commirent beaucoup de désordres. Une femme 
ligurienne cacha son fils que les soldats pour- 
suivaient : les tourmens, la mort même ne 
purent lui faire avouer le lieu de sa retraite; 
mais elle répondit : C'est là qiiil est caché, en 
mettant à découvert les flancs qui l'avaient 
porté. Uterum ostendens y dit Tacite, qui rap- 
porte ce fait non comme une indécence, mais 
comme un exemple remarquable de tendresse 
maternelle et de courage (i). 

Le visage était et est encore la partie hon- 
teuse du beau sexe des pays orientaux ; un long 
voile le dérobe aux yeux des amateurs. Ces 
femmes cachent ce que nos Européennes met- 
tent à découvert, et montrent sans difficulté ce 
que celles-ci couvrent scrupuleusement (2). 

(i) Tacit. , Hist. , lib. 2 , cap. \ 3. 

(2) Les Français qui ont voyagé récemment en Egypte 
ont éprouvé cette différence complète entre les objets 
divers qui affectent la pudeur chez les Egyptiennes et chez 
les Européennes : ils ont remarqué des Egyptiennes , 
occupées aux travaux des champs ou sur les bords du 
fleuve, qui , à l'approche d'un homme, et sur-tout d'un 
étranger , s'empressaient de relever leur vêtement ,et de 
se découvrir le derrière pour cacher leur visage. 
II. l5 



1lÇ> DES DIV13NÏTES GENERATRICES 

Les Grecs étaient tout aussi indiflPérens sur 
les nudités que les autres peuples de l'Orient: 
ils s'en servirent comme d'un moyen politique^ 
et propre à ramener un sexe vers l'autre, à ex- 
citer des désirs qui devaient tourner au profit 
de la population. 

C'étaient les vues de Lycurgue, lorsqu'à 
Sparte il institua des exercices et des danses où 
les jeunes filles et les jeunes garçons figuraient 
en public entièrement nus. « Pour prévenir la 
» mollesse d'une éducation sédentaire, dit Plu- 
» tarque, il accoutuma les jeunes filles à pa- 
» raître nues en public, comme les jeunes gens; 
M a danser, à chanter, à certaines solennités, en 
» présence de ceux à qui, dans leurs chansons, 
» elles lançaient à propos des traits piquans de 
» raillerie, lorsqu'ils avaient fait quelques 
« fautes, comme elles leur donnaient des louan- 
» ges quand il les avaient méritées .... La nu- 
)) dite des filles n'avait rien de honteux , parce 
)) que la vertu leur servait de voile, et écartait 
» toute idée d'intempérance. Cet usage leur 
» faisait contracter des mœurs simples, leur 
» inspirait entr' elles une vive émulation de vi- 
» gueur et de force , et leur donnait des senti- 
)) mens élevés, en leur montrant qu'elles pou- 
» vaient partager avec les hommes le prix de 
» la gloire et de la vertu .... 



CHEÏ LES ANCIENS ET LES MODERNES. ^2"] 

» C'était aussi une amorce pour le mariage, 
» que ces danses et ces exercices que les jeunes 
M filles faisaient en cet état, devant les jeunes 
» gens qui se sentaient attirés, non par cette 
» nécessité géométrique dont parle Platon, 
w mais par une nécessité plus forte encore: 
» celle de l'amour. Non content de cela, Ly- 
» curgue attacha au célibat une note d'infamie : 
)) les célibataires étaient exclus des combats 
» gymniques de ces filles; et les magistrats les 
» obligeaient, pendant l'hiver^ de faire le tour 
« de la place tous nus, en chantant une chan- 
» son faite contre eux, et qui disait qu'ils 
» étaient punis avec justice pour avoir désobéi 
» aux lois (i). >' 

Cette dernière disposition démontre évidem- 
ment le but du législateur : il voulait peupler 

(i) Plutarque , T^ie de Lj curgue , chap. 21 et 22. 

On a beaucoup raisonné sur les institutions de Ly- 
curgue, et notamment sur celle dont je viens de parler. 
On s'est beaucoup récrié sur l'indécence de ces filles 
offertes nues aux regards du public , et même sur l'in- 
décence plus irritante encore de leur costume ordinaire , 
qui laissait en partie leurs cuisses à découvert. 

Pour juger sainement de pareilles institutions , on 
doit commencer par se dépouiller de ses préjugés , con- 
naître ensuite la situation . le caractère du peuple où 
elles ont été établies, ses rapports avec les peuples 



22$ DES DIVINITÉS GENERATRICES 

sa république; il voulait la peupler de citoyens 
forts, robustes, et capables de la défendre avec 
zèle, avec vigueur. Connaissant toute l'influence 
des femmes sur les hommes, il forma cel- 
les-ci de manière qu'elles pussent à leur tour 
former au moral, comme au physique, des 
hommes propres a remplir ses sages intentions. 
Le succès qu'il obtint prouve son grand génie, 
l'excellence de ses institutions. 

Platon adopta ces mêmes idées, qui, sans 
doute, n'étaient point contraires à celles de son 
temps et de son pays ; il voulait que les filles , 
avant l'âge de puberté _, entrassent nues dans la 
carrière, et que les jeunes gens des deux sexes 



voisins , les différens caractères de ceux-ci ; se reporter ^ 
s'il est possible , au temps où vivait le législateur ; con- 
naître ses données et ses moyens. 

Lycurgue sentit la nécessité de former pour sa ré- 
publique des hommes d'une trempe extraordinaire , 
d'une force d'âme et de corps capable de faire prospérer 
son ouvrage. Il savait que les femmes contribuent beau- 
coup , dans une nation , à former le caractère des hom- 
mes : il étendit ses institutions jusqu'aux sources de 
l'existence. Il lui fallait des femmes qui ne fussent ni 
délicates , ni bégueules , ni timides , mais des viragos 
dont la plus grande vertu fût l'amour de la patrie. 
(]ette république de Sparte , qui a fait l'admiration des 
anciens et des modernes , a duré plus de cinq cents ans. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES, 229 

dansassent ensemble nus, afin de se connaître 
réciproquement (1). 

Il faudrait joindre ici la description des 
exercices gymniques, des scènes indécentes 
qui accompagnaient les pompes religieuses, et 
les fêtes de diverses divinités, des danses las- 
cives des Grecs et des Romains, où les nudités 
et même les gestes lubriques ne blessaient au- 
cunement la décence, et ne rappelaient sou- 
vent que des idées religieuses; mais mon objet 
n'est point d'offrir ces nouveaux tableaux. Le 
lecteur judicieux conclura facilement de l'ex- 
position des opinions, des mœurs, des usages 
et des institutions que je viens de lui faire, que 
ces opinions, que ces mœurs, que ces institu- 
tions dérivent de la chaleur du climat et de la 
nécessité de favoriser la population. 

Il conclura que la pudeur, vertu de conve- 
nance, n'en est une que pour les peuples qui 
en ont pris l'habitude; que cette habitude ré- 
sulte ordinairement de la température du pays 
qu'ils habitent, et de la nécessité de se vêtir; et 
que la pudeur diffère de la chasteté. 

11 conclura que la différence des climats pro- 
duit la différence des opinions sur ce qui paraît 
décent, et sur ce qui ne le paraît pas; que 

(i) Lois de Platon, tom. i, liv. 6; et tom. 2, liv. 8^ 



^5ô 1>ÊS t)lVl]yitÈS GENÉBATRÎCËâ 

les mêmes causes ont agi sur les pratiques 
religieuses ; que ce qui , dans les religions 
comme dans les coutumes civiles^ choque dans 
un temps, dans un pays, n'a rien de choquant 
dans un autre temps, dans un autre pays; enfin^ 
ils concluront que le culte du Phallus, du 
Priape, dont j'ai exposé les diverses cérémo- 
nies dans ce chapitre, ne blessait nullement la 
pudeur^ ne contrariait point les préjugés des 
nations où il était en vigueur. En effet, on ne 
trouve chez les écrivains de l'antiquité aucune 
plainte, aucune déclamation contre ce culte; 
ce ne fut que dans un siècle corrompu qu'ils 
plaisantèrent sur Priape et son Phallus, comme 
sur la plupart des autres divinités. Les chré- 
tiens sont les premiers qui s'élevèrent sérieu- 
sement et avec force contre ce dieu et ses 
images (i). 

(i). Les écrivains du christianisme , dans leurs décla- 
mations , nous ont fait connaître , mieux que ceux du, 
paganisme, les détails de ce culte. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 25l 



J\^l^^^^^^«^^^,^t\J^.^^sv^^^^^^,^^sv^^Al^^x^^^J^^sv^^sv'^^s\.^^sv^.^^, 



CHAPITRE XI. 



Du Culte du Phallus chez les Gaulois , les Espagnols 
les Germains , les Suèves et les Scandinaves. 



Avant rétablissement des Romains dans les 
Gaules, et tant que la religion des Druides 
resta pure, et sans mélange de pratiques étran- 
gères, le culte des figures humaines ou d'ani- 
maux en fut absolument banni : c'est une vérité 
établie par plusieurs historiens de l'antiquité, 
et qui n'est contredite par aucun monument 
antérieur à l'introduction de l'idolâtrie ro- 
maine. Le culte de Priape, qui en faisait partie, 
fut en conséquence inconnu aux Gaulois et aux 
Celtes. Il eût été possible cependant que les 
Phéniciens, qui faisaient commerce avec ces 
peuples, eussent, long-temps avant les con- 
quêtes de César , tenté d'établir ce culte parmi 
eux; mais une religion fortement constituée, 
que protégeaient des prêtres revêtus d'une 



252 DES DIVINITES GENERATRICES 

grande autorité, et par conséquent peu dispo- 
sés à se laisser dépouiller d'un culte qui leur 
était profitable, à y substituer une nouveauté 
qui n'était pas leur ouvrage, et qui contrariait 
les dogmes, les rits dont ils étaient les gardiens, 
ne leur permit pas de réussir. 

D'ailleurs les Gaulois, quoiqu'ils n'eussent 
pas la réputation d'être chastes, étaient cepen- 
dant pudiques; et lorque, par bravade, ils se 
présentaient nus dans les combats, ils avaient 
soin de couvrir ce que, chez les nation civili- 
sées, la décence défend de mettre en évidence. 
Le climat des Gaules , plus froid que celui de 
l'Italie et de l'Orient, avait habitué les habitans 
à se vêtir. Ce fut l'habitude de cacher certaines 
parties du corps, et non la Nature, comme on 
le dit vulgairement , qui fit naître chez eux la 
pudeur. 

Ce caractère pudique des Gaulois se remar- 
que encore dans les premières figures humai- 
nes qu'ils érigèrent lorsqu'ils eurent admis les 
pratiques et le culte des Romains. Une statue 
de femme, qui paraît fort ancienne, conservée 
au château de Quénipili, en Bretagne, est re- 
présentée avec une étole dont les deux parties 
descendent de son cou jusqu'au milieu de la 
figure, et en couvrent le sexe. Une statue 
d'Hercule, qui existe dans la même province^ 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 235 

est représentée avec la ceinture amplement 
couverte d'une peau de lion. Plusieurs statues 
de Mercure, trouvées sur la cime du mont 
Donon, situé entre la Lorraine et l'Alsace, 
quoique nues, offrent des singularités dont il 
serait difficile de trouver des exemples parmi 
les monumens purement romains. Le signe 
sexuel y est absolument caché ou déguisé. A 
sa place ^ une de ces statues présente un gros 
bouton en forme de tête de clou; une autre 
porte une bandelette qui entoure ses reins, et 
couvre l'endroit qui caractérise la masculinité; 
enfin trois autres Mercures, également nus, au 
lieu de sexe, laissent voir deux larges anneaux 
passés l'un dans l'autre (i). 

Cet éloignement que marquèrent d'abord 
les Gaulois pour les nudités complètes et pour 
la représentation des parties sexuelles ne fut 
pas de longue durée, et ne put résister, comme 

(i) Mémoires manuscrits sur les antiquités de l'Al- 
sace et du mont Donon , accompagnés de dessins. 

Cette singularité m'en rappelle une autre du même 
genre. Les bas -reliefs du tombeau du roi Dagobert , 
qu'on voyait autrefois à Saint-Denis , et depuis dans 
le jardin du muséum des antiquités " nationales , re- 
présente l'âme de ce roi aux prises avec des diables. On 
voit , à l'un de ces derniers , au lieu de sexe , une face 
humaine. 



:254 I>ES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

on le verra bientôt, à l'exemple des Romains, 
leurs dominateurs. Mais toujours est-il certain 
que le culte du Phallus ou de Priape ne fut 
point admis dans les Gaules avant les conquê- 
tes de César (i). 

(i) Aucun monument celtique ne prouve que ce culte 
y fût établi avant cette époque ; car il ne faut pas con- 
sidérer comme des productions de Fart , comme des 
objets de cultes , les prétendus Phallus que Borel dit 
avoir découverts auprès de Castres. Voici comme s'ex- 
prime cet auteur. 

M La seconde merveille du pays est le mont dit Puj-' 
M talos , que nous pouvons nommer mont des Priapo— 
» lithes , à cause qu'il est rempli de pierres longues et 

» rondes en forme de membres virils ; car , outre 

» sa figure , conforme au membre viril , si on la coupe , 
» on y trouve un conduit au centre , plein de cristal , 
» qui semble être le sperme congelé. Aux uns , on 
» trouve des testicules attachés ; d'autres sont couverts 
>• de veines , et d'autres montrent le balanus , et sont 
» rongés comme étant échappés de quelque maladie 
» vénérienne ; et même parmi eux se trouvent des pierres 
» ayant la figure des parties honteuses des femmes , et 
» quelquefois on les trouve jointes ensemble , et quel- 
» ques - uns se trouvent de figure dioite , parmi ceux 
» qui sont courbés , etc. » ( Les Antiquités de la ville 
de Castres , par Borel , liv. 2 , p. 69 ). 

Il est probable que ce sont ici des produits de la na- 
ture , des espèces de stalactites dont les formes , extrê- 
mement variées , se rapprochent souvent des ouvrages 
de l'art. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 255 

Les peuples du nord de l'Europe n'offrirent 
pas les mêmes obstacles à l'introduction du 
culte du Phallus, Soit que les Phéniciens, qui, 
comme on le sait, transportaient par-tout où 
ils pouvaient aborder leurs marchandises et 
leurs dieux, y aient transplanté ce culte 5 soit que 
ce culte leur soit parvenu des parties septen- 
trionales del'Asie, il est certain qu'il j existait 
avant l'établissement de la domination romaine 
dans la Germanie. 

Les Saxons, les Suèves, et autres peuples du 
nord, adoraient des divinités qui, certainement, 
ne leur venaient pas des Romains : telles étaient 
les trois dieux , souvent réunis, appelés Odin 
ou Woden^ Thor et Fricco, Odin était le 
père (i), Thor^ son fils (2), et Fricco était la 



(i) Odin ou Wodin ou Qodan , est évidemment une 
divinité orientale , dont le nom même n*a presque pas 
été altéré par les Germains. Us en ont fait le mot Gott , 
nom générique de la divinité, Tadjectif^wf , bon , bien , 
et gotz , idole. On donna à ce mot la signification de joie, 
qui est une émanation de la divinité ; et les Latins l'ad- 
mirent dans cette acception , et en firent leur mot gau- 
dium. C'est la même divinité que le Gotsu-ten-00 des 
Japonais , le Godan ou TVodan de l'Indostan , le Pout, 
Boutan, Bouda, Boudham , ou Gadma, ou Godant 
^^s Cingalais et des Siamois. 

2) Thor était une divinité - soleil. Ici , comme en 



256 DES DIVINITÉS GENERATRICES 

même divinité ou le même symbole que le 
Phallus , ou Priape. 

Adam de Brème , dans son Histoire ecclé- 
siastique du nord, rapporte que, dans la capi- 
tale des Sueons, appelée Uhsolol, et voisine 
de la ville de Sietonie, on voyait un temple re- 
vêtu d'or, dans lequel les statues de ces trois 
dieux étaient exposées aux adorations du peu- 
ple. Thor, placé sur un trône , occupait le 
milieu, comme le plus puissant; à ses côtés 
étaient TVoden et Fricco. Ce dernier figurait 
avec un énorme Phallus. Avant que les Ro- 
mains eussent introduit chez les Germains 
l'usage de représenter les dieux sous des figures 
humaines, Fricco n'était qu'un grand Phallus 
isolé. 

Chez les Saxons, où il était nommé Frisco , 
on l'adorait sous cette dernière forme; quelque- 
fois au dieu Fricco on substituait une divinité 
appelée Frig^a; c'était la déesse de la volupté, 
la Vénus germanique et Scandinave. 

Elle était représentée tenant un Phallus à la 
main. On voit encore des Phallus sur les bâ- 
tons ramiques, aux points correspondant au 
commencement de l'année : ce qui a fait croire 

Orient , le culte du Phallus était réuni à celui de cet 
astre. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 257 

à Olaûs Rudbeck que le culte phallique avait 
pris naissance dans la Scandinavie, et que de là 
il s'était propagé chez les Orientaux. 

Ce culte avait dans le nord le même motif 
qu'en orient. « Si les femmes , dit Olaûs 
» Rudbeck, honoraient si religieusement le 
» soleil sous l'emblème du Phallus, c'était 
» non-seulement dans l'espérance de voir la 
» fécondité s'étendre sur la terre, mais aussi 
» sur elles - mêmes : elles y étaient portées 
» moins par la débauche que par l'honneur 
» attaché à la maternité^ car rien, parmi elles, 
» n'était plus méprisé qu'une beauté sté- 
» rile (i). » 

On voit ici les emblèmes de l'un et de l'autre 
sexes, adorés sous des noms à peu près sem- 
blables, Fricco et Frigga, et réunis au dieu- 
soleil Thor. Les mêmes rapports se trouvent 
dans le Phallus des Orientaux et le Lingam des 
Indiens. 

Telle fut la divinité équivalente du Phallus, 
que je crois avoir été introduite dans l'antique 
Germanie par les Phéniciens, ou par les peu- 
ples de l'Asie septentrionale. 

Lorsque les Romains eurent soumis la Gaule 
à leur domination, ils introduisirent leur culte 

(i) Atlantic. , tom. 2, p. 298 et 294. 



:2 38 i)ÈS DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

parmi ses habitans. D'abord, ils ne s'immiscè- 
rent dans la religion des Gaulois que pour y 
abolir l'usage des sacrifices humains; puis, at- 
tirés dans les Gaules par le commerce, la 
guerre, et des fonctions publiques, ils y 
naturalisèrent leurs personnes et leur culte. 
Les Romains dominaient : les Druides , dé- 
pouillés d'une grande partie de leur autorité, 
avaient perdu leur influence sur le peuple ; et 
la religion des vainqueurs devint celle des 
vaincus. Les dieux du capitole vinrent s'établir 
dans les Gaules, se mêlèrent aux divinités cel- 
tiques, les dominèrent bientôt, ne leur lais- 
sèrent pour adorateurs que les habitans des 
campagnes , et pénétrèrent jusqu'au sein de la 
Germanie. 

Priape , quoique tombé dans le mépris chez 
les Romains, suivit dans cette migration la bande 
céleste , s'établit dans les Gaules, dans la Ger- 
manie , et laissa dans ces différens pays des 
témoignages de l'existence et de la longue du- 
rée de son culte. 

Les Gaulois, les Bretons, les Germains, lui 
dressèrent des autels, adorèrent ses simulacres, 
lui confièrent la garde des jardins, l'invoquè- 
rent contre les maléfices contraires à la fécon- 
dité des champs, des bestiaux et des femmes. 

En Espagne , Bacchus était adoré avec son 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 25g 

Phallus SOUS le nom à' Jlortanès; et, dans l'an- 
cienne Nebrissa, aujourd'hui Lebrixa^ ville de 
l'Andalousie, son culte était établi, h Les habi- 
n tans de Nebrissa , dit Silius Italiens, célèbrent 
« les orgies de Bacchus. On y voit des Satyres 
« légers et des Ménades , couverts de la peau 
(( sacrée, porter^, pendant les cérémonies noc- 
« turnes , la figure de Bacchus Hortanès (i). 
(( Ce Bacchus Horthanès ne différait point de 
(( Priape. » En France , plusieurs monumens 
antiques de ce culte existent encore. Les cabi- 
nets des curieux offrent des Fascinum , des 
Phallus , des Priapes de toutes les formes. Le 
Phallus énorme en marbre blanc , trouvé à 
Aix en Provence , et qu'on voit près des eaux 
thermales de cette ville , est orné de guirlandes : 
il fut certainement un ex-voto offert à la divi- 
nité des eaux par un malade guéri ou espérant 
de l'être. 

Les bas-rehefs du pont du Gard , de l'am- 
phithéâtre de Nîmes, offrent des variétés sin- 
gulières dans les formes du Phallus : on en voit 
de simples, de doubles avec une attache, et de 
triples, dont les trois branches sont béquetées 
par des oiseaux , et munies d'ailes , de pattes 
d'animaux et de sonnettes. Un de ces triples 

(i) De Bello punico , lib. 3, vers. SgS. 



2^0 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

Phallus est bridé et surmonté par une femme 
qui tient les rênes (i). 

Dans la ville de Saint-Bertrand , et dans le 
ci-devant Comminge, on a découvert un Priape 
entier, terminé en hermès, au sujet duquel le 
président d'Orbessan lut, en 1770, une disser- 
tation à l'académie de Toulouse. L'idole est ca- 
ractérisée par une corne d'abondance remplie 
de fruits , et plus encore par son signe ordi- 
naire (2). 

Une chapelle dédiée a la même divinité exis- 
tait anciennement à Autun , sur la montagne 
de Couard : la plupart des historiens de cette 
ville en font mention. 

Dans un cimetière ancien , situé près de Bor- 
deaux, au lieu appelé Belaire, ou Terre nègre, 
on découvrit en 1807 un bras phallique en 
bronze. Les doigts de la main étaient disposés 
de telle manière, que le pouce se trouvait placé 
entre Vindex et le médium. De ce bras semblait 
sortir deux Phallus, l'un en repos , l'autre en 
état de vigueur. Au bras , d'un pouce et demi 

(i) Antiquités de Nîmes, par Gautier, p. 60, et Des- 
criptions des principaux lieux de France, toni. 2, 
pag. 162. 

(2) Nouveaux Mélanges de V Histoire de France , 
tom. 2 , pag. 28. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 241 

de longueur, était un anneau par lequel cette 
amulette phallique pouvait être suspendue (i). 

Plusieurs Phallus de bronze ont été décou- 
verts dans les fouilles faites sur la petite mon- 
tagne du Châtelet en Champagne, où était bâ- 
tie une ville romaine. Voici comment en parle 
M. Grignon, qui a présidé à ces fouilles : a Trois 
c< Phallus pour pendre au coup. Ces Phallus- 
<c amulettes prouvent que les dames sollici- 
« taient la protection du dieu Priape. Un de 
« ces Phallus est triple : l'attribut du milieu est 
a en repos ; les deux collatéraux sont dans un 
(( état du plus grand degré de puissance. Les 
(( deux autres, garnis de leurs appendices et 
« pélières , sont simples (2). » 

Dans les mêmes fouilles, M. Grignon a dé- 
couvert encore les fragmens d'un Priape colos- 
sal : ces fragmens consistaient en une main ^ 
avec partie de l'avant-bras , et dans le signe 
caractéristique de cette divinité. Les propor- 
tions gigantesques de cette dernière pièce ont 
tellement frappé M. Grignon qu'il lui applique 



( I ) Détails fournis par M. le baron de Caila , auteur 
de la découverte de cette amulette. 

(2) Bulletin des fouilles faites, par ordre du roi, d'une 
ville romaine sur la petite montagne du Châtelet, p. 18- 

II. 16 



2/[2 DES DIVINITES GÉNÉRATRICES 

les épithètes qu'employa Virgile pour peindre 
le géant Polyphème : 

Monstrum horrendum , informe , ingens , etc. (i). 

Dans les fouilles faites à Labatie-*Mont-Sa- 
léon, emplacement d'une ville romaine, appelée 
Mons Séleucus , département des Hautes-Alpes, 
on a découvert un grand nombre d'antiquités , 
parmi lesquelles étaient plusieurs Priapes. Un 
seul a été décrit : son menton est barbu ; sa tête 
est couverte d'un bonnet ; ses bras sont cour- 
bés, et ses mains appuyées sur les hanches (2). 
Un des plus singuliers monumens de ce 
culte est celui qui fut trouvé dans un tombeau 
antique découvert près d'Amiens. Il est en 
bronze , et représente une figure humaine en 
pied, coiffée et à demi-vêtue du capuchon ap- 
pelé Bardocuculus, Cette figure est dans l'atti- 
tude d'un homme qui marche. Elle est composée 
de deux pièces, dont une supérieure, compre- 
nant la tête, les bras et le tronc détachés de la 

(1) Bulletin des fouilles faites^ par ordre du roi, 
d'une ville romaine, sur la petite montagne du Chàtelet , 
pag. 5i. 

;^2) Archéologie de Mons- Séleucus, ville romaine dans 
le pays des Yoconces , aujourd'hui Labatie-Mont-Sa" 
léon, préfecture des Hautes - Alpes , à Gap, 1806, 
pag. 35. 



CHEZ LES AIVCIEJNS ET LES MODERNES. 245 

partie inférieure , laisse voir le Phallus qu'elle 
recelait clans sa cavité : alors ce Phallus est 
supporté par des jambes humaines. Lexhapitre 
de la cathédrale d'Amiens a conservé cette 
antiquité dans ses archives jusqu'à la révolu- 
lion (i). 

A Anvers , Priape jouissait d'une grande 
vénération ; et son culte y était si solidement 
établi qu'il s'est maintenu, malgré le christia- 
nisme , jusqu'au dix-septième siècle, comme 
je le prouverai dans la suite de cet ouvrage. 

Plusieurs vases antiques portent des pein- 
tures ou des bas-reliefs offrant l'image des fêtes 
du même dieu, appelées Priapées : ils ont été 
découverts en France , et sont conservés dans 
les cabinets des curieux, u J'ai vu dans la sa- 
» cristie de l'église de Saint-Ouen à Rouen , 
» dit M. Millin , un ciboire orné de médaillons 
)) antiques , représentant des Priapées et des 
)) scènes de bergers siciliens avec leurs chè- 
» vres (2). » 

M. Grivaud a publié dans son Recueil d'anti- 

(i) M. Vialart de Saint-Morys a eu l'obligeance de 
m'en envoyer une copie en cire. M. Grivaud l'a fait gra- 
ver dans son Recueil d'antiquités. 

(2) Monumens antiques , inédits , par A. L. Millin , 
tom. I j p. 262. 



^44 l^ES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

quités plusieurs iigureset amulettes priapiques* 
Il nous apprend qu'il a les dessins de beaucoup 
d'autres figures trouvées à Arles, à Moissac et 
ailleurs, mais qu'il a renoncé à les publier , à 
cause de leurs extrêmes obscénités. 

Ces citations sont suffisantes pour prouver 
que le culte du Phallus et de Priape fut intro- 
duit dans les Gaules par les Romains , et qu'il 
y triompha de la répugnance que leurs habi- 
tans marquèrent d'abord pour ses indécences. 

Le culte de Priape eut le même succès en 
Allemagne, et s'y maintint jusqu'au douzième 
siècle. Le nom de ce dieu n'y avait même 
presque point éprouvé d'altération. Le culte 
seul avait reçu l'empreinte des mœurs barbares 
et guerrières du peuple chez lequel il fut trans- 
planté. Ce n'était plus la divinité qui présidait 
à la fécondation des animaux et des végétaux , 
à la prospérité de tous les êtres vivans, aux plai- 
sirs des amans, des époux; c'était un dieu tuté- 
laire du pays , un dieu féroce , comme le ca- 
ractère des habitans , qui, au lieu de lui offrir 
des fleurs , de faire couler le miel , le lait sur 
ses autels, les abreuvaient de sang humain. Ce 
culte ressemblait à une plante exotique qu'un 
sol ingrat avait fait dégénérer. 

Les habitans de l'Esclavonie , encore livrés, 
dans le douzième siècle , aux pratiques du pa- 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 2/^5 

ganisme , avaient en horreur le nom chrétien» 
Ils rendaient un culte a Priape , qu'ils nom- 
maient Pripe-Gala. Ces peuples , ennemis de 
leurs voisins, qui avaient embrassé le christia- 
nisme , faisaient des incursions fréquentes sur 
les diocèses de Magdebourg et de la Saxe. Les 
traitemens qu'ils exerçaient sur les vaincus 
étaient d'autant plus cruels que le motif de 
leur animosité était sacré. 

Plusieurs prélats et princes de Saxe se réu- 
nirent , vers l'an 1 1 1 o , pour implorer le secours 
des puissances voisines. Ils écrivirent aux pré- 
lats d'Allemagne , de Lorraine et de France , et 
leur exposèrent la situation déplorable où les 
plongeait la haine de ces idolâtres. Leur lettre , 
dont les expressions semblent dictées par le 
désespoiretl'ardeur delà vengeance, avait pour 
objet de solliciter contre eux une croisade par- 
ticuhère. On y trouve quelques légers détails 
sur le culte de ce Priape. 

(( Chaque fois, y est-il dit, que ces fanatiques 
» s'assemblent pour célébrer leurs cérémonies 
» religieuses, ils annoncent que leur dieu Pr/pe- 
» Gala demande pour offrandes des têtes hu- 
» mames. Pripe-Gala est, suivant eux, le même 
» que Priape , ou que l'impudique Beelphégor. 
» Lorsqu'ils ont , devant l'autel profane de ce 
» dieu , coupé la tête à quelques chrétiens , ils 



246 DES DIVINITÉS GENERATRICES 

» se mettent à pousser des hurlemens terribles, 
» et s'écrient : Réjouissons-nous aujourd'hui : 
» le Christ est vaincu y et notre invincible 
» Pripe-Gala est son vainqueur (i). » 

Les faits contenus dans les chapitres suivans, 
en prouvant la continuité du eulte du Phallus 
parmi les chrétiens, ne laisseront plus de doute 
sur son existence ancienne dans les Gaules et 
dans la Germanie. 

(i) Voyez la lettre c^Aldegore , archevêque de Mag- 
debourg , et que les prélats ou princes séculiers écri- 
virent aux évêques de Saxe , de Lorraine et de France , 
dans le tom. i , et aux pag. 626 et 626 de V amplis- 
sima Collectio veterum scriptorum. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 247 



'\^sv^Asv>svv^^x^^^.\^x>^x^^sv^^svx\^,^^sv'^^sv'v^sv^^A<'v^sv^svv^^» 



CHAPITRE XII. 



Du Culte du Phallus parmi les Chrétiens , des Fascinum 
ou Fesnes , des Mandragores , etc. 



L'habitude est, de toutes les affections 
humaines, la plus dangereuse à combattre, la 
plus difficile à détruire. La raison ne réussit ja- 
mais contre elle ; et la violence n'en triomphe 
que lorsqu'elle est constamment soutenue et 
long-temps prolongée. On ne doit donc pas être 
surpris d'apprendre que le culte du Phallus se 
soit maintenu dans les pays oii le christianisme 
fut établi ; qu'il ait bravé les dogmes austères 
de cette religion ; et que , pendant plus de 
quinze siècles, il ait résisté, sans succomber, 
aux efforts des prêtres chrétiens^ fortifiés sou- 
vent par l'autorité civile. 

Mais, il faut l'avouer, ce triomphe ne fut pas 
complet. Ce culte céda aux circonstances: il fut 
obligé de 5e travestir, d'adopter des formes et 
des dénominations qui appartiennent au chris-^ 



248 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

lianisme, et d'en prendre les livrées. Ce dégui- 
sement favorisa sa conservation , et assura sa 
durée. 

Priape reçut le nom et le costume de saint; 
mais on lui conserva ses attributions, sa vertu 
préservatrice et fécondante , et cette partie sail- 
lante et monstrueuse qui en est le symbole. 
Priape , métamorphosé en saint , fut honora- 
blement placé dans les églises, et invoqué par 
les chrétiennes stériles , qui , en faisant des of- 
frandes, achetaient l'espérance d'être exaucées. 
L'on vit souvent les prêtres chrétiens remplir 
auprès de lui le ministère des prêtresses de 
Lampsaque. 

Ce n'est pas seulement dans les premiers 
temps du christianisme que le culte de Priape 
subsista parmi les peuples qui avaient embrassé 
cette religion : ce mélange n'aurait rien d'ex- 
traordinaire ; des peuples ignorans et routi- 
niers, incertains entre deux religions, dont l'une 
succède à l'autre, pouvaient bien, en adoptant 
les dogmes de la nouvelle , conserver les pra- 
tiques et les cérémonies de l'ancienne ; mais ce 
culte s'est maintenu jusqu'au dix-septième siècle 
en France, et existe encore dans quelques par- 
ties de l'Italie. 

Le fascinum des Romains, cette espèce d'a- 
mulette phallique que les femmes, et sur-tout 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 249 

les enfans , portaient pendue à leur cou ou à 
l'épaule, fut en usage chez les Français pendant 
plusieurs siècles. De fascinum ils firent, par 
contraction , le mot fesne. Us nommèrent aussi 
ces amulettes mandragores ^ nom d'une plante 
dont les formes de la racine se rapprochent de 
celles du sexe masculin, et à laquelle on attri- 
buait en conséquence des vertus occultes et 
préservatrices contre les maléfices. On faisait, 
en l'honneur de ces amulettes phalliques , des 
incantations , des prières : on lui adressait des 
vers magiques pour en obtenir du secours. 

Une pièce intitulée Jugemens sacerdotaux 
sur les crimes y qui parait être de la fin du hui- 
tième siècle , porte cet article : a Si quelqu'un 
» a fait des enchantemens ou autres incanta- 
» lions auprès du. fascinum^ qu'il fasse péni- 
» lence au pain, à l'eau, pendant trois carê- 
» mes (i). » 

Le concile de Châlons, tenu au neuvième 
siècle, prohibe cette pratique, prononce des 
peines contre ceux qui s'y livrent, et atteste son 
existence à cette époque. 

Burchard, qui vivait dans le douzième siè- 
cle, reproduit l'article de ce même concile, qui 

(1) Judicia sacerdotalia de crimmibus : veterum 
scriptorum amplissima collectio y tom. 7, p. 35. 



25o DES DIVINITÉS GENERATRICES 

contient cette prohibition. En voici la traduc-- 
tion : 

(( Si quelqu'un fait des incantations aufas- 
» cinum, il fera pénitence au pain, à l'eau, 
» pendant trois carêmes (i). 

Les status synodaux de l'église du Mans , qui 
ont de l'an 1:^47? portent la même peine 
contre celui qui « a péché auprès ànfascinum, 
» qui a fait des enchantemens, ou qui a récité 
» quelque formule, pourvu qu'elle ne soit pas 
>) le symbole, l'oraison dominicale ou quelque 
» autre prière canonique (2). » 

Au quatorzième siècle, les statuts synodaux 
de l'église de Tours, de l'an 1 596, renouvellent 
la même défense. Ces statuts furent alors tra- 
duits en français; et le moi fascinum y est ex- 
primé par celui defesne : « Si aucun chante à 
w fesne aucuns chantemens, etc. (5). » 

On voit, par ces citations, qu'on était en 
usage d'adresser diM fascinum des chants, des 
prières, des formules magiques. Oie fascinum 
n'était point de ces amulettes dont la petitesse 
du volume permettait de les porter pendues au 

(i) Burchard;, lib. 10 ,cap. 49- 

(2) Statuta Sjnodalia Ecclesiœ Cenoman. : Amplis^ 
sima colleetio veterum scriptorum , tom. 7 , p. 1377. 

(3) Supplément au Glossaire de Ducange , par Car- 
pentier , au mot Fascinare, 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 25ï 

COU, mais c'était un Phallus de bais ou de 
pierre de la nature des Phallus sculptés sur la 
porte des maisons particulières , des édifices 
publics. Il faut remarquer qu'il n'était pas dé- 
fendu d'adresser à ce simulacre indécent , le 
symbole des apôtres, l'oraison dominicale, et 
autres prières canoniques. 

L'usage de placer des Phallus à l'extérieur 
des édifices publics, afin de les préserver de 
maléfices, est constaté par plusieurs monumens 
existans : on en voyait sur les bâtimens publics 
des anciens. Ce qu'il y a de plus remarquable, 
c'est que les chrétiens, dirigés par leurs vieilles 
superstitions, en ont placé même sur leurs 
églises. Un artiste, qui a parcouru la France, 
et qui s'est attaché à dessiner les monumens 
chrétiens, a rapporté plusieurs exemples de 
l'existence de cet usage (i). 

Sonnerat dit , dans son Voyage aux Indes et 
a la Chine , à propos du Lingam , qu'on en voit 
la figure sur le portail de nos anciennes églises^ 
sur celui de la cathédrale de Toulouse, et de 
quelques églises de Bordeaux (2). 

(i) Les dessins de cet artiste , destinés à l'Académie 
des Belles -Lettres, sont passés, on ne sait comment, 
entre les mains d'un particulier qui en prive le public, 

(2) Voyage aux Indes et à la Chine, tora. i, p. 3aa. 



2^2 DES DIVINITES GENERA^TRICES 

Une autre amulette, plus portative , et de fi- 
gure semblable, fut en vogue au quinzième 
siècle , on la nommait mandragore. Elle devait 
éloigner les maléfices , et procurer richesses et 
bonheur à ceux qui la portaient sur eux pro- 
prement enveloppée. 

L'usage des mandragores , comme amulettes, 
est fort ancien. La Genèse rapporte que Ruben 
trouva des mandragores à la campagne , et les 
porta à sa mère Lia. On leur attribuait sans 
doute alors la faculté de procurer la fécondité, 
dont les femmes des Hébreux étaient si jalouses. 
Rachel, qui, comme Lia sa sœur, était femme 
de Jacob , demanda ces mandragores avec ins- 
tance : Lia les refusa d'abord; mais, lorsque 
Rackel eut déclaré qu'elle lui permettrait de 
passer la nuit suivante avec Jacob si elle vou- 
lait les lui accorder, elle se rendit à ce prix; 
et, pour coucher avec ce patriarche, elle donna 
ses mandragores (i). 

Le culte des mandragores et les idées su- 
perstitieuses qu'on y attachait furent en vi- 
gueur dans toute l'Europe. On accusa même 
les templiers d'adorer en Palestine une figure 
appelée mandragore: ce qui est exprimé dans 

(a) Genèse y chap. 3o , vers. i4 et suiv. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. ^55 

un interrogatoire manuscrit des religieux de 
cet ordre (i). 

Un cordelier, nommé frère Richard , fit, en 
avril 1229, contre l'amulette mandragore un 
vigoureux sermon. Il convainquit les hommes 
et les femmes de son inutilité, et en fit brûler 
plusieurs qu'on lui remit volontairement. « Les 
» Parisiens, dit un écrivain du temps, avaient 
» si grant fo^ en ceste ordure que, pour 
» vray, ils croyoient fermement que, tant 
» comme ils l'a voient, mais qu'il fut bien net- 
» tenient en beaux drapeaux de soie ou de lin 
» enveloppé, que jamais jour de leur vie ne 
» seroit pauvre. » 

L'auteur dit ensuite que ces mandragores 
avaient été mises en vogue (c par le conseil 
» d'aucunes vieilles femmes qui trop cuident 
» sçavoir, quant elles se boutent en telles 
» meschancetez, qui sont droites sorceries et 
» hérésies (2). » 

C'est sans doute des mandragores que veut 

(i) Voyez au dépôt des manuscrits de la Bibliothèque 
royale , fonds de Baluze , rouleau n. 5. 

(2) Journal de Paris , sous les règnes de Charles VI et 
Charles VII , p. 121. 



^54 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

parler un poète chroniqueur du quinzième 
siècle dans la strophe suivante : 

J'ai puis vu sourdre en France , 

Par grant dérision , 

La racine et la branche 

De toute abusion, 

Chef de Torgueil du monde , 

Et de lubricité ; 

Femme où tel mal abonde 

Rend povre utilité (i). 

Les expressions de cette chronique en vers 
seraient une véritable énigme, sans le passage 
du journal de Charles VI que je viens de citer: 
Ces citations de deux ouvrages écrits à la même 
époque s'expliquent mutuellement. 

La nature ne faisait pas tous les frais de cette 
composition phalHque; l'art venait à son se- 
cours, pour en former des simulacres ressem- 
blans aux figures humaines des deux sexes. La 
plante elle-même ne possédait, dans l'opinion 
des anciens, ces vertus magiques qu'autant 
qu'elle était préparée par des cérémonies mys- 
térieuses (2). 

(i) Recollection des choses merveilleuses advenues en 
notre temps , par Georges Chastelain , édition de Cous- 
telier, p. i5o. 

(2) Voici ce que raconte Jacques Grevin , médecin , 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. ^55 

Les formes phalliques s'appliquaient même 
jusqu'aux objets alimentaires. Les Romains 
avaient donné cet exemple; et les Français l'i- 
mitèrent. Dans plusieurs parties de la France , 



sur les préparations que l'on fait subir à cepetit homme, 
formée de la racine de mandragore : « Les imposteurs 
» engravent en icelles ( plantes ) , pendant qu'elles sont 
» encore vertes , la forme d'un homme ou d'une femme, 
» et fichent de la graine de millet ou de l'orge es par- 
» ties esquelles ils veulent que le poil naisse. Puis , 
» ayant fait un trou en terre , ils l'enfouissent et la re- 
» couvrent de sablon , jusqu'à ce que les petits grains 
» aient jeté leurs racines , ce qu'ils disent être parfait en 
» l'espace de vingt jours tout au plus : lors ils la reti- 
» rent de rechef ; et , avec un couteau bien tranchant , 
» ils rognent les petits fila mens des grains , et les acco- 
» modent si bien qu'ils ressemblent à la barbe , aux che- 
» veux et aux autres poils du corps. Ils font accroire 
» au simple peuple sot et niais que ces racines qui re— 
» présentent la figure d'un homme , ne peuvent être 
)> tirées de terre qu'avec un très-grand péril et danger 
» delà vie/et que, pour les tirer, ils y attachent un chien ; 
)> qu'ils s'estoupent les oreilles avec de la poix , de peur 
» qu'ils n'entendent les cris de la racine ; lesquels en- 
» tendus les feraient tous mourir, sans qu'il en pût 
>» eschaper un seul. Les vertus que l'on raconte être 
» en ce petit homme, ainsi fait et forgé, sont étranges : 
» ils disent qu'il est engendré , dessous un gibet , de 
» l'urine d'un larron pendu , et qu'il a de grandes puis- 
» sances contre les tempêtes , et je ne sais qnelles autres 



^56 DES DIVINITES GENERATRICES 

on fabrique des pains qui ont la figure du 
Phallus, On en trouve de cette forme dans le 
ci-devant Bas - Limousin, et notamment à 
Brwes. Quelquefois ces pains ou miches ont les 

»> calamités. Toutefois ce ne sont que folies. » ( De 
V Imposture des Diables , par Jacques Grevin , liv. 4 ? 
p. 339). 

L'auteur de la Maison rustique, au mot Mandragore, 
dit qu'il y en a de mâles et de femelles ; qu'on leur donne 
facilement les formes des deux sexes féminin et mas- 
culin. « Une de ces racines, ajoute-t-il, est nommée 
» main de gloire. Renfermée précieusement dans une 
» boîte , elle fait doubler tous les jours l'argent qu'on a. 
» Ces racines passent pour être un remède assuré contre 
» la stérilité. » On voit qu'elles ont ici la propriété des 
Phallus ; et la main de gloire , d'où est dérivé peut-être 
le mot mandragoire ou mandragore , rappelle la main 
itjphalljque des antiquaires. 

« J'ai vu , dit l'abbé Rosier ( Cours complet £ Agri- 
» culture , tom. 6 , p. 4<^i ) , des mandragores qui re- 
» présentaient assez bien les parties de l'homme et de la 
» femme ; et cette ressemblance tient à un tour de 
» main. On choisit à cet effet une mandragore à forte 
» racine , laquelle , après quelques pouces d'étendue , 
» se bifurque en deux branches. Comme cette racine est 
w molle , elle prend aisément l'empreinte qu'on veut 
» lui donner , et elle la conserve en se desséchant. » Le 
» même auteur parle ensuite du procédé propre à faire 
» naître les poils : il est le même que celui dont parle 
Jacques Grevin, que je viens de citer. 



CHEZ LES ANCIENS Eï LES MODERNES. 1\yn 

formes du sexe féminin : tels sont ceux que 
l'on fabrique à Clermont en Auvergne et ail- 
leurs (i). 

Ces pains phalliques étaient ou sont encore 
dans les villes de Saintes et de Saint-Jean-d'An- 
gélj considérés comme des objets sacrés: fen 
parlerai bientôt. 

Les anciens Romains plaçaient Xefasciniun 
au cou et aux épaules des enfans, afin de dé- 
tourner de dessus eux les regards de l'envie, 
qui, à ce qu'ils croyaient, nuisaient à leur 
croissance, à leur sauté. Les Napolitains sont 
encore dans le même usage : ils attachent avec 
un ruban, sur les épaules des enfans, un fas- 
cinum tel que les anciens l'employaient. 

Martin d'Arles nous apprend que des femmes 
superstitieuses plaçaient aussi de son temps 

(i) Les Syracusains , dit Athénée , lors des theiino- 
pliovies, envoyaient dans toute la Sicile, à leurs amis, des 
gâteaux faits avec du miel et de la sezane : ces gâteaux 
avaie-t la forme du sexe féminin. Les Romains faisaient 
ajec de la fleur de f romentd es pains , qui présentaient la 
figure de l'un ou de l'autre sexe. Martial parle des uns 
dans ce vers du liv. 9 , épig. 3 : 

llla siligincis pinguescit adultéra cunnis. 

Il fait mention des autres dans son épigramme 6g du 
livre 4 5 qui a pour titre : Priapus siligineus. 

T. II. 17 



258 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

sur les épaules des petits enfans^ afin de dé- 
tourner l'effet funeste des regards de certaines 
vieilles femmes, des fragmens de miroirs, des 
morceaux de peau de renard, et quelques 
touffes de poils (i). Ces espèces de fétiches doi- 
vent être rangées dans la classe des fascinum ; 
ils occupaient la même place, ils avaient le 
même motif et certainement ils ont une origine 
commune. 

Un petit coquillage univalve, enchâssé dans 
de l'argent, et porté au cou comme un préser- 
vatif, doit être aussi mis au rang des supersti- 
tions nombreuses que les habitans de la France 
ont empruntées des Romains. La figure et le 
nom de ce préservatif, encore en usage, ne 
laissent pas de doute sur l'objet obscène qu'il 
représente. 

Il existait, il y a quelques siècles, et peut- 
être existe -t- il encore quelques souvenirs, 
quelques traces du Phallus parmi les fables ab- 
surdes que racontaient sérierusement les vieilles 
femmes de villages, et que transcrivaient très- 
sérieusement aussi, pour les publier comme 
des vérités édifiantes, quelques moines pieux, 
quelques docteurs en théologie. Voici un de 



(i) Tractatus de supers titionibus , D. Martini de 
Arles. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODEIINES. 25g 

ces contes que je trouve dans l'ouvrage d'un 
de ces docteurs, frère Jacques Sprenger^ inqui- 
siteur de la foi : 

« Que penser de ces sorcières qui renfer- 
» ment dans un nid d'oiseau, ou dans quelques 
(( boîtes, vingt ou trente membres virils^ les- 
» quels se remuent comme s'ils étaient vivans 
» et se nourrissent d'orge et d'avoine? C'est 
)) pourtant ce que tout le monde raconte, et ce 
» qui a été vu par plusieurs personnes. On doit 
» dire qu'une illusion du diable a fasciné 
» les yeux de ceux qui croient les avoir 
» vus (l). )) 

Les formes phalliques ont été aussi em- 



( I ) Maliens Malejîcorum , fratris Jacohi Sprenger , 
part. 2, quest. i , cap. 7 , intitulé : quomodb memhra 
virilia auferentur. 

Frère Jacques Sprenger ajoute , comme à son ordi- 
naire , un 'petit conte ; le voici .• « On rapporte qu'un 
» particulier, ayant perdu par art diabolique son mem- 
» bre viril , se présenta à une sorcière pour le retrou- 
n ver. Elle lui montra , au pied d'un arbre , un nid 
> qui renfermait plusieurs membres , et lui dit qu'il 
» pourrait prendre celui qui lui plairait. Il voulut en 
» prendre un très-grand. Ne prenez pas celui-là _, dit 
» la sorcière y il 71 est pas pour 7wus : il appartient à 
» un liomme dupeupl e . » 

M. l'Inquisiteur de la foi était badin 



26o DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

ployées jusque dans la coiffure des femmes 
Montaigne , après avoir parlé des usages établis 
chez difiPérentes nations, ayant rapport au culte 
de Priape, et des différentes manières d'ho- 
norer le P^«!Z/w^, ajoute que les femmes mariées 
d'un pays voisin de celui qu'il habitait portent 
encore ce simulacre sur leur front; et que g 
lorsqu'elles sont devenues veuves, elles le ren- 
versent derrière la tête. « Les femmes mariées 
» ci-près, dit-il^ en forgent, de leur couvre- 
» chef, une figure sur leur front, pour se glo- 
)) rifier de la jouissance qu'elles en ont; et 
» venant à être veuves, le couchent en arrière, 
» et ensevelissent sous leur coiffure (i). « 

Le même auteur, parlant de la cérémonie 
pratiquée à Lavinie, où les dames romaines 
venaient couronner en place publique le si- 
mulacre du sexe masculin , semble se rappeler 
avoir vu , un pareil usage pratiqué de son 
temps. « Encore ne sais-je, dit-il, si j'ai vu 
)) en mes jours quelque air de pareille dévo- 
» tion (2). » 

J'ai parlé des filles et des femmes indiennes et 
romaines qui, pour obtenir une fécondité dé- 
sirée, et détourner les maléfices^ faisaient hom- 

(i) Essais de Montaigne ,liv. 3 , chap. 5, 
(2) Idem, ib. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 261 

uiage au Phallus des prémices du mariage, en 
se bornant à un attouchement mystérieux, ou 
en complétant le sacrifice. J'ai parlé aussi des 
femmes d'Israël, qui fabriquaient des Phallus 
pour en abuser. On va voir que des femmes 
chrétiennes ont imité, jusqu'à un certain point, 
ces exemples antiques. 

On est d'abord porté à croire que le besoin 
violent de satisfaire des désirs trop contraints 
fit seul imaginer, aux femmes chrétiennes 
l'emploi de la figure au défaut de l'objet figuré; 
mais on pourrait se tromper. Cette pratique 
honteuse appartient certainement à la religion 
des anciens: elle faisait, comme il a été dit, 
partie intégrante du culte du Phallus. C'est elle, 
c'est cette cérémonie religieuse et obscène qui 
a fourni l'exemple: une passion dépravée l'a 
ensuite imité. 

D'ailleurs il est prouvé que la superstition , 
qui n'est qu'un abus des religions de l'antiquité, 
a induit les mêmes femmes, dans l'intention 
d'exciter ou d'accroître la vigueur ou l'amour 
de leurs amans, de leurs époux, dans rinter^tion 
même de les faire périr, à se livrer à des prati- 
tiques toutes aussi monstrueuses^ toutes aussi 
obscènes : l'imagination la plus déréglée ne 
peut rien concevoir de pire (i). 

( ï ) Je vais citer quelques-unes de ces opérations ma- 



202 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

11 est donc présumable que si des femmes 
chrétiennes s'abandonnèrent aux pratiques dé- 



giques. Une seule sera traduite en français. Notre lan- 
gue chaste ne pourrait supporter la traduction des au- 
tres , que je rapporte en latin d'église , comme nous les a 
tiansmises Burchard , évêque de Worms. 

« N'avez- vous pas fait ce que certaines femmes ont 
» coutume de faire ? Elles se dépouillent de leurs ha- 
» bits , oignent leur corps nu avec du miel , étendent à 
» terre un drap sur lequel elles répandent du bled , se 
M roulent dessus à plusieurs reprises , puis elles re— 
>» cueillent, avec soin, tous les grains qui se sont atta- 
» elles à leur corps , les mettent sur la meule qu'elles 
» font tourner à rebours. Quand ils sont réduits en fa- 
» rine , elles en font un pain qu'elles donnent à manger 
» à leurs maris , afin qu'ils s'affaiblissent et qu'ils meu- 
» rent. Si vous l'avez fait, 'vous ferez pénitence pen- 
» dant quarante jours au pain et à l'eau. » 

Fecisti quod quœdam mulieres facere soient ? Toi— 
huit mejïstruum suum sanguinem , et immiscent cibo 
vel potui , et dant viris suis ad manducandum vel ad 
bibendum, j ut plus diligantur ab eis. Si fecisti , quin— 
que annos per légitimas fer ias pœnite as. 

Gustasti de semine viri tui ut , propter tua diabolica 
facta, plus in am,orem tuum exardesceret. Si fecisti , 
septem annos per légitimas fer ias pœnitere debes. 

Fecisti quod quœdam, mulieres facere soient? Pros- 
ternunt se infaciem , et, discoopertis natibus , jubent 
ut supra nudas nates conjîciatur panis , et , eo decocto , 
tradunt maritis suis ad comedendum. Hoc ideo faciunt 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 265 

goûtantes que je viens de rapporter en note 
dans des intentions superstitieuses, elles purent, 
dans les mêmes intentions, fabriquer des 
Phallus y et en abuser. Le libertinage continua 
un usage qu'un motif superstitieux avait ins- 
titué. Des actes de religion qui touchaient de 
si près à la débauche se confondirent facile- 
ment avec elle. Le temps fit oublier l'intention 
religieus : les passions désordonnées la rem- 
placèrent. 

Quoi qu'il en soit, des canons pénitentiaux 
du huitième siècle, en prohibant cette pratique, 
témoignent qu'elle était en usage à cette épo- 
que. Voici ce que porte l'article intitulé de Ma- 
china mulierum : « Une femme qui, d'elle- 
» même, ou par le secours d'une autre femme, 
» fornique avec un instrument quelconque. 



ut plus exardescant in amorem illarum. Si fecisti , 
duos annos per légitimas feri as pœniteas. 

Fecisti quod quœdani mulieres facere soient ? Toi- 
lunt piscem vivum et mittunt euni in puerperium suum 
et tamdiii ibi tenent donec mortuus fuerit , et, decocto 
pisce , vel assato , maritis suis ad comedendum tra- 
dunt. Ideo faciunt hoc ut plus in amorem, earum 
exardescant. Si fecisti , duos annos per légitimas fe- 
rias pœniteas. ( Burchard.de Pœnitentia , Decretorum 
lib. 19). 



204 DES DIVIJNITES GÉNÉRATRICES 

» fera pénitence pendant trois années, dont 
» une au pain , à Feau (i). 

» Si cette espèce de fornication a lieu avec 
» une religieuse, porte l'article suivant, la pé- 
» nitence sera de sept années, dont deux au 
» pain, à l'eau (2). « 

Un pénilenciel manuscrit, cité dans le glos- 
saire de Ducange, constate le Uiéme délit. On 
y trouve cette particularité, que si une reli- 
gieuse, par le moyen de cet instrument, for- 
nique avec une autre religieuse, les délinquan- 
tes doivent être condamnées à sept ans de pé- 
nitence (5). 

Ce même Burchard, évéquede Worms,qui 
a composé, au douzième siècle, un recueil d'or- 

(i) Millier qualicumque molimine aut per seip.mm 
et ciim altéra fornic ans très annos pœniteat , iiniim 
ex hispane et aqud. 

(2) Ciim sanctimoniali per machinam fornicans , 
annos septeni pœniteat ; duos ex hîs in pane et aquâ. 
( CoUectio an tiqua Canonum pœniteiitialium. Thésaurus 
Anecdotorum , tom. 4 ^ P- 52). 

(3) Mulier qualicumque molimine aut seipsam pol- 
luens , aut cum altéra fornicans , quatuor annos. Sanc- 
timonialis femina cum sanctim.oniali per machina— 
Tnentum,polluta , septem annos. ( Glossaire de Ducauge, 
au mot Machinamentum ). 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 205 

doniiances canoniques et de règlemens sur les 
pénitences, vient encore attester l'existence du 
même désordre; mais ses expressions y sont 
si grossièrement naïves, et les détails si indé- 
cemment circonstanciés, qu'il m'ôte la volonté 
de les traduire. Il n'appartient qu'aux casuisles 
du temps passé de décrire impunément ces or- 
duriers mystères (i). 

Cet excès, qui insulte à la nature, qui désho- 
nore les siècles, les sociétés, les institutions oii 
il s'est manifesté, s'il n'est pas une imitation 
des cérémonies pratiquées auprès du Phallus, 
du Llngam ou du Mutinus ^ est au moins un 
des résultats scandaleux de la continence for- 
cée, un des effets ordinaires de ces lois absurdes 
et toujours impuissantes qui prétendent ré- 

(i) Fecisti quod quœdam mulieres facere soient , ut 
facercs quoddam molimen aut machinamentum in 
modum virilis membri , ad mensuram tuœ voluntatis , 
et illud loco verendorum tuonim, aut alterius , cum ali- 
quibus ligaturis colligares , et fornicationem faceres 
cum aliis mulierculis , vel alice eodem instrumento 
sive alio tecum ? Si fecisti , quinque annos per légi- 
timas ferias pœniteas. 

Fecisti quod quœdam mulieres facere soient, ut^ 
jam supradicto molim,ine , vel alio aliquo m.ac}iina— 
mento , tu ipsa in te solam, faceres fornicationem 7 
Si fecisti , unum annum per légitimas ferias pœniteas , 
( Burchard , lib. 19 , édit. in-B", p. 277 ). 



206 DES DIVINITÉS GENERATRICES 

former la nature, qui semblent accuser d'im- 
perfection l'ouvrage de la divinité _, et qui in- 
terdisent sottement l'usage au lieu d'interdire 
l'abus. Ces lois irréfléchies, dictées par un zèle 
aveugle, ont produit beaucoup plus de désor- 
dres qu'elles n'en ont évité. L'impétuosité des 
sens, trop contrainte, on le sait, est comme un 
torrent qui surmonte la digue qu'on lui oppose, 
et ne se précipite qu'avec plus de violence et de 
ravages; ou comme le salpêtre, dont l'explosion 
a d'autant plus de force qu'il est comprimé 
dans le tube qui le contient. 

11 est vrai que, si les prêtres voulurent la 
cause, ils condamnèrent les effets. S'ils fondè- 
rent la continence absolue, ils blâmèrent et 
punirent les désordres qu'elle entraîne. Ils s'op- 
posèrent autant qu'ils le purent aux pratiques 
superstitieuses et obscènes dont je viens de 
parler; mais ils n'agirent pas de même à l'égard 
d'autres pratiques non moins indécentes. Moins 
sévères et plus adroits, ils tournèrent à leur 
profit le culte antique établi par les Romains , 
et qu'une longue habitude avait fortifié. Ils 
s'approprièrent ce qu'ils ne purent détruire; et, 
pour attirer à eux les adorateurs de Priape, 
ils convertirent cette divinité à la religion chré- 
tienne. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 267 



^^^,^^sv^^x^^sv^^^l.^^sv^^A<^^^.^^sv^^sv^^x^svv^^x^Asv^^tv^^sv'vv> 



CHAPITRE XIII. 



Continuation du même sujet; Culte de Priape sous 
les noms de saint Foutin , de saint René , de saint 
Gueilichon , de saint Guignolé , etc. 



On donna à l'antique dieu de Lampsaque les 
noms de quelques saints de la légende : noms 
qui avaient des rapports avec l'action à laquelle 
ce dieu présidait, ou avec ses attributs les plus 
plus caractéristiques. 

On honorait en Provence, en Languedoc et 
dans le Lyonnais, comme un saint, le premier 
évêque de Lyon, appelé Pothin^ Photin ou 
Fotin. Ce nom était vulgairement prononcé 
Foutin. Dans Grégoire de Tours, ce nom est 
écrit Fotin : il dit qu'il fut inhumé dans le sou- 
terrain qui est au dessous de l'autel de la Basi- 
lique de Saint-Jean, et que la poussière qui 
provenait de la raclure de son tombeau, prise 
sur-le-champ avec de la foi, était un remède 
assuré contre plusieurs maladies. On verra 



208 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

bientôt que la raclure produite, non de son 
tombeau, mais d'une partie de l'idole du même 
saint Fotin^ fut, dans la suite, fort en usage 
comme un remède énergique. 

Le peuple prononça Foutin; et, comme sou- 
vent il juge des choses d'après leurs noms, il 
jugea que saint Foutin était digne de rempla- 
cer j-^^m^ Prâpe(i) : on lui en conféra toutes 
les prérogatives. 

Saint Foutin de Vara^es était en grande vé- 
nération en Provence : on lui attribuait la vertu 
de rendre fécondes les femmes stériles, de ravi- 
ver les hommes nonchalans, et de guérir leurs 
maladies secrètes. En conséquence, on était en 
usage de lui offrir, comme on en offrait autrefois 
au dieuPriape, des exvoto en cire, qui repré- 
sentaient les parties débiles ou affligées, a On 
» ofï're à ce Saint, lit-on dans la Confession de 
» Sanciy les parties honteuses de l'un et de 
vt l'autre sexe, formées en cire. Le plancher de 
» la chapelle en est fort garni; et, lorsque le 
» vent les fait entrebattre, cela débauche un 
M peu les dévotions en l'honneur de ce Saint. 

(i) Dans plusieurs pièces des Priapées , ce dieu est 
qualifié de saint. On trouve des inscriptions antiques où 
Bacchus et son compagnon Eleuthhre portent le même 
titre. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODETINES. 269 

» Je fus fort scandalisé, quand j'y passai, 
}) d'ouïr force hommes qui avaient nom Fou-- 
» tin, La fille de mon hôte avait pour mar- 
» raine une demoiselle appelée Poutine (i). » 

Le même saint était pareillement honoré à 
Embrun. Lorsqu'en i585 les protestans prirent 
cette ville, ils trouvèrent parmi les reliques 
de la principale église le Phallus de saint 
Foutin, Les dévotes de cette ville ^ à l'imitation 
des dévotes du paganisme , faisaient des liba- 
tions à cette idole obscène : elles versaient du 
vin sur l'extrémité du Phallus , qui en était tout 
rougi. Ce vin, reçu dans un vase, s'y aigrissait : 
on le nommait alors le saint vinaigre ; « et les 
ji femmes, dit l'auteur qui me fournit ces dé- 
» tails, l'employaient à un usage assez étrange. )) 
Il ne donne point d'autres éclaircissemens sur 
cet usage : je le laisse à deviner (2). 

A Orange, il existait un PhalluSy qai faisait 
l'objet de la vénération du peuple de cette 
ville. Plus grand que celui d'Embrun, il était 
de bois, recouvert de cuir et muni de ses ap- 
pendices. Lorqu'en i562, les protestans ruinè- 

( i) Journal d'Henri III , par l'Etoile , tom. 5 ; Confes- 
sion de Sanci , liv. 2 , chap. 2 ; et les notes de le Duchat 
sur ce chapitre. 

(2) Idem, 



270 DES DIVINITÉS GENERATRICES 

rent Téglise de saint Eutrope, ils se saisirent de 
l'énorme Phallus^ et le firent brûler dans la 
place publique. 

Une fontaine, située près d'Orange, dont les 
eaux, à ce que croyaient les bonnes femmes, 
avaient la vertu prolifique, a peut-être fait 
naître l'idée d'établir dans la ville un simulacre 
qui eût la même vertu, et produisît les mêmes 
effets; et Priape se trouva en rivalité avec la 
JNayade de la fontaine dont les eaux étaient 
bues parles femmes stériles qui voulaient ces- 
ser de l'être. 

Suivant le même auteur, il y avait àPoligny 
un saint Foutin , auquel les femmes allaient 
se recommander pour avoir des enfans. Il en 
était un autre dans le diocèse de Viviers , ap- 
pelé saint Foutin de Cruas, On en trouvait en 
Bourbonnais , dans la petite ville de Vendre , 
sur les bords de l'Allier. A Auxerre , ce Saint 
fécondait miraculeusement toutes les femmes 
qui l'invoquaient (i). 

En Auvergne, à quatre lieues de Clermont, 
près de l'ancienne route de cette ville à Li- 
moges, est, sur la partie orientale d'une mon- 
tagne appelée Tracros , un rocher qui semble 



(1) Confession de Sancj, liv. 2 , chap. 2 , et les notes 
de le Duchat. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 27 1 
en être détache. Ce rocher isolé présente de 
loin la forme d'une statue. Les habitans le 
nomment saint Foutin. Ce rocher, ainsi dé- 
nommé , n'aurait point de rapport à mon su- 
jet, et pourrait être pris pour l'image de saint 
Photin y dont j'ai parlé , si la forme de cette 
espèce de statue n'était pas caractérisée de ma- 
nière à ne laisser aucun doute sur le motif de 
sa dénomination. En effet, en se plaçant dans 
la plaine qui est au nord ou nord-ouest de la 
montagne de Tracros , on s'aperçoit que saint 
Foutin a les formes phalliques énergiquement 
prononcées. 

On ne doit pas douter que les habitans du 
canton n'aient rendu un culte à cette figure : 
sa dénomination de saint le prouve \ et Ton y 
conserve la tradition des cérémonies supersti- 
tieuses qui s'y pratiquaient autrefois. 

Les habitans du Puy-en-Velay parlent en- 
core de leur saint Foutin , honoré dans leur 
ville à une époque très- rapprochée de la nôtre, 
et que venaient implorer les femmes stériles. 
Elles raclaient une énorme branche phallique 
que présentait la statue du Saint : elles croyaient 
que la raclure, infusée dans une boisson , les 
rendrait fécondes. 

C'était, comme on va le voir, le moyen le 
plus généralement employé pour obtenir de 



2^1 DES DIVIIVITES GENERATRICES 

ces saints à Phallus la fécondité qu'on leur 
demandait. 

C'est sans doute d'un de ces saints que veut 
parler Court de Gebelin, lorsqu'il dit, à propos 
du bouc de Mendès : « J'ai lu quelque part ou j'ai 
» entendu dire que, dans un coin de la France 
» méridionale, il existait, il n'y a pas long- 
» temps , un usage analogue à celui-là : les 
>) femmes de cette contrée allaient en dévotion 
» à un temple dans lequel était une statue de 
;) saint, qu'elles embrassaient dans l'espoir de 
» devenir fécondes (i). » 

Dans un petit couvent d'anciens ermites , 
vivant sous la règle de saint Augustin , situé à 
Gironet, près Sampigny, était invoqué par les 
femmes stériles un saint Foutin ^ qui jouissait 
de beaucoup de réputation. Non loin de ce cou- 
vent se trouvait , sur la hauteur d'une mon- 
tagne, un couvent de Minime , sous l'invocation 
de sainte Lucie ^ que les femmes stériles invo- 
quaient aussi pour devenir fécondes. Anne 
d'Autriche, épouse de Louis xiii, y alla en pè- 
lerinage (2). 

On trouve des traces du culte de saint Fou- 

(1) Histoire religieuse du Calendrier , p. 420. 

(2) Extrait d'un Mémoire adressée V Académie Cel- 
tique , par M. L. R 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 27^ 

t^7z jusqu'en Allemagne. Un écrivain de ce pays 
en parle comme d'un Saint fort connu au dix- 
septième siècle, et auquel les filles, prêtes à 
devenir épouses , faisaient hommage de leur 
robe virginale. 

Cet auteur raconte qu'une jeune épousée, la 
première nuit de ses noces, chercha, par une 
supercherie, à écarter, sur sa conduite passée, 
les soupçons de son mari ; et , pour exprimer 
que l'honneur de cette femme avait déjà reçu 
quelques atteintes , il dit qxïelle avait depuis 
long-temps déposé sur V autel de saint Fou tin 
sa robe de virginité (i). 

Saint Foutin n'est pas la seule dénomina- 
tion que porta Priape parmi les chrétiens ; et 
ses autres noms^ comme celui-ci, avaient tou- 
jours quelques rapports avec la vertu supposée 
du Saint. Une de ces idoles existait, sans doute 
depuis le temps des Romains , dans le lieu de 
Bourg-Dieu y diocèse de Bourges. Les habitans, 
qui avaient beaucoup de foi , continuèrent _, 
lorsqu'ils furent devenus chrétiens, à lui rendre 
un culte. Les moines du monastère n'osèrent 

(i) Sponsa quœdam rustica quœ Jam in sinu divi 
FuTiNi virginitatis suce prœtextam deposuerat. ( Thœ- 
ses inaugurales de Virginibus ; faccciœ facetiarum , 
pag. 277). 

II. i8 



374 I^ES DIVIINITÉS GÉNÉRATRICES 

détruire des pratiques religieuses consacrées 
par le temps; et Priape fut adoré dans l'abbaye 
de ce lieu, sous le nom de saint Guerlichon ou 
saint Greluchon (i). 

Les femmes stériles venaient implorer sa 
vertu prolifique, y faisaient une neuvaine; et, 
k chacun des neuf jours, elles s'étendaient sur 
la figure du Saint, qui était placée horizontale- 
ment; puis elles raclaient une certaine partie 
de saint Guerlichon , laquelle était aussi en 
évidence que celle de Priape : cette raclure, 
délayée dans l'eau, formait un breuvage mira- 
culeux. 

Henri Etienne , de qui j'emprunte ce fait , 
ajoute : « Je ne sais pas si encore, pour lejour- 
» d'hui , ce Saint est en tel crédit, pour ce que 
» ceux qui l'ont vu disent qu'il y a environ 
» douze ans qu'il avait cette partie-là bien usée 
» à force de la racler (2). » 

{i) S. Guerlichon ou S. Grelichon, comme le nomme 
Pierre Viret , dans son Traité de la vraie ou fausse 
Religion (liv. 7 , chap. 35). Le Duchat croit que ce 
nom lui est venu de gracilis , grelot. Au reste , ce nom 
est encore aujourd'hui une injure triviale , appliquée 
ordinairement à un homme vil , attaché honteusement 
à une prostituée. 

(2) Apologie pour Hérodote, tom. 2 , chap. 38 , p. 254. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 2J^ 

Le même auteur met au rang des saints de 
cette espèce un saint Gilles, qui, dans le pays 
de Cotentin, en Bretagne, avait aussi la répu- 
tation de procurer la fécondité que les femmes 
sollicitaient avec des cérémonies pareilles (i). 
Il parle aussi d'un saint René ^ en Anjou. Le 
trait qui caractérisait sa vertu fécondante pa- 
raissait dans la plus grande évidence. Les céré- 
monies que les femmes pratiquaient pour se 
rendre le Saint favorable étaient d'une telle 
indécence qu'Henri Etienne, d'ailleurs très- 
libre dans ses expressions, n'ose les décrire. 
(( J'aurais honte, dit-il, de l'écrire; aussi les 
» lecteurs auraient honte de le lire ! » 

Ssânt Regnaud fat comme S3iint René (2) , et , 
peut-être k cause de la ressemblance de noms, 
un saint à Phallus , fort honoré autrefois par 



Traité de la vraie et fausse Religion , par Pierre Viret, 
liv. 7 , chap. 35. 

(i) Le Duchat , dans ses notes sur l'Apologie pour 
Hérodote , pense qu'on attribue à S. Gilles la vertu fé- 
condante , parce que son nom a du rapport avec eschilles^ 
qui signifie sonnettes. 

(2) S. René fut érigé en Priape , à cause des rapports 
de son nom avec le mot reins. On fit, par la même 
raison , pareil honneur à S. Regnaud. 

Il paraît que S. Cj-re s'immisçait dans les aitribu- 



276 DES DIVINITÉS GENERATRICES 

les Bourguignons (i); saint Arnaud y autre saint 
de même caractère, était moins indécent que 
saint René, ou plutôt il ne l'était que par in- 
tervalle. Un tablier mystérieux voilait ordinai- 
rement le symbole de la fécondité, et ne se le- 
vait qu'en faveur des dévotes stériles ; l'inspec- 
tion des objets, mis à découvert, suffisait, avec 
de la foi, pour opérer des miracles (2). 

Dans les environs de Brest, a l'extrémité du 
vallon où coule la rivière de Penfel , était la 
chapelle du fameux saint Guignolé ou Guin- 
galais (5). Le signe phallique de ce saint consis- 
tions de Priape , si ron en croit ces vers qui se trouvent 
dans les Bigarrures du Seigneur des Accords : 

Je suis ce grand vœu de cire 
Que l'on offrait à saint Cyrc 
Pour l'enflure des rognons. 

(1) Quelques personnes me sauront gré de ne point 
rapporter les vers cités par le Duchat sur les vertus de 
saint Regnaud. 

(2) Tableau des différentes Religions , par Saint- 
Aldegonde, tom. i , part. 5, chap. 10. 

(3) Ce saint, appelé Guinolé , Guignolé , Guignolet , 
Gunolo , Vennolé y Guingalais , TVinwalocus , fut le 
premier abbé de Landevenec en Basse-Bretagne , l'an 
480. Ses différentes légendes offrent des fables ridicules. 
C'est sans doute le rapport qui se trouve entre son nom 
et le mot gignere, engendrer , qui a valu à ce saint les 
attributs et les vertus de Priape. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 277 

tait dans une longue cheville de bois qui tra- 
versait sa statue d'outre en outre, et se montrait 
en avant d'une manière très-saillante. 

Les dévotes du pays agissaient avec saint 
Guignolé y comme celles du Puy avec saint 
Foutiriy celles de Bourg-Dieu avec saint Guer- 
lichon. Elles raclaient dévotement l'extrémité 
de cette cheville miraculeuse; et cette raclure, 
mêlée avec de l'eau, composait un puissant anti- 
dote contre la stérilité. Lorsque, par celtecéré- 
monie souvent répétée , la cheville était usée , 
un coup de maillet, donné par derrière le Saint, 
la faisait aussitôt ressortir en avant. Ainsi, tou- 
jours raclée, elle ne paraissait point diminuer. 
Le coup de maillet faisait le miracle. 

Voici ce que je lis dans la relation d'un sé- 
jour fait à Brest en 1794 - " Au fond du port de 
» Brest, au delà des fortifications, en remon- 
» tant la rivière , il existait une petite chapelle 
» auprès d'une fontaine et d'un petit bois qui 
» couvre la colline ; et , dans cette chapelle , 
» était une statue en pierre honorée du nom 
» de saint, 

» Si la décence permettait de décrire Priape 
» avec ses indécens attributs, je peindrais cette 
» statue. 

» Lorsque je l'ai vue, la chapelle était à moi- 
» tié démolie et découverte , la statue en de- 



^ijS DES DIVINITÉS gÉnÉkATRICES 

» hors, étendue par terre, et sans être brisée; 
» de sorte qu'elle existait en entier, et même 
» avec des réparations modernes , qui me la 
» firent paraître encore plus scandaleuse. 

» Les femmes stériles, ou qui craignaient de 
)) l'être^ allaient a cette statue; et, après avoir 
» gratté ou raclé ce que je n'ose nommer, et 
w bu cette poudre infusée dans un verre d'eau 
}) de la fontaine, ces femmes s'en retournaient 
)) avec l'espoir de devenir fertiles (i). » 

(( N'oublions pas, dit un écrivain moderne, 
» qui a donné la description d'un des dépar- 
)) temens compris dans la ci-devant province 
» de Bretagne , n'oublions pas de parler du 
}) fameux saint Guignolet , et de cette cheville 
» éternelle , si favorable à la fécondité. Puisque 
)) la religion catholique a fait des saints, des 
)) dieux du paganisme , Priape pouvait-il être 
}) oublié? Le bois de cette cheville râpée était 
3) avalé par les femmes infécondes : elles con- 
» cevaient au bout de quelque temps. Les mé- 
» chans prétendaient que des moines voisins 



{i)Anectodes relatives à quelques personnes et à plu- 
sieurs évenemens remarquables de la révolution , par 
M. J. B. Harmand ( de la Meuse ) , ancien député et 
ex-préfet du département du Bas-Rhin , i8i4 ^ P- 9» 
et 91, 



CHE ZLES ANCIENS ET LES MODERNES. 27g 

» aidaient beaucoup à ce miracle : » Je nen 
crois rien, ajoute charitablement Fauteur que 
je cite (i). 

Il estcertain que le culte de ce Saint a existé 
en Bretagne jusque vers le milieu du dix-hui- 
tième siècle ; que sa chapelle ne fut fermée 
qu'environ Tan 1740? et que , lorsqu'elle fut 
ouverte, il y a quelques années ;, on y décou- 
vrit saint Guignolet, avec sa cheville miracu- 
leuse (2). 

Ce même saint Guignolet était honoré dans 
une chapelle du village de la Chatellette, com- 
mune d'Alichamp, en Berri, aujourd'hui can- 
ton de Saint-Amand, département du Cher. Là, 
les femmes stériles venaient faire des neuvaines, 
invoquaient le Saint fécondateur, raclaient sa 
branche phallique ; et la poussière qui en résul- 
tait , infusée dans du vin , était avalée par ces 
dévotes, en attendant le miracle. Le curé avait 
soin de pourvoir à ce que le Phallus , souvent 
raclé , se conservât toujours dans un état digne 

(i) Wqyage dans le Finistère , fait en 1794 et 1795 , 
tom. 2, p. i5o. 

(2) M. Cambrj y auteur de l'intéressant Vojage dans 
le Finistère , m'a fourni cette dernière circonstance , et 
m'a assuré avoir vu lui-même le saint et sa cheville : il 
m'a autorisé à publier son témoignage. 



:28o DES DIVINITES GENERATRICES 

du grand saint Guignolet» tJn archevêque de 
Bourges supprima le Saint, et interdit le curé, 
auquel il était si profitable ; mais la dévotion 
des femmes stériles a continué jusqu'à la révo- 
lution , comme l'assurait encore, en 1806, 
M. Pajonnet^ savant antiquaire, et curé d'Ali- 
champ (1). 

M. Pastureaud m'apprend qu'il existe à Bour- 
ges, faubourg du château, rue Chevrière, une 
petite statue placée dans le mur d'une maison , 
dontles formes du sexe sont usées à force d'être 
raclées par des femmes qui en avalaient la ra- 
clure, dans l'espoir de devenir fécondes : cette 
statue est, dans le pays, nommée le bon saint 
Greluchon (2). 

Anvers était le Lampsaque delà Belgique^ 
et Priape le dieu tutélaire de cette ville. Les 
habitans le nommaient Ters ; et les habitantes 
avaient pour cette divinité la plus grande véné- 
ration. Elles étaient en usage de l'invoquer 
jusque dans les moindres accidens de la vief et 
cette dévotion existait encore au seizième siècle , 
comme nous l'apprend Jean Goropius. « Si 



(i) Extrait d'une lettre adressée à l'auteur par M. Ba- 
railon , docteur en médecine , membre correspondant de 
l'Institut et membre du Corps -Législatif. 

(2) Extrait d'une lettre de M Pastureaud de Vaux. 



CHE2 LES ANCIENS ET LES MODERNES. 281 

» elles laissent, dit-il, échapper de leurs mains 
» un vase de terre , si elles se heurtent le pied, 
» enfin, si quelque accident imprévu leur cause 
» du chagrin, les femmes, même les plus res- 
» pectables , appellent à haute voix Priape à 
» leur secours. 

w Cette superstition était autrefois si enra- 
» cinée dans les esprits, continue le même 
)) auteur^ que Godefroy de Bouillon , marquis 
» de cette ville , pour la faire disparaître , ou 
» la ramener aux cérémonies du christianisme, 
» envoya de Jérusalem , à la ville d'Anvers , 
» comme un présent d'un prix inestimable, le 
» prépuce de Jésus-Christ. Il croyait, par-là, 
» détourner les habitans d'un culte aussi hon- 
» teux ; mais ce présent profita peu pour les 
» femmes, et ne leur fit point oublier le sacré 
» Fascinum (i). w 

Goropius trouve, dans l'anagramme du mot 
Ters y qui est à Anvers la dénomination de 
Priape, un mot qui exprime , dans l'idiome du 
pays, l'action à laquelle ce dieu préside. 

(( On montre encore, dit-il ailleurs, une 
» petite statue, autrefois munie d'un Phallus, 
» que la décence a fait disparaître. » Il ajoute 

(i) Johanis Goropii Becani, Origines Antwerpiance, 
i569,lib. I , p. 26et loi. 



282 DES DIVINITÉS GENERATRICES 

que cette statue est placée sur la porte voisine 
de la prison publique. Il nous apprend que 
Priape avait à Anvers un temple très-célèbre , 
où tous les peuples du voisinage accouraient 
en grande dévotion pour offrir leur hommage 
à cette divinité; et, à ce sujet, il rapporte une 
opinion qui fait dériver le nom de la ville ^An- 
vers du mot latin Verpum^ qui exprime la chose 
dont le Phallus est la figure ; mais il n'adopte 
point cette étymologie , parce qu'il n'a jamais 
entendu prononcer ce mot par les femmes, 
mais bien le mot Ters , qui , dans cette ville , 
est synonyme de Fascinum, 

Quelques auteurs ont pensé que le temple 
de sainte JValburge était consacré à Priape ; 
que cette Sainte est supposée ; que son nom 
signifie citadelle; et que c'était celui que les an- 
ciens habitans d'Anvers donnaient à la divinité 
tutélaire de cette ville. Goropius croit bien que 
JValburge signifie citadelle , et que ce nom a 
été celui d'une divinité protectrice de la ville ; 
mais il ne croit pas que le temple de sainte 
JValburge ait été celui de Priape. «Peut-être , 
» dit-il , ce dieu était adoré dans un lieu situé 
» à gauche de la ville , où se voient encore les 
» ruines d'un ancien temple (i). » 

(i) Johanis Goropii Becani , Origines Antwcrpianœ, 
iib. I ,p. ïoi. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 285 

Les Romains n'élevaient point de temple 
proprement dit à la divinité de Priape : ils se 
bornaient à lui ériger des statues , des autels 
ou des chapelles. Si les habitans d'Anvers lui 
bâtirent un temple , la ville de Lampsaque , 
seule, peut leur avoir fourni l'exemple. 

Quelques autres écrivains ont parlé du Priape 
d'Anvers. Abraham Golnitz dit que la figure de 
ce dieu se voit à l'entrée de l'enceinte du temple 
de sainte JValburge^ dans la rue des Pécheurs, 
et au dessous de la porte de la prison publique. 
C'est une petite statue en pierre, haute d'envi- 
ron un pied, représentée les mains élevées, les 
jambes écartées, et dont le signe sexuel est en- 
tièrement disparu, a On fait, dit-il, beaucoup 
» de contes sur la cause de cette disparition; et 
» l'on parle aussi de l'usage où étaient les 
» femmes stériles de racler la partie qui man- 
» que à cette statue, et de prendre en potion 
» la poussière qui en résultait, dans l'intention 
» de devenir fécondes (i). )y 

Un voyageur du même temps dit , en parlant 
d'Anvers : « On y voit une idole en pierre, pla- 
J> cée sur une porte antique. Plusieurs croient 
)) que la poussière , provenant de la raclure de 
» la partie sexuelle de cette figure , étant prise 

(i) Itinerarium Belgico-Gallicum , p. 62, 



204 I>ES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

« en potion par les femmes , les préservait 
M de la stérilité (i). » 

J'ai parlé des Phalhphores ^ qui , chez les 
Grecs , formaient un groupe dans les proces- 
sions faites en l'honneur de Bacchus (2) ; j'ai 
décrit ces pompes religieuses que les Égyp- 
tiens y les Grecs , les Romains^ célébraient à 
l'approche de l'équinoxe du printemps : des 
restes de cette pratique se sont conservés jus- 
qu'à nos jours. Les Phallophores ^ chez les 
Grecs, étaient des hommes qui portaient, à la 
procession de Bacchus, de longs bâtons, à la 
cîme desquels pendaient des Phallus, A la fête 
des Targilies, des jeunes gens portaient aussi 
des branches d'olivier, auxquelles étaient atta- 
chés des pains, des légumes, des glands, des 
figues et des Phallus. Dans la ville de Saintes , 
un usage pareil se pratiquait le dimanche des 
Rameaux : les femmes, même les plus dévotes, 
les enfans des deux sexes , portaient à la pro- 
cession , au bout d'une branche ou rameau 
béni , im pain creux et en forme de Phallus, 
Le nom de ce pain s'accorde avec sa forme 
pour déceler son origine , et ne laisse aucun 

(i) Jtinerarium Galliœ , Jodoci sinceri, p. 334- 
(a) Voyez ci-devant chapitre 8 , p. i25. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 285 

doute sur l'objet indécent qu'il représente (i). 

Le prêtre bénissait ces pains phalliques ; et 
les femmes les conservaient pendant toute l'an- 
née comme une amulette, un préservatif. 

A Saint-Jean-d'Angély, le jour de la Fête- 
Dieu , on portait à la procession des petits pains 
nommés, dans le pays, Jàteux, et qui avaient 
la forme des Phallus, Cet usage existait encore 
lorsque M. Maillard était sous-préfet de cette 
ville : il le fit supprimer. 

Ces pratiques religieuses et indécentes exis- 
teraient peut-être encore en France , si les lu- 
mières, toujours croissantes depuis le quin- 
zième siècle , n'eussent porté le jour sur leur 
turpitude , et fait sentir combien elles étaient 
opposées aux principes du christianisme ; elles 
subsisteraient encore, si les écrivains protestans 
n'eussent pas, contr'elles, lancé le sarcasme et 
les plaisanteries, et fait rire aux dépens de ceux 
qui s'y livraient. Alors, honteux du rôle qu'ils 
avaient joué, et voulant ravir à leurs antago- 
nistes ce moyen de les ridiculiser et de les 
perdre dans l'opinion des peuples , les prêtres 
catholiques réformèrent insensiblement ces 
saints Priape , ou substituèrent à son culte un 

(i) Ces pains étaient nommés/? ; la solennité était 

connue sous le nom de la fête des pin... 



286 DES DIVINITÉS GENERATRICES. 

culte qui lui ressemblait , mais dont les formes 
ne blessaient pas si ouvertement la décence. 

Ainsi les femmes stériles , au lieu d'aller ra- 
cler la branche phallique d'une statue , ou de 
la contempler avec dévotion, furent réduites: 
les unes à aller boire les eaux prolifiques d'une 
fontaine consacrée à un saint; les autres, comme 
à Rocamadour dans le Rouergue, à venir bai- 
ser le verrou de l'église , ou une barre de fer 
appelée le Bracquemart de Rolland, ou d'aller 
faire des neuvaines à quelques saintes fécon- 
dantes , comme à la sainte Foj de la ville de 
Conques y aussi en Rouergue, à la sainte Vierge 
d^Orcwal en Auvergne , dans l'église de la- 
quelle était un pilier qu'embrassaient les fem- 
mes stériles (i). 

Dans la petite ville de Saint-Fiacre , à une 
lieue de Monceaux, et dans l'angle à droite de 
la chapelle, est une pierre nommée le Fauteuil 
de saint Fiacre : cette pierre a la vertu de rendre 
fécondes les femmes stériles. Elles viennent s'y 
asseoir ; mais, pour que le miracle s'opère , il 



(i) OU est le pilier qui rend les femmes fécondes ? 
demandait une bonne villageoise à un gros chanoine 
de cette éghse. Cest moi , répondit-il , en se frappant 
la poitrine , c'est moi qui suis le pilier. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 287 

faut qu'aucun vêtement ne se trouve entre le 
corps de la femme et la pierre, 

Ailleurs, les femmes sont tenues de se tenir 
un certain temps couchées sur le tombeau de 
quelque saint renommé par sa vertu prolifique : 
c'est ce qui se pratique notamment dans la ville 
de Sarragosse en Espagne, dans le couvent de 
Saint-Antoine-de-Paule , et dans la chapelle qui 
lui est dédiée (1). 

Sur l'extrême frontière du département de 
l'Allier, dans l'arrondissement de Mon t-Luçon, 
est, au milieu d'une lande immense située dans 
la commune de Saint -Janvier, l'oratoire de 
Saint-Jean et de Saint-Remi. Le 20 juin, les 



(i) Au milieu de cette cliapelle est un tombeau en 
forme de lit-de-camp , sur lequel on voit la figure de 
saint Antoine-de-Paule , couché dans un cercueil avec 
l'habit de l'ordre. Les dames stériles sont introduites 
par un moine , les unes après les autres , dans ce réduit. 
Elles s'agenouillent , disent des prières , font trois fois 
le tour du tombeau , se couchent dessus, et puis se reti- 
rent. Un écrivain , ennemi des moines de ce couvent , 
qui a employé trois volumes pour révéler leurs fraudes 
pieuses , dit qu'ils introduisaient aussi , pour de l'argent , 
dans ce lieu secret ^ les amans des dames qui venaient 
invoquer saint Antoine , et que le miracle s'opérait sans 
que le saint s'en mêlât ; mais c'est peut-être une ca- 
lomnie. 



28S DES DIVINITES GENERATRICES 

femmes infécondes , les jeunes gens des deux 
sexes, s'y rendent de trois à quatre lieues à la 
ronde. On y passe la nuit pêle-mêle dans le dé- 
sert. Le lendemain 2/^, on fait des stations , des 
offrandes; et on boit le saint vinage. Ce breu- 
vage, composé de Feau d'une fontaine dite de 
Saint* Jean , et d'un peu de vin, passe pour un 
puissant préservatif contre la stérilité et les 
charmes des f as ciniers , espèce de sorciers qui 
nouent ï aiguillette , et rendent les jeunes maris 
impuissans (i). 

Ces changemens n'ont pas été opérés par- 
tout. Il est des peuples qui , à la faveur d'une 
épaisse superstition et des ténèbres antiques de 
l'ignorance , sont constamment restés à l'abri 



(i) Il existait encore , il y a quelques années , dans ce 
pays , un fameux fascinier , nommé Gabriel Roux , dit 
Damiens : il était métayer au lieu du Petit— Cros , can- 
ton de Chambon, commune de Châtelet. Il fut tué , le 1 1 
fructidor an 1 o , par un meunier, qui, marié depuis trois 
ans , ne pouvait avoir d'enfant , et qui accusait de son 
impuissance le fascinier Roux. Un curé de ce pays a 
assuré à celui qui m'a communiqué ce fait que plusieurs 
fasciniers qu'il a convertis prononçaient , pour opérer 
leurs charmes , des mots latins , et avaient l'attention de 
glisser , dans les alimens des époux , une poudre prove- 
nant des parties sexuelles et desséchées d'un loup. 

Quant au saint Vinage , il était et est encore fort en 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 289 
des rayons de lumière qui éclairent les autres 
nations, et sans s'occuper de l'étrange contra- 
diction de leur conduite , ont continué d'amal- 
gamer le paganisme avec la religion chrétienne, 
de confondre le culte de Priape avec celui des 
saints, et ont conservé précieusement jusqu'à 
nos jours les pratiques absurdes des siècles de 
barbarie. 

usage dans plusieurs villages de Fiance. J'ai découvert 
dans un vieux rituel manuscrit Toraison que le prêtre 
récitait pour le bénir : elle est intitulée : Bénédiction de 
V amour de saint Jean Vévani!;éliste. 

Ce titre annonce son motif. Voici le texte ; 

Benedictio amoris sancti Joannis evangelistœ. 
Bene -f- dicere et conse -f- crare liane creaturam vini 
dexterâ tua dignare , omnipotens Deus, et presta ut 
in omncs te credentes et de potu isto bibentes a te pro- 
tegantur et benedicantur y et , sicut beatus Joannes de 
calice bibens non est lesus , ita isti homines in amore 
tui et sancti Joannis j de isto potu bibentes, ab omni 
œgritudine corporis et animer absolvantur.% 



H. 



\ 



290 DES DIVINITES GENERATRICES 



vxAS^^,^^^,^^^,A^^.^^%^^^.^s^^l^s^sv^s^s^,'vvv'^svv^s^s\.'vv\. 'www.asw 



CHAPITRE XIV. 



Du Culte du Phallus chez les Chrétiens en Italie et à 
Naples. 



Parmi les nombreuses antiquités qu'ont 
produites les fouilles faites en Toscane dans la 
canipagne de Rome , dans le royaume de Na- 
ples y etc. , se trouve une grande quantité de 
Phallus , de Priapes de toutes les espèces , de 
toutes les proportions^ de toutes les formes. 
11 suffit, pour s'en convaincre , de parcourir les 
diverses galeries d'antiquités que renferment 
ces pays , et les grands recueils de gravures 
qui en représentent les principaux objets. Ces 
figures , auxquelles les Italiens sont accoutu- 
més, ne blessent point leurs yeux. D'ailleurs, 
les nudités complètes en statues, en tableaux, 
se voient par-tout à Rome et à Naples, dans les 
jardins, les vignes, les villas y dans les places 
publiques, et jusque dans les églises. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 29 1 

Cette considération diminue un peu 1 eton- 
nement que peut produire Fexistence actuelle 
en ces pays d'un culte semblable à celui que 
les anciens rendaient à Priape. Voici ce que 
j'ai pu recueillir de l'état de ce culte. 

Le Fascinum est encore en usage dans la 
Fouille; et les habitans modernes de cette pro- 
vince , en imitant cette superstition des an- 
ciens y ont aussi imité le motif qui les y déter- 
minait. C'est pour écarter les maléfices et les 
regards funestes de l'envie qu'ils appendent, 
avec un ruban , aux épaules des enfans des 
fascinum de corail, qui ont souvent la forme 
des mains ithjphalliques , et que les Italiens 
appellent yFcrt (i). 

Les joyaux préservatifs que les enfans por- 
tent à l'épaule dans le royaume de Naples, les 
femmes et les enfans les portent au cou dans la 
Sicile : c'est un usage qui a été observé par 
plusieurs voyageurs. 

Mais ce n'est pas à ces amulettes que se borne 
le culte de Priape en Italie. 

Suidas, moine grec, qui écrivait au onzième 
siècle, dit qu'en Italie le dieu de la génération 
est nommé Priape ; que les bergers lui rendent 



(i) Note fournie par M. Dominique Foi'ges Davan- 
zati y prélat de Canosa. 



292 DES DIVINITÉS GENERATRICES 

un culte; et que son idole représente un enfant 
dont le membre sexuel est remarquable par sa 
longueur et son état d'énergie : Qui penem 
hahet magnum et intentum (i). 

Il restait encore au dix-huitième siècle^ dans 
le royaume de Naples, des traces manifestes 
de ce culte. 

Dans la ville de Trani , capitale de la pro- 
vince de ce nom , on promenait en procession , 
pendant le carnaval , une vieille statue de bois 
qui représentait Priape tout entier, et dans les 
proportions antiques : c'est-à-dire, que le trait 
qui distingue ce Dieu, était très-disproportionné 
avec le reste du corps de l'idole: il s'élevait 
jusqu'à la hauteur de son menton. Les habi- 
tans du pays nommaient cette figure il santo 
MembrOy le saint Membre. 

Joseph Davanzati , archevêque de cette ville, 
qui vivait au commencement du dix-huitième 
» siècle, abolit cette cérémonie antique (i). Elle 
était évidemment un reste des anciennes fêtes 
de Bacchus, appelées Dionjsiaques chez les 
Grecs, Libérales chez les Romains, et qui se 



(i) Suidas , au mot Priapiis. 

(2) C'est à un Napolitain , Dominique Forges Da- 
vanzati, neveu de l'archevêque Davanzati, et prélat 
Canosa, que je dois cette anecdote. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 295 

célébraient vers le milieu du mois de mars. On 
sait que le Phallus ûgurdât avec distinction dans 
ces pompes religieuses. " 

Un culte semblable existait en 1780 dans le 
même royaume; et peut-être il y subsiste en- 
core. Les détails que je vais donner sont ex- 
traits d'une relation écrite en italien par un 
particulier habitant du lieu où ce culte est en 
vigueur. Cette relation, adressée à sir TVilliams 
iya7?zz7to7z, ambassadeur du roi d'Angleterre au- 
près de la cour de Naples, fut ensuite trans- 
mise, par ce ministre, à Joseph Banks, prési- 
dent de la société royale de Londres. 

A Isernia, ville de la comté de Molise, il se 
tient tous les ans, le 17 septembre, une foire 
du genre de celles qu'on nomme en Italie Per^ 
donanze ( Indulgence ). Le lieu de la foire est 
sur une petite colline située entre deux riviè- 
res, à un petit quart de lieue de la ville. Dans 
la partie la plus élevée de cette colline, est une 
ancienne église , avec un vestibule , qu'on dit 
avoir appartenu à l'ordre de Saint-Benoît : elle 
est dédiée à saint Corne et à saint Damien. Pen- 
dant la foire , qui dure trois jours, on fait une 
procession à laquelle on porte les reliques de 
ces saints. Les habitans des environs, attirés par 
la dévotion et par le plaisir, s'y rendent en 
foule. Ceux de chaque village ont un costume 



2C)4 ^ES DIYIFITES GENERATRICES 

particulier^ en outre les jeunes filles, les fem- 
mes mariées, et les femmes de joie (^Donne di 
pirtce/"e),p^enl chacune un habit qtii distingue 
leurs divers états. Ce concours offre un spectacle 
très-varié. 

On voit dans la ville d'Isernia, ainsi que dans 
le lieu où se tient la foire, des hommes qui 
vendent des figures en cire, dont les chrétiens 
font des oftVandes à leurs saints, comme les 
païens en faisaient h leurs dieux : ces figures 
sont appelées vœux ou ex voto. Ces vœux en 
cire ont la forme du membre affligé , pour la 
guérison duquel les dévots viennent intercéder 
le saint. On lui fait hommage de ce simulacre j 
on l'append à sa chapelle; sans doute afin que 
le saint, l'ayant sans cesse devant les yeux, 
n'oublie pas ce qu'on lui demande , ou plutôt 
de peur qu'il ne se méprenne , et que sa vertu 
n'atteigne une partie saine, au lieu de la partie 
malade. 

On y voit des jambes, des bras, des faces 
humaines en cire ; mais ces vœux-là ne sont 
pas les plus nombreux {^ma poche sono questé). 
Ceux qui abondent le plus chez les marchands, 
et ceux pour lesquels les dévotes ont de la 
prédilection, je les nommerai, comme les an- 
ciens Grecs, Phallus. L'auteur que j'extrais les 
appelle Membri inrili di cera. On en voit de 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 295 

tous les âges , clans tous les états, de toutes les 
orandeurs. 

Ceux qui débiteiît^ cette marchandise tien- 
nent une corbeille et un plat : la corbeille con- 
tient les Phallus en cire; et le plat sert à re- 
cueillir les aumônes des dévots acquéreurs. 
Ces marchands vont criant : Saint Côme, saint 
Damien! Si on leur demande combien ils les 
vendent, ils répondent : Plus vous donnerez ^ 
plus vous aurez de mérite. 

Sous le vestibule de l'église sont deux tables. 
Près de chacune d'elles est assis un chanoine. 
L'un, qui est ordinairement le primicier, crie 
à ceux qui entrent dans l'église : Ici on reçoit 
ï argent pour les messes et pour les litanies. 
L'autre, qui est l'archiprètre, crie aussi de son 
côté : Cest ici que Von reçoit les vœux. Celui-ci 
recueille, dans un"assin, les vœux de cire que 
les dévots ont achetés à la foire, et reçoit quel- 
ques monnaies que chacun d'eux ne manque 
pas de lui donner en déposant son vœu. 

On ne voit guère que des femmes à cette 
fête. Ce sont elles qui en font presque tous les 
frais; ce sont elles qui prient, avec le plus de 
ferveur , les deux saints qui jouent ici en com- 
mun le rôle de Priape; ce sont elles, sur-tout, 
qui contribuent le plus à décorer leur chapelle 
de nombreux Phallus en eux. L'auteur italien 



296 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

ajoute une particularité remarquable : lors- 
qu'elles présentent à l'archiprétre le simulacre 
de cire, elles prononcepf ordinairement de 
pareilles phrases : Saint Corne, je me recom- 
mande à toi. Saint Côme^ je te remercie. Ou 
bien : Bon saint Corne, c'est ainsi que je le 
veux (i)* 

En disant ces mots, ou quelques autres sem- 
blables, chacune d'elles ne manque jamais, 
avant de déposer le Phallus , de le baiser dé- 
votement. 

Cela ne suffit pas pour opérer des guérisons 
miraculeuses, pour féconder les femmes stéri- 
les : il faut une autre cérémonie , qui est sans 
doute la plus efficace. 

Les personnes qui se rendent à cette foire 
couchent, pendant deux nuits, les unes dans 
l'église des pères Capucins^ les autres dans 
celle des cordeliers; et, quand ces deux églises 
sont insuffisantes pour contenir tout le monde, 
l'église de Y Ermitage de Saint-Côme reçoit le 
trop plein. 

Dans les trois édifices, les femmes sont, 
pendant ces deux nuits, séparées des hommes. 
Ceux-ci couchent sous le vestibule, et les fem- 
mes dans l'église ; elles y sont gardées, soit dans 

(1) E questo h quello che osservai. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 297 

^ l'église des Capucins, soit dans celle des Cor- 
deliers, par le père gardien, par le vicaire et 
par un moine de mérite. Dans V Ermitage, c'est 
l'ermite lui-même qui veille auprès d'elles. 

On conçoit maintenant comment peut s'opé- 
rer le miracle que les femmes stériles viennent 
réclamer. La vertu des saints Côme et Damien 
s'étend même jusque sur les jeunes filles et sur 
les veuves (i). 

L'auteur de cette relation me parait un franc 
incrédule : il semble convaincu que les femmes 
fécondées en cette occasion le sont, sans que 
les bienheureux saint Côme et saint Damien 
s'en donnent la peine (2), 

Cette fête est suivie d'autres cérémonies. 

Dans l'église, et près du grand autel, on fait 
la sainte onction avec de l'huile de saint Côme. 
La recette de cette huile est la même que celle 
qui est indiquée dans le Rituel romain : on y 
ajoute seulement l'oraison des saints martyrs, 
Côme et Damien. 

(i) Ce n*est pas moi , c'est l'auteur italien qui parle. 
Voici ses expressions : E spesso la grazia s^ étende , 
sensa maraviglia , aile zitclle e vedove , che per due 
nottihanno dormito , alcune nelle chieza de P. P. Zoc- 
colanli ed altre delli capucini. 

(2) Si fanno spesso miracoli senza incomodo delli 
santi. 



2gS DES DIVINITÉS GENERATRICES 

Ceux qui sont affligés de quelques maux se 
présentent à cet autel^ mettent, sans honte, à 
découvert la partie malade, laquelle est tou- 
jours l'original de la figure en cire qu'ils ont 
offerte. Le chanoine, en administrant l'onc- 
tion sur le mal , récite cette prière : Per inter- 
cessionem beati Cosmiy liberet te ah omni maîo. 
Amen. 

Cette huile sainte ne sert pas seulement à 
Fonction que le chanoine administre; mais 
on la distribue dans de très-petites carafFes, 
afin qu'elle puisse servir a oindre les lombes 
de ceux qui ont mal a cette partie. Dans la pré- 
sente année 1 780 , ajoute notre observateur 
italien, quatorze cents de ces carafFes ont été 
débitées aux dévots de ces pays (i). 



(i) Cette relation italienne se trouve insérée dans un 
ouvrage anglais, intitulé : An account of the remains 
ofthe TVorship of Priapus , latelj existing at Isernia 
in the Kingdom ofNaples , etc. Bj. R. P. Knight. 

Un événement terrible vient presque d'anéantir la 
ville d'Isernia , et avec elle peut-être les derniers restes 
du culte antique du Phallus en Europe. Un tremble- 
ment de terre qui a causé des ravages affreux dans mie 
grande partie du royaume de Naples , le 7 thermidor 
an i3 (ou le 26 juillet i8o5 ) , vient de réduire cette 
ville en un monceau de ruines : plus de quinze cents 
personnes , dit-on , y ont perdu la vie. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODER]\ES. 299 

On trouve en Angleterre, et le corps des 
officiers de la marine en offre un exemple, des 
restes de ce culte ou de ses habitudes dans une 
société mystérieuse, nommée le très-ancien 
et le très-puissant ordre de Beggars Bennisson 
etMerrjland, dont en 1761 le sir Louis Cham- 
ber était le grand maître. Le sceau de cette so- 
ciété offre, comme pièce principale, un Phallus 
bien caractérisé: au dessus est un ancre, et au 
dessous une forteresse. On ne sait pas pourquoi 
cette société, dont j'ai un diplôme souslesyeux, 
et qui ne contient que des vœux sur la prospé- 
rité de l'industrie^ du commerce, des manufac- 
tures, et des affranchissemens de douanes et 
autres droits, prend pour symbole une figure 
autrefois sacrée, aujourd'hui si indécente : c'est 
le secret des initiés. 

Ainsi les chrétiens ont, comme les Grecs et 
les Romains, observé en divers lieux toutes les 
parties du culte du Phallus ou de Priape. Ils 
l'ont adoré sous le nom de Fascinum , comme 
un préservatif ^ une amulette puissante; ils l'ont 
adoré sous le nom de diflférens saints , comme 
le dispensateur de la fécondité chez les fem- 
mes. Ils lui ont fait des libations, lui ont adressé 
des prières, ont promené son effigie en proces- 
sion, et ont appendu, dans ses chapelles, des 
ex voto , simulacre du sexe viril. 



5oô DES DIVINITES GENERATRICES 

A l'exception de l'usage de racler le Phallus ^ 
et d'avaler cette raclure avec de l'eau, usage 
dont je ne connais point d'exemple dans l'anti- 
quité, toutes les autres pratiques appartiennent 
au culte que les anciens rendaient à Priape. 

Les chrétiens, en conservant ce culte si 
étranger à leurs dogmes, n'avaient point les 
motifs excusables des peuples qui professaient 
le sabéisme ou les religions qui en sont déri- 
vées : ceux-ci adoraient dans le Phallus l'em- 
blème du soleil régénérateur; les chrétiens, 
qui n'étaient attachés à ce culte que par la rou- 
tine, n'y voyaient qu'une sorte de talisman. 
L'on peut dire que, si le Phallus était un objet 
sacré pour les anciens, il ne pouvait être qu'un 
objet de ridicule et d'indécence dans les reli- 
gions modernes de l'Europe, qui sont basées 
sur des principes très-différens. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 3oi 



x^sv'^^sv^^sv>s^sv^s^svA^sv^sv^.^^sv\s^^)^^x>^sv>^sv^^Al>^sv^^x'^^s\i'^^i 



CHAPITRE XV. 



De quelques usages et institutions civiles et religieuses 
des siècles passés , dont l'indécence égale ou suipasse 
celle du Culte du Phallus. 



Le culte du Phallus ou de Priape , chez les 
chrétiens de l'Europe, dans les siècles qui ont 
précédé le nôtre, nous paraît aujourd'hui si 
étrange, si invraisemblable, si incohérent avec 
nos mœurs, qu'on est tenté de révoquer en 
doute les témoignages nombreux qui prouvent 
son existence. Il est donc nécessaire, pour faife 
disparaître ces doutes, d'examiner si les mœurs 
du temps et des pays où ce culte se maintint 
lui étaient aussi contraires qu'on le pense vul- 
gairement; si ce culte tranchait trop fortement 
avec l'esprit et les usages; et si son indécence 
égalait ou surpassait celle de certaines prati- 
ques, de certaines institutions civiles et reli- 
gieuses, qui existaient à la même époque. 

Je ne ferai point ici l'histoire complète des 



502 DES DIVINITÉS GENERATRICES 

mœurs absurdes et barbares qui ont souillé l'Eu- 
rope entière pendant plusieurs siècles : la ma- 
tière, très-abondante, excéderait le cercle dans 
lequel mon sujet est circonscrit. Je ne m'occupe- 
rai pas même sommairement de tous les usages, 
de toutes les institutions , ni de tout ce qui peut 
caractériser les mœurs en général : le tableau 
en serait hideux, et deviendrait aussi humiliant 
pour l'espèce humaine qu'instructif pour elle. 
Je dois me borner à peindre, dans un cadre 
très-étroit, quelques-uns seulement de ces 
usages, de ces institutions, qui ont des rapports 
bien directs avec la chasteté et la pudeur, par 
conséquent avec le culte du Phallus. Encore 
ne ferai-je qu'effleurer cette partie délicate, 
qu'esquisser rapidement les masses du tableau, 
et que rassembler les traits les plus saillans qui 
caractérisent les mœurs presque ignorées des 
tftizième, quatorzième et quinzième siècles. 

Mais ce que j'exposerai suffira pour convain- 
cre d'impéritie ces déclamateurs perpétuels qui, 
obligés par faiblesse ou par esprit de parti de 
se traîner servilement dans les vieilles et pro- 
fondes ornières de la routine , ressemblant au 
vieillard dont parle Horace, vantent, sans les 
connaître , les siècles passés aux dépens du pré- 
sent (i). On y verra que les indécences prati- 

(i) Laudator iemporis acti. Art poétique , vers 173. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 5oS 

quées par nos bons aïeux ne le cèdent guère 
à celles des anciens Grecs et Romains. 

Je parlerai d'abord des usages qui tiennent à 
la vie civile, et je passerai ensuite à ceux qui 
ont rapport à la religion. 

La foi conjugale était jadis si facilement vio- 
lée, la conduite des femmes inspirait une telle 
méfiance, que les époux se trouvaient obligés 
d'emprisonner leurs épouses et leurs filles , de 
les assujétir à une surveillance continuelle, et 
de faire pis encore : d'imaginer une clôture 
mécanique qui conservait malgré elles leur 
honneur intact, et fermait tout accès à la vo- 
lupté. On attribue à François de Carraray vi- 
guier impérial de Padoue , qui vivait vers la fin 
du quatorzième siècle, l'invention des ceintu- 
res de chasteté. Il avait ainsi cadenassé toutes 
les femmes qui composaient son sérail. Ses ac- 
tes de cruautés le traînèrent sur l'échafaud ; et 
il fut étranglé, l'an i4o5, par arrêt du sénat de 
Venise. Un des chefs d'acccusation contre lui 
était l'emploi des ceintures de chasteté ^o\xv ses 
maîtresses; et l'on conserva long-temps, à Ve- 
nise, dans le palais de Saint-Marc, suivant Mis- 
son , un coffre rempli de ces ceintures et de ces 
cadenas, comme pièces de conviction dans le 



5o4 I>ES DIVINITÉS GENERATRICES 

procès fait k ce monstre (i); mais je crois cet 
usage beaucoup plus ancien. 

Depuis ce temps, dit-on, la mode en fut 
adoptée en Italie. Voici comment Voltaire ex- 
prime les suites de ce mauvais exemple : 

Depuis ce temps , dans Venise et dans Rome , 
Il n'est pédant, bourgeois ni gentilhomme , 
Qui , pour garder l'honneur de sa maison , 
De cadenas n'ait sa provision : 
Là , tout jaloux , sans crainte qu'on le blâme , 
Tient sous la clef la vertu de sa femme. 

Cette mode faillit s'introduire en France sous 
le règne d'Henri IL «Brantôme dit que, du temps 
» du roi Henri, il y eut un certain quincaillier 
» qui apporta une douzaine de certains engins 
)) à la foire de Saint-Germain pour brider le 
» cas des femmes, qui estoient faits de fer^ et 
)) ceinturoient comme une ceinture, et venoient 
» à se prendre par le bas et se fermer en clef, 
» si subtilement faits qu'il n'estoit pas possible 
» que la femme, en estant bridée une fois, s'en 
)) pût jamais prévaloir pour ce doux plaisir. . . 
)) On dit qu'il y eut quelques cinq ou six maris 
)) jaloux et fâcheux qui en achetèrent, et bri- 
j») dèrent leurs femmes de telle façon, qu'elles 
» purent bien dire : Adieu, bon temps. . . ! On 

(i) Misson, Voyage d'Italie^ tom. i, p. 217. * 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 3o5 
» dit plus, qu'il y eut beaucoup de galands et 
» honnestes gentilshommes qui menacèrent 
» de telle façon le quincaillier que, s'il se 
» mesloit jamais de porter telles ravauderies , 
» on le tueroit, et qu'il n'y retournast plus, 
» et jettast tous les autres qui estoient restés 
» dans le retrait: ce qu'il lit (i). » 

Dans les premiers temps du christianisme, 
les filles, les religieuses , accusées d'impudicité, 
étaient soumises à une visite scrupuleuse d'oii 
devait résulter la preuve de l'innocence de 
l'accusée ou celle du délit. Siagrius, évêque 
de Véronne, et qui vivait vers la fin du qua- 
trième siècle de l'ère vulgaire , condamna une 
religieuse à subir cet outrageait examen. Saint 
Ambroise, son métropolitain, désapprouva la 
sentence de l'évéque , traite cet examen d'indé- 
cent, et atteste par là son existence. Le sentiment 
manifesté de ce prélat et de quelques autres 
n'empêcha point l'usage de se maintenir très- 
long-temps. Les tribunaux ecclésiastiques et 
civils ordonnèrent souvent cette preuve; et Ve- 

(2) Brantôme, tom. 2; Dames galantes , p. 1125 
1 13. Rabelais parle de ces ceintures qu'il nomme à la 

Bergamasque : « Le diantre m'emporte si je 

» ne boucle ma femme à la bergamasque , quand je par- 
» tirai hoi^ de mon sérail. » ( Pentagruel ^ liv. 3 , 
chap. 35. ) 

II, 20 



5o6 DES DIYllNITÉS GENERATRICES 

iièle rapporte le procès-verbal d'une pareille 
visite faite par l'ordonnance du prévôt de Paris, 
de l'an 1672, sur une femme qui se plaignait 
d'avoir éprouvé la violence d'un libertin (i). 

Le congrès, qui faisait partie de notre juris- 
prudence ancienne, dont les formalités sont 
encore plus indécentes, n'est qu'une extension 
de cet usage. Yoici quelle en était la procé- 
dure. 

Lorsque deux époux demandaient leur sépa- 
ration ou la déclaration de la nullité de leur 
mariage, pour cause d'impuissance ou de quel- 
que imperfection corporelle, l'official ou le 
juge de l'église (car c'était toujours des prêtres 
qui se mêlaient Ée pareilles affaires ) commen- 
çait par ordonner la visite complète du corps 
des deux parties plaidantes. Des médecins, des 
chirurgiens, des matrones, procédaient à cette 
visite; et , d'après leur rapport , qui n'était ja- 
mais décisif, l'official ordonnait le congrès. 

On nommait de nouveau des experts : eux et 
les parties se réunissaient dans une chambre. 
Là, les deux époux étaient encore très-scrupu- 
leusement visités, 7îw.y depuis le sommet de la 
tête jusqu'à la plante despieds, dit un juriscon- 

(i) Tableau de V Amour considéré dans l'état du ma- 
riage , part, i, chap. 2: art. 3. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. Soj 

sulte^ dont j'emprunte ces détails. « Cela fait , 
M ajoute-t-il , et après que la femme a pris un 
» demi-bain, l'homme et la femme se couchent 
» en plein jour en un lit, les experts présens, 
» qui demeurent en la chambre, ou se retirent 
( si les parties le requièrent, oul'une d'elles) en 
» quelque garde-robe ou g^alerie prochaine, 
» la porte entr ouverte néanmoins; et, quant 
» aux matrones, elles se tiennent proche du lit. 
» Les rideaux étant tirés, c'est à l'homme à se 
» mettre en devoir de faire preuve de sa puis- 
» sance, où souvent adviennent des disputes et 
» altercations ridicules (i). » 

On se doute de la nature des altercations qui 
doivent s'élever entre deux époux ennemis, for- 
cés d'agir en amans : je les épargne aux lecteurs, 
ainsi que plusieurs autres détails licencieux, et 
d'autant moins attrayans qu'ils sont les tristes 
effets de l'inimitié et de la contrainte. Je n'a- 
jouterai que cette particularité, qui offre un 
nouveau trait de l'indécence de ces procédures. 
« Ce qui est encore plus honteux, dit un écri- 
» vain du dix-septième siècle, c'est qu'en quel- 
» ques procès les hommes ont visité la femme, 
» et au contraire les femmes ont été admises à 



(i) Discours sur V impuissance de V homme ou de la 
femme , etc. , par Vincent Tagereau , Angevin , chap. 6 



3o8 DES DIVIÎSITÉS GÉNÉRATRICES 

» visiter l'homme : qui a été cause d'une sî 
w grande irrision et moquerie que telles pro- 
» cédures ont servi de contes joyeux et plaisans 
» discours en beaucoup d'endroits (i). » 

Je ne parlerai pas non plus du rapport plein 
d'obscénités d'après lequel le juge d'église 
prononçait sa sentence. Je dirai seulement que 
la description des objets litigieux en était la 
matière principale; que l'épreuve du congrès 
était répétée jusqu'à trois fois, et que cette pro- 
cédure ne fut abolie que le i8 février 1677 ^ 
par arrêt du parlement de Paris. 

L'indécence des peines portées contre les 
adultères n'était pas moindre. Les coupables 
des deux sexes étaient condamnés à faire une 
promenade, par les rues de la ville, entièrement 
nus, ou bien à suivre, dans ce même état, les 
processions les plus solennelles. Des femmes 
convaincues d'avoir dit des injures à d'autres 
femmes subissaient une peine semblable. Quel- 
quefois on leur permettait de garder une che- 

(i ) Traité premier de la Dissolution du Mariage pour 
V impuissance et froideur de rhomme ou de la femme , 
par Antoine Hotman , p. 63. On peut consulter, sur le 
même sujet , le Traité de la Dissolution du mariage 
pour cause d'impuissance , avec quelques pièces cu^ 
rieuses; le Dictionnaire de Bayle, article Quellenec ; 
le Congres de Cjthere^ du marquis deMaifey, etc. , etc. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 5og 

mise; mais la femme coupable était forcée de la 
relever très-haut, afin d'y contenir de grosses 
pierres qu'on l'obligeait de porter pendant le 
cours de la procession ou de la promenade par 
les rues de la ville ; et la femme insultée pi- 
quait avec un aiguillon les fesses nues de la 
patiente (i). 

On ajoutait même, en quelque pays, une 
circonstance qui rendait la cérémonie plus in- 
décente encore : les adultères étaient és^ale- 
ment promenés tout nus parla ville. La femme 
marchait devant, et tenait d'une main le bout 
d'une corde, dont l'autre bout était attaché aux 
parties sexuelles de l'homme. Ce dernier usage 
existait en France dans la petite ville de Martel 
en Limosin, dans celle de Clermont-Soubiran , 
en Languedoc, dans plusieurs autres lieux, 
et notamment en Suède (2). 



(i) Je rapporte un seul exemple de celte espèce 
de peine , tiré d'un cartulaire de Champagne : « La 
» femme qui dira vilonie à autre, si com,me de pU" 
» tagc y paj-era cinq sols , ou elle portera la pierre 
->. toute nue en sa chemise à la procession , et celé la 
» poindra après en la nage (fesse) d^un aiguillon. >» 
(Glossaire de Charpentier, au mot Naticce. ) 

(2) Voyez , pour ces différens usages j le Glossaire de 
Ducange , aux mots Processiones publicœ , Vilania , 
Lapides cntenatos ferre , Putagium ; le Supplément 



3lO DES DIVINITES GEJNERATRICES 

Tous ces usages, attestés par les chartes de 
communes, monumens les plus authentiques 
et les plus curieux de l'histoire des mœurs de 
nos aïeux, paraissent avoir été généralement 
admis en France, ainsi que dans quelques au- 
tres pays de l'Europe. 

On punissait tout aussi indécemment les 
femmes publiques coupables de quelques ex- 
cès. On les condamnait à parcourir les rues 
de la ville, toutes nues, et montées sur un 
àne, le visage tourné du côté de la queue de 
cet animal. C'est à cette punition que le duc 
d'Orléans, frère de Louis XIII, fit condamner 
la Neveu , après avoir fait plusieurs fois la dé- 
bauche chez elle. Cette courtisanne, fameuse et 
immortalisée par deux vers de Boileau, par- 
courut les rues de Paris, montée toute nue sur 
un âne (i). 

Il faut parler de ce droit odieux qui, pendant 
plusieurs siècles, a subsisté en France et dans 
d'autres états, par lequel les seigneurs séculiers 

audit Glossaire , par Carpentier , aux mots Approbatus , 
Fonis j Naticce ; les Coutumes et établissemens du 
château de Clermont-Soubiran , imprimés à Agen en 
1596. On y voit une gravure en bois qui représente ce 
châtiment. Voyez aussi Olaus Magnus, de ritu gentium 
septent. , lib. 4 ? cap. 6. 
(i) Fureteriana , ^, 224. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 5l 1 

et ecclésiastiques enlevaient aux époux les pré- 
mices du mariage, et venaient, par leur pré- 
sence impure, souiller la couche nuptiale. Ce 
droit était connu en Ecosse, en Angleterre, 
sous les noms de marchette et de prélibation; 
en Piémont, sous celui de cazzagio ; et en 
France, sous ceux de cullage , culliage ou de 
jus cunni (i). 

Les moines de Saint-Théo dard jouissaient 
de ce droit sur les habitans de Mont-Auriol, 
bourg qui avoisinait leur monastère, u Dans 
» les droits féodaux, dit l'historien du Quercy^ 
» ils avaient le jus cunni, reste de l'ancienne 
» barbarie, droit aussi déshonorant pour ceux 
» qui l'exigeaient que pour ceux qui y étaient 
» assujétis (2). » 

Les habitans, si vivement outragés, s*adres- 



(i) Voyez le Glossaire deDucange, au mot Marcheta. 

(2) Histoire du Qucrcy, par de Cathala-Coture, t. i, 
cliap. 10, p. i34 et suiv. 

Je ne puis partager l'opinion de l'historien du Quercy. 
Le déshonneur est pour celui seul qui ordonne et se 
croit en droit de commettre des violences : celui qui les 
endure malgié lui n'est déshonoré que dans l'esprit du 
sot vulgaire. L'assassin et non la victime est criminel, et 
encourt l'infamie publique. Il faut répéter ce principe, 
qui , quoique très-évident , n'est pas encore entré dans, 
toutes les têtes , comme on le voit ici. 



5 12 DES DIVINITES GENERATRICES 

sèrent au seigneur suzerain, le comte de Tou- 
louse, qui leur permit de s'établir près d'un de 
ses châteaux, situé dans le voisinage de l'ab- 
baje. Ils s'y portèrent avec empressement. Plus 
libres et à l'abri de la tyrannie monacale , ils 
prospérèrent ; et leur nouvelle habitation reçut 
le nom de Moiitauban, Tel fut l'événement qui 
donna naissance k cette ville considérable du 
Quercy. 

Ce droit, perçu par les rois OU Ecosse, y avait 
excité plusieurs soulèvemens. Les seigneurs de 
Persanni et de Preslj, en Piémont, s'étant re- 
fusés à le remplacer par une contribution, 
leurs sujets secouèrent le joug, et se donnèrent 
à Amédée IV, comte de Savoie. 

Le seigneur de Bargone dans les états de 
Parme, aujourd'hui département du Taro, 
jouissait du même droit. On raconte qu'une 
jeune mariée, voulant s'y soustraire, se jeta par 
la fenêtre de sa chambre. Il résulta de cet évé- 
nement tragique que ce droit atroce ne fut 
plus exigé (i). 

Les chanoines de la cathédrale de Lyon pré- 
tendaient aussi avoir le droit de coucher, la 



(i) Description historique, etc. , des États de Parme, 
par Moreaii-Saint-Mérrj { Manuscrit.) 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MtODERNES. 3l5 

première nuit des noces, avec les épousées de 
leurs serfs ou hommes de corps (i). 

Les évéques d'Amiens, les religieux de Saint- 
Etienne de Nevers, avaient le même droit, et le 
percevaient effrontément. 

« J'ai vu^ dit à ce sujet BoëriuSy à la cour de 
)) Bourges, un procès porté, par appel, devant 
» le métropolitain , par lequel un curé de pa- 
» roisse prétendait avoir le droit de coucher, 
» la première nuit des noces, avec la nouvelle 
» mariée. La cour abolit le prétendu droit, et 
» condamna le curé à l'amende (2). )) 

Il ajoute que plusieurs seigneurs de la Gas- 
cogne ont le même droit, mais qu'ils se sont 
réduits à introduire seulement, dans le lit de la 
nouvelle épouse, une jambe ou une cuisse fa 
moins que les vassaux n'entrent en composition 
avec leur seigneur, et ne payent ce qu'il leur 
demande. Ce droit est nommé cuissage ou droit 
de cuisse, 

« Un seigneur , qui possédait une terre con- 
» sidérable dansle Vexin normand, assemblait, 
» ditSaint-Foy, au mois de juin, tous ses serfs. 



(i) Camillus Borellus, Bibliotheca , Germ. , tom. i ; 
Essais sur Paris , par Saint-Foy , tom. 2 , p. 172. 

(2) Boerius Decis. 297 , n* 1 7 j Ducange , Glossaire , 
au mot Marcheta. 



3l4 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

» de Funet de l'autre sexe, en âge d'élre mariés, 
» et leur faisait donner la bénédiction nuptiale; 
^> ensuite on leur servait du vin et des viandes. 
» Il se mettait à table, buvait, mangeait, et se 
» réjouissait avec eux; mais il ne manquait ja- 
» mais d'imposer aux couples qui lui parais- 
)) saient les plus amoureux quelques condi- 
» tions qu'il trouvait plaisantes. Il prescrivait 
» aux uns de passer la nuit de leurs noces au 
» haut dun arbre ^ et dy cojisommer leur ma- 
» riage; à d'autres, de le consommer dans la 
)) rivière dAndellCy oit ils se baignaient pen- 
» dant deux heures nus en chemise^ etc. (i). » 
Rapportons quelques traits de l'ancien état 

(i) Essais historiques de Sai'mi'Foy , tom. 5, p. 167 
et ï58. 

Ce serait un tableau assez curieux que celui qui of- 
frirait les droits absurdes, ridicules et iiidécens, auxquels 
les seigneurs du bon vieux temps assujétissaient leurs 
serfs ou vassaux. J'en rapporterai ici un seul exemple , 
que l'on trouve consigné dans les registres de la Cham- 
bre des Comptes (liasse 21 des Aveux du Bourbonnais, 
aveu de la terre de Breuil , rendu par Marguerite de 
Montluçon, le 27 septembre i3g8). Après avoir établi 
le droit qu'avaient ces seigneurs sur les femmes qui bat- 
taient leurs maris , l'acte porte : Ite?n et insuper qua- 
libetjilia communis , sexus videlicet viriles quoscum- 
que cognoscente , de novo in villa, Montislucii e^^e- 
niente _, quatuor denarios semel , aut unum bombumy 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 5l5 
de la prostitution dans les villes; mais , au- 
paravant, arrêtons-nous un peu sur ses causes. 
Dans les états civilisés, la cause première de 
la corruption des mœurs consiste en ime trop 
grande réunion d'habitans dans un même lieu. 
Les causes secondaires, qui donnent une acti- 
vité funeste aux miasmes moraux, sont le dé- 
faut de police , la disproportion des fortunes^ 
et un trop grand nombre de célibataires. Une 
police qui ne réprime point convertit les vices 
particuliers en habitudes générales , les auto- 
rise, les fortifie. La trop grande disproportion 

swe vulgariter un pet, super ponteni de Castro Mon- 
tislucii solvendum. 

« En outre , chaque jBlle publique qui se livre à quel- 
» que homme que ce soit , lorsqu'elle entre pour la pre- 
» mière fois dans la ville de JMontluçon , doit payer , 
» sur le pont de cette ville , quatre deniers , ou y faire 
» ujipet. » ( Traité de la police^ par Delamare , tom. i , 
p. 49^; Glossaire de Ducange , au mot Bomhum, etc.) 

On trouve dans ce Glossaire un autre exemple d'une 
pareille redevance. Celui qui , en Angleterre , tenait en 
fief des terres de sergenterie , dans le territoire de He- 
mingston , comté de SufFolc . était obligé de venir, cha- 
que année , le jour de Noël , à la cour , et de faire , de- 
vant le roi , un saut, un sifflement et un petit pet.... 
Debuitfacere, die natali domini^ singulis annis, coràm 
domino rege iinum salturr? ^ unum siffletum et unum 
bombulum. 



3l6 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

de fortune divise la population en deux classes ; 
l'une, oisive, pour se soulager du poids de l'en- 
nui ^ concevant des goûts successifs et toujours 
plus irritans; des jouissances factices ou raffi- 
nées, a besoin de corrompre; l'autre, tour- 
mentée par des besoins réels, a besoin d'être 
corrompue ponr recevoir le prix de la corrup- 
tion. Les célibataires, quelle que soit la loi qui 
leur commande cet état, ne peuvent long- 
temps résister au vœu de la nature, parce que 
les lois qui la contrarient sont toujours impuis- 
santes ; ils sont donc réduits à les transgresser , 
et à augmenter le nombre des agens de la cor- 
ruption publique. Ainsi ce n'est point le man- 
que de prêtres célibataires, comme on le pense 
vulgairement, mais cesontleurspassionsetleur 
multitude qui contribuent à amener la dépra- 
vation des moeurs. Il est constant que le pays 
de l'Europe où les mœurs sont le plus dépra- 
vées est celui où les prêtres sont le plus abon- 
dans .c'est un fait avéré, devant lequel vien- 
nent se briser tous les sophismes contraires. 

Or, dans les siècles dont j'esquisse les mœurs, 
cette grande population des villes, cette cause 
première de leur corruption n^existait pas aussi 
éminemment qu'elle existe aujourd'hui. Les 
villes capitales de provinces étaient bien moins 
habitées que ne le sont certains villages, el Paris 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. SiJ 

moins peuplé que certaines villes de provin- 
ces; et cependant, quoique les cérémonies re- 
ligieuses et la crédulité ne manquassent point, 
la corruption était dans les treizième, quator- 
zième et quinzième siècles, par le défaut de 
police et l'abondance de célibataires, beaucoup 
plus grande qu'elle ne l'est maintenant. Je vais 
en fournir quelques preuves. 

On trouve que, dès le commencement du 
douzième siècle , Guillaume YII , duc d'Aqui- 
taine et comte de Poitou, fit construire^ dans 
la petite ville de Niort, un bâtiment sembla- 
ble à un monastère , où il recueillit toutes les 
prostitu黀s. Il voulut en faire une abbaje de 
femmes débauchées, dit Guillaume, moine de 
Malmesburj. Il y créa des dignités d'abbesse, 
de prieure et autres, dont il gratifia les plus 
distinguées dans leur commerce infâme (i). 

Depuis long-temps il existait à Toulouse un 
lieu de débauche très-célèbre , auquel plusieurs 
de nos rois donnèrent des privilèges ; il portait 
de même le nom d'abbaje, Charles VI donna 
en sa faveur des lettres dont voici quelques 
passages. Il débute ainsi : « Oye la supplication 

(i) De Gestis rerum angloruni, TVillelnii M aimer- 
buriensis y lib. 5, p. 170. 



5l8 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

)) qui faite nous a été de la partie des filles de 
» joye du bordel de Toulouse, dit grant ab- 
baye, etc. )) Puis il ordonne au sénéchal et 
viguier de Toulouse et autres officiers de faire 
« lesdites suppliantes, et celles qui, au temps à 
» venir, seront ou demeureront en Yabbaje 
» susdite^ jouir et user paisiblement et perpé- 
» tuellementy sans les molester ou souffrir être 
« molestées y ores ne pour le temps à venir. » 
Ces lettres sont du mois de décembre 1589(1). 

Charles VII, en 1425, accorda aussi des lettres 
de sauve-garde en faveur de la même mai- 
son de la grant abbaye , occupée par les fem- 
mes publiques^ à la demande des capitouls et 
du syndic de la ville. « On voit par ces lettres, 
» disent les historiens du Languedoc, que la 
» ville de Toulouse retirait quelque profit de 
» ce lieu de prostitution : tant on était, en ce 
» temps-là, peu réservé à garder du moins les 
» bienséances (2). » 

Dans plusieurs autres villes de France , les 
lieux de débauche étaient qualifiés à' abbaye -^ 

(1) Histoire générale du Languedoc , tom. 4 ? Preu- 
ves ,p. 370. Ordonnances des Rois de France , tom. 7 , 
p. 327. 

(2) Histoire générale du Languedoc ^ tom.4,p- 4^5. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 5 19 

et celles qui y présidaient portaient le titre 
A'abbesse (i). 

A Paris, les femmes prostituées formèrent 
un corps de profession. « Elles furent, dit 
» Saint-Foj, imposées aux taxes, eurent leurs 
)) juges, leurs statuts. On les ic^^e\ii\t femmes 
» amoureuses y filles jolies de leuj^ corps. Tous 
» les ans, elles faisaient une procession solen- 
» nelle lejour de la Madeleine. On leur désigna, 
» pour leur commerce, les rues Froimentel, 
» Pavée, Glatigny, Tyron, Chapon, Tire- 
» Boudin, Brise-Miche, du Renard, du Hur- 
» leur, de la Vieille-Bouclerie, l'Abreuvoir, 
)) Maçon et Champ-Fleuri. Elles avaient dans 
)) ces rues un clapier qu'elles tâchaient de ren- 
)) dre propre et commode. Elles étaient obli- 
» gées de s'y rendre îi dix heures du matin, et 
» d'en sortir dès qu'on sonnait le coiwre-feu , 
» c'est-à-dire à six heures du soir en hiver, et 
)) entre huit et neuf en été. Il leur était absolu- 
» ment défendu d'exercer ailleurs, même chez 
» elles. Celles qui suivaient la cour, disent du 
» Tillet et Pasquier, étaient tenues, tant que le 
» mois de mai durait, de faire le lit du roi des 
» ribauds (2). » 

(i) Glossaire de Ducaiige,au mot Abatissœ , et son 
Supplément , par Carpentier , au même mot. 

(2) Essais historiques sur Paris , tom. i , p. 97 et 98, 



320 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

C'est dans le même siècle que les rois 
Charles VI et Charles VII accordaient des pri- 
vilèges aux maisons de débauche de Toulouse, 
faisaient des règlemens pour assurer l'état de 
celles de Paris ; que Jeanne P« , reine de Na- 
ples et comtesse de Provence, organisait un 
lieu de prostitution à Avignon. Elle voulut que 
la supérieure, qualifiée ô^abbesse, fût renou- 
velée chaque année par le conseil de la ville ; 
qu'elle prononçât sur les démêlés qui s'élève- 
raient entre les femmes de son couvent. 

L'esprit de la religion ou plutôt du fanatisme, 
se montre dans cette institution honteuse. La 
reine Jeanne veut que ce lieu de prostitution 
soit ouvert tous les jours, excepté le samedi et 
le vendredi saint, ainsi que le jour de Pâques. 
Elle prescrit à l'abbesse de n'y laisser entrer 
aucun juif. Si quelqu'un d'eux parvenait à s'y 
introduire à la dérobée^ et qu'il eût commerce 
avec une des filles, il devait être emprisonné 
et fouetté publiquement (i). 

Cette maison était établie à Avignon, rue 
du Pont- Troué, près du couvent des Au- 
gustin s. 

(i) Histoire générale de Provence, par Tabbé Papon, 
tom. 3, p. i8o et i8i ; Description des principaux lieux 
de France , tom. i , p. 187 ; le Pornographe , p. 35o. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 521 

Le pape Jules II, pour éviter de plus grauds 
niauX;, donna, le 2 juillet i5io^ une bulle qui 
autorise l'établissement d'une pareille maison 
dans un quartier désigné. Les papes Léon X et 
Clément VII confirmèrent cet établissement, à 
condition que le quart des biens meubles et 
immeubles des courtisannes qui l'habitaient ap- 
partiendrait, après leur mort, au couvent des 
religieuses de Sainte-Marie-Madeleine. 

La charte de franchise de la petite ville de 
Villefranche, en Beaujolais, accordée en i5j5 
par Edouard II, sire de Beau jeu, offre des 
traits trop remarquables pour ne pas les rap- 
porter ici. Je ne parlerai point de l'article où 
l'on permet aux maris de battre leurs femmes, 
ni de celui par lequel les adultères sont con- 
damnés a faire, tous nus, une course par la 
ville : ces circonstances se trouvent spécifiées 
dans la plupart des chartes de commune des 
villes de France ; mais je m'arrêterai à celui qui 
porte (( que, si un homme et une femme, tous 
» deux ministres de la débauche publique; que 
» si un garçon, dévoué à la prostitution, ou si 
>i une fille dévouée à la prostitution, viennent 
» à dire des injures à un bourgeois de Ville- 
» franche ou à un de ses amis, il peut les frap- 
.)) per par un soufflet, pai un coup de poing 
T. II. 21 



522 DES DIVIISITÉS GENERATRICES 

» OU par un coup de pied, sans encourir Fa- 
» mende (i). » 

Ainsi une ville, à peine peuplée de trois ou 
quatre cents âmes, contenait, dans son enceinte, 
des lieux de prostitution pour les deux sexes. 
Nos mœurs offrent-elles ces exemples? 

Les fêtes, les cérémonies particulières et pu- 
bliques, servent aussi à caractériser les mœurs. 
Je vais parler de quelques-unes. 

Le célèbre Castruccio de Castracani , géné- 
ral des Lucquois, après la bataille de Seravalle, 
qu'il gagna sur les Florentins, donna des fêtes 
éclatantes sous les yeux de ses ennemis. Il fit 
jouer à la course du palio des femmes prosti- 
tuées toutes nues. Le prix de cette course était 
une riche pièce d'étoffe, d'où cet exercice tire 
son nom (2). 

Sous le règne d'Henri III, on vit en France 
des fêtes accompagnées de pareilles circons- 
tances. « Le mercredi, i5 mai 1677, le roi, au 
)) Plessis-les-Tours , fit un festin à monsieur le 
)) duc son frère, et aux seigneurs et capitaines 
» qui l'avaient accompagné au siège et à la 
» prise de la Charité; auquel les dames vêtues 

(i) Libertas et Franchesia J^illœfranchce , Descrip- 
tion des principaux lieux de France , tom. 6 , p. 170. 

(9.) P orno graphe , p. 354; — Machiavel, Vie de 
Castruccio Castracani, 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. S^iS 

y. de vert, en habit d'homme et à moitié jiues, 
» et ayant lem's cheveux épars comme épou- 
)j sées, furent employées à faire le service, 
w La reine-mère fit son banquet à Chenon- 
» ceau (i). » 

Les entrées des rois ou des princes, dans di- 
verses villes, étaient souvent accompagnées de 
spectacles qui blesseraient aujourd'hui les yeux 
les moins chastes. 

Lorsque Louis XI fît, en 1461, son entrée à 
Paris, on plaça devant la fontaine du Ponceau, 
dit Fauteur de la chronique de ce roi , « trois 
» belles filles faisant personnages de sirènes 
)) toutes nues; et leur veoit-on le beau tetin, 
» droit, séparé, rond et dur, qui était chose 
» bien plaisante, et disoient de petits motets et 
» bergerettes (2). )) 

Dans l'entrée du roi François I^^ et de la 
reine Claude, fille de Louis XII, à Angers, qui 
se fit en i5i6, on représenta, sur la cîme d'un 

(i) Journal de l'Etoile, tom. i ,p. 2o5. 

(2) Chronique de Louis XI sous l'an 1461. 

Le même écrivain dit : qu'après cette scène indécente,, 
un peu au dessous de la fontaine du Ponceau , on voyait 
un homme en croix représentant Jésus crucifié , entre 
deux larrons. Il est présumable que la toilette de ceux 
qui jouaient les rôles de Jésus en croix et des deux 
larrons , était L-x même que celle des Sirènes. 



5^4 r>ES DIVIINITÉS GÉNÉRATRICES 

cep de vigne, un Bacchus, ayant dans chaque 
main une grappe de raisin qu'il pressait. De 
Tune sortait du vin blanc en grande quantité, 
et de Tautre du vin rouge. Au pied de ce cep 
de vigne, « était représenté, dit Bourdigné, le 
)) patriarche Noé endormi, et montrant ses 
» parties honteuses. » 

Près de lui étaient écrits ces vers : 

Malgré Bacclius , à tout son chef cornu , 
Or son verjus me sembla si nouveau 
Que le fumet m'en monta au cerveau , 
Et m'endormit les C tout h nu (t), 

Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, 
fit, en 1468, son entrée à Lille. Parmi les fêtes 
que les habitanslui donnèrent, on remarquait 
la représentation du Jugemejit de Paris. Trois 
Flamandes se chargèrent du rôle des trois 
déesses. Celle qui figurait Vénus , était d'une 
tailleélevée, et d^un embonpoint qui caractérise 

(i) Récréations historiques ^ par Dreux du Radier , 
tom. I ,p. 270 et 271. 

Monstrelet , en décrivant une fête que donna , en 
1453, le duc de Bourgogne, dit qu'on y voyait : « Une 
» pucelle qui, de sa mamelle , versait liypocras en grande 
)>^largesse; à côté de la pucelle était un jeune enfant qui, 
» de sa broquette, rendait eau rose. » ( Chroniq., vol. 3 , 
fol. 55, V'.) 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 525 

les beautés du pays. La Junon, toute aussi 
grande, offrait un corps maigre et décharné. 
Pallas était représentée par une femme petite^ 
ventrue, bossue par devant et par derrière, 
dont le corps était supporté par des jambes 
grêles et sèches. 

Ces trois déesses parurent devant Paris , 
leur jugCj et devant le public, nues comme la 
main. D'après la description de leurs formes et 
de leurs attraits différens^ on présume que le 
Paris flamand n'hésita point à donner la pomme 
à Vénus (i). 

Les spectacles étaient aussi fort indécens: on 
n'oserait pas aujourd'hui , en petit comité , 
lire les scènes qu'on jouait en public sous 
Henri IV : 

La farce nouvelle et récréative du médecin 
qui guérist de toutes sortes de maladies j, et 
aussi fait le nez à ï enfant dune fem,me 
grosse , etc. 

La farce joyeuse et récréative dune jemme 
qui demande les arrérages à son mari, 

La farce nouvelle, contenant le débat dun 
jeune moine et dun vieil gen-darmes par de^ 
vant le dieu Cupidon, pour une fille, 

(i) Pontus Heuterus, in car. Pugnace,\Sh. 5, p. 385; 
— Récréations historiques de Dreux du Radier, tom. i , 
pag. 272. 



320 DES DIV USITES GEWERAÏRICES 

Ces pièces sont d'une indécence fort cho- 
quante de paroles et d'intention (i). 

Avec de telles moeurs, de telles pratiques, 
on doit penser que la décence ne se trouvait ni 
dans les vétemens, ni dans les paroles,, ni 
même dans les écrits. 

Le Dante parle de l'impudicité des femmes 
deFlorence, qui se montraientenpublicla gorge 
entièrement découverte (2). Ce poète vivait au 
treizième siècle. 

Pétrarque nous peint l'extrême corruption 
et la débauche effrontée qui régnaient à Avi- 
gnon, pendant que les papes y faisaient leur 
séjour. 

Philelphe, qui vivait au quinzième siècle, 
parle avec une liberté vraiment cynique des 
débauches excessives et invraisemblables dont 
il a été témoin dans la ville de Gênes, et se 
plaint du peu d'égards qu'on a dans cette ville 
pour la pudeur publique (5). 

Les prédicateurs déclamèrent encore plus 
vivement que les poètes contre la nudité des 
gorges; mais les déclamations des uns et des 

(i) Y o-^ez Recueil de plusieurs /arces tant anciennes 
que modernes 3 Paris, 1612. 

(2) Purgatoire , chant 23. 

(3) Philelphe , neuvième décade , Satire 10. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 527 

mitres ont été, conime on sait, presque tou- 
jours sans effet. 

Écoutons un prédicateur du quinzième siè- 
cle, dont le nom est inconnu, u Qu'elle est 
» rare, cette pudeur parmi les hommes du 
» siècle! dit-il; ils ne rougissent pas, en pu- 
» blic, de blasphémer, déjouer, de voler, de 
)) prêter à usure, de se parjurer, de proférer 
» des paroles déshonnétes, mais même de les 
» chanter; et les femmes laissent à découvert 
» leurs bras, leur cou, leur poitrine, et se 
» montrent ainsi devant les hommes, afin de 
)) les exciter aux crimes horribles de l'adultère, 
)) de la fornication, du viol, du sacrilège et de 
)) la sodomie (i). » 

On nommait, au quinzième siècle, les cour- 
tisannes élégantes, Gores, Gaures ou Gaurières, 
et les robes décoletées, fe robes à la grant 
Gore: c'est pourquoi un autre prédicateur, cé- 
lèbre par la grossièreté de ses paroles et par ses 
bouffonneries, frère Maillard, s'écrie souvent 
contre mesdames les bourgeoises qui portent 
des robes à la grant Gore (2). 11 dit ailleurs : 
« Et vous, femmes , qui montrez votre belle 

( I ) Sermo communis de temporeprœdicabilis} senno 3, 
de pœnitentiâ , sine paginaiione. 

(2) Sermon 4? mardi avant l'Avent, fol. i3. 



528 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

» poitrine, voire cou, voire gorge, voudriez- 
» vous mourir en cet état(ij? » 

» Dites-moi, femmes imbécilles, n'avez-vous 
» pas des amans qui vous donnent des bou~ 
)) quels? et ne placez-vous pas, par amour pour 
» eux, ces bouquets au milieu de votre sein? 
» Eh bien, vous êtes inscrites dans le livre du 
» diable (2). )> 

Michel Menoty autre prédicateur du même 
temps, se récrie également contre la nudité du 
sein des femmes. Il parle de celles qui , non 
contentes de porter des habits au dessus de 
leur étïit^ se couvrent d'ornemens mondains, 
suivent la mode des grandes manches, pren- 
nent un air effronté, et découvrents leur poi- 
trines jusqu'au ventre, afin d'attirer les regards 
des amateurs (5). 

« C'est à vous que je m'adresse. Mesdames, 
» dit le même prédicateur : quand vous venez 
>j à l'église, il semble, à voir vos habits pom- 

(i) Sermo 29 , troisième dimanche de l'Avent, fol. 79^ 
verso. Vojez aussi les mêmes reproches dans les ser- 
mons 38 ;, fol. g8 , sermon [\\ , fol. 106 , verso. 

(2) Idem. Sermon du premier dimanche de Carême _, 
part. 2 ,fol. 4i. 

(3) Pectiis discoopertum usque ad ventrem. Menot^ 
sermon , férié seconde , après le deuxième dimanche de 
Carême , fol. 26. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 52g 

» peux, indécens et des brailles ^ que vous êtes 
» au bal. Lorsque vous allez à la danse, dans 
» des festins ou aux bains, habillez-vous comme 
w il vous plaira ; vna.is , quand vous vous ren- 
» dez à l'église, je vousenprie, mettez quelque 
)) dijQPérence entre la maison de Dieu et celle du 
» Diable (i). » 

Un autre prédicateur cite un exemple de la 
punition qu'éprouvaient, dans l'autre monde, 
les dames qui montraient leur sein. « Un cer- 
)) tain prêtre, dit-il, pleurant sa mère, morte, 
)) et désirant connaître l'état de son âme, 
fit des prières que Dieu exauça. Etant près 
» de l'autel, il vit sa mère liée dans un sac, 
» entre deux démons. Sa chevelure, qu'elle 
)) avait pris soin d'orner pendant sa vie , était 
» alors formée de serpens enflammés; sa poi- 
» trine, son cou et sa gorge, qu'elle laissait 
» ordinairement à découvert, étaient occupés 
» par un crapaud qui vomissait des torrens de 
» feu (2). )) 

Ces prédications, cet exemple épouvantable, 
ne changèrent rien aux habitudes des dames; 

(i) Idem, férié troisième , après le premier dimanche 
de Carême , fol, 94 , verso. Je fais observer <cjue les mots 
soulignés sont ainsi en français dans le texte latin de 
l'auteur. 

(2) Sennones discipuli de tempore et sanctis , sermo 
84 j adjinem. 



55o DES DIVINITÉS GÉiNÉRATRICËS 

et le désir si naturel de plaire aux hommes et 
de leur causer des émotions triompha autre- 
fois, comme il triomphe aujourd'hui, de la 
peur des châtimens éternels et du crapaud vo- 
missant du feu. 

Les femmes, du temps de Montaigne, avaient 
les mêmes habitudes. Après avoir parlé des 
hommes, qui, avant lui, portaient l'estomac dé- 
couvert, il ajoute : a Et nos dames, aussi mol- 
)) les et délicates qu'elles sont, elles s'en 
» vont tantost entre-ouvertes jusqu'au nom- 
» bril (i). » 

De très-bons chrétiens ont, dans des temps 
plus récens, déclamé , hélas! toujours en vain, 
contre les nudités des gorges ; je ne dois pas 
m'en occuper davantage ; mais, pour l'édifica- 
tion des lecteurs, je vais indiquer leurs ou- 
vrages (2). 

(1) Essais de Montaigne , tom. 2 , liv. 2, chap. 12, 
pag. 220. 

(i) De V Estât honneste des Chrétiens en leur accous- 
trement, par un ministre du saint évangile , in-S**. 

De l'Abus des nullités de gorge , in-i 2. A la suite du 
cet ouvrage , on trouve une ordonnance des vicaires gé- 
néraux de l'arche vêché de Toulouse, de l'an 1670, 
contre la nudité des bras , des épaules et de la gorge , et 
de l'indécence des habits des femmes et des filles. 

Lettre écrite par un séculier à son ami , sur les im- 
modesties et profanations qui se commettent dans les 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 53 1 
Les hommes^ outre l'usage de découvrir leur 
estomac, en suivaient dans le même temps un 
autre bien plus indécent. Ce qu'on appelait la 
braguette, au seizième siècle, était une espèce 
de vêtement qui, en les couvrant^ montrait les 
formes secrètes de la virilité, aussi exactement 
qu'un gant montre celles de la main. Les vieux 
portraits en pied nous offrent des exemples de 
cette mode singulière. Il paraît qu'elle com- 
mençait à tomber du temps de Montaigne, 
cf Que voulait dire cette ridicule pièce de la 
» chaussure de nos pères, qui se voit encore 
y) en nos suisses, dit-il? A quoy faire la monstre 
>j que nous faisons à cette heure de nos pièces 
» en forme sur nos gregues; et souvent, qui 
)) pis est, outre leur grandeur naturelle, par 
» faulseté et imposture (i)? » 

Les indécences dans les manières de parler 

églises , avec la déclaration du roi et l'ordonnance de 
Monseigneur le cardinal de Noailles , archevêque de 
Paris, 1717. 

(i) Essais de Montaigne , liv. 3 , cliap. 5. 

J'ai vu en Suisse, dans l'église de l'abbaye de Mûri , 
un dessin à la plume qui représentait une procession 
nombreuse. Les hommes y avaient leurs braguettes 
très-apparentes. Une main récente a cherché à faire 
disparaître cette incongruité de costume que les pro- 
grès de la décence rendaient trop sensible. 



552 DES DIVINITES GENERATRICES 

OU d'écnre n'étaient pas moindres que celles 
qui existaient dans' les vétemens. 

Les sermonaires nous fournissent des exem- 
ples nombreux, que je puiserai, non dans les 
livres dirigés contre eux , mais dans leurs pro- 
pres ouvrages. Les partisans des prédicateurs 
doivent me savoir gré de cette modération, qui 
prive ce chapitre de plusieurs traits singuliers 
et piquans. 

(c Pauvres pécheurs! s'écrie Maillard, le 
» bienheureux Anselme, qui était moine, ne 
» vivait pas comme vous; il ne mangeait point 
» de la chair; il n'avait point, comme vous, 
» des filles de joie dans sa chambre, à pain et 
» à pot (i). 

» INous avons plusieurs mères qui vendent 
» leurs filles, qui les prostituent elles-mêmes; 
» elles leur font gagner leur mariage à la peine 
» et à la sueur de leur corps (2). 

» Est-il beau de voir la femme d'un avocat, 
)) qui a acheté un office, et qui n'a pas dix 
» francs de revenus, vêtue comme une prin- 
» cesse? Sa tête, son cou, sa ceinture, sont 
» couverts d'or. Et vous dites qu'elle est vêtue 

(i) Maillard, tom. 1 , sermon 6 du premier dimanche 
de TA vent, fol. 32 verso. 

(2) Maillard, sermon sixième du premier dimanche 
de l'A vent, fol. 48, verso. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 555 

h suivant son état! A tous les diables l'état, 
)) vous, la femme, et vous aussi, M. Jacques, 
>> qui leur donnez si légèrement l'absolution! 
» Elles disent, sans doute : Nos maris ne nous 
» dojinent point de tels habits ; mais nous les 
» gagnons à la peine de notre coiys. A trente 
» mille diables une telle peine (i). »! 

11 fait tenir le propos suivant à une femme 
en colère. « Va, put... infâme, tu tiens bord.. 
y) en ta maison (2). » ! 

Il s'adresse ainsi aux femmes de Paris : « Vous 

» êtes des p qui tenez des lieux de débau- 

)) ches; vous avez fait vos filles p comme 

» vous, et vos fils macquer... (5). » 

Encore quelques citations de ce grossier 
prédicateur, et de son étrange éloquence: elles 
nous offrent le tableau fidèle des mœurs du 
quinzième siècle. 

Voici ce qu'il dit des femmes de Paris qui 

(i) Carême prêché à Saint-Jean-en-Grève, par Olivier 
Maillard , en 1498, sermon 26 du deuxième dimanche de 
Carême , fol. 60. 

(2) Idem, ib.,£ol. 74. Vade meretrix infamis , tu 
tenes bordellum in domo tua. 

(3) Estis meretrices quœ tenuistis lupanaria 

et fecistis jilias vestras meretrices sicut vos , et jilios 
vestros lenones , (maquereaulx, g alliée). Sermon 38 du 
quatrième dimanche de TA vent, fol. 98. 



354 ^ES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

vont aux bains : k Sainte Suzanne , lorsqu'elle 
)) lavait ses pieds clans son jardin , fit éloigner 
» ses suivantes , de peur d'être vue par elles ; 
n et vous , au contraire , vous restez toutes 
)) nues dans les bains, et vous montrez aux 
» autres ce que vous devez cacher (i). ^) 

Le prédicateur Menot fait aussi, à ce sujet , 
de plus graves reproches aux femmes de Paris. 
(( Dieu sait, dit-il, lorsque vous êtes décou- 
» vertes dans les bains , depuis les mamelles 
)) jusqu'à la plante des pieds, quels sont vos 
» regards impudiques, vos attouchemens cri- 
» minels, vos paroles indécentes ^ et, ce qui 
» est pis encore, vous ne rougissez pas d'y 
» conduire vos propres filles qui sont toujours 
» avec vous (2). » 

(( Et vous, femmes^ dit Maillard, qui faites 
» des signes amoureux à vos amans en disant 
» vos heures ; et vous, madame la bourgeoise , 
» qui êtes remplie de luxure, mais qui avez un 

(1) Et ostenditU verenda vestra aliis. Sermon 23 du 
samedi du deuxième dimanche de l'Avent, fol. 78, verso. 
Dans le sermon 36 du troisième dimanche de Carême , 
fol. 88, il dit que Suzanne n'osait pas seulement mon- 
trer ses jambes ; « et vous , ajoute-t-il , vous n'avez pas 
» honte de paraître toutes nues devant les autres, et 
>» de vous livrer à vos dissolutions. » 

(2) Senno 4© , die sabbato post 3 dominicain , fol . 45. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 355 
« extérieur de dévotion lorsque quelqu'un vous 
» parle, vous dites : Ne parlons point de cela, 
» et vous crachez par terre , et dites : Fi, fi , 
» taisons^nous ; je dis que c'est un péché mor- 
» tel, etc. (i). ;) 

Il reproche ailleurs aux époux de se livrer 
aux plaisirs du mariage , en présence de leurs 
domestiques et de leurs enfans (2). 

Je ne finirais pas si je voulais rapporter tous 
les traits caractéristiques de l'impudeur et de 
la débauche du quinzième siècle, que présen- 
tent les sermons de Maillard et autres prédi- 
cateurs. Ils répètent sans cesse les mêmes re- 
proches , et sur-tout ceux qu'ils adressent aux 
mères qui prostituent leurs filles pour leur 
faire gagner leur mariage a la sueur de leur 
corps : ce qui ferait croire que l'usage alors en 
était assez général. 

Il répète également ceux dirigés contre la 
débauche des prélats , des chanoines et des 
moines, qui ont, dit-il, publiquement des 
concubines, avec lesquelles ils vivent à pot et à 

(i) Sernaon i^ , férié 6 du premier dimanche de 
l'Aveiit, fol. 5i. 

(2) Sermon 3 du troisième dimanche après la Pen- 
tecôte , fol. 14. 



556 DES DIVINITÉS GENERATRICES 

cuiller y et les présentent toujours comme les 
principaux corrupteurs de la jeunesse. 

Il va même jusqu'à dire que les filles de 
douze ans sont déjà dressées au métier de cour- 
tisannes, et en vont à la moutarde. 

Le prédicateur Menot ^ qui, comme Mail- 
lard^ a prêché long-temps à Paris, peint les 
mêmes mœurs avec les mêmes couleurs , les 
mêmes talens , avec des expressions aussi tri- 
viales, aussi peu ménagées. 

Barlctte^ autre prédicateur, n'est pas moins 
indécent. Je ne rapporterai , de ses sermons , 
qu'un seul passage, où, à propos de l'amour 
charnel, il introduit une jeune fille qui lui 
adresse ces paroles, que je suis forcé de para- 
phraser. (( mon père! mon amant m'aime 
» beaucoup : il m'a donné de très-belles man- 
)) ches rouges; il m'a fait plusieurs autres pré- 
» sens. Il m'aime d'un véritable amour : je le 
» vois bien par l'ardeur apparente qu'il éprouve 
» près de moi (i). » 

(i) On ne peut, sans blesser toutes les règles de la 
pudeur , rendre autrement ce que le moine effronté ose , 
sans nécessité , exprimer dans un sermon : Vidimus 
cura turgesceret virgultus , fait-il dire à cette jeune 
tille. Y oyez fructuosissimi atqiie amœnissimi sermones 
fratris Gabrielis Barlette , dominicd prima adi'entus 
Domini , fol. 266 , verso. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 357 

Si les prédicateurs étaient aussi licencieux, 
on doit juger que les poètes, les conteurs et 
autres écrivains devaient l'être davantage. Les 
fabliaux, et sur-tout ceux qui sont contenus 
dans le troisième volume qu'en a publié Bar- 
hazan; les Contes de Bocace, ceux de la reine 
de Navarre , les Cent Nouvelles racontées à la 
cour du duc de Bourgogne , le Pentagruel de 
Rabelais y et mille autres ouvrages de ce genre, 
en offrent la preuve. 

Les historiens n'ont pas été exempts de cette 
indécence, ou plutôt de cette insouciance dans 
la manière de décrire certains objets. Froissarty 
historiographe et chanoine, à propos du sup- 
plice de messire Hugues le Despencier le fils , 
en rapporte une circonstance, avec des expres- 
sions de la plus grossière débauche (i). 

Jean ^Auton, prêtre et historiographe de 
Louis XII, en parlant _, dans l'histoire de ce 
monarque, d'une naissance monstrueuse, em- 
ploie, au grand étonnement des lecteurs ac- 
tuels, les mêmes expressions que Froissart. Il 
les répète sans répugnance; et elles se trouvent, 
en toutes lettres, dans l'édition qu'en a donnée 
Théodore Godefroy (2). 

(i) Chroniques de Froissart , vol. i , cliap. i4^ p. 11. 
(1) Histoire de Louis XÎI, par Tean d'Auton, chap. ^Cj, 
pag. 221. 

IT. :22 



558 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

Le moine Gaguin, aussi historiographe de 
France, a composé un poëme sur l'Immaculée 
Conception delà Vierge. (( On y trouve, dit un 
» moderne, les idées les plus sales et même les 
» plus libertines; elles sont telles qu'on ne 
» peut les rendre en français sans offenser la 
» chasteté de notre langue. » 

Le même écrivain nous apprend qu'à son 
poème de l'Immaculée Conception Gaguin 
joignit l'éloge d'une de ses maîtresses^ cabare- 
tièrede Vernon, Dans cette pièce, il vante les 
oentillesses de cette belle, ses bons mots, la 
commodité de ses chaises, la bonté de son vin 
et des lits, et sur-tout les beautés cachées de la 
nymphe, que notre bon moine paraît avoir par- 
faitement connues (i). 

Dans plusieurs écrits de ce temps, ce n'était 
pas seulement l'expression, mais la matière qui 
était indécente; et cette indécence est bien plus 
choquante, lorsqu'elle est aUiée à des sujets de 
rehgion. En voici encore un exemple, dans 
une fable donnée, comme un événement véri- 
table, par le prêtre qui la raconte pour l'édifi- 

(i) Voici sa description : 

Uisus , rerba, jocos , fulcra , cubile , merum, 
Albeiites coxas , inguina , crura , nales. 
Et veneris , etc. 

Voyez Récréations historiques ,iom. 2, p. i85, 186. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 550 

Ccition publique. Elle est lelic que, par respect 
pour certains lecteurs, je me garderai bien de 
la traduire littéralement. 

Un prêtre, véhémentement soupçonné d'a- 
voir forniqué avec une très-grande dame d'une 
ville, craignant d'être arrêté^ prit la fuite. Ar- 
rivé dans une forêt, il rencontre un homme 
dont l'extérieur annonçait un saint reliaieux. 
Vous êtes triste y lui dit-il; quelle en est la 
cause? contez-moi votre peine* Le prêtre avoua 
tout. Si vous étiez privé entièrement de ce qui y 
en vous y a été le plus coupable ^ lui ajouta le 
moine, vous pourriez retourner avec sécurité à 
la ville y et convaincre de calomnie ceux qui 
vous accusent. Voyons, Il voit, il touche; et le 
plus coupable disparaît. Il faut le dire : cet 
homme, sous l'apparence d'un saint moine, 
était le Diable en personne. Le prêtre, joyeux, 
retourne à la ville, pour offrira ses accusateurs 
cette preuve irréfragable de son innocence. Il 
arrive dans son église, fait sonneries cloches, 
convoque le peuple. Là , en présence de la mul- 
titude, et, monté sur un lieuéminent^ il veut, 
avec confiance, produire sa preuve. Mais, ô mi- 
racle ! ô déception du diable ! il produit aux 
yeux des assistans une preuve toute contraire, et 
cette preuve est monstrueusement évidente (i). 

{\) Et Keligiosiis inquit 'y leva vestimenta tua et 



54o DES DIVINITÉS GENERATRICES 

Si, en obscénité, ce conte n'égale pas les 
ouvrages impudiques de Pierre VArétiiif et le 
Capitole ciel Forno, composé par Jean Casa y 
archevêque de Bénévent, il peut aller de 
pair avec ceux de YArioste, de Bocace, de 
Coquillarty officiai de Reims ;, de Beroalde de 
Ver\^illey chanoine de Tours, de Rabelais, curé 
de Meudon, de l'abbé Grécourt, et de plusieurs 
autres conteurs de cette espèce, tous ouvrages 
dont la matière indécente doit entrer pour quel- 
que chose dans la composition d'uné'^histoire 
morale des siècles passés. 

Dois-je oublier ici le tableau des mœurs dis- 
solues du seizième siècle, que nous a laissé 
Brantôme, dans son volume des dames galan- 
tes, etc.? Quelle corruption ! et quelles couleurs 
grossières emploie cet auteur pour nous la 
peindre, pour la préconiser, pour la rendre 

tangam illud. Prout tetigit , illud menibrum penitUs 
illico disparuit. De quo sacerdos multum gavisus in 
villam est reversus , et, pulsatis campanis, innocentiœ 
suœ sinceritatem ostensurus ; et, congregatis parochia- 
nis, continua spe plenus , stans in cancellis , et confi- 
denter elevatis vestimentis , mox menibrum suum 
abondantiiis quàmpriiis apparuit ^ et sic ipsum dœmon 
in humand forma decepit. (TractatusS de credulitate 
dœmonibus adhibenda , doctoris felicis Hemmerlein , 
malleus maleficorum , tom. 2 , p. 3i i. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 5^1 

aimable! On y trouve tout ce que le génie de 
la luxure, favorisé par l'opulence, l'oisiveté et 
l'exemple, peut imaginer de plus recherché. 
Les personnes dont il décrit les déportemens 
étaient , par leur rang et leur fortune, à l'abri 
des vices qu'entraînent ordinairement le défaut 
d'éducation et l'indigence; ainsi leur conduite 
en est moins excusable. C'étaient des rois, des 
princes, des grands seigneurs: des reines, des 
grandes dames , auxquels il donne constam- 
ment la qualification ôîHioiniêtes , lors même 
qu'il prouve qu'ils ne l'étaient pas; c'étaient 
des personnes d'une classe dont les actions 
servent le plus ordinairement de modèle à 
celles des autres classes de la société. 

Les supercheries employées par les épouses 
pour tromper leurs maris, par les filles pour 
tromper leurs mères, leurs surveillantes, afin 
de satisfaire des goûts défendus, sont exaltées 
comme des actions vertueuses. L'assurance 
avec laquelle il fait l'éloge de ces désordres 
frappe d'étonnement les lecteurs actuels, et 
donne la mesure de l'opinion et de la moralité 
de ses contemporains. C'est ainsi que Machia-- 
vel conseillait publiquement les crimes politi- 
ques, que le cardinal de Retz se vantait de 
ceux qu'il avait commis, que le vieux et san- 
guinaire Mojitluc se glorifiait de ses actes de 



542 BES DIVINITÉS GÉNÉllATKIGES 

cruauté, et que, long-temps avant eux, Pierre, 
abbé de Vau-Cerney, faisait l'apologie des 
trahisons et des perfidies dont son héros, le 
dévot et cruel Simon de Montforty se rendit 
coupable (i). 

(i) Qu'on lise, si on le peut sans indignation , les 
volumineux Commentaires de Biaise de Montluc ; et 
Ton verra presque à chaque page les traits de sa cruauté. 
Ce n'est pas un ennemi qui Ten accuse : c'est lui-même 
qui s'en vante. Voici quelques-uns de ses titres de gloire. 

Malgré les traités qui permettaient aux protestans de 
Calîors de s'assembler pour faire le prêche, le clergé et 
les catholiques de cette ville mirent le feu au bâtiment 
où ceux de cette religion étaient réunis ; et, à mesure que 
ces malheureux échappaient aux flammes, ils étaient mas- 
sacrés. La cour^ à la nouvelle d'un pareil attentat^ nomma 
une commission pourjuger les coupables. Plusieurs cha- 
noines , et même l'évêque de Cahors , furent convaincus 
d'être les auteurs de l'incendie et des meurtres. Montluc, 
lieutenant-de-roi en Guienne , arriva lorsqu'un cha- 
noine , nommé Viole , que , dans son idiome gascon , il 
appelle i?iez//e , allait être condamné à mort. Il s'adresse 
au président, et lui dit que, s'il prononce la sentence, 
il le tuera. Des le premier mot , dit-il , qu'il ous^rira la 
bouche , je le tuerai. Puis il lui dit : Tu déclareras ici 
devant moi ce que Je te demajide , ou je te pendrai 

MOI-MEME DE MES MAINS J CAR j'eN AI PENDU UNE 
VINGTAINE PLUS GENS DE BIEN QUE TOI , ni que ceuX 

qui ont assisté à la séance. Après ce discours, digne 
d'un bourreau en colère, Montluc mit en fuite le tribu- 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 545 

Tout se ressentait de celle grossièreté, de 
relie licence de mœurs. Les peintures, les ta- 

liai, et sauva les ciiminels. Il était toujours accompagné 
de deux bourreaux qu'on appelait ses valets- de-chambre. 
Lui-même s'en fait honneur. Je recouvrai secrètement, 
dit-il, deux bourreaux, lesquels on appela mes laquais, 
parce quHls étaient souvent après moi. Ayant saisi un 
protestant nommé Verdier , il nous apprend qu'il avait 
deux bourreaux derrière lui bien équipés, et qu'il aida 
lui-même à l'exécution de ce malheureux. Un ministre 
protestant se hasarda de venir implorer un jour sa pro- 
tection. « Je commence à jurer , dit Montluc , et Vem- 
» peignai au collet , lui disant : Je ne sais qui me 
» tient que je ne te pende moi-même à cette fenêtre, 
» paillard; car j'en ai étranglé de mes mains 

» UNE VINGTAINE de plus gens de bien que toi Je 

» peux dire , avec vérité , quil nj a lieutenant- de-roi 
» en France qui ait plus fait passer d'Huguenots par 

» le couteau et par la corde que moi ; et si je n'en 

» ai pas fait assez ni tant que j'ai voulu, il n'a pas tenu 
» à moi. » On ferait un volume , si l'on voulait rap- 
porter tons les traits d'injustice , de perfidie , d'inhu- 
manité dont ce vieux militaire s'honore dans les longs 
mémoires qu'il a écrits pendant sa vieillesse. Je n'ai 
jamais fait de lecture plus pénible. 

Les trahisons , les perfidies , les cruautés de Simon dç 
Montfort surpassent peut-être celles de Biaise de Mont- 
luc. Je n'en citerai qu'un exemple. Simon de Montfort 
faisait, par ordre du pape, la guerre à Raymond VI, 
comte de Toulouse. Pour s'emparer des terres de ce 
comte et le dépouiller de ses biens, Simon de Mont- 



544 Î^ES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

pisseries qui décoraient les maisons des riches^ 
reçurent l'empreinte du siècle. J'invoque encore 

fort avait besoin de faire passer des troupes dans le 
Quercy. Cela n'était pas facile par la force : il eut re- 
cours à la perfidie : le légat du pape se chargea de 
trahir. Il fit des propositions de paix au comte de Tou- 
louse ; l'invita à venir dans l'église de Narbonne, afin 
d'y cimenter la paix aux pieds des autels. Le comte 
crut à la sincérité de ce prélat , suspendit les hostilités , 
et se rendit , avec ses principaux officiers , dans l'église 
de Narbonne. La cérémonie eut lieu avec les solennités 
ordinaires ; la religion sembla cautioimer la sincérité des 
sermens réciproques. Ces sermens , et l'appareil reli- 
gieux qui devait les rendre plus sacrés , n'étaient qu'une 
comédie sacrilège que faisait jouer le légat , afin de fa- 
ciliter le passage des troupes de Simon de Montfort dans 
le Quercy. Ce trait de scélératesse de la part de ce guer- 
rier , qui en a bien fait d'autres , est moins étonnant 
que l'immoralité et l'effronterie de l'écrivain contem- 
porain qui le raconte. « Pendant que le légat , dit-il , 
« amusait , enjôlait , par une fraude pieuse , les ennemis 
» de la foi assemblés à Narbonne , le comte de Montfort 
» put s'avancer dans leQuercy et dans l'Agénois^ y recevoir 
» des renforts qui venaient de France , et combattre avec 
» avantage les ennemis du Christ. O fraude pieuse l 6 
» piété frauduleuse du légat ! » 

Voici le texte : Egit ergo misericordiœ divinœ dispo- 
sitio ut, dum legatus liostes fidei qui Narbonnœ 
erant congregati alliceret et compesceret , fraude 
PIA , cornes Montisfortis et peregrini qui vénérant à 
Francid passent transire ad partes Caturcenses et 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 545 

sur cet objet le témoignage d'un prédicateur du 
quinzième siècle. 

(( Souvent les peintures et les tapisseries, 
» dit-il, représentent des sujets abominables 
» et pleins de dissolutions, capables d'émou- 
» voir et d'enflammer les désirs des cœurs les 
» plus insensibles. On en voit communément 
» dans les palais, dans les chambres des prin- 
)) ces; et plût à Dieu qu'il ne s'en trouvât 
» point dans celles des prélats et des ecclésias- 
» tiques ! 

Aginenses , et suos imo Christi impugnare inimicos. 
O legAti FB.ÀUS pià! o pietas fraudulenta! {Petrus 
Val. cap. 78. ) 

Je ne ferai point ici d'observation particulière , le 
texte en dit assez ; mais j'observerai qu'en général 
nos anciens nobles , après avoir , pendant le cours de 
leur vie , commis toutes sortes de violences , voyant s'en 
approcher le terme , commençaient à avoir peur de l'en- 
fer , et croyaient en esquiver les tourmens et s'absoudre 
de leur crimes nombreux , en donnant des biens aux 
monastères. C'est ainsi que le Policliinel des joueurs de 
marionettes frappe ou tue sans raison tous ceux qui se 
présentent à lui , et finit par trembler devant le diable 
lorsqu'il apparaît. 

Simon de Montfort et Biaise de Montluc , ainsi que 
Catherine de Médicis et le cardinal de Richelieu , ont 
été placés , dans l'ancienne galerie du Palais-Royal , au 
rang des hommes illustres de France. 



546 DES DIVINITES GENERATRICES 

» J'ai vu, ajoute-t-il, et je ne mens point. 
» des peintures aussi ordurières, dans Tinté- 
}) rieur d'une église très-célèbre, et qu'on avait 
)) ainsi décorée pour la solennité de Pâques. 
» J'en eus horreur en les voyant : je les fis en- 
}) lever et porter ailleurs (i). » 

Le château de Fontainebleau, construit et 
décoré par des artistes italiens, que François I^^ 
avait attirés en France, présentait^ suivant la 
coutume du temps, un grand nombre de pein- 
tures obscènes. « On y voyait, dit Sauvai, des 
» dieux, des hommes, des femmes et desdées- 
» ses qui outrageaient la nature, et se plon- 
)) geaient dans les dissolutions les plus mons- 
» trueuses. » 

En 1645, la reine, parvenue à la régence, fit 
détruire beaucoupde ces peintures, dit le même 
écrivain : la perte s'éleva à plus de cent mille 
écus (2). 

Les livres manuscrits destinés à la prière, 
et qu'on appelle des Heures , étaient autrefois 
ornés de miniatures. Les curieux en conservent 
où ces miniatures offrent des scènes très-scan- 
daleuses (5). 

(1) Sermonum dominîcaliwn totiiis anni frairis 
GuiLLELMi Pépin ; sermo 2 , Dominica 23 ;, post Tri- 
nitat. , fol. 25 1. 

(2) Amours des rois de France , par Sauvai. 

(3) J'ai vu à la Bibliollièque royale , au dépôt des 



CHEZ LES ANCIENS ET LES M01>EIINES. 5^^ 

Combien de nudités et de demi-nudités or- 
naient autrefois et ornent encore les églises , 
et sur-tout leurs portails extérieurs ? Que de 
saints et de saintes, en statues ou en tableaux, 
laissent à découvert ce qu'on ferait an crime 
aux gens du siècle de ne pas cacher ? Il fallait 
que les images, les peintures et les figures in- 
décentes fussent bien communes dans les égli- 
ses, puisque le concile provincial tenu à Paris 
en ï52i fut forcé d'en prohiber l'usage (i). 

J'ai vu un jEcce homo nu comme la Vénus de 
Médicis, et qui, comme elle, et presqu'aussi 
maladroitement qu'elle , employait ses mains 
pour couvrir ce qu'il ne faut pas montrer. J'ai 
vu des saintes , aussi négligemment drapées 



manuscrits , des Heures écrites au seizième siècle , or- 
nées de belles miniatures dont quelques - unes , pla- 
cées au commencement du volume , représentaient 
les quatre saisons. L'hiver était figuré par une chambre 
où l'on voyait assis , aux deux côtés d'une cheminée, un 
homme et une femme dans le costume du temps. La 
dame était représentée relevant ses vêtemens autant 
qu'il était possible de le faire étant assise. Les miniatures 
des livres d'église , manuscrits , offrent souvent des in- 
décences plus révoltantes encore. 

(i) Depicturîset imagiràbus , ùt omnis indecentia 
et superstitio in illis cesset. ( Concilium Parisiense . 
art. IX. Amplissima collectio , tom. 8, col. 1021. ) 



548 DÈS DIVINITES GÉNÉRATRICES 

que les trois Grâces de Oermain Pilon ^ et 
qui, comme elles, étaient placées dans une 
église (i). 

Le Jugement dernier , peint par Michel- 
Ange y dans la chapelle du Vatican , à Rome ; 
le même sujet, traité par Jean Cousin, dans 
le tableau qu'on voyait autrefois aux Minimes 
du bois de Vincennes, outre les nudités com- 
plètes, oiFrent des scènes, sinon luxurieuses , 
au moins qui prouvent l'intention licencieuse 
ou la gaieté déplacée de leurs auteurs. 

Dans les treizième et quatorzième siècles, et, 
par suite, dans le seizième siècle, les arts d'imi- 
tation , appropriés aux mœurs , produisaient 
souvent, pour les monumens civils et religieux, 
plusieurs ouvrages qui nous paraissent aujour^ 
d'hui indécens ou ridicules» 

M. Legrand d'Aussy, dans son voyage d'Au- 
vergne , a remarqué sur l'autel de la Sainte- 
Chapelle de Vic-le-Comte les figures d'Adam 
et d'Eve, au milieu desquelles on voyait une 
ViergeMarie. Les corps des deux premiers pa- 
rens du genre humain étaient représentés dans 
une nudité complète, j « mais ce qui passe l'in- 
» décence, dit notre voyageur, et ce qui devient 

(i) Le groupe des trois Grâces, de Germain Pilon , 
était placé dans une chapelle de la ci-devant église des 
Célestins à Paris. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 549 

^) vraiment scandaleux et digne des reproches 
» les plus graves, c'est l'emploi qu'Adam fait 
» d'une de ses mains .... Hé quoi, s'écrie-t-il 
» tout indigné, le débauché le plus impudent 
» n'oserait se montrer aux yeux du publicdans 
)) une semblable attitude ! et on la trouve sur 
» un autel (i) ! v 

On voyait encore à Paris, en 1660 , dans la 
chapelle de sainte Marie l'Égyptienne, un côté 
de vitrage qui y était depuis plus de ti^ois siècles, 
et que le curé de Saint-Germain-l'Auxerrois fit 
enlever à cette époque. Il représentait la sainte 
sur le pont d'un bateau , troussée jusqu'aux 
genoux devant le batelier, avec ces mots au- 
dessous : Comment la sainte offrit son corps ^u 
batelier pour son passage (2). 

Ceci n'est qu'une naïveté conforme à l'usage 
du temps et à l'indifférence générale où l'on 
était pour les nudités , mais ce que je vais ra- 
conter ofiPre des intentions bien caractérisées. 

Un abbé du couvent de Saint-Geraud d'Au- 
rillac avait fait peindre au seizième siècle, dans 
un cabinet de jardin destiné à ses débauches, 
des figures nues , représentant les deux sexes 

(1) J^qyage dans la ci-devant haute et basse Au- 
vergne, tom. I ,p. 246. 

(2) Essais historiques sur Paris, par Saint - Foix , 
tom. I ,p. 218. 



55o DES DIVINITÉS GENERATRICES. 

dans les postures les plus indécentes. Ce cabi- 
net portait un nom obscène , qui caractérisait 
sa deslrnation. Les désordres qui régnaient 
dans cette abbaye étaient si excessifs que, 
d'après la plainte des habitans de la ville, elle 
fut sécularisée (i). 

(i) Une enquête manuscrite, composée de plus de 
quatre-vingts témoins, et dont j*ai une copie , contient 
les faits les plus étranges , les plus scandaleux. L'abbé 
était Charles de Saint-Nectaire ; il mourut en 1 56o« 
Le cabinet où étaient peintes ces nudités portait le nom 
de f...oir de monsieur. Les généalogistes et les auteurs 
du Gallia-Christiana nous disent que cet abbé , qui au- 
torisait toutes sortes de crimes et débauches dans son 
couvent, était aussi illustre par sa noblesse que par sa 
piété. Chercher la vérité dans certaines histoires , c'est 
comme si on la cherchait dans les formules de comph- 
mens que s'adressent , chez les nations civilisées , des 
hommes peu familiers qui se visitent. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 55l 



^s^^l^^sv^^sv^^^»^s^^^^sv^^sv^^sv^^^)^^sv^^^l^^^l^^:\l^^sv^s^sv^s^^/vv 



CHAPITRE XVI. 



Suite du même sujet. De la Fête des Fous et des Sous- 
diacres ; des Processions composées de personnes en 
chemise ou entièrement nues ; des Flagellations pu- 
bliques j de Tusage de donner les Innocens , etc. 



Quelques sectes du christianisaie prescri- 
vaient des actes généralement réprouvés par 
la bienséance et la religion. Les Adamistes , 
les Turlupins y les Picards y et certains ana- 
baptistes, allaient nus, et commettaient pu- 
bliquement l'œuvre de la chair. Ou a vu très- 
récemment quelques libertins , couvrant d'un 
voile religieux leurs dispositions à la débauche, 
chercher, mais vainement, à propager la même 
doctrine. 

Passons à d'autres sujets. 

Les fêtes des fous , des sous^diacres , de 
ïâne y etc. , etc. , imitées des saturnales an- 
tiques , et qui se célébraient dans presque 
toutes les églises de France , mériteraient ici 



552 DES DIVINITÉS GÉnÉRATIIICES 

une longue exposition. Quoique leurs cérémo-' 
nies burlesques et indécentes soient très-con- 
nues et attestées par un grand nombre de té- 
moignages authentiques , mon sujet exigeant 
que j'en fasse mention , j'en parlerai, mais le 
plus succinctement qu'il me sera possible. 

Les prêtres d'une église élisaient un évêque 
des fous y qui venait , pompeusement accom- 
pagné, se placer dans le chœur sur le siège 
épiscopal. La grand'messe commençait alors ; 
tous les ecclésiastiques y assistaient , le visage 
barbouillé de noir, ou couvert d'un masque 
hideux ou ridicule. Pendant la célébration , les 
uns , vêtus en baladins ou en femmes , dan- 
saient au milieu du chœur, et y chantaient des 
chansons bouffonnes ou obscènes. Les autres 
venaient manger sur l'autel des saucisses et des 
boudins , jouer aux cartes ou aux dés devant le 
prêtre célébrant, l'encensaient avec un encen- 
soir, ou brûlaient de vieilles savates, et lui en 
faisaient respirer la fumée. 

Après la messe, nouveaux actes d'extrava- 
gance et d'impiété. Les prêtres, confondus avec 
les habitans des deux sexes , couraient , dan- 
saient dans l'église , s'excitaient à toutes les fo- 
lies , à toutes les actions licencieuses que leur 
inspirait une imagination effrénée. Plus de 
honte , plus de pudeur; aucune digue n'arrê- 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 353 

tait le débordement de la folie et des passions. 
Le lieu saint, qui en était le théâtre, n'en im- 
posait plus. 

Au milieu du tumulte , des blasphèmes et 
des chants dissolus , on voyait les uns se dé- 
pouiller entièrement de leurs habits , d'autres 
se livrer aux actes du plus honteux libertinage. 

La scène se portait ensuite hors de l'église. 
Moins sacrilège , elle n'en était pas plus dé- 
cente. Les acteurs, montés sur des tombereaux 
pleins d'ordures, s'amusaient à en jeter sur la 
populace qui les entourait. Ils s'arrêtaient , de 
distance en dislance , vers des théâtres dressés 
exprès pour leurs folies. Là ils renouvelaient 
leurs jeux en face du public. Les plus libertins 
d'entre les séculiers se mêlaient parmi le clergé, 
et, sous des habits de moines ou de religieuses, 
exécutaient des mouvemens lascifs , prenaient 
toutes les postures de la débauche la plus effré- 
née : ces scènes étaient toujours accompa- 
gnées de chansons ordurières et impies. 

Ces cérémonies , étonnantes par leur mé- 
lange avec la religion , par le lieu sacré où 
elles s'exécutaient en partie , et par la dignité 
sacerdotale dont étaient revêtus les acteurs, 
ont subsisté pendant douze ou quinze siècles ; 
elles ont trouvé des apologistes parmi les doc- 
n. a5 



554 I>ES DIVIJMTES GENERATRICES 

leurs de l'église, et n'ont été abolies qu'avec la 
plus grande difficulté (i). 

Dans les premiers siècles du christianisme y 
les prélats fouettaient les pénitens pour les ré- 
concilier à l'église (2). 

Lorsque, vers la fin du douzième siècle, la 
confession fut généralement établie parmi les 
chrétiens, les confesseurs fouettèrent eux-mêmes 
leurs pénitens et pénitentes qui , pour cette 
exécution , se plaçaient dans un lieu secret de 
l'église. Saint Louis, roi de France , se laissait 
fouetter très-rudement par ses confesseurs. On 
sent quels désordres devaient résulter de pa- 
reilles pénitences, plus propres d'ailleurs à al- 
lumer qu'à éteindre certaines passions (5). 

(i) Vojez Mémoires pour servir à la fête des Fous , 
par DuLilliot. 

{•?.) De sacra episcoporuni autoritate , J. Filesac , 
p. 365 ; — Glossaire de Ducange , au mot Palmata ; — 
Glossaire de Carpentier , au mot Disciplina. 

(3) Les prêtres vendaient la confession. Il arrivait que 
les jeunes filles qui voulaient gagner leurs pâques et 
qui n'avaient point d'argent pour payer le confesseur , se 
prostituaient pour en avoir. Voici ce que rapporte dont 
Carpentier , dans son Supplément au Glossaire de Du- 
cange , et au mot Confessio. 

« Le suppliant ayant rencontré une jeune fille de 
» qeinze à seize ans , lui requiert qu'elle voulut qu'il 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 555 

Ceux qui étaient excommuniés, pour obtenir 
leur absolution , étaient fouettés publiquement j 
et souvent on les forçait de suivre , tout nus , 
les processions, et de porter h la main, ou 
pendu au cou, l'instrument de leur supplice. 

Quelquefois le patient ou la patiente, entiè- 
rement nu, recevait le fouet pendant tout le 
cours de la procession. Il ne s'en faisait guère 
qui ne fût accompagnée de quelques individus 
de l'un ou de l'autre sexe, le corps entièrement 
découvert et rougi par les coups de fouet. Cet 
usage barbare et indécent s'est conservé jus- 
qu'au seizième siècle. 

Ce fut sans doute l'habitude de voir des pé- 
nitens tout nus et fouettés, suivre les proces- 
sions pour obtenir l'absolution de leurs péchés, 
qui inspira l'idée de ces attroupemens d'hom- 
mes et de femmes nus, de ces nuées de fouet- 
teurs qui, vagabondant en procession de ville 
en ville , offrirent , pendant trois ou quatre 
siècles , le spectacle de leur nudité , de leur 
dévotion extravagante , et de leur noble ému- 
lation à se déchirer le dos à grands coups de 
fouet. L'Allemagne fut , en 1 257 , le premier 

» eut sa compagnie charnelle , ce qui lui fut accordé 
» par elle ; par ce qu'il lui promist de donner une 
» robe et chaperon , de l'argent pour avoir des souliers 
» Gi pour aller à confesse le jour de Pdques. 



556 DES DIVINITÉS GÉTsÉRATRICES 

théâtre de ces tristes et lamentables farces. 
Bientôt, en 1260, l'Italie imita un si bel exem- 
ple ; elle offrit un peuple entier, transporté 
d'une sainte fureur, armé du fouet, marchant 
en procession et se flagellant à tour de bras. 
(( Nobles et roturiers, jeunes et vieux, les en- 
)) fans même de cinq ans parcouraient les rues 
» et les places publiques des villes , et , sans 
)) pudeur, s'y montraient entièrement nus y à 
y) l'exception des parties sexuelles, qui étaient 

» seules couvertes On les voyait par 

)) troupes de cent , de mille , de dix mille , 
» précédés de prêtres , portant la croix et la 
» bannière, remplir les villes, les églises, et se 
» prosterner devant les autels. Les bourgs , les 
)) villages n'en étaient point exempts. Les plai- 
)) nés , les montagnes semblaient retentir de 
» leurs lamentations (i). » 

Les femmes s'en mêlèrent j nobles ou non, 
vierges ou épouses, se fouettèrent sans pitié; 
point de bras qui ne fût fouettant , point de 
dos qui ne fût fouetté. Mais ces flagellations ne 
furent pas du goût de tout le monde. Le pape 
Alexandre IV refusa de les approuver, la France 
de les adopter; et le roi de Pologne porta des 
peines graves contre les flagellans qui tente- 
raient de s'introduire dans ses états. 

(i) Histoire des Flagellans , pai l'abbé Boileau. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES 3I0DERNES, SÔy 

En 1 296 , de nouvelles troupes de fouetteurs 
parurent en Allemagne; mais, en i5^g, la con- 
tagion était générale. L'Allemagne fut inondée 
d'hommes et de femmes nus, qui se fouettaient 
à toute outrance. ^Angleterre devint aussi le 
théâtre de leur religieuse fureur. On vit cette 
fois les femmes, animées d'un beau zèle , cou- 
rir les villes et les campagnes, et exposer à 
l'admiration publique leur nudité ensanglan- 
tée. La France seule se préserva de la contagion. 

Cette manie ne se calma un peu qu'au sei- 
zième siècle, où les fouetteurs furent organisés 
en sociétés de pénitejis ou de battus ^ qui se 
sont maintenus jusqu'à ces derniers temps. Ils 
eurent la permission de se déchirer la peau 
tant qu'ils le voudraient, et non pas celle de 
vagabonder en se fouettant (i). 

De si beaux exemples ne furent point sans 
fruits; ils autorisèrent une autre institution 

(i) f^ojez sur ces différentes insurrections de fouet- 
teurs , le Glossaire de Ducange , aux mots verheratio , 
pœnitentiarum redemptiones , gesia trei>irorum archie- 
piscoporum , siib anno 1296 ; — Ainplissima collectio , 
tome 4^ p. 362, 4^9 y — Chronic. Alherti continuatio y — 
Altéra Chronic i OnillcJmi de Nangis , — Spicileg. 
d'Achery , tom. 3, p. 11 r — Anonimi Carthusiensis , 
de rcligionwn origine , amplissima collectio ^ tom. 4? 
p. 81 ; — Thésaurus anecdoloruni , tom. 9., p. 906 , etc. 



558 DES DIVINITÉS GENÉBATRICÊS 

moins cruelle, aussi dévole et aussi indécente?-' 
Depuis le treizième jusqu'au dix-septième siècle^ 
on vit des processions composées d'hommes , 
de femmes et d'enfans en chemise ou absolu- 
ment nus. 

Les Romains , pour obtenir de leurs dieux 
la pluie ou le beau temps , faisaient ancienne- 
ment des processions, nus-pieds, appelées 
nudipedalia. Les premiers chrétiens s'en mo- 
quaient (i); mais les chrétiens, dans les siècles 
suivans, ne s^en moquèrent plus, imitèrent les 
7iudipedalia , et firent, par les mêmes motifs, 
des processions nus-pieds. 

Déjà, au septième siècle, on voit l'empereur 
Héracîius faire une procession les pieds et la 
tête nus. Au huitième, Charlemagne en fit une 
pareille avant d'aller soumettre les Huns. Ces 
exemples furent généralement imités. C'est le 
sort des abus, lorsqu'ils ne sont point réprimés 
dans leur origine, d'aller toujours en croissant. 
On poussa plus loin cette dévotion ; la nudité 
ne se borna point aux pieds ; on se dépouilla 
de ses habits , et l'on fît des processions en 
chemise. 

(i) C'est Tertulien sui-tout qui se moque du iiudipe- 
dalia , et de plusieurs autres pratiques payennes que les 
chrétiens ont depuis imitées Vojez Tertuliani apologe- 
ticus , cap. [\o adfniem. 



CHEZ LES ANCIEINS ET LES MODERNES. 55g 

Les treizième , quatorzième et quinzième 
siècles offrent un grand nombre d'exemples de 
processions composées de personnes de tous 
les âges , de tous les états , de tous les sexes , 
nus-pieds et en langes^ comme on s'exprimait 
alors ^ c'est-à-dire, n'ayant pour tout vêtement 
qu'une chemise. C'était aussi dans cet équipage 
qu'on allait faire des pèlerinages volontaires ou 
forcés. 

Lorsqu'en 1224, Louis Vlll se rendit a la 
Rochelle pour en chasser les Anglais, la reine 
Isemburge , et autres princesses , firent célé- 
brer à Paris, pour le succès de ses armes, une 
belle procession , où les habitans , et même 
des étrangers , figuraient nus-pieds et en che- 
mise ; quelques-uns même étaient absolument 
nus (i). 

En 1241 , les habitans de Liège, à cause 
d'une grande sécheresse, instituèrent une pro- 
cession , où il fut résolu que le clergé et le 
peuple marcheraient, pendant trois jours con- 
sécutifs, les pieds nus et en chemise (2). 

(i) Guillaume Guyart , dans son livre intitulé la 
Branche aux rojOJix lignages , dit à ce sujet: 

De gens prives et d'étranges 

Par Paris, nus-pieds et en langes , 

Que uni des trois n'ot chemise. 

(2) Amplissimn Colle ctio y tom. 4 ; p- ï i<5i • 



36o DES DIVINITÉS GENERATRICES 

Joinville avoue que lui-même , prêt à partir 
pour la croisade, visita plusieurs monastères 
où étaient des corps saints , et qu'il fit cette 
espèce de pèlerinage , pieds déchaus et en 
langes (i). 

Saint Louis, étant en Palestine, ordonna une 
procession où les chrétiens devaient se trouver 
nus-pieds et en langes (2). 

Une jeune fille fut guérie au tombeau de 
saint Louis. Sa mère fit vœu d'aller avec elle 
chaque année en pèlerinage vers ce tombeau , 
nus-pieds et en langes. 

Un ancien commentaire sur le Pseautier 
porte ces mots : Cest encore coutume en seinte 
église que li peneanciers ( pénitens ) vont nuz- 
piez et en langes (5). 

(i) Histoire de saint Louis , par Joinville, édit. de 
1761 , p. 27. 

(2) Vie de saint Louis , par le confesseur de la reine 
Marguerite, p. 826. 

(3) Vojez le Glossaire qui est à la suite des Vies , 
Annales , Histoires et Miracles de saint Louis , au mot 
langes. On y trouve aussi ces deux vers tirés du fabliau 
de la Patrenostre du vin. 

S'il oz en langes et deschaux , 
Et par les froiz et par les chaux. 

Dans le roman de Wacce , 011 lit ces deux vers , cités 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 36 1 

Il est inutile de fatiguer le lecteur par de 
nouvelles citations, de s'arrêter à prouver moins, 
quand on peut prouver plus, et d'ajouter de 
nouveaux témoignages de l'usage de faire des 
processions en chemise , lorsque je peux dé- 
montrer que l'on s'y montrait tout nu et dé- 
pouillé de ce dernier voile , et que les chrétiens 
se portèrent, par excès de dévotion , à cet ex- 
cès de folie et d'indécence. 

Nous avons déjà vu que , dans la procession 
faite à Paris en 1 224 pour le succès des armes 
de Louis VIII , parmi ceux qui figuraient en 
chemise , il s'en trouvait de plus zélés qui s'y 
présentèrent tout nus. On lit, dans le livre des 
Miracles de saint Dominique , qu'un particu- 
lier fit vœu de venir visiter les reliques de ce 
saint , les pieds nus et sans chemise ( midis pe- 
dibus et sine camisid) (i). 

Des lettres de grâce de l'an 1 354 condamnent 

par Ducange . au mot peregrinatio : 

En Jerusaletu fit pérégrination , 

En langes et nuz-piez à grand dévotion. 

Voyez aussi le Supplément au Glossaire de Ducange, 
par Carpentier , aux mots lingius et roba lingia. 

( 1 ) Supplément au Glossaire de Ducange , par 
Carpentier, au mot camisia. 



502 DES DIVINITES GENERATRICES 

un coupable à faire un pèlerinage nus-pieds ^ 
sans vêtemens et sans chemise (i). 

En i5i5, des pluies abondantes, accompa- 
gnées de frimas , firent , au mois de juillet , 
désespérer de la récolte. Pour obvier à cette 
calamité , on eut recours aux processions. Il 
s'en fit une, de Paris à Saint-Denis, célèbre 
par la grande multitude de personnes des deux 
sexes qui s'y trouvèrent. Elle fut suivie de 
plusieurs processions particulières, où tous les 
assistans, excepté les femmes, étaient entière- 
ment nus (p). 

On pensait sans doute alors que les femmes 
étaient moins susceptibles de s'enflammer à la 
vue des nudités viriles, que les hommes l'é- 
taient à celle des nudités féminines. 

Vers la fin du seizième siècle, époque où la 
raison commençait à faire quelques progrès , 
mais qui furent presque neutralisés par les pro- 
grès que fit en même temps le fanatisme , on 
vit plusieurs processions où les hommes et les 

(i) Nudus pedes et sine robis lùigis , Supplémenl au 
Glossaire de Ducange , au mot litigius. 

(2) Quin imo , exceptis mulierihus , lotis nudis cor- 
poribus processionaliter conjluentem. ( Continuatro 
Chronic. de Nangis , an i3i5 ; Spiçilegiiiw d'Acherj, 
tom. 3 ,p. 70. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 365 
femmes marchaient nus-pieds et en chemise. 
Quelques écrivains du temps en font mention , 
et s'en moquent ; l'esprit de parti peut avoir 
dirigé leur plume, peut les avoir portés à exa- 
gérer les folies de leurs antagonistes : ils sont 
suspects. Ce n'est point de leurs écrits que je 
veux emprunter mes citations , mais de celui 
d'un bon et zélé catholique , dont je rappor- 
terai scrupuleusement les paroles. 

« Ledit jour ( 3o janvier iSSg) de lundi, 
» se fit aussi, en ladite ville (de Paris), plu- 
» sieurs processions auxquelles il y a quantité 
» d'enfans, tant fils que filles, hommes que 
» femmes, gui sont tous nus en chemise , tel- 
» lement qu'on ne vit jamais si belle chose, 
» Dieu merci. Il y a telle paroisse où se voit 
» de cinq à six cents personnes tous nus , et à 
» quelques autres , huit à neuf cents. . . . , selon 
)) la grandeur des paroisses. 

» Le lendemain , mardi , dernier jour dudit 
» mois, se firent de pareilles processions ^ les- 
» quelles s'augmentent de jour en jour en dé- 
» votion. Dieu m,erci, 

» Ledit jour (5 février), se firent, comme 
)) aux précédens jours, de belles processions, 
» où il y en avait grande quantité de tous nus , 
» et portant de très-belles croix. Quelques-uns 



564 I^ES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

» qui étaient à ladite procession , nus, avaient 
» attaché à leurs cierges ou flambeaux de cire 
» blanche qu'ils portaient , des croix de Jéru- 
» salem ; les autres , les armoiries desdits dé- 
» funts cardinal et ducs de Guise ; aussi quel- 
>} ques-uns desdits qui étaient en procession 
)) avaient par- dessus leur chemise ou autre 
» linge blanc qu'ils avaient de grands chape- 
» lets de patenotes. 

» Le lendemain , quatrième dudit mois de 
» février y fut fait de pareilles processions. 

)) Ledit jour de mardi , quatorzième dudit 
» mois de février, et jour de caresme-prenant*, 
» et jour que l'on avait accoutumé que de voir 
» des mascarades et folies, furent faites, par 
» les églises de ladite ville , grande quantité de 
» processions que y allaient en grande dévo- 
» tion, même la paroisse de Saint-Nicolas-des- 
» Champs, où il y avait plus de mille per- 
)) sonnes, tant fils, filles, hommes que femmes, 
^) tous nus y et même tous les religieux de 
» Saint-Martin-des-Champs qui étaient tous 
)) nus-pieds ; et les prêtres de ladite église de 
» Saint-lNicolas, aussi nus-pieds, et quelques- 
» uns tous nus y comme était le curé, nommé 
» François Pigenat, duquel on fiiit plus d'eslat 
» que d'aucun autre, qui était tout nu, e( 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 565 

» n'avait qu'une guilhe de toile blanche sur 

» lui (i). 

» Ledit jour , vendredi vingt-quatre dudit 

» mois de février, tout du long du jour, l'on 

» ne cessa de voir aussi les processions, et ez 

)) quelles il j avait beaucoup de personnes, 

)) tant enfans que femmes et hommes , qui 

» éi^ienX tous nus y et lesquels portaient et re- 

» présentaient tous les engins et instrumens 

» desquels notre Seigneur avait été affligé en 

» sa passion, et entr 'autres les enfans des jé- 

i) suites, joints à ceux qui y vont à la leçon , 

» lesquels étaient tous nus et étaient plus de 

(( trois cents , deux desquels portaient une 

» grosse croix de bois neuf pesant plus de 

» cinquante, voire soixante livres, et y avait 

» trois chœurs de musique (2), » 

(i) Guilbe est certainement le même que guimple , 
dont nous avons fait guimpe, Guùnple était une bande 
de toile dont les femmes couvraient leur gorge, et que 
les chevaliers plaçaient sur leurs casques. ( VojezJ)\x- 
cange , au mot Guimpla. ) Ainsi le curé Pigenat , un 
des plus célèbres boute-feux de la ligue , ne devait être, 
par cette faible draperie , que très-légèrement couvert. 

(2) Journal des choses advenues à Paris ^ depuis le 
23 décembre i588 , jusqu'au dernier jour d'avril 1689^ 
imprimé parmi \q?, prem>es du Journal d'Henri HT, t. 2, 
p. 459. 



566 BES DIVINITÉS GENERATRICES 

Le curé de Saint-Eustache, plus raisonnable 
que les antres curés de Paris, voulut faire quel- 
ques remontrances sur ces pieuses indécences; 
on le traita de politique et d'hérétique. Il fut 
contraint, pour éviter la fureur populaire, de 
se mettre à la tête des processions , « où , dit 
» l'Estoile, hommes et femmes, garçons et 
» filles, marchaient pêle-mêle, et où tout était 
» de caresme-prenantf c'est assez dire qu'on 
» en vit des fruits (i). » 

Voilà l'usage des nudités, des indécences 
religieuses, bien prouvé par des témoins ocu- 
laires , et sur-tout par an témoin qui en fait 
l'apologie, comme d'une chose louable et sainte. 
Cette apologie naïve est une conséquence né- 
cessaire des opinions du temps où elle a été 
faite. Les nudités n'étaient point encore des 
indécences , et pouvaient s'associer avec les 
actes religieux. 

On portera le même jugement sur un autre 
usage en vigueur dans les mêmes temps; quoi- 
que ennobli par des qualifications et des céré- 
monies religieuses^ il était plus indécent et plus 
susceptible d'abus que celui dont je viens de 
parler. 

(i) Journal d'Henri III, par V Es toile , sous l'an- 
née i58g. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 367 

Le jour, la veille ou le lendemain de quel- 
ques fêtes solennelles de l'église , les personnes 
les plus vigilantes, soit séculières, soit ecclé- 
siastiques , allaient de grand matin , en céré- 
monie, trouver dans leur lit ceux ou celles qui 
y dormaient encore. 

Au Puy-en-Velay^ le jour de Pâques et les 
six jours suivans , quelques chanoines , après 
matines , accompagnés de choriers et d'enfans 
de chœur, précédés de la croix et du bénitier, 
se rendaient processionnellement chez leurs 
confrères paresseux, entraient furtivement dans 
leur chambre , les surprenaient au lit , leur 
donnaient de l'eau bénite , et chantaient l'an- 
tienne : Hœc dies quarn fecit Deus, etc. Le 
chanoine paresseux s'habillait aussitôt , était 
conduit avec cérémonie à l'église, et condamné 
à payer un déjeûné à ceux qui l'avaient ré- 
veillé (i). 

Le même usage se pratiquait à Nevers. Les 
chanoines , et autres membres du clergé , al- 
laient , dans l'intervalle de la fête de Pâques 
et de celle de la Pentecôte , réveiller en céré- 
monie leurs confrères paresseux. Sans doute 
cette pratique était , à Nevers , accompagnée 
de circonstances indécentes ou criminelles ; car, 

(i) Mercure de France, mai 1735 , p. 898. 



568 DES DIVINITÉS GENERATRICES 

en 1246, elle fut prohibée sous peine d'excom- 
munication ; et le statut qui porte cette prohi- 
bition la traite d'usage détestable (i). 

On verra bientôt , par les faits suivans , de 
quelle nature pouvaient être ces indécences , 
et ce qui a pu mériter, a cette cérémonie , la 
qualification de détestable. 

Dans quelques villes, les habitans, le lende- 
main de la Pentecôte , et de grand matin , 
s'introduisaient dans les maisons de ceux qui 
n'étaient point encore éveillés, en emportaient 
quelques effets qu'ils trouvaient sous leurs 
mains , et allaient ensuite faire un repas à 
l'auberge. Celui à qui on avait enlevé ces ef- 
fets était obligé , pour les ravoir , de payer 
l'écot (2). 

A Nantes, une cérémonie pareille était en 
usage le lendemain de la fête de Pâques. Voici 
ce qu'on trouve dans le concile tenu en cette 
ville en i45i , 011 cet usage fut prohibé : « Les 
» prêtres des églises et quelques autres per- 
» sonnes se répandent dans les maisons de la 
» ville, entrent dans les chambres, saisissent 

(i) Fragmentum statutorum ecclesiœ Nivernensis , 
thesaur. anec d, ,toin. 4>P* ïo-jo. 

(2) Supplément du Glossaire de Ducange , au mot 
Pentecoste. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 369 
» ceux qui sont couchés dans leur lit, les em- 
» mènent tout nus dans les rues et dans les 
» places publiques , les conduisent ensuite, eu 
» poussant de grands cris , dans les églises, les 
» placent sur l'autel et ailleurs, et jètent de 
» l'eau sur eux : ce qui trouble l'office divin , 
» occasionne des accidens, comme des lésions 
» et quelquefois des mutilations de membre. 
)} En outre , quelques autres personnes, prêtres 
» ou laïcs, vont, de grand matin , le premier 
» jour du mois de mai , dans les maisons de 
» leurs voisins. Ils en emportent quelques ef- 
» fets, et forcent ceux à qui ils appartiennent 
» de payer pour les ravoir (i). >^ 

A Angers , même coutume : les personnes 
trouvées le matin dans leur lit étaient égale- 
ment portées dans l'église et sur l'autel, entiè- 
rement nues. Ce sont les expressions du concile 
d'Angers, qui, en i44S, prohiba cette pra- 
tique. 

On la nommait dans quelques villes Prisio ; 
mais , dans d'autres pays oii elle avait lieu le 
jour de la fête des Saints-Innocens , elle en 
reçut le nom. On disait innocenter, donner les 

(i) Concilium Nanetense , anno 1491 ? Supplément 
au Glossaire de Ducange , par Carpentier , au mot 
Prisio. 

ir. 24 



3yO DES DlYllNITÉS gÉnÉRATRICES 

ijinoceiis yfOUY exprimer l'action d'aller, le jour 
de celte fête, réveiller quelqu'un , el en même 
temps lui donner le fouet. La flagellation for- 
mait, ce jour-là, une partie essentielle de la 
cérémonie. Elle était la peine infligée à la per- 
sonne paresseuse. On croit que Rabelais avait 
en vue cet usage, lorsqu'il fait dire au juge 
Grippeminaut : a Or çà , vous autres gentils 
)) mnocens , or çà , y serez bien innocen- 
» tés, etc. (i). » 

La oalanterie du vieux temps parvint, en 
certains lieux, à enlever cette cérémonie à la 
relioion^ elle s'en empara entièrement. C'était 
l'usage des jeunes gens , c'était même leur 
privilège d'aller ce jour4à, de grand matin, 
surprendre leurs maîtresses au lit, et d'agir 
auprès d'elles comme un maître d'école agit 
envers ses élèves indociles. On prévoit que la 
jeunesse des acteurs de cette scène aiguillon- 
nante les portait à étendre ce privilège au 
delà de ses bornes, et que l'abus, trop voisin 
de l'usage, devait naturellement en être la 

suite. 

On raconte qu'un seigneur du Rwau, pre- 
nant congé de quelques dames pour se rendre 
A une partie de cbasse, dans un lieu fort éloi- 

(2) Pcntagriœl ,\\y-^, cliap. 12, 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. Syi 
gné^ entendit l'une d'elles dire : Nous allons 
dormir à notre aise , et nous passerons les In- 
nocens sans les recevoir. Ces paroles frappèrent 
du Rivau. Il vole à son rendez-vous, puis fait 
rapidement vingt lieues de chemin pour arri- 
ver de grand matin le jour des Innocens chez 
la dame, la surprend au lit, et use du privilège 
de la fête (i). 

Cette coutume existait à Dijon. Voici ce qu'on 
lit dans les Escraignes Dijonnaises : « Vous 
» savez que l'on a à Dijon cette peute coutume 
)) de fouetter les filles le jour des Innocens, 
» laquelle est entretenue par les braves amou- 
» reux, pour avoir occasion de donner quel- 
» ques choses aux estrennes à leurs amou- 
» reuses. » C'est à ce sujet que l'auteur rap- 
porte deux aventures qu'on ne trouvera point 
ici (i). 

Marot témoigne l'existence de cet usage, 
et sur-tout de son abus, dans les vers suivans : 

Très chère sœur , si je savoys où couche 

Vostre personne au jour des innocents , 

De bon matin je yrois à vostre couche 

Voir ce gent corps que j'ayme entre cinq cents. 

(i) Alphabet de l'auteur français à la suite du Pen- 
iagruelde Rabelais , aux mots fouetteurs du Rwau, 

(\) Les Escraignes D ijowiaises ^\iy. i , sect. i8. 



572 1>ES DIVINITES GENERATRICES 

Adonc ma main ( veu l'ardeur que je sens ) 
Ne se pourroit bonnement contenter 
Sans vous toucher , tenir, taster , tenter j 
Et si quelcqu'ung survenoit d'aventure , 
Semblant ferroys de vous innocenter : 
Seroit-ce pas honneste couverture ? 

On voit que les jeux des Innocens ne méri- 
taient pas toujours cette qualification. 

Henri de Guise écrivait, vers l'an i556, à 
son père François, duc de Guise . . . a J' avons 
» été en grand danger, car le jour des Inno- 
» cens nous a fait belle peur; car madame Isa- 
» beau étoit venu pour nous donner les Inno- 
» cens, m^às fêtions déjà levé, et le duc de 
» Bavière, qui est venu aussi pour nous les 
(c donner, a été bien étreillé; et si je les avons 
» donné à monsieur de Lorraine dedans son 
)) lit. Je ferons bon guet a l'advenir de peur 
» des coups (i). » 

Cet usage, si j'en crois une personne digne 
de foi, se pratiquait encore, il n'y a pas long- 
temps, le premier mai elles jours suivans, dans 
la Lorraine allemande. On allait ces jours-là, 
de grand matin, chez ses voisins. Ceux ou 
celles qui se trouvaient endormis étaient impi- 

{i) Mémoires de la Société royale des Antiquaires 
de France, tom. 4 ;, p- i56. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 5j5 

loyablement fouettés avec des orties. L'oq 
m'assure que le même usage existe encore en 
Piémont. 

Comment les mœurs n'auraient-elles pas été 
portées au dernier degré de corruption, dans 
ces siècles d'ignorance et de crimes, puisque 
ceux-là même qui étaient préposés pour les 
diriger donnaient l'exemple de la dissolution la 
plus immodérée? Comment la pudeur eût-elle 
pu être respectée, puisque ceux qui devaient la 
recommander ne l'observaientpas? J'en ai déjà 
rapporté quelques preuves, en voici de nou- 
velles. 

Le concubinage des prêtres était alors, 
comme dans les siècles précédens, universel et 
public. 

Vers le milieu du treizième siècle, les cha- 
noines de l'église de Sainte-Marie de Rome, 
avaient, à l'imitation des prostitutions religieu- 
ses de l'antiquité, placé le théâtre de leur dé- 
bauche dans le lieu consacré au culte. C'était 
dans la chapelle souterraine de l'église de 
Sainte-Marie qu'ils réunissaient des femmes 
publiques; c'était en face des objets les plus 
révérés du christianisme qu'ils se livraient sans 
crainte à la brutalité de leurs passions. Ce fait 
est attesté par une lettre du pape Urbain IV, 



^74 I^ES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

qui se récrie avec force contre ces débauches 
sacrilèges (i). 

Des prélats profitaient de ce désordre _, et 
vendaient aux ecclésiastiques qui n'étaient 
point mariés, la permission d'avoir des concu- 
bines. Chaque prêtre, même ceux qui, à cause 
de leur âge, ne se souciaient plus de cette faci- 
lité, étaient obligés, dans quelques diocèses 
d'Allemagne , de payer une taxe pour cette 
permission. 

Les habitans de Strasbourg se plaignirent au 
cardinal Campège, de ce que leur évêque s'op- 
posait au mariage des prêtres de son diocèse, 
tandis que les ecclésiastiques non mariés me- 
naient une vie infâme, et_, au grand scandale 
du public, entretenaient plusieurs femmes li- 
bertines dans leurs maisons. Le cardinal ré- 
pondit qu'il savait que les évêques d'Allemagne 
étaient en usage de faire payer aux prêtres la 

(2.) Ecce siquidem , sicut horribili refertur infamiâ, 
quidam vestrûm infra cryptam hasilicœ gloriosœ vir- 
ginis , quœ castitatis mater , pudoris aula , pudici- 
tiœ conservatrix et munditiœ vas cxistit _, constituere 
Lupanar ibidem, y in crucifixi et suce genitricis oppro— 
hrium, , exterminationem famœ propriœque salutis 
perniciem,,m,eretricium, exercendo. (EpistolaePontificiae 
selectae ex registre antique Urbani Papae IV. Veteruin 
bcriptorum amplissima collectio, tom. 2 , col. 1260.) 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODER]NES. 5^5 

permission de vivre dans la débauche; que 
peut-être ces prélats avaient leur raison pour en 
agir ainsi; que, pour lui, il ne pouvait per- 
mettre aux prêtres de se marier; qu'il valait 
mieux qu'ils entretinssent plusieurs concubines 
dans leur maison ^ qu'une épouse (i). 

( I ) Scire se Germaniœ episcoporuni hune esse ino- 
reni , ut accepta peeunid scortationetn suis penniltant. 
Fore etiain , ut ejus facti rationem aliquando red- 
dant : sed tamen idcirco non istis licere matrimonium 
contrahere ; et qubd sacerdotes fiant mariti , multo 
esse grai^ius peccatuin , quàm si plurùnas domi mere- 
trices alant. ( Jo. Sleidani , de statu religionis et rei- 
publiccC y lib. 4j anno i5i^ , p. 62 , verso. ) 

Cet usage adopté par les évêques de vendre aux prê- 
tres subalternes la permission d'avoir des concubines, 
se trouve encore attesté par une pièce , composée en 
1 522 , à la diète de Nuremberg , imprimée dans le Ca- 
talogus testiuTTi veritatis , et intitulée Cenlum gra- 
vaniina. Voici ce qu'on y lit , à l'article 76 : " Les of- 
)' ficiaux , en tirant des religieux et prêtres séculiers 
» tribut annuel , leur permettent d'entretenir publique- 
» ment des concubines et des femmes de joie , dont ils 
> ont des enfans. » 

A l'article 91 , on lit aussi : « La plupart des évêques 
» et leurs ofïicialités ne permettent pas seulement aux 
) prêtres d'avoir des concubines ^ en payant un tribut ; 
» mais même , s'il y a quelques prêtres sages qui veu- 
» lent vivre en continence, on ne laisse pas de leur 
» faire payer le tribut du concubinage, sous le prétexte 
» que M. l'évêque a besoin d'argent. » 



376 DES DIVINITES GENERATRICES 

Un prédicateur de l'ordre de Saint-François 
vint prêcher, en i455, le carême dans la ville 
de Liège; il débuta par une déclamation contre 
les concubines des prêtres et des chanoines. 
Les magistrats ; réveillés sur ces désordres, 
rendirent plusieurs ordonnances. Une d'elles 
portait que les adultères et les concubines des 
prêtres auraient, sur la partie supérieure de 
leurs habits, une marque distinctive. Les prê- 
tres indignés serévoltèrent contre le prédicateur 
qui avait provoqué cette mesure de police; 
après plusieurs altercations, ils refusèrent d'ad- 
mettre le prédicateur, et finirent par faire an- 
nuler les ordonnances (i). 

Ailleurs , on vit des habitans des campagnes 
qui ne voulaient point recevoir de curé, à 
moins qu'il n'eût une concubine^ de crainte 
que ces curés ne débauchassent leurs femmes. 
Des prêtres du Milanais assassinèrent un cer- 
tain Heribalde Corta, parce que, le premier, 
il voulut, parmi eux , proscrire le mariage (2). 

Aussi les prêtres étaient si méprisés^ qu'un 

(i) Rerum Leodiensium , etc. amplissima Coîlect. , 
tom. 4jP« 1225 et la note. 

(2) Vojez sur ces deux faits , Silvœ nuptialis Joan- 
nis de Nevizanis , lib. 1 , p. 70-72; et Nicolas de Clé- 
ïïidin^is , de Prœsilibus S imoniacis , p. i65 , col. i. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 377 

auteur contemporain dit, au commencement 
du treizième siècle , que les seigneurs ne per- 
mettaient plus qu'aux fils de leurs fermiers, de 
leurs domestiques, de leurs serfs, d'embrasser 
l'état ecclésiastique ; que les prêtres eux-mêmes 
avaient tellement avili leur état, qu'ils n'osaient 
plus se montrer en public pour ce qu'ils étaient, 
et avaient soin de cacher leur couronne ou 
tonsure qui pouvait les faire connaître; qu'ils 
étaient, par les séculiers, plus méprisés que les 
juifs mêmes, ce qui est beaucoup direj enfin, 
que, pour exprimer la pire de toutes les condi- 
tions, on employait vulgairement cette impré- 
cation proverbiale : J'aimerais mieux être prê- 
tre que da{^oirfait telle chose (i). 

Lorsque le concile de Constance s'assembla 
dans cette ville, on vit, au grand scandale des 
séculiers, un nombre incroyable de prosti- 
tuées y accourir à la suite des prélats qui le 
composaient (2). 

(i) Chronic. Guillelm. de Podio Laurent. , cap. 6 
et Histoire générale du Languedoc , par dom Vaissette, 
tom. 3,liv. 21 , pag. 121. 

(2) Fuit denique fama communis virorumfide digno" 
rum , €0 tempore quo Constantiense concilium géné- 
rale celebratur quod verecundum est dictu , incre- 

dihilis meretricum multitudo aderat ( Francise! Joan- 
nis INider , ordinis praedicatorum , de Maleficiis , cap. 9, 
adjinem. ) 



578 DES DIVINITÉS GENERATRICES 

Thierry de Niem, secrétaire du pape Ur- 
bain VI, et depuis évêque, nous apprend que 
c'est un usage reçu parmi les prélats et les prê- 
tres de l'Islande et de la Norwège , de tenir 
publiquement des concubines. « Lorsque les 
» évêques, dit-il, vont deux fois l'an faire des 
» visites chez les prêtres subalternes , chez les 
» curés, ils amènent avec eux leurs maîtresses, 
» qui ne leur permettent point de faire ces 
» voyages sans elles, parce qu'elles sont reçues 
» magnifiquement par les curés et par leurs 
» concubines, qu'elles en reçoivent des pré- 
sens, et parce qu'elles craignent que leur 
évêque , trouvant les concubines des prêtres 
visités plus belles qu'elles , en devienne 
amoureux (1). » 



{1) In eisdem etiam partibus Hjbeniiœ et Norwegiœ, 
juxta consuetudines patriœ , licet episcopis et prœsbj- 
teris tenere publiée concubinas, et, eisdem visitanlibus 
bis in anno subditos sibi prœsbjteros ac ecclesiasti- 
corum parochialiumque redores , suam dilectam dii- 
cere secum ad domos et hospitia eorumdem subditorum 
prœsbiterorinn. Nec ipsa dilecta pennittit episcopiim 
amasium visitare sine ipsâ : his de causis , ut tune 
laute vivat cum prœsbiteris visitatis in hospitiis eo- 
rumdem prœsbjterorum- , videatque amasias eorum- 
dem , necnon dona seu munera seorsim? à quolibet 
prœsbjtero capiat visitato , et ne amas iu s visitans , 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 579 

L'auteur du livre intitulé Spéculum huinanœ 
vitœ, après avoir passé en revue les abus mul- 
tipliés qui existaient de son temps dans toutes 
les classes du clergé, parle ainsi des chanoines : 
(f Plus ils sont libres, plus ils sont licencieux, 
» et se livrent à tous les vices. Une seule 
» femme ne suffit point à un seul chanoine ; et, 
» outre celle qui vit avec eux dans leur maison 
)) comme leur épouse, ils ont encore un 
» grand nombre de jeunes filles pour concu- 
» bines (i). » 

Pierre d'Ailly, cardinal, qui vivait au qua- 
torzième siècle, dans son Traité sur la réfor- 
mation de l'église , après avoir dit que la cor- 
ruption des ecclésiastiques est excessive; que 
leur oisiveté, leur orgueil, leur colère^ leur 
gourmandise, leur luxure, scandalisent les sé- 
culiers, ajoute : « Ce qui est plus scandaleux 
» encore, c'est la coutume abominable que 

episcopo forte vidente eam pulchriorem , illam etiam 
adamaret , etc. ( Nemoris unionis tractatus , cap. 35 ;, 
p. 377. ) 

(i) Demum quanta liberiores sunt canonici , tanto 
licentius inplurima debacchantur vitia. Nec una uni 
sufficit muliercula , nisi retentam in domo habeat ut 
uxorem , concubinas vero et adolescentulas quorum. 
non est numerus, (Spéculum humanac vitaî ;, lib. 2, 
cap. 19. ) 



38o DES DIVINITÉS GENERATRICES 

» plusieurs d'entre eux ont aujourd'hui adop- 
» iée; ils n'ont pas de honte d'avoir des concu- 
» hines, et de les avouer publiquement (i). » 

Gerson, chancelier de Paris, et disciple du 
cardinal Pierre d'Ailly, ne déclame pas moins 
vivement contre les prêtres concubinaires et 
les désordres du clergé. L'un et l'autre parlent 
encore des couvens de religieuses, qu'ils trai- 
tent de lieux de débauche, d'assemblages de 
prostituées (2). 

L'évéque Thierry de Niem, déjà cité, parle 
avec plus de détails des débauches de religieu- 
ses; elles étaient, suivant lui, en proie à la 
luxure des évêques, des moines et des frères 
convers. Les enfans, nés de ce libertinage, 

{i) Et maxime obviandum, esset illi scandalosissimce 
consuetudini seu potius corruptelœ , qud plures hodie 
non verentur tenere ,\ etiam publiée, concubinas. (De 
reformatione ecclesiae y sect, de reformatione cœtero— 
Tum, ecclesiasticorum. ) 

(2) Item, circà claustra monialium^, quœjam {proh 
dolor ! ) ultra quam, dicere audiam . de Tionestate sunt, 
esset correctio adhibenda ( Pétri de Aliaco , cap. de 
reformatione religionum, et religiosorum. ) 

Rursus oculos aperite , et inquirite , si quœ hodie 
claustra monialium facta sunt , quasi prostibula mère- 
tricum, (Johanni Gersonis, in declaratione defectuum 
virorum ecclesiasticorum , p. 65. )• 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 58 1 

étaient placés dans les couvens; quelquefois 
les religieuses se faisaient avorter; ou bien, 
ajoutant crime sur crime, de leurs mains ma- 
ternelles et scélérates, elles arrachaient la vie à 
Têtre auquel elles venaient delà donner. «Si des 
w personnes séculières, dit-il, se rendaient 
» coupables des forfaits que commettent ces 
» religieuses, elles seraient condamnées, sui- 
» vaut les lois, au dernier des supplices (i). » 

(i) Fornicantur etiam quamplures hujusmodi mo- 
nialium cum eisdem suis prœlatis ac monachis et 
conversis f et iisdem monasteriis plures parturiuntjilios 
et Jilias , quos ah eisdem. prœlatis , monachis et cou" 
versis, fornicarïe seu ex incesto coitUy conceperunt. 
Filios autem in monachos , et Jilias taliter conceptas 
quandbque in m.oniales dictorum, m,onasteriorum, re- 
cipifaciunt et procurant : et, quod miserandum est , 
nonnullœ ex hujusmodi monialibus maternœ pietatis 
oblitœ , ac mala malis accumulando , aliquos fœtus 
earum. mortijicant , et infantes in lucem, editos truci- 
dant , seque habent sœuissimè circa illas , etiam Dei 
timoré secluso. Unde si taies moniales , quœ talia 
perpétrant , essent personœ seculares , ipsœ pro tam, 
inhumanis sceleribus eorum, juxta\ leges seculi, morte 
sœvissimd damnarentur. (Nemoiis unionis tractatus6, 
cap. 34, p. 374.) 

Les prédicateurs Barlette et Maillard parlent de ces 
assassinats commis par des religieuses ; O quot luxurice ! 
6 quot sodomiœ ! ô quot fornicationes ! Clamant la- 
rinœ latibula ubisuntpuerisuffocati{io\. 262, col. 2. ) 



582 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

Ceci rappelle ce que rapporte le moine Ma- 
thieu Paris, historien anglais, de l'évéque de 
Lincoln, qui, sous le règne d'Henri III, pour 
s'assurer de la débauche ou de la chasteté des 
religieuses, parcourait leur couvent, et tou- 
chait la gorge de chacune (i). 

Ceci rappelle encore la dissolution de la plu- 
part des religieuses de France, avant, depuis 
et après les guerres civiles de la Ligue : leurs 
couvens étaient appelés des lieux de plaisirs ^ 
et recevaient des qualifications plus déshono- 
rantes. Sauvai nous apprend que les religieuses 
de Montmartre, abandonnées à la prostitution, 
empoisonnèrent l'abbesse qui voulut les ré- 
former. 

Les religieuses de l'abbaye de Mauhuisson , 
près de Pontoise, celles de la ville de Saintes , 
de la Trinité, à Poitiers^ de F^illemur, en Albi- 
geois; de l'abbaye du Ljs, près Melun; celles 
de Sainte-Catherine-^ les-Proi^ins f célèbres par 
leurs galanteries avec les cordeliers de cette 

Le second dit aussi : Utinam haberemus aures apertas , 
et audiremus voces pueronwi ùi latrinis projectorinn 
et injluminibus! (fol. 74, col. 2. ) 

(1) Ad domos religiosariim veniens , facit exprinii 
mammillas eainimdem ^ ut sic phjsice , etc. ( Hist. An- 
Ijlic. Henvic. III, p. io5. ) 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 585 

ville, et une infinités d'autres, peuvent être 
ranfifées dans la même classe. 

Ces individus, dévoués à la chasteté, se li- 
vraient à des débauches plus excessives encore. 
Le libertinage, autorisé parmi quelques prêtres 
des religions antiques, n'était pas plus grand 
que celui des prêtres du christianisme, quoi- 
qu'il fut proscrit sévèrement par cette religion. 
Le débordement était porté à son dernier de- 
gré; les lois de la société, et celles de la nature, 
étaient horriblement outragées (i). 

(i) Je n'ose pas détailler, mais j'indique ici quelques 
goûts honteux , quelques habitudes infâmes , auxquels 
étaient livrés plusieurs membres du clergé. Cependant 
mon assertion modérée est pour ainsi dire cuirassée de 
preuves. En voici quelques-unes. Thiery de Nient parle 
ainsi des monastères de la Frise : In quibus penè omnis 
religio et observantia dicti ordinis , ac timor Dei abs— 
cessit. Libido et corruptio carnis inter ipsos mares et 
moniales _, necnon alia multa mala , excessus et vitia 
quœ pudor est effari , per singula ( monasteria ) suc— 
creverunt, ac de die in diem magis pullulant et virent 
in ipsis. ( Nemoris unionis tractatus 6 , cap. 34 ? 

P' 374. ) 

François Ahar Paes^ pénitencier du pape Jean XXII, 
évêque de Sylves et nonce en Portugal , s'exprime plus 
positivement encore : Adolescentibus impudicè abusi 
sunt : heu ! heu ! intra sanctam ecclesiam, multi re— 
ligiosi et clerici , in suis latebris et conventiculis , et 
laici jam in plerisque ciK'itatibus , maxime in Italid 



584 ^ES DIVINITES GENERATRICES 

Plusieurs autres écrivains ecclésiastiques , 
respectables par leur doctrine, et dont l'état 
doit inspirer la plus entière confiance, nous 

publiée quodammodo nefandum gjmnasium consti— 
tuunt , et palœstram illius Jlagitii abominatione se 
exercentes , et optimi quique epheborum in lupanari 
ponuntur. (De planctu ecclesiae , lib. 2 , cap. 1 ^fol. 3. ) 
François Pic de la Mirandole , dans son discours 
intitulé De reformandis moribus , adressé au pape 
Léon X et au concile de Latran , dit : Nostra verb et 
in sacras œdes Jit irruptio , et ab illis etiam ( "proh 
dolor!) fœmince abîguntur ad eorum libinides ex— 
plendas, et meritorii pueri à parentibus commodantur, 
et condonaniur his qui ab omni corporis etiam concessâ 
voluptate sese immaculatos custodire deberent y ht 
post ea ad sacerdotorum gradua promoventur , cetatis 
flore transacto jam exoleti. 

Outre les ouvrages déjà cités sur cette matière, on 
trouvera des preuves générales et particulières de la cor- 
ruption du clergé dans presque toutes les histoires des 
treizième , quatorzième , quinzième et dix-septième siè- 
cles. On peut consulter Bermond Chauveron , chanoine 
de la cathédrale de Viviers , qui a composé un gros livre 
intitulé : De publicis concubinariis , lequel ne traite que 
du concubinage des prêtres ; Paul Olearius d'Heydel- 
bergue , auteur d'un petit traité intitulé : Dejide conçu- 
binarum in sacerdotes , où il parle de l'arrogance et de 
l'esprit dominateur des concubines des prêtres. Il dit 
qu'elles sont les maîtresses absolues dans leurs maisons, 
et qu'elles veulent avoir les places les plus distinguées 
à l'église. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. ^S5 

fout avec les mêmes couleurs, et en traits géné- 
raux, la peinture de cette partie des mœurs du 
clergé des siècles passés. Je pourrais joindre 
leurs témoignages à ceux que je viens de rap- 
porter. Je pourrais, pour compléter le tableau, 
y réunir la longue série des lois qui^ pendant 
près de douze siècles, ont recommandé aux 
prêtres une continence absolue: lois qui, tou- 
jours reproduites, ont toujours eu besoin de 
l'être; lois impuissantes, dont l'inexécution 
continuelle atteste, ou leur propte vice, ou la 
continuité de l'infraclion. 

A ces traits généraux, je pourrais joindre 
encore une infinité de traits particuliers répan- 
dus dans diverses histoires^ dans les annales 
des tribunaux, ou dans les différentes archives, 
et qui s'appliquent aux individus, même à ceux 
qui, dans l'ordre sacerdotal, sont les plus émi- 
nens en dignité. L'histoire des papes fournirait 
une récolte abondante. Je pourrais encore en- 
richir cette matière des déclamations virulentes 
et très-multipliées de la plupart des prédica- 
teurs du quinzième siècle, et sur-tout de celles 
des écrivains du protestantisme, que mon im- 
partialité m'a fait un devoir d'écarter; mais le 
peu que j'ai dit suffit à mon sujet. Ce que j'ai 
découvert, en ne levant qu'un coin du voile, 
doit faire juger de ce qui reste à découvrir; 

II. 25 



586 DES DÎYIIVTTÉS GElSÈRAtRICtS 

d'ailleurs je suis las de remuer ces ordures; et 
mon lecteur, sans doute, éprouve la même 
lassitude. 

Est-ce, je le demande, à la corruption 
étrange des siècles passés, ou à la loi qui com- 
mande la continence , est-ce à ces deux causes 
réunies qu'il faut attribuer les désordres du 
clergé? Cette question sort de mon sujet: j'en 
laisse à d'autres la solution ; mais je ne puis 
m'em pécher de rapporter ici ce que disait le sa- 
vant Pie II : St l'on a eu de bonnes raisons pour 
défendre le mariage aux prêtres , il en est de 
meilleures pour le leur permettre (i). 

Voilà cependant quels étaient ces siècles si 
vantés par l'ignorance et par l'habitude indéra- 
cinable de louerle passé auxdépensdu présent; 
voilà quels étaient ces temps où régnaient, dit- 
on, l'innocence et la pureté; voilà ces mœurs 
qu'on nous donne pour exemple; voilà ces 
hommes, ces bons aïeux, qu'on nous cite pour 
modèles (2). 

{\) Sacerdotibus magna ratione siihlatas Jiuptias , 
majori restituendas videri. ( Platin ;, de vitis Ponti- 
ficum. ) 

(2) Les mœurs dont je viens de donner un faible 
aperçu ne se rapportent à peu près qu'aux quatorzième , 
quinzième et seizième siècles. Les louangeurs du temps 
passé, ne sachant guères fixer l'époque fortunée où ré- 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. ^Sj 
Indécences dans les lois, indécences dans les 
mœurs publiques et dans la vie privée, indé- 
cences dans les jeux, indécences dans les pro- 
ductions des arts , indécences dans les cérénio-4i 
nies civiles, dans le culte, et jusque dans lejL 
lieux les plus sacrés. 

Je le demande maintenant, le culte du Phal- 
lus ou de Priape était-il étranger à de telles 
mœurs? Son indécence ne pouvait-elle pas 
s'associer à de telles indécences ? Ceux qui 
souffraient des nudités réelles, des actions 
bouffonnes et obscènes jusque dans les céré- 
monies religieuses, jusque dans les lieux saints, 
jusque sur les autels de la divinité, ne pou- 
vaient-ils pas s'cccommoder d'une nudité fac- 

gnaient l'innocence et les vt rtus , diront peut-être qu'elle 
existait dans les siècles prccédens. Si mon sujet m'eût 
permis de parler des mœurs des dixième , onzième et 
douzième siècles , quels tableaux affreux de crimes , d'er- 
reurs absurdes et de malheurs j'aurais eu à offrir! Des 
maladies contagieuses, la famine , les guerres , ont désolé 
presque continuellement la France pendant ces trois 
siècles ; point de lois , point d'administration publique. 
Le plus fort se faisait obéir : les crimes restaient impunis 
et quelquefois honorés; la religion était de la magie ; une 
grande partie des Etats restaient incultes ; on vendait 
publiquement , dans les marchés , de la chair humaine : 
la stupidité et la férocité des hommes égalaient la misère 
publique. 



588 DES DIVINITÉS GENERATRICES 

tice, d'une nudité en représentation? Le culte 
de Priape, qualifié du nom de quelque saint, 
présenté sous les formes chrétiennes, pouvait- 
#il choquer les opinions de nos bons dieux y et 
j^ie pas concorder avec elles? Des mœurs aussi 
Corrompues, des pratiques aussi abusives, n'é- 
taient -elles pas enharmonie avec les pratiques 
des cultes antiques? Ceux qui rendaient un 
culte à de prétendus nombrils, ii de prétendus 
prépuces de Jésus-Christ , à la queue de l'âne 
conservée à Gènes, étaient-ils bien éloignés du 
culte du Phallus {i)l 

(i) On compte une douzaine de prépuces à Jésus- 
Chvist. Il y en avait un chez les moines de Coulombs , 
un autre à l'abbaye de Charroux , un troisième à Hil- 
desheim en Allemagne , un quatrième à Rome, dans 
Saint- Jean-de-Latran , un cinquième à Anvers , dont 
j'ai parle' dans cet ouvrage ; un sixième au Puj-en- 
Vêlai dans l'église de Notre-Dame , etc. , etc. 

Les nombrils de Dieu étaient tout aussi multipliés. Je 
ne puis m'empêclier de citer , à cet égard , une anec- 
dote peu connue. A Cliâlons , dans l'église collégiale de 
Notre-DaniJ-de-Yaux, était un saint nombril de Dieu , 
qui faisait beaucoup de miracles. L'évêque du diocèse, 
./. B. de N o ailles ^ s'avisa, en 1707 , de faire ouvrir, en 
présence de plusieurs experts , le reliquaire qui le con- 
tenait. On y trouva , au lieu du saint nombril , trois 
grains de sable. Les chirurgiens et autres gens de l'art 
en dressèrent leur procès -verbal. Les chanoines , fu- 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 58g 

Quant à moi, je pense, et plusieurs person- 
nes partageront mon sentiment, que le culte 
de Priape christianisé est moins attentatoire 
à la pudeur publique, choque moins la raison, 
est moins opposé k la religion, moins avilissant 
pour elle, que ne le sont la plupart des usages, 
des cérémonies, des abus, des désordres que 
je viens d'exposer. 

Les mœurs des temps auxquels existait le 
culte de Priape parmi les chrétiens étant bien 
connues, l'existence de ce culte n'a plus rien 

lieux de cette découverte , qui nuisait à la dévotion po- 
pulaire , se pourvurent contre l'évêque indiscret, et sou- 
tinrent, avec chaleur, que ces trois grains de sable étaient 
ie saint nombril. Il y eut plusieurs procédures à ce sujet 
qu'on peut voir dans un imprimé intitulé : Lettre d'un 
Ecclésiastique de Châlons aux Docteurs de Paris. 

Quant à la queue d'âne , conservée précieusement à 
Crênes, dans l'église des Dominicains^ il en est fait men- 
tion dans un livre d'église contenant l'office de la se- 
maine sainte. En voici les expressions : 

« Degno e encora di sapere corne la coda d'ujie di 
quei duo anhnali , in questo atto adoperati d'el si- 
gnore ^ senza arte humana incorreptibile si consen^a 
hoggi di in Genoa presso mei padri di san Dominico , 
facendo pia reinenhrenza d'ell humilita c'hebbe il 
figliolo di Dio per noi in questa intrata. » ( Jeaninus 
e Capugnano ord. Preedicatorum , in declarationibus 
super officium hebdomada* sanctse. Venitiis, 1786, 
p. 12.) 



Sgo DES DIVINITÉS gÉnÉIUTRICES 

d'étrange, d'invraisemblable: il prospérait par 
de telles mœurs, comme prospère un vé- 
gétal placé sur le sol qui lui est le plus con-. 
venable. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 5gi 



wX>ASVVVSVX:V<V XVXXAXXVV VVV\i\SV\SNSV\SVV\SVV.X\SV WV VWVAîWW 



CHAPITRE XTII. 



Considérations générales sur les Divinités génératrices , 
et sur le Culte du Phallus. 



Il semble que, Funion des deux sexes étant 
suffisamment recommandée par la nature ;, et 
provoquée par l'attrait du plaisir, il n'était pas 
nécessaire que les lois civiles et religieuses in- 
tervinssent pour en ordonner la pratique : c'est 
cependant ce qui est arrivé chez diverses na- 
tions de l'antiquité, et ce qui se maintient en- 
core chez plusieurs nations modernes. J'en 
ai fourni des preuves nombreuses (i), et je 
voudrais découvrir la source, le motif d'une 
institution aussi étrangère à nos mœurs, et qui 
parait si contraire à la marche naturelle de 
l'esprit humain. 

Les hommes, dans l'enfance des sociétés, 
étaient-ils donc tellement assailhs de besoins, 

(i) l^ojez ci-dessus chapitre lo , p. 227. 



392 DES DIYIINITÉS GÉNÉRATRICES 

tellement abrutis par la vie sauvage, tellement 
occupés et endurcis par l'habitude de lutter 
sans cesse contre des animaux féroces, contre 
des ennemis, leurs semblables^ qu'ils fussent 
insensibles aux douceurs de Tamour? je ne 
puis le croire. L'homme sauvage, et la brute, 
malgré leur isolement et leur férocité, sont 
tourmentés par ce besoin impérieux de la na- 
ture; et toutes leurs facultés sont mises en 
action pour assouvir cet appétit dévorant. Leur 
instinct les guide avec sûreté. Un torrent magné- 
tique, dont les obstacles accroissent la violence^ 
entraîne un sexe vers l'autre; et leur union, si 
vivement désirée, n'a pas besoin d'être com- 
mandée par des lois (i). 



(1) L'amour des peuples grossiers et sauvages ne res- 
semble point à celui des peuples civilisés , ou , pour 
m'expliquer plus exactement, l'amour , chez les indi- 
vidus robustes dont le système musculeux prédomine 
le système nerveux , est différent de l'amour chez les 
personnes plus faibles où le système nerveux a la supé- 
riorité. Chez les uns , il est un besoin impérieux , une 
passion purement brutale ; chez les autres , il ne se 
borne pas à un seul point : il occupe , pour ainsi dire , 
la capacité tout entière d'un individu , tout son sys- 
tème sensitif. C'est bien le besoin de jouir ; mais ce be- 
soin est précédé , est déguisé par celui d'être aimé. Ce 
sentiment délicat, ces préludes innocens et enchan- 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 5g5 

Si l'état sauvage n'est pas contraire à cette 
union, pourquoi si long- temps, chez un grand 
nombre de peuples, ces lois ont-elles existé? 
Auraient-elles été dictées par les femmes, tou- 
jours avides d'hommages et de plaisirs? Mais 
les femmes, dans les premiers temps des socié- 
tés, étaient esclaves soumises, recevaient la loi, 
et ne la donnaient pas. 

Pour en trouver la cause , il faut remonter 
aux premiers âges des sociétés humaines; il faut 
se représenter leur situation et leurs besoins. 
Les peuplades aujourd'hui existantes, et que 
nous nommons sauvages, nous en offrent un 
takleau fidèle; et l'on peut, sans craindre de se 
tromper, appliquer aux plus anciennes sociétés 
humaines les traits qu'elles conservent. 11 faut 
se figurer des familles isolées, séparées les unes 
des autres par de vastes chaînes de montagnes, 
des rivières, des forêts ou des déserts, chacune 
d'elles vivant des produits de la chasse, du lait, 
de la chair de leurs animaux domestiques, ou 
des fruits que produit le sol qu'elles habitent. 
Pour protéger leurs récoltes, leurs troupeaux, 

>teuis, qui font le charme et les chagrins de la jeunesse , 
appartiennent à une situation paisible , à une civilisa- 
tion avancée , à des mœurs douces , mais ne sont point 
le partage de l'homme sauvage. 



!>94 Î^ES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

contre la dent des animaux voraces , contre la 
rapacité elles incursions des familles voisines; 
pour pouvoir étendre, proportionnellement 
aux progrès de la population et de leurs be- 
soins, le territoire qu'elles occupent; pour fa- 
voriser leurs expéditions de chasses sur des ter- 
rains vastes et illimités, expéditions qui furent, 
dans les sociétés naissantes, comme elles le sont 
parmi les peuplades sauvages^ des sources in- 
tarissables de haines et de guerres; pour jouir 
enfin d'une sécurité complète, et assurer la 
subsistance de chaque famille, il fallait une po- 
pulation capable de balancer ou de surpasser 
celle des familles voisines dont on avait à j;e- 
douter les atteintes. La force, qui résulte d'une 
population nombreuse, pouvait donc seule 
calmer tant d'inquiétudes, amener l'abondance 
et la prospérité. Elle fut la nécessité première 
des sociétés , et devint le principal objet de leur 
ambition réciproque. Puissance , richesses , 
bonheur, devaient résulter d'un plus grand 
nombre d'individus; et tout ce qui tendait a les 
accroître fut saisi avec empressement; tout ce 
qui pouvait nuire a cet accroissement fut com- 
battu avec le même zèle. Aussi semble-t-il, 
d'après les traditions qui nous restent de l'an- 
cien état des sociétés^ que les esprits étaient 
dirigés vers ce bat unique, comme vers leurs 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. SgS 

premiers besoins. Toutes les institutions, dans 
ces premiers temps, aiusi que je Fai remarqué, 
n'avaient que ce motif. Les espérances les plus 
jflatteuses d'un père de famille consistaient dans 
une postérité nombreuse (i). 

D'après ces dispositions, il ne faut plus s'é- 
tonner de ces institutions antiques, favorables 
à la population; de ces prostitutions solennelles 
consacrées par des religions qui, elles-mêmes, 
ne présentaient que l'exercice sanctifié de ce 
qui composait les mœurs des nations. Il ne faut 
pas s'étonner de trouver dans l'antiquité tant 
de divinités favorables à la génération, à la fé- 
condité : ce sont les besoins des hommes qui 
ont créé les vertus des dieux. 

Des obstacles nuisirent à la population -, et 
les ressources employées pour les surmonter 
ne servirent qu'à donner plus de consistance 
aux institutions qui lui étaient favorables. 

Les mâles d'uiîe peuplade , souvent occupés 
a des expéditions de longue durée, à des chas- 
ses, à des guerres presque continuelles, où la 
plupart perdaient la vie, ne suffisaient peut- 
être pas à la fécondation des femmes. 

Leur longue absence, leur éloignement des 
femmes, la chaleur du climat, la jeunesse de 

(i) Voyez ci-dessus chapitre 9 , p. 181 et suivantes. 



596 DES DIVINITÉS GENERATRICES 

ces guerriers ou de ces chasseurs, et par consé- 
quent Fimpétuosité de leurs désirs, les portè- 
rent sans doute, pour les assouvir, à s'écarter 
du but de la nature. Ces jouissances supplé- 
mentaires, inutiles et par conséquent nuisibles 
à la population, justement abhorrées dans les 
sociétés civilisées, ne furent que trop fréquen- 
tes dans les sociétés primitives. 

Ces divers obstacles aux progrès de la popu- 
lation, et notamment le dernier, furent de 
nouveaux motifs pour rapprocher les deux 
sexes, pour commander leur union, pour leur 
en faire une loi expresse, et en favoriser l'exé- 
cution par tous les stimulans possibles : chaque 
société naissante n'avait pas de plus pressant 
intérêt. 

Ce fut alors que la religion s'unit à la politi- 
que pour réparer ce que les longues absences 
et la mort des hommes, et sur-tout ce que 
leurs habitudes stériles faisaient perdre à la po- 
pulation, en invitant même les étrangers à sup- 
pléer au défaut des hommes de chaque peu- 
plade (1). 

^i) Un trait de l'histoire iiioderne vient à l'appui de 
mes conjectures. En i';07 , une maladie épidémique em- 
porta une grande partie des habitans de l'Islande. Le 
roi de Danemarck , pour la repeupler , permit à chaque 



CHEZ LES AINCIENS ET LES x^IODEKNES. Sgy 

Ce sont sans doute des peuplades faibles et 
peu nombreuses qui, pour s'accroître, se for- 
tifier, et pour s'attacher les peuplades voisines 
par l'attrait du plaisir et par les liens du sang, 
instituèrent les premières ces solennités où les 
jeunes filles étaient tenues de se livrer, un jour 
de chaque année, aux caresses des étrangers; 
ou bien ces coutumes qui obligeaient les fem- 
mes et les filles d'aller au devant des voyageurs 
pour leur offrir l'hospitalité et la moitié de leur 
couche. Le plaisir des individus et l'intérêt gé- 
néral, étant d'accord, firent fleurir ces institu- 
tions, fondées sur de telles bases. Sanctifiées par 
la religion et l'habitude, elles furent durables 
et respectées : aussi ont-elles été en vigueur 
chez presque tous les peuples de la terre, et se 
sont-elles maintenues jusqu'aux temps oii les 
progrès de la population les rendaient inutiles, 
et où ceux de la civilisation faisaient rougir de 
s'y soumettre (i). 



fille d'avoir jusqu'à six bâtards sans que son honneur 
pût en souffrir. Les femmes usèrent fort bien de la per- 
mission. L'île se repeupla bientôt. Le mal était réparé ; 
mais les femmes continuaient toujours le remède. Il 
fallut une autre loi pour abolir la première. {Esprit des 
L sages et des Coutumes , tom. 2 ^ p. 291 , 292. ) 
(i) On sait que ^ chez les Musulmans , à une certaine 



ZgS DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES. 

On sait que les prostitutions religieuses exis- 
taient encore chez plusieurs peuples de l'Orient 
peu de siècles avant l'ère chrétienne, qu'elles 
se sont perpétuées en certains lieux quelques 
siècles après, et qu'elles subsistent aujourd'hui 
dans plusieurs cantons de l'Inde. Quant à l'u- 
sage qui obligeait les femmes à partager leur lit 
avec les voyageurs, il était sans doute plus gé- 
néral encore; car, malgré les ravages d'un long 
espace de temps, de nombreux restes s'en sont 
conservés jusqu'à nos jours (i). 

heure du matin , on avertit , du haut des minarets, les 
époux de s'occuper des devoirs conjugaux. Les jésuites, 
par le même motif , avaient établi le même usage dans 
les peuplades des Guarangs : «( Ils faisaient, dit Félix de 
» Azara , sonner une grosse cloche à minuit pour ré- 
» veiller les Indiens, et les exciter a la propagation. » 
( J^ojage dans V Amérique méridionale , tom. 2 , 
chap. II , p. 175. ) 

(i) Kamul est un district de la province de Tangutli, 
autrefois sous la domination du grand Kan de Tartarie. 
Les habitans ont une langue particulière, et adorent des 
idoles. Lorsqu'un voyageur arrive dans ce pays , le 
maître de la maison où il a choisi son domicile enjoint 
à sa femme , à ses filles et à ses parentes, de satisfaire à 
tous les désirs de l'étranger. Il abandonne ensuite sa 
maison , sans doute pour n'être pas témoin importun 
de l'usage qu'on va en faire , et ne rentre chez lui que 
lorsque l'étranger en est parti. Cette manière d'exercer 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 5gg 

Je ne place point au rang des prostitutions 
religieuses primitives l'usage auquel les fem- 



Thospitalité est regardée par ce peuple comme un acte 
de religion. La beauté des femmes de ce pays devait ac- 
croître la dévotion des voyageurs. 

Lorsque Mongu-Kan monta sur le trône , en i25i , il 
ordonna l'abolition de cette coutume. Pendant trois 
ans elle n'eut pas lieu ; mais , dans cet intervalle , les 
productions de la terre ayant manqué , quelques autres 
malheurs étant survenus aux habitans, ils envoyèrent 
auprès de Mongu-Kan des ambassadeurs chargés de 
solliciter le rétablissement de cet usage. Le Kan l'ac- 
corda en faisant cette réponse. « Je sais qu'il est de mon 
» devoir de mettre des bornes à cette coutume scanda- 
» leuse; mais, puisque vous tirez gloire de votre honte, 
» vous pouvez vous en couvrir ; et vos femmes peuvent 
» continuer désormais à rendre leurs services charita- 
» blés aux étrangers. » Marco Polo qui rapporte cette 
anecdote , et qui voyageait dans ce pays vers la fin du 
treizième siècle, dit que cet usage subsistait encore de 
?on temps. {Histoires des J^ojages et Décow^ertes dans 
le Nord, par Forster, tom. i,p. 117, 118.) 

Le bour;v de Martaouan , situé à dix lieues d'Alep , 
est célèbre parmi les voyageurs européens _, à cause du 
même usage qui y est encore aujourd'hui en vigueur. 
Le chef du pays , ainsi que chaque père , chaque mari , 
et même chaque amant, vient offrir aux étrangers 
sa fille , sa femme , son amante. Les voyageurs n'ont 
que l'embarras du choix , et ne sont teiius qu'à mar- 
quer leur reconnaissance par quelques pièces de mon- 



4oo DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

mes de j3lusieurs villes de l'Orient étaient sou- 
mises, qui les obligeait à se rendre à la pré- 
tendue volonté d'un dieu , et à passer la nuit 
dans un temple, afin d'être fécondées par la 

naie. Un Français, qui a passé dans ce lieu , en rap- 
porte l'anecdote suivante : 

« Les liabitans n'oublient pas , dit-il , de citer aux 
» étrangers l'histofre d'un bon vieux missionnaire qui , 
» allant dans l'Inde , passa par Martaouan. Ce pieux 
») sexagénaire , préservé , par son âge , des tentations de 
M toutes ces syrènes , croyait le lendemain que ses 
» jeunes confrères auraient été plus sages que les com- 
» pagnons d'Ulysse ; mais il eut la douleur de se voir 
» forcé , comme boursier de la compagnie , de payer à 
» ces hospitaliers le prix de leur complaisance. » ( Mé- 
moires historiques du J^ojage de Ferrières - Sauve- 
beuf . ) 

Même usage à Chichiri , dans l'Arabie-Heureuse ; et 
une récompense légère suffit aux jeunes filles qui s'ho- 
norent d'accorder leurs faveurs aux étrangers. 

Les Tschuktschs offrent de même leurs femmes aux 
voyageurs ; mais ceux-ci , pour s'en rendre dignes , doi- 
vent se soumettre à une épreuve dégoûtante. La fille ou 
la femme qui doit passer la nuit avec son nouvel hôte , 
lui présente une tasse pleine de son urine : il faut qu'il 
s'en rince la bouche. S'il a cfe courage , il est regardé 
comme un ami ; sincère sinon il est traité comme un 
ennemi de la famille. 

En Afrique, sur la côte de Riogabou, même pratique. 
Dans le royaume de Juida , c'est un acte de religion que 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 4ot 

divinité même. C'est là une suite, une dériva- 
tion de la disposition des esprits, de l'extrême 
crédulité des peuples, dont le sacerdoce abusa : 
fourberie religieuse qui mettait sur le compte 
du dieu le libertinage des prêtres, et amenait 
dans leurs bras les plus belles femmes du pays. 

Dans ces solennités galantes, où les étrangers 
étaient pour ainsi dire invités à venir au secours 
des nationaux, on choisissait, pour en être le 
théâtre^ un terrain neutre, une frontière, un 
carrefour^ les peuples, qui habitaient les bords 
de ]a mer, et les insulaires, en consacraient le 
rivage à celte cérémonie. Les bornes, les pier- 
res limitantes qui s'y trouvaient, regardées 
comme des talismans protecteurs, le furent 
bientôt comme des divinités tutélaires du terri- 
toire. C'était dans le voisinage de ces espèces 
de divinités rustiques que se passaient ces scènes 
voluptueuses, instituées par la politique, cou- 
de peupler ou de fonder des lieux de prostitution pour 
les étrangers. 

Pendant le séjour de Cook à Otaliiti , les insulaires 
offrirent aux Anglais de son expédition ,1e spectacle d'un 
sacrifice religieux fait à l'Amour par un jeune garçon et 
une jeune fille d'onze à douze ans. 

Je composerais un volume de semblables usages : je 
ne dois faire ici qu'une note. 

T. ir. 26 



402 DES DIVINITÉS GENERATRICES 

sacrées par la religion. Les bornes, adorées 
comme protectrices des territoires, le furent à 
cause du voisinage de ces prostitutions reli- 
gieuses, comme divinités génératrices et fécon- 
dantes^ qui, mâles dans un pays, femelles dans 
un l'autre, présidaient aux amours, à l'acte de 
la génération. 

De là le culte des différentes divinités ado- 
rées, suivant le pays, sous divers noms, qui se 
rapportent au dieu Jmour, à la déesse Venus-, 
divinités qui n'étaient représentées, dans l'o- 
rigine et long-temps après, que sous la forme 
d'une pierre limitante, d'une borne grossière» 
Telles étaient les Vénus de la Syrie, de l'Ara- 
bie, de Paplios, etc., et \ Amour à Thespie. 
Telles sont encore, dans l'Inde, la plupart des 
divinités qui président à la génération (i). 

Une révolution arrivée dans les religions, 
ei causée par l'adoption du culte des morts, 
fit insensiblement substituer, d*abord en par- 
tie, puis en totalité, des formes humaines à 
ces objets grossiers de la vénération pu- 
blique; et, lorsque les beaux-arts, en Grèce, 



(i) Vojez^?>\xx l'origine de ces divinités génératrices 
représentées par des bornes, le tome i" du présent 
ouvrage, cliap. 21, p, 4ï5etsuiv. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 4o5 
furent arrivés à leur perfection, Vénus , dans 
presque tous les lieux où elle était adorée, 
excepté à Paphos, ovi sa forme antique lui fut 
conservée, et où elle resta constamment une 
pierre de bornes (i), Vénus ^ dis-je,fut repré- 
sentée sous la figure d'une femme jeune, et 
resplendissante de grâces et de beauté. 

Lorsque les besoins d'un accroissement dç 
population cessèrent de se faire sentir, lorsque 
l'institution des prostitutions religieuses fut 
devenue inutile , lors même que les progrès de 
la civilisation et des lumières en firent aperce- 
voir l'indécence, ces prostitutions furent encore 
continuées. La force de l'habitude, l'attrait du 
plaisir, l'intérêt des prêtres, et les idées super- 
stitieuses qu'ils attachaient à ces pratiques, les 
firent maintenir long-temps. Vénus, disaient-ils, 
punissait sévèrement les jeunes filles qui mé- 
prisaient son culte; elle était cruelle dans ses 
vengeances. Une fureur erotique devait s'em- 
parer d'elles, et les porter aux plus grands 
excès; tel était le châtiment réservé à ces incré- 
dules. Ces prêtres citaient, à ce sujet, des exem- 

(i) Simulacrum Dece non effigie liumanà ; continiius 
orbis latiore i lilio tenuem in ambitum, metœ modo , 
exsurgens. Et ratio in obscuro. (Corn. Taciti Historia, 
lib. II, cap. 3. ) 



4o4 ï>t^S DIVINITES GENERATRICES 

pies terribles. L'on ne pouvait apaiser cette 
déesse, éviter ses caprices, ses fureurs, assurer 
la sécurité de sa vie, que par quelques sacrifices 
dignes d'elle. 

Le culte de Vénus, ou d'autres divinités 
correspondantes, remonte aux premières épo- 
ques des religions. Il existait bien avant celui 
du Phallus ou de Priape, qui n'est qu'un des 
résultats de la religion astronomique: aussi la 
fable indique-t-elle cette antériorité de Vénus, 
en la faisant mère de Priape; et cette dernière 
divinité, qui n'est qu'une extension du culte 
du Phallus, n'est pas même placée par Hésiode 
au rang des dieux : tant elle était récente en 
Grèce. 

Le besoin d'un accroissement de population 
est donc la seule cause de ces cultes. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 4^5 



^J^x^^^v■^^^^^^^^sv^^^.^^^.^^^.^^:vxxx^^x^^vx^^^.^^x^^^u^^^,x^ 



CHAPITRE XVIII. 



Résumé sur l'Origine , les Progrès , les Variations suc- 
cessives du Culte du Phallus. 



Deux animaux figurés dans le zodiaque, qui 
y marquaient Téquinoxe du printemps, et qui 
ont porté le même nom en Egypte, le Bouc et 
le Taureau célestes, adorés en représentation, 
puis adorés vivans en Egypte, furent l'origine 
de ce culte; et leur membre génital, symbole 
expressif du soleil fécondant la nature à cette 
époque brillante de l'année, devint le mo- 
dèle des Phallus. Ces copies furent considé- 
rées comme des objets sacrés, doués de la fa- 
culté génératrice de l'astre du jour, comme un 
talisman puissant, dont l'influence bienfaisante 
attirait sur les végétaux et sur les animaux l'a- 
bondance et la vie, et les préservait des maux 



4o6 DES DIVINITÉS GENERATRICES 

contraires. Pleins de ces idées, les anciens pla- 
cèrent le Phallus dans tous les lieux où la fé- 
condité était désirée, dans tous les lieux oii la 
stérilité était à craindre. Les Phallus-Bouc et 
les Phallus-Taureau furent multipliés : on les. 
adjoignit aux troncs d'arbres, aux bornes qui 
bordaient ou limitaient les terrains cultivés, 
comme un talisman protecteur et bienfaiteur 
des récoltes; on leur rendit des honneurs di- 
vins ; on les plaça dans les temples ; ils figuraient 
dans les pompes religieuses, dans les mystères 
consacrés à différentes divinités. 

Jusqu'alors le Phallus fut isolé, ou n'était 
adhérent qu'à des bornes ou à des troncs d'ar- 
bres; mais, lorsque le cuite des morts eut amené 
l'idolâtrie ou le culte des figures humaines, il 
s'opéra, chez plusieurs peuples de l'antiquité , 
un changement général dans tous leurs objets 
d'adoration. Ces divers objets reçurent, d'abord 
en partie, puis en totalité, des formes de 
l'homme. La métamorphose cependant ne fut 
pas tellement complète qu'ils ne conservassent 
quelques attributs, quelques caractères qui dé- 
celaient leur origine ou leur forme primitive. 
Je n'exposerai pas ici tous les effets de cette ré- 
volution religieuse : cette matière fait partie 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 4^J 

du premier volume auquel je renvoie le lec- 
teur. Je dois me borner auK objets qui se rap- 
portent au culte du Phallus. 

Les deux animaux, signes du zodiaque, aux- 
quels le Phallus doit son origine^, subirent la 
loi générale , et reçurent, dans leur représenta- 
tion, quelques parties de la figure humaine. Le 
Taureau sacré fut souvent représenté, comme 
il se voit encore dans plusieurs monumens an- 
tiques, avec une tète d'homme^ surmontée des 
cornes de cet animal. On poussa plus loin la 
métamorphose: toute la partie antérieure de la 
figure eut la forme humaine, tandis que le 
reste représentait le corps, le dos et les pieds 
d'un taureau. Cet assemblage monstrueux fut 
nommé Minotaure, être fictif, fruit des pre- 
miers progrès de l'idolâtrie, sur lequel les 
Grecs ont débité des fables si absurdes, et que 
les mythologues anciens et modernes ont ex- 
pliquées d'une manière si diverse. 

Le Bouc sacré éprouva la même métamor- 
phose : on le représenta avec la moitié du corps 
humain, tandis que sa partie inférieure retuit 
les formes du quadrupède, et que la tête hu- 
maine en conserva les oreilles et les cornes. 
Cette figure monstrueuse devint les divinités 
Pan y Faune y Sils^ain, Satjre ^ etc., que l'on 



4o8 DES DIVINITES GENERATRICES 

confondit souvent avec Priape, parce que sou- 
vent ils en eurent le Phallus. 

Les bornes, les troncs d'arbres, se ressentirent 
de ce changement. On plaça à leur extrémité 
une tête humaine, et par suite la moitié du 
corps humain. Ainsi composés, ces bornes, ces 
troncs d'arbres, constituèrent les Hermès y les 
Termes f les Mercures , ou ces idoles que nos 
artistes nomment, irès-imipTopremeni ^Jigiires 
en gaines. 

Mais comme ces pierres limitantes, ces troncs 
d'arbres portaient déjà, pour la plupart, des 
Phallus, on les leur conserva dans cette nou- 
velle composition; et les divinités identiques, 
Hermès, Terme ou Mercure, furent^ en con- 
séquence, souvent confondues avec Priape, 
dont ils portaient le trait caractéristique. Quel- 
quefois cependant on les distingua de cette 
dernière divinité par une dénomination parti- 
culière. Ils furent nommés Hermès casmillus, 
et quelquefois Mercure au m^embre dressé. 

Pendant un temps, l'origine de ces diverses 
figures composées fut presque effacée de la 
mémoire des hommes; et, comme elles avaient 
des formes, des attributs communs et des pro- 
priétés semblables, on ne les distinguait cha- 
cune par une dénomination particulière que 
d'après la place qu'on leur assignait. L'idole à 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 409 

Phallus et à pied de bouc, placée dans des prai- 
ries, dans des terres cultivées, devenait le dieu 
jPrt/iy placée dans les forêts, sur les montagnes, 
c'était Faune, SUvaùiy Satyre,- dans les vignes, 
c'était Bacchus au Jierf tendu; sur les limites des 
territoires^ sur les chemins,, à l'entrée des mai- 
sons, l'idole à Phallus recevait le nom à'Her- 
mès casmilluSy ou Mercure au membre dressé ; 
enfin la même idole, érigée dans les vergers, 
dans les jardins, constituait le dieu Hortanes ou 
Priape, 

Ainsi, conservés dans les temples, exposés 
dans les mystères, portés dans les pompes re- 
ligieuses , le Phallus-Bouc et le Phallus-Tau- 
reau, restant isolés, et conservant leur forme 
primitive, ne furent que des objets sacrés et 
secondaires pour le culte; mais, lorsqu'ils furent 
adjoints à divers corps, à des pierres limitan- 
tes, à des troncs d'arbres, qui reçurent quelques 
parties de la figure humaine, ils contribuèrent 
à constituer de véritables divinités, dont les 
noms, comme je viens de le dire, variaient 
suivant la place que ces idoles occupaient. 

On ne doit pas confondre les Phallus, objets 
sacrés du culte antique, avec les ex voto qui 
lui ressemblent. Ces dernières figures étaient 
offertes à Priape par des personnes affligées ou 
affaiblies dans la partie k laquelle présidait ce 



4lO DÈS DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

dieu : les offrandes en étaient les images. L'on 
se persuadait qu'en appendant ces ex voto au- 
près de l'idole divine, l'original, dont ils étaient 
les copies, se ressentirait de l'influence de ce 
voisinage, ou que le dieu, ayant sans cesse de- 
vant les yeux l'image du membre malade, ne 
pourrait se dispenser de lui accorder sa guéri- 
son. Quelquefois les ex voto phalliques étaient, 
comme on l'a vu, des monumens de la recon- 
naissance. Ceux ou celles qui, dans la lutte 
amoureuse, s'étaient distingués par de nom- 
breux exploits attribuaient dévotement leur 
valeur à l'assistance de Priape, et lui faisaient 
hommage d'autant de Phallus ou de couron- 
nes qu'ils avaient remporté de victoires. 

Les Phallus-amulettes devaient leur vertu à 
leur forme. Suspendus aux chars des triom- 
phateurs, au cou et aux épaules des femmes et 
des enfans, on leur attribuait celle de détour- 
ner les effets funestes des regards de l'envie ; 
mais cette vertu acquérait plus de force et 
d'efficacité lorsque, comme cela se pratique 
encore dans l'Inde, ils étaient bénis par un 
prêtre. 

Isolé dès son origine, isolé dans les mystères 
et les pompes religieuses, le Phallus fut sjm- 
bole saeré. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES, ^l I 

Isolé et réduit à un petit volume, il fut talis- 
man, amulette, 

Appendu aux idoles ou dans les chapelles de 
Priape , ou d'autres divinités bienfaitrices, il 
fut offrande, ex voto. 

Adjoint à un corps quelconque, il fut dieu, 
et servit à composer plusieurs divinités. 

Telles sont les variétés de culte et de forme 
que les progrès successifs de la superstition et 
des arts firent subir au Phallus, 



4l2 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 



^^^;^J^^^^^xx^svv^^,v^sv^^?v^^^,v^sv^^x^^x^Asvx^sv^^iX^^vx,^^^,x^^ 



CHàPiTRE XIX. 



Étrange opinion des peuples sur les moyens d'accroître 
les vertus divines du Phallus , ou d'attirer les bien- 
faits de Priape. 



Terminons cet ouvrage par quelques obser* 
valions sur la croyance populaire relativement 
au culte des divinités obscènes et aux moyens 
de se les rendre propices, et sur une er- 
reur, autrefois Irès-accréditée , dont l'origine 
doit être imputée aux nombreuses erreurs 
qui constituaient les premières religions du 
monde. 

Il paraît que les anciens avaient une opi- 
nion, bien étrange à nos yeux, sur les moyens 
d accroître la vertu préservatrice et fécondante 
du Phallus, Ils croyaient sans doute que , plus 
les scènes dans lesquelles ils le représentaient 
en sculpture ou en peinture étaient animées ; 
que plus elles offraient de raffinemens et d'excès 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 4l5 

de débauche, plus la divinité en était flattée, 
plus on fixait son attention, on déterminait sa 
bienveillance, et on la disposait à se rendre aux 
vœux des mortels. Les plus fortes indécences 
étaient des preuves de la dévotion la plus fer- 
vente. 

Cette opinion, qui nous paraît révoltante, 
est cependant la conséquence naturelle de 
celle qui attribuait des goûts particuliers a 
chaque divinité, et qui consistait à croire que 
chacune d'elles répandait plus ou moins ses 
bienfaits, suivant qu'on flattait plus ou moins 
ses goûts favoris. Les prémices des plus belles 
fleurs, des plus beaux fruits, étaient offerts aux 
divinités qui présidaient à ces productions de 
la nature. Les dieux cruels voulaient du sang; 
on leur immolait des animaux et même des 
hommes; et, pour satisfaire davantage leur 
goût sanguinaire, on muhipliait les victimes. 
Ainsi on était persuadé que plus on versait de 
sang, plus la divinité était satisfaite ; que plus 
on était cruel, plus on était religieux. 

Si nous appliquons celte direction de l'opi- 
nion publique à d'autres divinités, à d'autres 
objets religieux, au culte de Vénus, à celui du 
Phallus ou de Priape, nous obtiendrons cer- 
tainement les mêmes conséquences. Ces divi- 
nités, présidant à la propagation de l'espèce 



4l4 3DES DIVINITÉS GENERATRICES 

humaine, à la génération des étres^à Facte par- 
ticulier qui procure cette propagation et cette 
génération elle-même, devaient recevoir, de 
leurs adorateurs les plus zélés, des témoignages 
excessifs de leur dévotion. Si les images de la 
volupté, si les scènes libidineuses flattaient les 
dieux qui y présidaient, étaient crues nécessaires 
pour se les rendre favorables, on devait en 
conséquence, pour atteindre plus sûrement ce 
but^ pour attirer leur faveur en plus grande 
abondance, pour les forcer en quelque sorte à 
répandre de nouveaux bienfaits, on devait, 
dis-je, excéder la mesure ordinaire des homma- 
ges qu'on leur rendait, et offrir à leurs goûts 
sensuels les images variées de la volupté la 
plus recherchée. 

C'est pourquoi les lieux consacrés par la re- 
ligion , les temples, les tombeaux, dans les pays 
où le culte du Phallus et de Priape a existé ou 
existe encore, offraient et offrent dans leurs 
bas-reliefs, dans leurs peintures ouautres pro- 
ductions de l'art, des témoignages nombreux 
de cette opinion abusive. 

L'imagination la plus déréglée, la plus livrée 
aux écarts de la débauche et des sens émous- 
sés^ peut-elle concevoir des scènes aussi lasci- 
ves, aussi révoltantes pour des yeux européens, 
et sur-tout des Européens de notre siècle, que 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 4l5 

celles que présentent, dans l'Inde, la plupart 
des lieux consacrés à la divinité? Il est peu de 
pagodes qui n'offrent ces images licencieuses. 
Les excès qui ont procuré une honteuse célé- 
brité auxhabilans de Sodôme, aux Phénicien- 
nes, aux Lesbiennes, etc., y sont retracés sans 
aucun voile à côté des objets les plus saints de 
la religion. Tels sont, par exemple, les bas-re- 
liefs des pagodes diElephanta^ de Tricoidour , 
de Tre<^iscarré y et autres dont j'ai parlé (i). 

Les Mexicains étaient dans le même usage; 
et leurs temples offraient souvent les manières 
les plus vartées par lesquelles peut s'opérer 
l'union de l'homme et de la femme. 

Les Grecs et les Romains poussaient égale- 
ment à l'excès ce genre de dévotion. Les mo- 
numens quinousrestentde leurs Bacchanales , 
de leurs Priapées, sont tels qu'au premier 
abord on est tenté d'attribuer ces productions 
au délire d'une imagination corrompue, à l'in- 
tention de réveiller les désirs, d'enflammer les 
sens, tandis qu'elles sont pour la plupart des 
témoignages de piété, ou l'image fidèle de ce 
qui se pratiquait pendant les fêles et les céré- 
monies religieuses de cette espèce de culte. 
On a vu sur le couvercle d'un vase antique, 

'^i) Voyez ci-dessiis chapitre 6, pag. gS. 



4l6 DES DIVINITÉS GÉnÉhATRICES 

qui paraît avoir été employé à des usages sa- 
crés, un énorme Phallus, qu'une figure de 
femme entrelaçait avec ses bras et ses jambes. 

On a publié les dessins des peintures de deux 
vases grecs du musée de Portici, On y voit un 
marchand de Phallus , qui en offre un panier 
rempli , à une femme, laquelle s'extasie à la 
vue de leur proportion extraordinaire (i). Une 
autre femme est ravie en admiration devant un 
jeune homme, nu, qui se montre à elle dans 
l'état le plus énergique et le plus indécent. Un 
autre sujet représente un homme vigoureux 
tout occupé à l'action qu'on a reprrffchée à Onan, 
et sur lequel le médecin Tissot a composé un 
ouvrage très-utile à la jeunesse, et qui, pour 
l'intérêt de la société, devrait faire partie des 
lectures journalières des jeunes gens. 

Une autre scène enfin offre un homme et 
une femme exécutant cet accouplement impur 
et stérile, cet attentat au culte de Vénus, par 
lequel cette divinité reçoit un outrage impar- 
donnable. 



(i) On croit que cette composition a pu fournir l'idée 
d'une composition allégorique ingénieuse , et beaucoup 
plus décente , trouvée dans les ruines d'Herculanum , 
et qu'on a fait graver sous le titre de Marchande 
d! Amours. 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES, /j.! 7 

L'antiquité nous offre un très-grand nombre 
d'exemples de semblables scènes. Le lecteur 
me saura gré sans doute de ne pas souiller da- 
vantage son imagination par de nouvelles des- 
criptions de ce genre. Celles que je viens de 
lui offrir suffisent pour lui donner une idée de 
la nature de ce culte, de l'opinion que les an- 
ciens s'en étaient faite, et de l'extrême licence 
apportée dans la composition des objets qui lui 
étaient consacrés. 

Les vases dont je viens d'indiquer les peintu- 
res lascives étaient des objets religieux. Ils 
sont dans le Musée du roi de INaples, à Capo di 
Monte. Ils ont été découverts dans des tom- 
beaux, près de Nola; et l'on sait que les tom- 
beaux étaient, cbez les anciens, sacrés comme 
le sanctuaire. 

Le savant auteur qui a décrit ces vases, et 
publié les dessins de leur peinture, vient à 
l'appui de mon opinion, ce On rencontre, dit-il, 
» dans les monumens, une multitude de Pria- 
» pées ; on en trouve même dans les lieux les 
» moins susceptibles de les recevoir : ce qui 
» prouve combien les Grecs étaient familiari- 
)) ses avec ces images que, dans nos moeurs, 
» nous nommons obscènes. 

Les Priapées, représentées comme objets 

II. 27 



4l8 DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 

» religieux, sont en très-grand nombre 

» Quelque système qu'on se fasse a cet égard ^ 
» il faut toujours revenir à celte idée principale^ 
» que les anciens n'y voyaient qu'un emblème 
» de la nature fécondante, et de la reproduction 
» des êtres qui servent à la composition et a 
» l'entretien de l'univers. C'est à cette idée que 
» nous devons ces Priapes de toutes les formes 
)) qu'on rencontre dans les cabinets, et ces of- 
» fraudes de toute espèce, qui rappellent le 
)) culte du dieu de Lampsaque. » 

Le même auteur parle de lampes antiques 
qui offrent des images licencieuses, et dont 
plusieurs sont conservées à la Bibliothèque 
royale : il croit qu'elles pouvaient être appli- 
quées à l'usage de la religion. 

Il cite les pierres gravées, et même des mé- 
dailles, appelées spintriennes ^ qui représentent, 
à ce que l'on a cru , les débauches de Tibère 
dans l'ile de Caprée, et les bizarres accouple- 
mens auxquels il donnait le nom de Spintriœ. 
Il place au rang des plus célèbres productions 
antiques de ce genre le groupe du Satyre et 
la chèvre du Musée de Portici, qu'on ne peut 
voir qu'avec une permission particulière; un 
autre groupe, à peu près semblable, trouvé à 
Nettuno, vendu par le cardinal Alexandre Al- 
bani au dernier roi de Pologne, et conservé 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 419 

actuellement à Dresde; le Priape du Musée du 
cardinal Albani, avec l'inscription, Sauveur 
du Monde, et le Priape du Musée de Flo- 
rence. 

Il termine en disant : « que les deux vases 
)) grecs qu'il décrit, ayant été trouvés dans des 
)) tombeaux, prouvent que les représentations 
» licencieuses pouvaient elles-mêmes être ap- 
» pliquées à la religion, parce qu'on n'y voyait 
)) alors que le signe de la force fécondante et 
» reproductive, représentée de quelque ma- 
» nière que ce fût. Dans les Bacchanales, dans 
» les initiations, plusieurs cérémonies avaient 
» rapport à cette idée : ainsi il n'est pas éton- 
>j nant qu'on trouve des Priapées dans des 
)) tombeaux des anciens, comme on y rencon- 
» tre des Bacchanales (i). ^^ 

Si l'on s'étonnait moins de ce que la religion 
des anciens a commandé des sacrifices humains, 
le plus grand attentat contre les sociétés, que 
de ce qu'elle a consacré l'acte de la reproduc- 
tion des êtres, acte conservateur de l'espèce 
humaine j s'il nous paraissait moins étrange de 
voir l'homme abuser, par piété, de son pen- 
chant h la cruauté que de le voir abuser, par 

(i) Description de trois peintures inédites de vases 
grecs du Musée de Portici. 



420 DES DIVINITES GENERATRICES, ETC. 

le même motif, de sa propension naturelle aux 
plaisirs de l'amour, nous ferions nous-mêmes 
la satire de nos propres opinions, et nous 
avouerions notre préférence pour un culte qui 
détruit et donne la mort à celui qui conserve 
et donne la vie. 



FIN. 



V»>» A/Vl'*/U/% Wî/\,'V%'V\/%/%/Vl<\'%/V*/V».W*A/V^i%/%;W/V*'\%-V\/t,%V\/* W*/W^(V 



TABLE 



DES CHAPITRES CONTENUS DANS CE VOLUME. 



Chapitre premier. — Origine du Phallus et du 

Culte du Taureau et du Bouc zodiacal .... pag. 1 7 
Chap. II. — Du Culte des Taureaux et Boucs sacrés; 
de ses rapports avec le Culte du Phallus ou de 

Priape ^i 

Chap. III. — Du Culte du Phallus chez les Egyptiens. 52 
Chap. IV. — Du Culte du Phallus en Palestine et 

chez les Hébreux 71 

Chap. V. — Du Culte du Phallus en Syrie , en Phé- 

nicie^, en Phrygie , en Assyrie et en Perse 80 

Chap. VI. — Du Culte du Phallus chez les Indiens. 98 
Chap. VII. — Du Culte du Phallus en Amérique, • 1 16 
Chap. VIII. — Du Culte du Phallus chez les Grecs. 1 20 
Chap. IX. — Du Culte du Phallus chez les Ro- 
mains 1 49 

Chap. X. — Du Culte de Vénus , de quelques 
autres Institutions et Usages religieux qui ont 

rapport au Culte du Phallus. 181 

Chap. XI. — Du Culte du Phallus chez les Gau- 
lois , les Espagnols , les Germains , les Suèves et 
les Scandinaves 201 



422 TABLE DES CHAPITRES. 

Chap. XII. —Du Culte du Phallus parmi les Chré- 
tiens. Des Fascinum ou Fesnes. Des Mandra- 
gores ,etc pag. 247 

Chap. XIII. — Continuation du même sujet. Culte 
de Priape sous les noms de saint Foutin , de 
saint René, de saint Guerliclion , de saint Gui- 
gnolé , etc 267 

Chap. XIV. — Du Culte du Phallus chez les Chré- 
tiens d'Italie et de Naples 29a 

Chap. XV. — De quelques Usages et Institutions 
civiles et religieuses des siècles passés , dont l'in- 
décence égale ou surpasse celle du Culte du 
Phallus 3o ï. 

Chap. XVL — Suite du même sujet. De la Fête 
des i^ow^ et des Soudiacres\ des Processions com- 
posées de personnes en chemise ou entièrement 
nues ; des Flagellations publiques ; de l'Usage de 
donner les Innocens , etc 35i 

Chap. XVII. — Considérations générales sur les 
Divinités génératrices, et sur le Culte du Phallus. 3g i 

Chap. XVIII. — Résumé sur l'Origine , les Progrès, 
les Variations successives du Culte du Phallus. . ^o5^ 

Chap. XIX. — Etrange opinion des Peuples sur les 
moyens d'accroître les vertus divines du Phallus, 
ou d'attirer les bienfaits de Priape 4^^ 



FIK DE LA TABLE DES CHAPITRES. 



îvxx^^.^xxv^JXV^iXV^x,^^xvvv,vvxxxx^^?vv^.■v'vvvvvvvvvvv\.xv^^ 



TABLE RAlSOrVNEE 



DES 



DIVINITÉS GÉNÉRATRICES 



CHEZ LES ANCIENS ET LES MODERNES. 



Abbaye. Nom de plusieurs aucieus lieux de prostitution. Ab- 
baye de cette espèce, fondée à Niort par Guillaume VII, duc 
d'Aquitaine, 317. Pareille abbaje établie à Toulouse, et pro- 
tégée par les rois Charles VI et Charles VII, 817, 3i8. Pareille 
abbaye établie à Avignon par la reine Jeanne h'^ , 820. Voyez 
Lieux de prostitution. 

Abbé de Vau-Cei-nay. A]>\^e\\e fraude pieuse une trahison, Sjf. 

Abbé de Saint-Geraud d'Aurillac. Sa conduite dissolue^ pein- 
tures obscènes qu'il fît faire dans un cabinet • nom obscène de 
ce cabinet , 349. 

Abbesses. Titres de femmes qui présidaient aux lieux de prosti- 
tution, 3 17, 3 18, 819. 

Abraham. Sa femme Sara lui fournit une concubine , i85. 
Abraham exige qu'Eliézer mette sa main sur sa cuisse, ou plu- 
tôt sur sa virilité, en faisant un serment , 219. 

AcnÉLoiis. Dieu-soleil représenté avec les cornes du taureau 
céleste , 28. 

Adonis. Dieu-soleil en Phéuicie, 88. Fctes lugul>rcs , ensuite 



42/4 TABLE RAISONNÉK 

joyeuses , célébrées en son honneur, id. Le Phallus lui est con- 
sacré, 89. Fable composée à ce sujet, id. Signification de ce 
mot. Id. La note. 

Adultères. Peines portées contre eux, 3o8j sont promenés 
par la ville 5 les femmes portent des pierres dans leurs che- 
mises , 809. Autre circonstance plus indécente de leur châti- 
ment , 3o8 et 321. 

Amour. West pas le même chez les peuples sauvages que 
chez les peuples civilisés, 392. La note. Amour représenté comme 
Vénus par une borne, 402. Sacrifice fait à l'Amour par les ha- 
bitans d'Otahiti, 4oï- 

Amulettes. Phallus-Amulettes chez les Égyptiens, 58; chez 
les Indiens , loi ; chez les Romains , 167 et 168 j chez les 
Gaulois, 241 , 248 et 249 (Voyez Fascinum et Mandragores). 
Fétiches ou Amulettes phalliques pendues au cou ou aux épaules 
des enfans, 257 , 291 et l\\o. 

Andis. Pénitens de l'Inde, 106. 

Ane, consacré à Priape. Ses cris sauvent Vesta des atteintes 
de ce dieu; l'âne est mis au lang des astres, i4o. On sacri- 
fiait un âne à Priape, i44- Ane désiré dans les mystères de 
la bonne Déesse à Rome, 2i3. Ane, monture ordinaire des 
femmes publiques condamnées à être promenées par la ville , 
3io» Queue d'un âne conservée à Gênes comme une relique, 
388 et 389. La note. 

Angers. Usage indécent pratiqué dans les églises de cette 
ville , 369. 

Antoine-de-Paule (saint) , invoqué à Sarragosse pour procurer 
aux femmes la fécondité, 287. 

Anvers. Elle e'tait le Lampsaque de la Belgique. Priape y était 
adoré sous le nom de Ters , 281. Son idole; les femmes stériles 
en raclaient le Phallus , 283 et 284. 

Aphaques (Temple des), sur le mont Liban, consacré aux 
prostitutions religieuses, 195. L''empereur Constantin le fait dé- 
truire, id. 

Apis. Noms du Taureau et du Bouc zodiacaux adorés vivans 
en Egypte ; aS et 26. Voyez Taureau et Bouc. 



DES DIVmiTÉS GÉNÉRATRICES , ETC. 425 

Apologistes du temps imsse : leur ignorance ou leur partia- 
lité', 3o2 et 3o3. 

Arabes modernes. Mettent la main sur l'organe de la généra- 
tion en faisant un serment solennel, 219. Exemple re'cent et 
remarquable de cette pratique , 219 et 220. 

Arménie. Venus y est adorée sous le nom de Diane Anaïtis : 
les prostitutions religieuses y sont en usage, 197, 198. 

Arnaud ( saint ) , saint Priapique. Son Phallus e'tait couvert 
d'un tablier que les dévotes ste'riles levaient pour devenir fé- 
condes , 276. 

AsTARTÉ. Est la Venus de Biblos , 88; et de toute la Phë- 
nicie, 194. 

Assyrie. L'abbé Mignot pense que le Pliallus est originaire 
de ce pays, 52. 

Atis. Dieu-soleil de la Phrygie. Le Phallus lui est consacré; 
90 j sa fable , id. 

AuGiLES. Peuples d'Afrique; les prostitutions religieuses sont 
en usage chez eux, 198. 

Avignon. La reine de Naples y fonde un couvent de femmes 
publiques présidées par une abbesse, 820 ; en fait les règle- 
mens , id. 

AuTON (Jean d'), prêtre et historiographe de France; gros- 
sièreté de ses expressions, 387. 

AuTUN. Ville où Priape avait une chapelle, 240. 

AzA, fils du roi David. Détruit les idoles de Priape, dont 
sa mère était prêtresse, 77; chasse les efféminés ou consacrés 
du pays de sa domination , 197. 

B. 

Baal ou Beel-Phégor. Nom de Priape dans la Palestine, 71 
et suivantes. Des femmes desservent son temple, 75- Cérémo- 
nies obscènes et dégoûtantes de son culte, 76 et 77. 

Babylone. Toutes les femmes s'y prostituent en l'honneur de 
Vénus une fois dans leur vie, 190 et 191. Dans cette ville et 
dans le temple de Belus , on voyait une idole qui était figurée 
avec les deux sexes, 90, 91. Le dieu fait choix d'une femme de 
Babylone, pour coucher avec elle dans le temple, 204. 



^26 TABLE RAISONWÉE 

Bacchantes. Elles ouvrent la marche de la procession des Dio- 
nysiaques, ou fêtes de Bacclius ; elles y portent des vases pleins d'eau, 
125. Groupes de Bacchantes et de Satyres^ ils sont demi-nus, 
1275 leurs agitations, leurs danses, id. 

Bacchanales. Nom des fêtes de Bacchus en Italie, i53 , ï54 et 
187. De'sordres excessifs des Bacchanales à Rome, 211; elles sont 
abolies par ordre du se'nat, id. ; elles sont semblables aux 
Dionysiaques des Grecs, id. 

Bacchanales (les) se trouvent repre'sente'es dans les tombeaux 
avec des Priapées , 4i5, 4^6. 

Bacchus. Dieu-soleil. On le représente avec la tête du Taui'eau 
céleste, avec ses cornes, quelquefois avec ses pieds, 28, et il porte 
les noms de Bacchus Tauricorne , ou Tauriforme , 27 ; appelé 
Djonisius par les Grecs, 128 ; ses fêtes , 124 et suivantes. Polym- 
nus lui promet de lui faire trouver sa mère. Engagement honteux 
que fait Bacchus avec ce jeune homme. Il fabrique un Phallus , et 
en abuse, 129 et i3o. 

Bacchus. Est nomme' Liber chez les Italiens : introduction de son 
culte chez ce peuple, 149 et i5o. Abominations qui se pratiquaient 
dans ses mystères à Rome, 208 et suivantes . Elles sont abolies ,211. 

Bacchus au nerf tendu. Espèce de Piiape, 409. 

Baptes. Sectaires célèbres par l'indécence de leur culte, i33 
et 206. 

Barlette, prédicateur du iS^ siècle. Passage ordurier d'un de 
ses sermons, 336. 

Baubo, femme d'Eleusis. Donne Thospitalité à Gérés- lui ofire 
le Cfcéon pour la rafraîchir, i35. Emploie un moyen singulier et 
obscène pour la déterminer à le boire , i36. 

Belus. a son temple dans Babylone. Idole qui s'y trouvait et qui 
représentait les deux sexes, 90 et 91. On y voyait un lit, où ve- 
nait chaque nuit coucher une femme de Babylone, que le dieu 
e'pousait, 204. 

Bergamasques. INora que Rabelais donne aux ceintures de chas - 
teté , 3o5. La note. 

BiBLOS, ville de Phénicie. C'est dans cette ville qu'Isis trouve 
le corps d'Osiris; son époux , 6^. Adonis, dieu-soleil, y est adoré, 88. 



DES DIVINITÉS GÉINÉRATRICES , ETC. 4^7 

Ce que racontent les prêtres de Biblos sur Adonis, 89. Les jeunes 
filles de cette ville adorent Ve'niîS sous le nom à''Astarté , et se 
prostituent en son honneur, 194. 

Boeuf Apis. Voyez Taureau. 

Bouc. Signe du zodiaque, appelé aujourd'hui Cocher céleste ou 
le Chevrier , est place' dans la division zodiacale du Taureau, 23 
et 24. U est adoré comme l'emblème du soleil du printemps, 24 
et 4o5. Sous le nom de Pan à Mendès et à Chemmis, 34 ^ et sous 
celui d'Apis en Egypte ,2 5. 

Bouc. Il mérita d'être placé au rang des dieux, à cause de son 
membre génital, 33. Ce membre fut adoré , id. Le Phallus en est 
le simulacre, 33 et 34- Culte qu'on rendait au Bouc sacré, 44 et 
45 5 ressemble à ceux qu'on rendait à Pan, à Priape et au taureau 
Apis, 45- 

Bouc. Les Egyptiennes se prostituent à lui, ^6. Le bouc leur 
préfère la chèvre, 47- Reste de ce culte à Chemmis, 46 et \'j. Bouc 
chargé des iniquités du peuple chez les Hébreux , 48. Bouc Azima 
a créé le ciel et la teri'e , id. • Bouc adoré dans les grottes d'Iloura, 
dans l'Inde , sous le nom de Mendès , 48. Les Romains se refusent 
à adopter les prostitutions, du culte des boucs; adoptent les Lu - 
percales qui y ont du rapport, 49 et 5o. Bouc représenté dans Per- 
sépolis, comme le Taureau céleste Test dans les bas-reliefs de Mi- 
thra, 91. 

Bracquemart de Rolla>"d. Les femmes le baisent pour devenir 
fécondes, 286. 

Braguette. Ce que c'était, 33i j indécence de ce vêtement , 
332. 

Brantôme. Immoralité de son volume des Daines galantes, 
340, 341 . 

BuRCHARD, évêque de Worms. Obscénité de certains canons pé- 
nitenciaux qu'il a recueillis, 261 et 262. La note. 

BuBASTis. Ville d'Egypte où se célébrait la fête de Diane, 223 ; 
décences des Égyptiennes en se rendant à cette fête, id. 



CabaretiÈre de Vernon, maîtresse du moine Gaguin. Vers qu'il 
iui adresse, 338. 



428 TABLE KAISOWNÉE 

Câbires, i5i. Voyez Coryhantes. 

Canara. Pays de l'Inde où les jeunes filles sacrifient leur virgi- 
nité' à l'idole de Chiven, io8. Les prêtres de ce pays vont tous 
nus, et les femmes leur baisent, par de'votion, leur partie 
sexuelle, iio. 

Canephores. Jeunes filles portant des corbeilles à la procession 
de Bacchus, i25. 

Canons PENiTENCiAUX. Obscénités qu'ils contiennent, 262, 263, 
264 et 265. 

Carrara (François de). Met en vogue, à Padoue, les ceintures de 
chasteté, 3o3. En est puni, idem. 

Carthage. Sa fondation. Des prostitutions religieuses sont éta- 
blies, près de cette ville, dans un lieu appelé Sicca f^eneria, igS. 

Castruccio de Castracani. Fête indécente qu'il donne, 322. 

Cazzagio. Droit qu'exigeaient quelques seigneurs du Piémont 
sur les nouvelles mariées, 3io, 3ii. Voyez Piémont. 

Ceintures DE chasteté. Leur origine, leurs progrès en Italie, 
3o3. La mode n'en est point adoptée en France, 3o4. 

CÉRÉMONIES PUBLIQUES, remarquables par leurs indécences, 322, 
323, 324, 325. 

CÉRÉMONIES RELIGIEUSES, indécentes, 353 et suivantes, 354, 355 
etsui vantes, 36o et suivantes. 

CÉrÈs. Le culte du Phallus fait partie des mystères de cette 
déesse, appelée la T^ierge sainte, i33. Cérès cherche par tout le 
monde sa fille Proserpine j s'arrête à Eleusis , dans l'Attique ; 
sa douleur lui fait refuser le Cycéon que lui présente la femme 
Baubo , i35. Elle l'accepte lorsque cette femme est parvenue à la 
faire rire, i36. 

CÉLIBATAIRES. Pciucs portécs contie eux parles lois de Lycur- 
gue, 227. Sont une des causes secondaires de la corruption des 
mœurs, 3 1 5, 3x6. 

Chair humaine, vendue dans les marchés, 38^. La note. 

Cham se moque de son père Noé, qui montrait sa nudité j il en 
est puni, 218. 

Chanoines de la cathédrale de Lyon, ont le droit de coucher 
avec les nouvelles épousées de leurs serfs, 3x2, 3x3. Liberti- 
nage des chanoines j ont chacun plusieurs concubines , 38o. 



DES DIVIINITÉS GÉJNÉRATRICES^ ETC. 420 

Charles VI , roi de France. Protège un lieu de prostitution 
établi à Toulouse et appelé la Grande Abbaye, 317, 3 18. 

Charles VII protège le même lieu, 3i8. 

Charles-le-Témeraire. Donne une fête à Lille, 324^ spectacle 
qu'on y Toit. 

Chemmis. Nom d'une ville du Delta qui signifie bouc, et où le 
bouc zodiacal e'tait adore' sous la forme d'un bouc vivant, 24. 

Chèvre : groupe du satyre et de la chèvre du muse'e de Portici 
et du musée de Dresde, ^16. 

Chiveiv ou SivEN , ScivA EswARA , IxoRA. Divinité' indienne. 
Ses sectaires révèrent le Lingam , 96, 97. Le Lingam, ou le simu- 
lacre du sexe masculin, est son emblème, 96. Fables composées sur 
ce Dieu et son Phallus, 112 et 11 3. 

Chrétiens. Ils détruisent le culte du PJiallus en Egypte, 69. 
Déclament sans succès contre les Phallus, eu Grèce, 146 et 147; 
contre le Phallus des Romains, 179. Les Esclavons, adorateurs de 
Priape, immolent des chrétiens à cette divinité, 244 et 245. 

Culte de Priape parmi les chrétiens, 247. 

Chrétiens (les) n'ont pas les mêmes raisons que les païens pour 
rendre un culte à Priape, 3oo. 

Ciboire d'un église de Rouen, où se voient des priapées, 243. 

Circoncision. Son ancienneté, son objet, 184. De quelle ma- 
nière elle est honorée suivant les rabins, 219. 

Clermont-Soubiran. Petite ville du Languedoc; manière indé- 
cente dont on y punissait les adultères, 309. 

CoLOPHON. Ville de l'Ionie où Priape recevait un culte particu- 
lier, 143. 

Côme et Damien (saints). Ces deux saints remplissent, en par- 
tie, le rôle du dieu Priape, 293. On les invoque, comme on invo- 
quait Priape, pour des maladies secrètes, 295, 296. Phallus en 
cire, qu'on leur présente, 294, 296 et 296. Huile de Saint-Côme. 
Onction que l'on en fait , 297 et 298. Les prêtres vendent cette 
huile aux dévots, 298. 

Concile de Constance. Gx'and nombre de concubines sui- 
vent les pères de ce concile, 377. 

Concubinage. Il n'était point prohibé chez les anciens^Hébreux, 
i85 et 186. Concubinage public des prêtres chrétiens, 373. Est au- 
torisé par les évêques, qui en retirent un profit, 374 et 376. 



/|30 TABLE KAISONNÉE 

Concubine. Les anciens patriarches en avaient : leurs épouses 
mêmes leur en fournissaient , i85. Salomon , outre sept cents 
e'pouses reines, a trois cents concubines , i86, 187. La même con- 
cubine servait au père et au fils, 186. 

Concubines des prêtres cbi-e'tiens , autorise'es par les e'vêques , 
qui vendent la permission d'en avoir, 878 et 874. Grand nombre 
de concubines suivent les pères au concile de Constance, 877. Con- 
cubines des e'vêques assistaient aux visites qu'ils faisaient dans leur 
diocèse, 878. 

Concubines des chanoines, 879. Concubines des prêtres en gé- 
néral, id. Sont arrogantes , et veulent avoh' les premières places 
dans l'église, 878. La note. 

Confesseurs. Ils fouettent les pénitens, 854- Vendent la confes- 
sion , 854 et 855. La note. 

Congo. Dans une fête célébrée en cette partie de l'Afrique, 
on porte un grand Phallus, comme autrefois en Egypte, 53, 54- 

Congres. Ce que c'est, 3o6^ ses indécences, 807 et 808. 

Consacrées, Consacrés. Wom que le texte hébraïque de la Bi- 
ble donne aux prostitués des deux sexes, 196. 

Conte , ridicule et obscène , donné comme un événement véri- 
ble par un prêtre, 889. 

Continence. Désordres qui résultent des lois qui l'ordonnent, 
261 et 262. Les lois qui prescrivent la continence sont très-souvent 
violées, 8i5 et 816. Question de savoir si la continence du clergé 
est cause de ces désordres, 886. 

Coquillage univalve , pendu au cou comme une amulette , 
258. 

Corbeilles sacrées portées par les canéphores. Objets mysti- 
ques qu'elles contiennent , 125. Appelées ci5/e , et transportées en 
Italie par des corybantes, i5i et i52. 

Corne du bélier céleste, attribuée à Jupiter-Ammon, 27. 

Corne du taureau céleste, donnée à Bacchus , à Harpocrates , à 
Achéloûset autres dieux, 28. — Conie d'abondance. Son origine, 
ic?. Corne d'abondance attribut de Priape, 171 et 240. 

Corybantes. Introduisent le culte de Bacchus et du Phallus en 
Italie et enEtrurie, ï5i. 

CoTiTTO. Espèce de Vénus populaire : ses mystères nocturnes, 
188 et 167. 



DES DIVINITÉS GÉNÉUATRICES, ETC. 43 1 

Coutumes. Il ne faut point juger celles des peuples étrangers 
d'après nos prëjuge's, loi. 

Courtisanes de la Grèce( Étaient prêtresses de Vénus, 199, 
200. Voyez Femmes publiques. 

Croix. Suivant plusieurs savans, la croix repre'sente le Phallus; 
la triple crois, le Triphallus, 58, Sg, 167 et 168. Croix applique'e 
à la planète de Vénus 5 trouvée dans le temple de Sérapis à Alexan- 
drie, 60. 

Croix chrétienne, accolée chez les Indiens avec le simulacre de 
la génération , i o3 . 

CuissAGE ou Droit de cuisse. Droit par lequel divers seigneurs 
plaçaient une cuisse dans le lit de la nouvelle mariée, 3i3 et 3x4. 

CuLLAGE, CuLLiAGE , Jus cunni , droits féodaux. Voyez i?/a7'- 
chette. 

Culte. Conformité des cultes rendus au taureau Apis, au bouc 
de Mendès, à Pan, et à Priape, 43, 44 ^t 4^- 

Culte des Morts. Changemens qu'il opère dans toutes les reli- 
gions, 406 et 4^7- 

Cure (un) plaide pour soutenir le droit qu'il dit avoir de cou- 
cher avec les nouvelles mariées de sa paroisse. Jugement de la 
cour de Bourges à cet égard, 3i3. Curé de Paris qui assiste nu à 
une procession, 364- Curé de Saint-Eustache, plus raisonnable que 
ses confrères, 366. Les habitans des campagnes demandent que les 
curés aient des concubines , pour qu'ils ne débauchent point leurs 
femmes, 3^6. Voyez Prêtres. 

Cyceon : boisson mystérieuse en usage dans les mystères d'E- 
leusis. Cérès refuse d'en boire, i35. Elle y consent enfin, i36. 
Cyllenieiv'S. Ils rendent un culte particuher à Priape, i43. 

D. 

Dante (le) parle de l'impudicité des dames de Florence, 326. 

Davanzati (Joseph), archevêque de Trani, abolit les restes du 
culte de Priape en cette ville , 292 . 

David. Découvre, on dansant, sa nudité dans une cérémonie pu- 
blique. On se moque de lui- ce qu'il répond à sa femme Michol, 
218. 



432 TABLE KÂIS0N1VÉ13 

DÉESSE. Excessive dépravation des mystères de la bonne Déesse 
à Rome, 211 et 212. 

Devedassïs. Danseuses nommées Bayadères par les Europe'ens • 
leur initiation aux mystères de l'amour, 100. 

Diable. Celui repre'senté sur le tombeau du roi Dagohert porte, 
à la place du sexe , une face humaine , 233. La IVbte. Joue un tour 
diabolique à un prêtre libertin, 339. 

Diane-Anaïtis. Est la Venus des Arme'niens, 197. On l'honore 
par des prostitutions religieuses, 198. 

Dieu. Celui des He'breux, fort en colère contre ceux qui se li- 
vraient au culte du Phallus , 72. Ordonne que tous les princes du 
peuple soient pendus , ibid. Moïse ne suit point cet ordre , et fait 
passer au fil de Fe'pée vingt-quatre mille hommes, id. INouvel ordre 
de Dieu portant que tous les Madianites soient tués pour le même 
sujet, ^3. 

Dieux. Un grand nombre est invoqué dans l'acte du mariage , 
i5g. — La note. Dieux qui couchent avec des femmes , et les 
épousent pendant la nuit dans leur temple , 204 et 2o5. — 
Dieux du Capitole introduits dans la Gaule et la Germanie, 238. 

Dijon. L'usage de donner les innocens e'tait établi autrefois 
dans cette ville, 371. 

DiONYSius. Surnom de Bacchus chez les Grecs, i23 et 124. Voyez 
Bacchus. 

Dionysiaques . Fêtes grecques, 124. Se célébraient huit jours 
avant les Pamylies des Égyptiens, ibid. Leur simplicité dans 
leur origine, 124 et 126. On y portait le Phallus, i25. Descrip- 
tion de la pompe rehgieuse des Dionysiaques, 126, 126 et suiv. 

DiAPHALLUS, ou double Phallus, 167, 

DuRiVAU. Voyez Rivau (du). 

E. 

Eau. Celle découlée du Lingam est sacrée, et produit des 
miracles dans l'Inde, 106. 

EccE Homo : comment représenté, 347. 

Ecosse. Les rois de ce pays avaient le droit de coucher avec les 
nouvelles mariées, 3t2. Los habitans se soulèvent contre ce droit 
odieux, id. 

Efféminées. Ce que c'est j leurs cabanes, 1 96 et 197. ^za, roi, les 



T>ËS DIVINITÉS GÉNÉRATRICES , ETC. 43^ 

•ï;hasse Je son pays, et Josaphat, son fils, en fait exterminer un 
grand nombre, 197. Josias fait abattre leurs cabanes, id. 

Egypte. Du culte du Phallus en ce pays, Sa et suiv. Soldats 
d'Egypte se de'couvrent devant leur roi Psammetichus, 217. 

Égyptiennes Se de'couvrent devant le taureau Apis nouvel- 
lement élu, ^2. Se prostituent au Bouc sacré, 47; qui leur pre'- 
fère des chèvres, id. Portent à la fête de Bacchus un grand Phal- 
lus en procession , et le font mouvoir, 54- Leur inde'cence en se 
rendant à la fête de Bubastis, 223. Celle des Égyptiennes moder- 
nes ,'224. 

Élephanta. Pagode indienne près de Bombay, 98 j |inde'cence 
de ses bas-reliefs, idem. 

Eleusis. Lieu de l'Attique oùse célébraient les mystères de Gé- 
rés, i33. On y chante un hymne où l'aventure de Baubo et de 
Ccrès est exprimée, i36. 

Elissa. Fuit la ville de Tyr, aborde dans l'ile de Chypre, 192^ 
y arrive pendant que les jeunes filles célèbrent la fête de Vénus , 
en enmène quatre-vingts , et les maiie avec les jeunes Tyriens de 
son expédition j fonde la ville de Carthage, 193. 

Embrun. Dans la principale église de cette ville était le Phallus 
de Saint Foutin : culte que les femmes lui rendaient, 269. 

Époptes. Mnistres du culte de Cérèsj ce qu'ils cachent aux 
initiés, i34. 

Époux. Procédure indécente à laquelle sont soumis ceux qui 
demandent le congrès, 3o6, 307 et 3o8. Assujétis à des lois tyran- 
niques de la féodalité, 309 et suiv. 

Équinoxe du printemps , célébrée par des fêtes chez les anciens, 2 1 . 

EscLAVONS. Us adorent Priape sous le nom de Pripe-Gala, lui 
offrent des sacrifices humains, 245 et 246. 

Estomacs découverts. Déclamation des prédicateurs contre cet 
usage, 329 et 33i. 

Etrurie. Introduction du culte du Phallus en ce pays, i5i et i52. 

ÉvÊQUES. Ceux d'Amiens ont et usent du droit de coucher avec 
les nouvelles mariées, 3i3. Évêque des Foux : comment élu, 352. 
Celui de Strasbourg ne veut point permettre le mariage aux prê- 
tres de son diocèse j plainte à cet égard, 374. Évêques d'Allema- 
gne vendent aux prêtres la permission d'avoir des concubines, 374 

n. a3 



454 TABLE RAISON IN ÉE 

et 375. Ércque anglais touche le sein des religieuses pour juger de 
leur chasteté, 882. 

Excommuniés .'|Se laissent fouetter tout nus pendant la marche 
des processions pour obtenir Tabsolution, 355. 

Ex-voto, offerts à Priape. Étaient des Phallus, 174. Ex-voto 
priapique de la ville d'Aix en Provence, 289. Ex-voto priapique 
qui était dans la chapelle de Saint-Foutin de Varages, 268. Ex- 
voto offerts à Saint-Côme et Sain t-Da mien, 294 et suiv. 

Ex-VOÏO PHALLIQUE, l^XO. 

ÉzÉCHiEL , prophète. Ce qu'il dit de la fornication des femmes 
Israélites, avec des Phallus d'or et d'argent, 78 et 79. 



Fables mythologiques. Elles furent composées après la naissance 
de l'idolâtrie, 89. Les fables du Phallus ou de Priape n'ont aucun 
sens allégorique, ^o. Fable du Phallus chez les Égyptiens, 65 et 
suiv. 

Fables égyptienne, phémcienne et phrygienne, sur l'origine du 
Phallus, s'accordent en un point, 90. Fables indiennes sur le Lin- 
gam, 112 et suiv. Fables des Grecs sur le Phallus, i3oetsuiv. 
Leur obscénité , i32 , i33 et i34- Fables de Priape , leur indé- 
cence, 139. Fable de l'Ane consacré à Priape, 140. Fable des 
Propœtides , inventée pour inspirer la crainte de Vénus, 20 ï. 
Fables racontées par un docteur en théologie sur des Phallus, 359. 

Fascinum. Nom du Phallus-Amulette chez les Romains, 164. 
C'est un préservatif puissant, 164 et i65. Diverses circonstances où 
il est employé, id. Ses formes variées : est adjoint a.\xMullos, i65, 
et empreint sur divers objets mobiliers. Il y en eut de doubles et 
de triples 167. Fascinum en usage parmi les chrétiens, 248. Peines 
portées contre ceux qui l'invoquent, 249 et 25o. Fascinum pendu 
au cou et aux épaules des femmes et des enfans pour éloigner les 
regards de l'envie, 249 , 257 et 291 . 

Fascinum en usage dans le royaume de Naples, appelé Fica , 
29T. 

Faune, même divinité que Pan , Satyre , Priape , 45 , 4^9 ^t 
410. 

Femmes égyptiennes. Se découvrent devant le taureau Apie, 



DES DIVINITÉS GÉNÉRATIIICES , ETC. 455 

4a \ se prostituent au Bouc sacré, 4^. (Voyez Égyptiennes.) Fem- 
mes Israélites : fabriquent des Phallus et en abusent , 78 et 79. 
Femmes indiennes : mettent une partie de leur coi'ps en contact 
avec le Phallus ou Lingam. Les jeunes épousées sacrifient au Phal- 
lus leur virginité, 108. Femmes de l'Inde baisent la partie sexuelle 
des prêtres de Chiven, iio. 

Femmes turques (les) baisent la partie sexuelle des fous ou saints 
de Dieu, 1 1 1 , la note. Femmes de Lampsaque sont courtisées par 
Priape, i4o. Femmes romaines couronnent le Phallus, i54; le 
placent dans le sein de Vénus, iSS^ ont 'un sénat où elles se ras- 
semblent pour décider sur des matières de galanterie ou de dé- 
bauche, 1575 s'asseyent sur le Phallus, 160,161 ; l'enjambent, 162. 

Femmes (les) mariées des Hébreux procurent des concubines à 
leurs maris, i85. Salomon a sept cents femmes, outre trois 
cents concubines, 186. Femmes de Babylone se prostituent en 
l'honneur de Vénus, 190 et 191. Celles de Chypre , de Paphos, en 
font autant, 192. Même usage près de Carthage, 194^ à Biblos, 
iW. • à Héliopolis 5 au temple des Aphaques, 195^ chez les Israé- 
lites, 196 et 197; en Arménie, ic?. • chez les Lydiens, 198 j chez 
les Augiles, id.-.^ lesNasamons, id. Les Femmes de Naucratis se 
prostituent dans cette ville, 199. Celles des Gindanes s'hono- 
rent de leurs prostitutions; comment, 201. La note. 

Femmes. Celles deBabylone, épousent les dieux pendant la nuit 
dans leur temple, 204 ; celles de Thèbes font de même, 2o5; ainsi 
que celles de Patarès- et celles de Jagrenat, id. Moïse défend aux 
Hébreux de découvi'ir les femmes qui leur sont parentes, 221. 
Action indécente et courageuse des femmes des Perses, 224. 

Femmes ( les vieilles ) mettent en vogue les mandragores en 
France, 2 53. .Femmes qui portent à leur coiffure des formes du 
Phallus, 260. Les Femmes chrétiennes ont imité des anciens les 
fornications avec le Phallus, 261. Pratiques magiques et obscènes 
des femmes chrétiennes pour se faire aimer de leurs maris ou pour 
les faire périr, 262 et 263. La note. 

Femmes (les) invoquent, pour devenir fécondes, saint Foutin de 
F'arages, 268 ; saint Foutin d' Embrun, saint Foutin de Poligny, 
saint Foutin de Ci^as,'i']Oj une idole appelée Ters , 280, 281 et 
282 ; et saint Foutin duPuy, en Velay ,271. EUes font des 
libations aux Phallus, les raclent et en avalent la poussière, 



456 TABLE RAISON (NÉE 

269, 371 j elles en font autant à saint GuerUchon , i'j\ • et à saint 
Guigiwlé , 277. 

Femmes (les) s'e'tendent , pour devenir ft^condes, pendant neuf 
jours sur la fîgui^ horizontale de saint Guerlichcn, 274^ demémequc 
sur le tombeau de saint Antoine-de-Paule, à Saragosse, 287 . La note. 

Femmes (Inde'cènces des) ste'riles en invoquant St. René', 276 et 
276. Elles lèvent le tablier qui couvre le sexe de Tidole de saint 
Ainaud, 276. Celles des environs d'isemia, offrent des Phallus 
en cire aux saints Côme etDamien, baisent ces Phallus, 295 et 296. 

Femmes : comment elles sont fe'conde'es par les vertus de saint 
Côme et de saint Damicn, 296 et 297. 

Femmes et filles accuse'es d'impudicite's, sont visitées toutes nues 
3o5. Femmes mariées visite'es, 807 ; même par des hommes, 3o8. 

Femmes adultères : comment punies autrefois, 3o8 et 809. 

Femmes publiques, condamne'es à parcourir la ville toutes nues 
et monte'es sur un âne, 3 10. Les femmes nouvellement mariées 
sont assujéties à recevoir leur seigneur dans leur couche , id. et 3i i . 

Femmes pubiques (les) font un pet, pour le seigneur de Montlu- 
con, en entrant dans cette ville, 3i4 et 3i5. La note. 

Femmes publiques : sont réunies par Guillaume VII, duc d'Aqui- 
taine, dans un couvent où elles sont pre'sidées par une abbesse,3j']. 

Femmes publiques de la grande abbaye de Toulouse, prote'gëes 
par Charles VI , 817 et 3i 8 j et par Charles VU, 3i8. 

Femmes publiques de Paris. Elles sont soumises à une organisa- 
tion, font des processions , suivent la cour, et font le lit du roi des 
Ribaiids, 319. 

Femmes de la cour, à demi-nues, servent à table en un festin, 
322. Trois femmes flamandes figurent toutes nues dans un specta- 
cle public, pour repre'senter les trois de'esses du jugement de Pâris^ 
324 et 325. 

Femmes qui ont la gorge nue , 826 et suiv. ; comment elles en 
sont punies, 8295 comment elles gagnent leur dot, 882 et 338. 
Voyez Parisiennes, Indécences. 

Femmes qui se fouettent et suivent les flagellans, 356. Les fem- 
mes font en chemise certaines ce're'monies religieuses , 359 ^^ ^^ '•> 
assistent, nues en chemise, aux processions , id. et 862^ y assistent 
toutes nues, 864. Différens pays où les femmes se prostituent aux. 
étrangers, 897 et suivantes. 



DES DIVINITÉS GÉiNÉRATRICES, EIG. l\Tyj 

FesiNE. INora que les Français donnaient au Fascinum des Ro- 
mains, îSc. 

FÊTES publiques et privées où Ton voit des femmes nues, 822 
323, 36 1 et 362 j avec des postures indécentes, 32 \. Fêtes des Fous et 
des Soudiacres, 35 1, 352 et 353. 

Fie A, nom du Fascinum en Italie, 291 . 

Fille qui se prostitue pour gagner de l'argent , aûn de payer 
son confesseur à Piîques, 354 ^^ note. 
Filles. Voyez Femmes. 

Flagellans. Leur troupe vagabonde dans divers pays, leurs in- 
décences , 355 et 356. Les femmes se rangent parmi les flagoilans , 
356 j sont enfin organise's en sociétés, 357. 

Flagellatio:;«s. Les pénitens les recevaient de leurs confes- 
seurs, 354. Saint Louis se soumet à cette pénitence, id. 

Fontainebleau : peintures obscènes de ce château 5 la reine les 
fait détruire, 346. 

Fornications des Égyptiennes avec le bouc de Mendès, 46 et 
47 ; des Hébreux avec les femmes des Madianites, 7a 5 des femmes 
israelites avec des Phallus d'or et d'argent, 78 et 79. Les Indien- 
nes forniquent avec les prêtres, croyant jouir des embrassemens 
de leur dieu, 109. Défendues aux Hébreux, 196. 

Fornications des chrétiennes, et même des religieuses qui for- 
niquent avec des Phallus comme les femmes Israélites, 261 et suiv. 
FoTiN ou FouTiN , saint qui remplit chez les chrétiens les fonc- 
tions de Priape, 268 5 saint Foutin de Varages , figure des ex-voto 
de sa chapelle, 269^ saint Foutin d'Embrun, représenté avec un 
long Phallus : les femmes lui font des libations avec du vin , 269 • 
saint Foutin de Poligny ^ de Cruas 5 saint Foutin près Tracros en 
Auvergne, 270; ses formes phalliques encore existantes, 271. 

Fous (les) sont honorés chez les Turcs comme des saints de 
Dieu : ils sont nus. Étrange hommage que leur rendent les fem- 
mes, III. La note. Fête des Fous, 35 1 , 352 et suivantes. 

Foutin ( saint) paraît dériver du nom de Tutinus ou Futinus. 
i58. La note. 

Foutin (saint) du Puy en Velay : pratique employée par les 
femmes pour être fécondées par ce saint, 271. 

Foutin (saint). En Allemagne, les nouvelles mariées d'-posent 
sur son autel leur robe de virginité, 373. 



438 TABLE RAISONNÉE 

Fraude pieuse. Trahison ainsi qualifiée ^par Piètre, abbë de Vau- 
Cernay, 342. La note. 

Fricco, Dieu-germain. 11 est repre'senté avec un énorme Phal- 
lus, et n'e'tait auparavant qu'un Phallus isole, 286. 

Frigga, divinité' femelle correspondante au dieu Fricco : c'e'tait 
la Venus des Germains et des Scandinaves, 236. 

Froissart, chanoine et historien de France. Ses expressions or- 
durières, 337. 

G. 

Gaguin, moine et historiogi-aphe de France. Ses écrits obscènes, 
338. 

Garçons et Filles publiquement dévoués à la prostitution dans 
la petite ville de Villefranche en Beaujolais, 32 1 et 322. Il leur est 
défendu d'insulter les bourgeois, à peine d'être battus, 322. 

Gaulois. Le culte du Phallus et de Priape n'existait point 
chez eux avant l'arrivée des Romains , 234- Us étaient moins 
chastes que pudiques, 232. Les premières idoles qu'ils fabriquent, 
à l'exemple des Romains, ont toutes le sexe couvert, 233. Les 
Romains introduisent chez les Gaulois les dieux du Capitolc 
et le dieu Priape, 238. 

Génération. Son acte était honoré dans plusieurs pays, 182- 
est sanctifié, 189 et suiv. Divinités qui y président. Voyez Vénus, 
Priape, Mylitta, Astarté , Diane- Anais , Cotytto, la Bonne 
Désse, Bacchus, etc. 

Germains. Le culte du Phallus était introduit chez eux avant 
l'arrivée des Romains dans leur pays, 235. Leur dieu Priape était 
nommé Fricco, et leur déesse Vénus, Frigga, 236. Les Romains 
introduisent chez les Germains les dieux du Capitole , ainsi que le 
dieu Priape, 238. 

Gilles (saint), saint Priapique, révéré en Bretagne, 275. 

GiNDANES, peuples de la Lybie. Ils portent les marques de leurs 
prostitutions fréquentes, et s'en honorent, 199. La îiote. 

GoDEFROY DE BouiLLON. Envoie le prépuce de N. S. à Anvers, 
pour y remplacer le culte de Priape, 281. 

Gorge nue des femmes. Déclamations des prédicateurs contic 
cet usage, 327 et suiv. Châtiment épouvantable réservé aux fem- 
mes qui découvrent leur gorge, 328 et 329, 



DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES, ETC. 4% 

Gorge r^uE des hommes. Voyez Estomacs. 

Grâces (les trois) de Germain Pilon, placées dans une église, 348. 

Grecs. Du culte du Phallus chez eux, 120 et suivantes. Ils 
composent leur religion de tous les cultes des Orientaux, i23. 

GuERLiCHOjj (saint), saint Priapique, révéré à Bourg-Dieu, 278 
et 274' Les femmes y faisaient des neuvaines, s'étendaient sur la 
figure du saint, et raclaient son Phallus, 274» 

GuiGNOLÉ (saint) , saint Priapique , révéré dans les environs de 
Brest j son Phallus, rûclé par les femmes stériles, ne diminue point, 
277. Son culte a existé jusqu'au 18^ siècle, idem. 

Guillaume VII, duc d'Aquitaine, établit à Niort un lieu de 
prostitution présidé par une abbesse, 317. 



H. 



Harpocrates, Dieu-soleil, représenté avec les cornes du taureau 
zodiacal, 28. 

Hauts lieux : ce que c'est chez les Hébreux, 78. 

HÉBREUX. Du culte du Phallus chez ce peuple , 71 et suivantes. 
Vingt-quatre mille d'entre eux sont égorgés par ordre de Moïse et 
par la main de leurs parens, pour avoir rendu un culte à Béel 
Phégor, 72. Ils continuent, malgré cette punition, à rendre un 
culte à ce Dieu, 74. Adorent Priape sous le nom de Miphelet- 
zeth, 77. 

HÉBREUX. Le concubinage est en honneur chez eux, i85. L'in- 
ceste a lieu sans blâme, 180 j mais ils rejettent les jouissances 
nuisibles à la population, 187. La virginité est vm opprobre 
chez ce peuple, 187. Les prostitutions religieuses sont proscrites 
par Moïse, ig6. Néanmoins elles y sont en usage, 197. Leur 
manière singulière en prononçant un serment, 219. Moïse leur 
défend de découvrir leurs parentes, 221. 

Héliopolis. Le temple de cette ville est consacré à Vénus et 
aux prostitutions religieuses, igS. 

Hercule. Idole de ce dieu trouvée en Bretagne, le sexe cou- 
vert par une ceinture tenant une peau de lion , 232 et 233. 

Hermaphrodite. Idole ayant les deux sexes, dans le temple de 



44o TABLE BAISONNÉÈ 

Belus à Babylone, 90. Bardesatie a vu une pareille idole dans 
rinde, 93 j elle y existe encore, 95. 

Hermès. Pierres de boraes auxquelles on adjoint une partie du 
bouc ou du taureau céleste, 27. Hermès au membre droit exis- 
tait chez les Pelasges, avant les colonies e'gyptiennes , 122. Priape 
est repre'senté à Lampsaque comme un Hermès, i38. Il est repré- 
senté de même dans d'autres parties de la Grèce, i38 et suçantes, 
408. 

Hermès. Alcibiade et ses compagnons de débauche détruisent 
les Hermès d'Athènes; ces Hermès sont des espèces de Priapes, 
i38. Philippe, roi de Macédoine, comparait les Athéniens aux 
Hermès : pourquoi, id. Hermès-Priape, i43. Hermès-Casmillus, 
408 et 409. 

Hermontis. Temple de l'ancienne Egypte : ses bas-reliefs, 63. 

Heures. Livres de prières: leurs miniatuxes obscènes, 346 /a no/e, 

HiÉrapolis. Temple magnifique de cetteville, 81. Ses richesses, 
82. Deux Phallus colossaux se trouvent à l'entrée de ce temple, 
id. Leur hauteur extraordinaire , 83. 

Hoel-le-Bon. Loi singulière qu'il établit pour les filles violées, 
320, 221. 

HortanÈs. Surnom sous lequel Priape était adoré chez les Espa- 
gnols, 239 et 409- 

Ho RUS. Dieu du jour, 66. 

Huile sainte. Manière indécente d'employer celle de saint 
Côme et de saint Damien, à Isemia, 297 et 298. 

L- J. 

Jacob. Épouse les deux sœurs. Chacune d'elles lui fournit une- 
concubine, i85 et 186. Jacob exige que Joseph , en faisant un ser- 
ment, mette sa main sur sa cuisse, ou plutôt sur sa virilité, 219. 
Ses deux femmes , Lia et Rachel , se disputent la possession des 
mandragores, 252. 

Jagrenat. Pagode de l'Inde, 98. Les brames y donnent une 
femme à leur dieu, 109 et 2o5. 

Jeanne I^e, reine de Naples. Fonde à Avignon un lieu de prosti- 
tution présidé par une ahhesse , elle en fait les règîemens, et en 
pxclut les Juifs, 32Q. 



DES DIVINITÉS GÉNÉllATRICES , ETC. 44^ 

Jephtk. Va pleurer sa virginité sur les montagnes, 88. 

JÉSUITES de riude. Leur querelle avec un capucin de Pondy- 
chëri, 102, 

Jeux qui se pratiquaient en Grèce pendant les grandes Dionysia - 
ques, 129. 

I]SDE. Culte du Phallus dans Tlnde, gB et 5UiV. Filles de Plnde 
croient ne pouvoir être reçues en paradis avec leur virginité, 188. 

Indécences. Celles des figures représentées dans les pagodes de 
l'Inde, 197, et suiv. Indécence des groupes de satyres qui sui- 
vaient la pompe religieuse de Bacclius chez les Grecs, 127, 128 et 
129. Indécence de l'aventure de Bacchus et de Polymnus, 129; de 
celle de Baubo et de Cérès, i35 et i36. Indécences des femmes ro- 
maines dans la cérémonie du Phallus, i54 et i55. Voyez Femmes. 
Indécence dans la manière dont les Hébreux prêtaient les sermens, 
219. Les Arabes^ modernes suivent la même pratique, id. et 220. 
Indécences prononcées par les filles violées dans le pays de Galles, 
221. Indécences défendues par IMoise, 222. Indécence des femmes 
égyptiennes, en se rendant à la fête de Bubastis, 223. Indécence 
des femmes des Perses en une circonstance péi-illeuse, 224. 

Indécences. Quelques-unes sont indiquées par les lois de Ly- 
curgue, 225 et 226. Leur motif , 228. Indécences pratiquées par 
des femmes chi-étieunes pour se faire aimer de leius maris, ou 
pour les faire péi-ir, 262. La note. Pareilles indécences des mêmes 
femmes etdes religieuses, 263, la note. i6^,la note, €t265,lanote. 
Indécence des femmes en invoquant saint René, 275 et 276. Indé- 
cence ^» onctions faites avec de l'huile de saint Corne et de 
saint iMmien, à Isernia, 298. Indécences de quelques usages rela- 
tifs au culte du Phallus, 3oi et suii\ Indécence de la visite des 
femmes accusées d'impudicité , 3o5. Indécence de la procédure du 
congrès, 3o6, et suiw. Indécence des peines portées contre les 
adultères, 3o8 et 309. Indécence des peines portées contre les 
femmes publiques, 3io. Indécence du droit de marchette, 3io. 
Indécences de quelques droits féodaux , 3 1 3. Indécences de quel- 
ques fêtes et cérémonies publiques, 322, et suw. 

Indécences dans les vêtemeus, 325 5 des dames de Florence, d'A- 
vignon, de Gênes, 325 et 326^ des femmes françaises, 327 , et 
suiy, Indécence dan? les vctemcns des homme?; 329 et 33o. In- 



442 TABLE KAISONNÉE 

décences dans les manières de parler ou d'écrire, 33 1 et 5/aV. In- 
décences des Parisiennes aux bains, 334- Indécences des prédica- 
teurs, 332 et suw. Indécences des conteurs, des poètes et des histo- 
riens, 337^ des théologiens, 338, à 34o. 

Indécences des écrits de plusieurs prêtres , moines ou évèques , 
336, 337 et 5atV. Indécences des tableaux , tapisseries, peintures, 
statues , qui se trouvaient anciennement dans les palais des rois, 
dans les églises, dans les livres de prières, 3^5 et suiVante*. In- 
décences de la Fête des Fous, 35o et suii^. Indécences des pénitences 
publiques et privées, 353 et 354- Indécences des flagellans, 355 et 
356. Indécences des processions chrétiennes, 358 et suii^. Pratiques 
indécentes exercées contre les paresseux, 367. Contre le sexe en 
certains jours, 371. 

Indécences : plus les représentations priapiques étaient indé- 
centes, plus les anciens croyaient se rendre agréables à la divinité, 
412. Indécence de plusieurs monumens anciens et modernes, 4ï4 
Indécence des représentations de deux vases du musée de Portici, 
416 et suiw. 

Infanticide. Crime autrefois commun dans les couvens de reli- 
gieuses, 38o et 38i. 

Innocens : donner les Innocens, ce que c'est, 369. Indécence de 
cet ancien usage, 369 et suiv. 

JosAPHAT, roi de Juda.Fait exterminer un grand nombre d'effé- 
minés, 197. 

JosiAS. Fait renverser les cabanes des efféminés qui étaient dans 
la maison du Seigneur, 197. 

IsERNiA. Ville du royaume de Naples où le culte de S||S|e s'est 
conservé jusqu'à nos jours : détails de sa foire, de ses églises, et de 
ce qui a raj^port au culte de cette divinité, 293, 294 et suii'. Cette 
ville vient d'être détruite par un tremblement de terre, 298. La 
note. 

Isis, oulaLune. Cherche et retrouve le corps de son époux Osi- 
ris, en recueille les diverses parties : ne trouvant pas sa partie 
sexuelle, elle en forme un simulacre qu'elle consacre dans les tem- 
65, 66 et 67. 

Israélites. Leurs femmes fabriquent des Phallus d'or et d'ar- 
gent, et en abusent, 78 et 79. Voyez Hébreux. 

Italiens. Sont accoutumes à voh- des figures nues, 290, 



DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES, ETC. 44^ 

Ityphalles. Groupes d'hommes qui faisaient partie de la pompe 
deBacchus, 148. Ityphallique {main), i65. 

Jugement de Paris, repre'sente à Lille. Singularité de ce spec- 
tacle j costumes et figures des trois de'esses, 824 et 325. 

Jugement DERNIER. Obscénite's des tableaux qui le repre'sentent, 
348. 

Juifs. Exclus du lieu de prostitution établi à Avignon par la 
reine de Naples, Sao. 

Jules II, pape. Etablit un lieu public de prostitution à Rome, 

321. 

JuNON. Par un charme secret, rend monstrueux Priape, fils de 
Vénus, iSg et i4o. — Est figurée à Lille par une Flamande 
maigre et sèche, 325. 

Jupiter- Ammon. CeDieu est représenté avec les cornes du bélier 
céleste, 27. 

K. 

Kamul. Pays où les femmes partagent leur lit avec les étran- 
gers, 398. La note. Le Kan de Tartarie veut en vain. abolir cet 
usage, Sgg. La note. Il le tolère, id. 

Karjnak. Temple de l'ancienne Thèbes en Egypte : ses bas-re- 
liefs, 63. 

Redeschoths. Nom des prêtresses de Priape chez les Hé- 



L. 



Lampsaque. Ville dont les habitans convertissent les premiers le 
Phallus en divinité appelée Priape, i4o et i^i ^ sont fort dévots à 
cette divinité tutelaire de leur ville, \^i. Médailles de Lampsa- 
que, 142. 

Laris. Sectaires de l'Inde, vont tout nus, et portent le Lin- 
gam, 107. 

L AVIN luM . On y célébrait les Libérales et la pompe phallique, 1 54 . 
Une femme de distinction venait placer une couronne sur le Phal 
lus, id. 

Liber. Nom de Bacchus en Italie, 102. 

Libéra. Nom de Vénus en Italie, idem. 



444 TABLE r.AISONWÉE 

Libérales. Nom des fêtes de Bacchus en Italie, i53. 
Lieux de plaisir. Nom donné à plusieurs couvens de religieuses, 
382. 

Lieux de prostitutions. Fondés à Niort par Guillaume Vil , 
duc d'Aquitaine, 817 j protégés à Toulouse par les rois Charles VI 
et Charles VII, 3i7 et 3i8j organisés à Paris, Sigj fondés à 
Avignon par la reine de Naples, Sao; et à Rome par le pape 
Jules II, 321. Ceux établis à Villefranche en Beaujolais, sont 
composés de personnes des deux sexes , 821 et 322. Voyez 
Abbaye. 

LiKGAM. Nom du Phallus chez' les Indiens, 35, 96. Diverses 
formes des Lingams , 96. Lingams colossaux dans la pagode de 
f^illenour, io3. Lingam d'une longueur prodigieuse représenté 
dans la pagode de Tricoulour, 100. Lingams colossaux, io3 et 104. 
Culte qu'on leur rend, 104, io5 et 106. Les femmes de l'Inde se 
mettent en contact avec le Lingam, 108. On y conduit les bes- 
tiaux pour être fécondés, 108. Lingam de fer auquel les jeunes 
filles sacrifient leur virginité, id. et 109. 

Loi de Babylone qui prescrit la prostitution aux femmes, 190. 
Loi de Lycurgue, qui ordonne aux jeunes filles et aux garçons de 
se présenter nus dans les exercices publics, 226 012275 motifs de 
cette loi, 227 et 228. Platon propose une loi semblable , 228. Loi 
singulière, et indécente du pays de Galles, 220. Les lois qui prescri- 
vent la continence sont très-souvent violées, 261, et suivantes. 

LoTH. Il offre ses filles aux habitans de Sodome : lui-même a 
des enfans de ses propres filles, i85. 

Louis (saint), roi de France. Se laisse fouetter par ses confes- 
seurs, 354 j ordonne des processions composées de personnes' en che- 
mise, 36o. On fait à son tombeau des pèlerinages en chemise, id. 

Lupercales. Fêtes qui ont des rapports avec le culte du bouc , 
49 et 5o. 

Lycurgue. Ordonne aux jeunes filles et aux garçons d'assister 
aux exercices publics tout nus, 226 5 motifs de cette loi , 227 et 228. 

Lydiens. Les prostitutions religieuses sont en usage chez eus » 
198. 

Lyon. Les chanoines de la cathédrale de cette ville prétendent 
au droit de coucher avec les nouvelles mariées, 3 12. 



DES DIVINITÉS GÉNÉRATIUCES , ETC. l\l\^ 

m 

M. 



Maacha , mère du roi Aza. Est prêtresse de Priape chez les He'- 
breux, 77. 

Machina mulierum ou Machinamentum. Ce que c'est 5 abus 
qu'en font des femmes et des religieuses, 263, 264 et 265. 

Madianites (les) et Moabites (les) adorent Be'el-Phe'gor, 71 i le 
dieu des He'breux ordonne que, pour cela, ils soient tous tue's, 72. 

Maillard, prédicateur du iS^ siècle. Ce qu'il dit des femmes de 
Paris, de leurs vètemens inde'cens, 8275 ^^^ libertins, 332 j des 
femmes de Paris, qui prostituent leurs filles pour leur faire gagner 
leur dot, 333, 334 ^t 335. 

Main ityphallique, i65. La 3Iain de gloire , ou mandragore, 
rappelle la main ityphallique, 256 et 291. 

Mandragore. Amulette phallique en usage parmi les chre'tiens, 
249. Mandragore chez les anciens He'breux, 252. Les Templiers 
sont accusés d'adorer une Mandi-agore, 252. Sermon d'un cordelier 
contre les Mandragores, 203. Un poète chroniqueur de'clame con- 
tre elles, 254. Comment cette amulette acquiert sa vertu magique, 
254 et 255. Formes et pratiques superstitieuses emploje'cs pour 
leur donner de la vertu, 255, 256. La note. 

Marchette. Droit fe'odal qui autorisait les seigneurs à coucher 
la première nuit des noces avec les nouvelles marie'esj diflerens 
noms de ce droit, 3i i ; des moines, des chanoines, des curés s'arro- 
gent ce droit, 3i i, 3i2 ; plusieurs en sont punis, id., id. 

Mariage. Les Romains invoquaient un grand nombre de divini- 
te's pour la consommation du mariage, 159. La note. Mariages 
profanés par les droits de la féodalité, 3 12 et suiv. Mariage con- 
sommé sur un arbre et dans la rivière, 3 14. Voyez Congrès. Ma- 
riage des prêtres, prohibé, 374. Un paiticulier est assassiné par 
des prêtres, pour avoir voulu le proscrire, 376. Opinion du pape 
Pie II, en faveur du mariage des prêtres, 386. 

Marie l'Egyptienne (sainte). Comment elle était représentée 
dans sa chapelle, 349. 

Martel. Petite ville du Limousin. Manière indécente dont on y 
punissait les adultères, 309. 



446 TABLE IIAISONNÉE 

il 

^^Martaouan. Bourg d'Asie où les femmes partagent leur lit avec 
les étrangers, SSg. La note. Anecdote de missionnaires chrétiens 
à ce sujet, 4oo. La note. 

Melampus. 11 introduit le culte de Bacchus et celui du Phallus 
en Grèce, 120, 121 et 122. 

MendÈs. 'Ville ^d'Egypte. Le bouc zodiacal y était adoré sous 
la forme d'un bouc vivant, 24. Ce bouc est le même que Pan, id. 
Mendts signifie houe et pan, 24 et 4^. 

Mekdesiej\s. ils adorent des boucs , 44* 

Menot, prédicateur du iS^ siècle. Déclame contre la nudité des 
gorges, 328 et 329^ contre les indécences des femmes de Paris, en 
prenant les bains, 334- 

Mercure. Yoyez Hennés. 

Mercure. Plusieurs statues de ce dieu, trouvées sur le mont Do- 
non, entre la Lorraine et l'Alsace, dont le sexe est caché ou dé- 
guisé, 233. 

Messaline, épouse de Claude, oflre quatorze couronnes à Priape, 
170 et 1^6. 

Mexique. Le culte du Phallus y existait dans les villesde Panuco 
et de ïlascala, 117. 

Miches. Espèces de pains qui ont les formes phalliques ou véné- 
riques, 256. 

MiCHOL, femme de David. Est punie pour avoir fait des repro- 
ches à son mari qui s'était découvert en public, 218. 

M1NOTAURE. Origine de ce monstre, 407. 

Mipheletzeth. Nom que portait Priape chez les Hébreux , 77. 
Rabelais applique ce nom à la reine de l'île des Andouilles, 78. 

Missionnaires. Plusieurs couchent avec des femmes du bourg 
de Martaouan, 4oo- ^« note. 

Mithra, Dieu-soleil de Perse. Ses monumens symboliques, où 
se voit un scorpion mordant les parties génitales du taureau cé- 
leste, 85 et 86. La note. Explications des bas-reliefs symboliques 
de Mithra, 91 et 92. 

Moïse. 11 fait massacrer, par ordre de Dieu, vingt-quatre mille 
Israélites qui adoraient Béel-Phégor, 72. Fait tuer tous les Madia- 
nites pour le mêmesujet, 73. Prohibe les prostitutions dans la maison 
du Seigneur, 74. Défend aux Hébreux de découvrir les femmes, 
sur-tout leurs parentes, comme le faisaient les Chananéens, 221. 



DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES , ETC. 4^7 

^NIoi.NES de saint Théodard jouissaient du droit de coucher la 
première nuit des noces avec les mariées, 3ii. Les habitans, indi- 
gnés, abandonnent le territoire des moines, et fondent la ville de 
^lontauban, 3 12. 

Moines de saint Etienne de Nevers avaient le droit de coucher 
avecles nouvelles épousées, 3i3. 

Montaigne. Il croit se rappeler avoir vu dans son pays une cé- 
rémonie semblable à celle du couronnement du Phallus, 260. 
Dit que les femmes de son pays portent une forme de Phallus sur 
leur coiffure, id. 

MoNTAUBAN. Cause singulière de la fondation de cette ville du 
Quercy, 3ii et 3 12. 

Mont Donon, situé entre la Lorraine et TAlsace. Particularité 
des figures de Mercure qu'on y trouve, 233. 

MoNTFORT (Simon de). Sa trahison est préconisée sous le nom de 
fraude pieuse par l'abbé de Vau-Ceraay, 343 et 34 j. La note. 

MoNTLUc se fait gloii'e de ses actes de cruauté, 341 , 34^ et 343. 
La note. 

MoNTLUçoN. Droit singulier et honteux que les seigneurs de 
cette ville exigeaient des filles publiques, lorsqu'elles passaient sur 
le pont de cette vUle, 3i4 et 3i5. La note. 

MuLLOs. Simulacre du sexe féminin : est réuni au Phallus, i32, 
i33. Amulette des Romains appelée Fascinum , 164. 

MuTiNUS. Nom du Phallus chez les Romains, i63. Les fem- 
mes romaines s'asseyent dessus avant leur mariage, 160 et 161 ; 
Tenjambent, 162. Forme du Mutinus, 162. On se prosterne devant 
son idole, i63. Sa chapelle, id. 

Mylitta. Nom de Vénus chez les Assyriens: onFinvoque à Ba- 
bylone, lors des prostitutions religieuses, 190 et 191. 

Mystères du Phallus. Ils sont les premiers auxquels se font initier 
les Egyptiens qui prétendent au sacerdoce , 56. Melampus n'a pas 
découvert aux Grecs le fond des mystères du Phallus, 121. Mys- 
tères de la déesse Cotytto, i33. Mystères de Cérès : le Phallus en 
fait partie, i34. Prostitutions religieuses dans plusieurs mystères, 
204 et 2o5. Mystères de Bacchus : ses abominations, 207 et ao8. 
Abolis, 211. Mystères de la Bonne Déesse à Rome: leur dépra» 
vutiou, 211 et 2X2. 



44^ TABLE RAISOJNINÉE. 

N. 

Nantes. Un'usage indécent pratique dans les églises , est con- 
damné par le concile de cette ville , 368 et 869. 

Nasamons. Peuples de la Lybie, qui se livrent à diverses pros- 
titutions religieuses, 198. 

Naucratis. Ville d'Egypte où les filles font le métier de cour- 
lisannes, 19g. 

Ne VERS. Singulier usage pratiqué en cette ville, 869. 

Neveu. Nom d'une femme publique promenée dans Paris, 
toute nue et montée sur un âne, 3 10. 

Niort. Ville du Poitou, où Guillaume Vil, duc d'Aquitaine, 
établit un monastère comjwsé de femmes publiques, présidé par 
une abbesse, une prieure, et autres dignitaires, 317. 

NoÉ , étant ivre , montre sa nudité , et son fils Cbam est maudit 
pour s'en être moqué, 2185 est représenté nu dans une cérémonie 
publique 5 vers faits à ce sujet, 324. 

Nombril DE Dieu. Est conservé à Chalons : l'évêque de cette ville 
visite cette relique ; ce qu'il trouve dans le reliquaii-e j plainte des 
chanoines à ce sujet, 388. La note. 

Nudité en usage : provient de la chaleur du climat, 182. Nudi- 
tés découvertes par des soldats égyptiens, 2175 par Catherine 
Sforce, 2 1 7 /<? nof e 5 parNoé et par David, 218. La nudité des femmes 
n"'était pas plus honteuse , chez les Orientaux , que celle des hom- 
mes, 221. La nudité des filles et des garçons, ordonnée par les lois 
de Lycurgue, 226 et 227. Platon recommande de pareilles nudités, 
228. Les nudités se voient en Italie jusque dans les églises , 
290 et 291. 

Nudités dans les processions et promenades publiques, 3o8, 809, 
3 10 et 321. Dans les fêtes publiques et entrées des rois, 322 et 323. 
Nudité d'une figure de Noé, 824. De trois femmes représentant les 
trois Déesses, 824 et 826. Nudités dans les processions, 359 «^ suh\ 
Nudités de quelques auties pratiques, 869 et 870. 

Nudipedalia. Ce que c'était chez les anciens païens^ les chré- 
tiens s'en moquent, puis les imitent, 358 et suivantes. 



DES DIVINITÉS GÉNÉKATRICES , EEG. 449 

0. 

Odin ou Woden. Dieu germain, père du dieu ïhor, 235. 

Onction faite à Isernia : son indécence, 298. 

Opinion e'trange des Anciens sur les moyens d'accroître la vertu 
du Phallus 412 et suu'antes. 

Opinion, Elle est fausse lorsqu'on préfère, dans les religions, les 
sacrifices cruels aux sacrifices amoureux, 406 et 4i3. 

Orange. Ville du coratat Venaissin. Quel Phallus on y adorait 5 
sa fontaine prolifique, 269 et 270. 

Organe viril de la géne'ration. Il était, et il est encore eu grand 
honneur chez les Orientaux, 1 10, 218. Dsjuraient en posant la main 
dessus ,2185 ce n'était point une chose indécente chez ces peuples , 
2 18 et 219, ni chez les Arabes modernes, 219 et 220. En France, 
on donne à des pains la forme des organes de la génération des deux 
sexes, 255 et 206. 

Ornée, Lieu situé près de Corinthe , où Priape recevait un culte 
p articulier, i43. 

Orphiques ( secte des). Adopte le culte du Phallus, i45. Ses 
mœurs austères, et puis corrompues, id. 

Osée, prophète. Ce qu'il dit contre le culte de Béel-Phégor, 74* 

OsiRis. Dieu soleil , le même que Bacchus, 56. On porte en pro- 
cession sa figure, munie d'un triple Phallus, 56. Procession de 
l'idole d'Osiris, représentée dans divers bas-reliefs des anciens 
temples d'Egypte , 63 et 64. Osiris représenté couché, 64. Fable 
relative an Phallus d'Osiins, 65. 

OsiRis. Principe du bien. Est renfermé dans un coffre par son 
frère Typhon , principe du mal, 65. Isis reti^ouve à Biblosje corps 
d'Osiris- qni est coupé en quatorze parties , 66. Isis les recueille et 
leur rend les honneurs funèbres, 66. L'image de «on Phallus est 
fabriqué par Isis, et exposé dans un temple , 67. 



Pagodes. Temples des Indiens : on trouve des Lingams et des 
bas-reliefs indécens dans celles de P^ischfîou, d'JEléphanta gH]a. 

II. 29 



45o TABLli KAISOKNÉE 

Note j dt Tanjûre, 98 • de Goudoulour et Tricoulour, 99 ; de J'tt- 
viscdré , toi j de Âamessourin, 106 j de Jagrenot, 98 et 1 r i . 

Pains, appelés Miches. Ils ont les formes phalliques, a56 et 267. 
Pains fabrique's avec du blé détaché du corps nu d'une femme, 
262. Pains fabriqués sur le derrière nu d'une femme, 262 et 263. 

Palestine. Culte du Phallus en Palestine, 71 . Voyez Hébreux. 

Pamylies. Nom des fêtes du soleil celébi'ées en Egypte à Téqui- 
npxe du printemps , 55. Sont semblables aux Pliallopliories des- 
Grecs, 121 ; et aux Priapées des Romains, 172 et 178. 

Pan. Le Bouc zodiacal est adoré sous ce nom à Mendès et à 
Chemnis,24et 25.Ces deux noms de ville signifient Pan en Egypte, 
24 et 25. Pan accompagne le& deux soleils Osiris et Bacchus , 44- 
Pan , Faune, Sylvain , Satyre : divinités identiques avec Priape , 
26 et 409. 

Pandarons. Moines indiens, qui portent le pulleiar au bras, dans 
une boîte d'argent, 101. Ils sont surnommés Cachicaoris, 106. 

Paphos, ville de l'île de Chypre. Vénus y est adorée, 19a; 
sous la forme d'une borne, 402 ; on y célèbre des prostitutions re- 
ligieuses, Ï92» 

Paris. État des filles publiques dans cette ville, 319. 

Parisiennes. Portent des mandragores pour devenir riches, 253. 
Ont la gorge découverte, 827 , 328 et 329. Comment elles gagnent 
de quoi fournir à leur luxe, 332 et 333. Indécences qu'elles se per- 
mettent dans les bains publics , 334 et 335. 

PaïarÈs, en Lycie^Le dieu du pays couche avec sa grande prê- 
tresse, 2o5. 

Pegaze. Il introduit le culte du Phallus dans l'Attique, i3 x . 

Peintures anciennes. Leur indécence j peintures obscènes pla- 
cées dans les églises, 345 j dans les palais, 344; ^"r ^^^ livres de 
prières, 348, 349 et 35o ; dans les maisons monastiques, 35o. 

Pèlerinages. Sont faits par des personnes en chemise, 36o; par 
des personnes sans chemise, 362. 

PÉnitens. Ils se laissent fouetter parleurs confesseurs, 354 et 355. 

PÉnitens (société de). Leur origine, 357. 11 leur est permis de se 
fouetter, mais non pas de courir les villes, id. 

Perse. Culte du Phallus en ce pays, 91. 

Pet. Redevance féodale que payaient les filles publiques en en- 
trant dans la ville de Montlucon, 3i4et 3i5. La note. 



DES DIVINITÉS GÉNÉRATUIGES , ETC. 4^1 

PsTRAaQUB. Ce poète parle de la corruption des habitans 
d'Arignon , 326. 

Phallique. Danse de ce nom, exécutée pendant les létes de Bar- 
chus, 127. 

Phallophores. On nomme ainsi ceux qui portaient les Phallus 
dans la pompe religieuse e^ecute'e en Thonneur de Bacchus, ia5 
et 126. 

Phallophories. Fêtes du Phallus chez les Grecs : elles res- 
semblent aux Pamylies des Egyptiens, 13 1 ; et aux Priapc'es, 
172. 

PhâLOE. Genre de construction qui portait ce nom, 84. 
Phallus : ce que c'est, 17. Etendue de son culte, 17 et 18. Son 
origine, 19, 20, \o^. Epoque approximative où ce culte a pris nais- 
sance, 20. Le Phallus dérive du culte du taureau et du bouc du 
zodiaque ; il est le simulacre de la partie génitale de ces deux ani- 
maux sacrés, 26, 27, 28, 82 et 406. Le Phallus, dans son origine, 
était isolé, 29 et 407- Lorsqu'il fut adjoint à des figures humaines, 
il était disproportionné avec cette figure , 3o. Il a une coudée de 
haut en Egypte, 3i. Il est aussi grand que la figure à laquelle il 
est adjoint , id. Les femmes égyptiennes portent en procession un 
Phallus adjoint à une petite figure humaine ; elles le font mouvoir 
3i, 49 6t 5o. Il n'appartenait pas originairement à cette figure hu- 
maine, 3o et 3i. n est le simulacre de la partie génitale du tau- 
reau Apis, 33. n est le simulacre de celle du bouc, 33 et 34- On 
attribua au simulacre ou au Phallus la vertu du soleil du prin- 
temps, dont il était l'emblème, 34. Difïerens noms du Phallus, 35 
et 36. 

Phallus. Incertitudesurlepeuple chez lequel il a pris naissance, 
02 et 53. Procession du Phallus en Egy pte , 53 , et au Congo, 54- 
Phallus triple adjoint à la figure d'Osiris, 56. Les mystères du 
Phallus étaient les premiers auxquels se faisaient initier les aspi- 
rans au sacerdoce, 56. Phallus embaumé, placé sur la momie d'une 
femme égyptienne, 57. Opinion sur la nature de ce Phallus id. 
Phallus-Amulette, 58. Les Phallus sont-ils repi'ésentés par des 
croix, comme le pensent plusieurs savans, 58 et 5g. Le Phallus est 
ajouté à des figures d'animaux, d'hommes ou de divinités, 60 et 
61 ; est réuni à une tête du taureau Apis, 61. Phallus monstrueux 
ajoutés à des figures d'enfans, 61 et 62. Phallus ajouté aux figures 
d'Osiris ou de Bacchus, 62 et 63. Phallus d'Osiris en contact avec 



452 



TABLE KAISONINEE 



les ofiïaïuîes placoes sur son autel, 64. Fable composée par les prê- 
tres égyptiens, pour justifier le culte du Phallus, 65 et suh'. Isis^ 
pour remplacer la partie sexuelle d'Osiris, que Typhon a jetée 
dans le ]\il, fabrique un Phallus en bois de figuier, IVrige en divi- 
nité', et l'expose dans les temples à l'adoiation des peuples, 66. 
Formes variées du Phallus en Egypte, 68. 

Phallus. Son culte chez les Hébreux, 69 et suiw. Les femmes, 
des Israélites fabriquent des Phallus d'or et d'argent, et forniquent 
avec, 78 et 79. 

Phallus. Son culte en Syrie, 80 et 5uiV. Phallus colossaux à 
l'entrée du temple d'Hiérapolis, 82 ; leur hauteur comparée à celle 
des touis de Notre-Dame de Paris, 83; sont dédiés par Bacchus à 
Junon, idem. 

Phallus. Un homme reste sept joui's et sept nuit? sur une de 
ces figures , et adresse au ciel des prières pour ceux qui font des 
offrandes, 84 et 85. Phallus sur lequel est montée une petite figure 
humaine, 86 et 87. 

Phallus. Des pénitens nus offrent le leur à la femme de Visch- 
nou, 99. 

Phallus. Nommé Lingam dans l'Inde, 96. Voyez ce mol. In- 
certitude sur l'existence du culte du Phallus en Chine, ti^. 

Phallus. Son culte au Mexique, 1 16. 

Phallus. Son culte chez lesGrecs, xio-^ il est introduit chez eux 
par Mélampus, 121. Les Grecs portent le Phallus dans les Dionysia- 
(^ues ou Fêtes de Bacchus, 124 et i25. Bacchus fabrique un Phal- 
lus en mémoire de Polymnus : de quelle manière indécente il abuse 
de ce Phallus, i3o et i3i. Pégaze introduit le culte du Phallus 
dans l'A ttique , i3i et i32. Phallus de verre dans lequel boivent 
les initiés aux mystères de Cotytto, i33. Culte du Phallus dans les 
mystères de Cérès et de Vénus, i33 et i34- 

Phallus. Déclamation des premiers chrétiens contre son culte, 
145. Il est révéré par la secte appelée Orpliique, rjS. La multipli- 
cité des Phallus rend la terre féconde, 146. Le culte du Phallus 
subsiste chez les Grecs jusqu'au 7e sitcle de l'ère chrétienne, i47- 
Phallus en ex-voto appendus à l'idole de Priape, i45, 289 et 41 1 • 
Los dévots viennent baiser le Phallus de Priape, i45. 

i^HALLUS. Son culte chez les Romains, ijo et siiiv. Les Cory- 



DES DlVliNlTES GElNEUA TRICËS , ETC. 4^0 

bantes ou Cabyres introduisent le culte du Phallus en Italie, i5i. 
Le Phallus est nomme, chez les Romains, Mutinus, i53 et 
154. Pompe phallique à Lavinium : le Phallus y est couronne 
solennellement par une femme de distinction, 154- Autre pompe 
phallique, i55; objet de son culte, i56. 11 est aussi nommé Tutu- 
nus ou Titunus , iS^, i58, i5g, 160, etc. Phallus ou amulette des 
Romains, nommé Fascinum , 164 et 4ii , ses formes diverses, 164 
et i65. Placé sur les chars triomphaux des Romains, les Vestales 
lui rendent un culte, i65. Phallus doubles et triples, 166, aSSetaSg. 
Enorme Phallus du Priape romain, 176, méprisé chez ce peuple, 
177, 178 et 179. 

Phallus. Son culte chez les Gaulois, 281 ; il n'y existait point 
avant l'arrivée des Romains, 23 1, 282 et 284. Pi étendus Phallus 
trouvés dans les environs de Castres • erreur de Borel à cet égard, 
234. La note. Le culte du Phallus, soit par les Phéniciens, soit 
par les peuples du nord de l'Asie , est introduit dans la Germanie 
avantParrivéedesKomainsdansce pays, 235. Phallus des Gei'mains 
appelé Fricco, 287. Phallus énorme de la ville d'Aix en Provence, 
240. Phallus triples des Egyptiens , 54- Phallus doubles et triples 
du B|pt du Gard et de l'amphithéâtre de INîmes : leur singularité, 
24o^hallus de bronze, trouvés dans les fouilles de la montagne du 
Chiitelet, 241. Phallus colossal trouvé dans les mêmes fouilles 241. 

Phallus. Son culte chez les chrétiens, 247. H prend les formes 
chrétiennes, 247 et 248. Phallus placés sur les portes des édifices 
et des églises des chrétiens, 25 1. 

Phallus. Conte absurde d'un docteur en théologie, sur des Phal- 
lus vivaus qui se nourrissent d'orge et d'avoine, 259. Amas de 
Phallus vivans dans un nid d'oiseau , idem , et la note. Montaigne 
croit se rappeler avoir vu en Gascogne une cérémonie pareille à celle 
du couronnement du Phallus, 260. Les femmes chxétiennes, etmême 
les religieuses, abusent du Phallus comme les Israélites, 26 1,262 et 
263. Phallusde saint i^ottùrt d'Embrun : les femmes y font des liba- 
tions, 269 et 270. Phallus de la ville d'Orange : sa forme est brûlée 
par les protestans, id. Les femmes stériles raclaient le Phallus de 
saint Foutin , 172; de saint Guerlichon, '2'j'j et 278 j celui de saint 
Guignolé , 278 et 279; celui d'une idole priapique, appelée Tevs, 
281 et 282. 

Phallus. Son culte chez \ti chrétiens du iS*" siècle, 291. Phal» 



U^k TABLE RAISOWNÉE 

lus en cire , oficrts aux saints Corne e.i Damien , 3965 le» femme» 
dévotes les baisent, 296. 

Phallus et Priape. Leur culte est moins ancien que celui de 
Venus, 4o3 et 4o4- 

Phallus ex-voto, 410 et 41 1 • 

Phallus-amulettes, idem, bénis par les prêtres, id. 

Phallus. Ses vertus; comment les anciens croyaient Paccroître, 
4i2et4i3. 

PhakÈ, Surnom du soleil dans la secte des Orphiques, il est re- 
pre'senie' avec un Phallus place' en sens inverse, i45. 

PhÉnicie. Culte du Phallus dans ce pays, 80. Il est associé, 
comme ailleurs, au culte du soleil, appelé yîdonis à Biblos, id. 
Culte de Vénus en Phénioie, 194. Les prostitutions religieuses 
sont en vigueur dans plusieurs villes de ce pays, \q\ et igS. 

Philelphk. Il parle des débauches excessives existantes dans la 
viUe de Gênes, 327. 

PiÉmojNT. Plusiears seigneurs de ce pays couchent avec les nou- 
velles mariées^ noms qu'y portait ce prétendu droit, 3ii ^ les peu- 
ples se révoltent contre deux de ces seigneurs, 3i i et 3i2. 

Pierre. Abbé de Vau-Cernay , nomme fraude pieuse um des 
trahisons de Simon de 3Tontfort, 344- ^^ note. 

PiGENAT. Curé de Paris du temps de la Ligue, assiste presque 
entièrement nu à une procession, 364- 

Platon. Veut que les jeunes filles et les garçons paraissent nus 
dans les jeux publics, 228 et 229. 

PoLYMNUS ou Prosumus. Se charge de conduire Bacchus près de 
sa mère Semelé, 129; à quel prix, i3o. 11 meurt en chemin. Bac- 
chus lui élève un tombeau et fabrique un Phallus à sa mémoire. 
Action obscène de Bacchus à ce sujet, i3o. 

Pompes phalliques. Voyez Processions. 

Population. Son accroissement est Tobjet de plusieurs rites 
et pratiques religieuses, 184, 186 et 187 ; et la nécessité première 
des anciennes peuplades, 290. Les obstacles nuisibles à la popu- 
lation sont levés jiar plusieurs moyens, 291 et 292. 

PoRTici. Musée des rois de Naples : description de deux vases 
qui s'y trouAcnt, 4i6- 

PrjETUS. Ses filles s«.nt punies ]'our avdir inépvisé le culte d« 
Vénus, 201. 



DES DIVINITÉS GÉNÉRÂTillCES, ETC. 4^^ 

Prédicateurs. Leurs déclamations contre les gorges nues et 
autres indécences, 337, 328, 329 et 33o. Obscénités de leurs dis- 
cours, 341, 342, 343 , 344; 345 et 346. 

Prépuce deN. S. 11 est envoyé' à Anvers, par Godefroy deBouil-. 
Ion pour y remplacer le culte de Priape, a8i> On en compte un« 
douzaine , 388. La note. 

Prêtres. Ceux de l'Inde jouissent les premiers des filles qui vont 
«€ marier, 109 et suw. Donnëitt des femmes à leur dieu, et font les 
fonctions du Dieu-e'poux , 1 10, 

Prêtres de Chiven, Us officient tout nus. La chasteté leur est 
recommandée, même en pensée, sous peine d'être lapidés, 108. 
Ceux de Canara , se promènent tout nus dans les rues : étrange 
<lévotion des femmes en cette circonstance , 110. Fourberie et 
libertinage des prêtres en divers pays, 2o5, ao6 et 399. Leurs 
débauches et leurs crimes pendant la célébration des mystères 
de Bacchus à Rome, 208, 209 et 210. Prêtres chrétiens président 
à la procédure indécente du congrès , 3o6j ont le droit de coucher 
avec les nouvelles mariées, 3i i . 

Prêtres. De quelle manière un prêtre libertin fut trompé par 
le diable, 339. Prêtre nu aux processions, 365. Prêtres con- 
cubinaires, 3^3. Les habitans des campagnes demandent qu'ils 
soient mariés, 374. Les évêquesleur font payer le droit d'avoir des 
concubines, 374 et 375. Des prêtres assassinent un particulier qui 
voulait proscrire leur mariage , 376. Avilissement dans lequel ils 
tombent, id. Arrogance de leurs concubines, 384- La note. 

Priape, Priapis. Ces noms dérivent de la syllabe Pri et du mot 
Apis, 26. Adoré chez les Hébreux sous le r.om de .Béel-Phe- 
gor, 71, sous le nom de Mipheletzeth, 77. Ses prêtresses, 76. Maa- 
cha , mère du roi Aza , est la grande-prêtresse de Priape chez les 
Hébreux, 77. Aza détruit les idoles et le sacerdoce de Priape, id. 

Priapes sur lesquels sont placés des hommes, 87, 88. Priape d'ai- 
rain, 88. Les habitans de Lampsaque convertissent le Phallus en 
divinité particulière appelée Priape , l'i'j. Sa fable, 139, 140. Il 
caresse les femmes de Lampsaque; ce qui en résulte i4o. Un /ïn« 
est consacré à Priape : pourquoi , 1 4 ' • Priape est qualifié de sau- 
veur du monde, \\\, ' 77 t^t 4i9- 
Priape . On lui rend un culte particulier à Lampsaque, 1 89; â Pria- 
pix, dans l'île de Priapos, dans celle de Priaponèse, i4a ; à Ornée, 



456 lABLE UAiSOJNNÉE 

à Coloplioii , clicz les Gylleniens , lf^3. Chez les Romains, i58. Sa 
figure , 169. 11 était peint en rouge , id. Place clans les vignes, les 
vergers, 169 et 177. Confondu avec Mercure, 172. Ofl'randes à 
Pi'iape, 174- Ses chapelles, idem. De'votion des Romaines à ce 
dieu, 174 et 170. 

Priape à double et à triple Phallus, 166. Son idole est de bois 
de figuier ou de saule, 1G8. Portrait de Priape chez les Romains, 
168, 169, 170 et 171. Il est un pre'servatif chez les Romains, 172. 
Offrandes qu'on lui faisait, 178. Devenu un objet de ridicule et de 
mépris, ses idoles furent abandonnées aux enfans, 177. Les chré- 
tiens déclament contre son culte, 178. La superstition etThabitude 
le soutiennent, 179 et 180. Son culte chez les Germains, sous le 
nom de Fricco , ^36 et 237. Les Romains introduisent chez ces 
peuples leur culte de Priape, 237. Idole de Priape trouvée dans 
la ville de Saint-Bertrand, 240. 

Priape. Sa chapelle à Autun, sur la montagne de Couard, 240. 
Culte de Priape établi à Anvei's, 243. Était encore en vigueur 
chez les Escla vons , au 12e siècle : ce dieu y est nommé Pripe- 
Gala, 244 et 245. ils immolent des chi'étiens à ce dieu , 246. Culte 
de Priape chez les chrétiens, 247- Reçoit les noms de quelques 
saints du christianisme, 267 et 268. 

Priape. Son culte existait encore au i8« siècle dans la ville de 
Trani. Forme de son idole : ce culte y est aboli • par qui , 292. Ce 
culte existait encore de nos jours à Isemia, 298. Détails relatifs à 
ce culte, 294 et .st/iV. Il est en rapport avec les mœurs des chré- 
tiens du siècle passé, 389. Priape du musée de Florence, ^16. Du 
musée du cardinal Albani , 417- 

Priape ou Priapis, ville de la Troade, i4'2. 

PriapÉes. Fêtes de Priape, 172. Leur description , 172, 173. On 
les retrouve dans les bas-reliefs de plusieurs vases antiques, 243. 
Un ciboire de la sacristie de Saint-Ouen de Rouen offre des mé- 
daillons antiques qui représentent des Priapées, 243 et 244' 

PriapÉes. C'est ainsi qu'est nommé un recueil de plusieurs piè- 
ces de vers sur le dieu Priape, 179 et 180. 

PriapÉes , en peintures ou en bas-reliefs , se trouvent souvent 
dans des tombeaux, sont des objets religieux, ^\ft, 417, 4*9 ^^ ^'^^' 

Priapes^eus. Dieu-soleil , Apollon. Il est adoré à Priapis, 142. 

Priaponese. Ile du golfe Céramique, il^i. 



DfîS DIVINITÉS GÉNÉRATRICES, ETC. /jSj 

Priapos. Ile de la mer d'Ephèse, i4a. 

Printemps (e'quinoxe du). Époque célèbre de l'année chez les 
unciens, 20. Fêtes en son honneur, 21. 

Pripe-Gala. Nom de Priape chez les Esclavons du 12» siècle, 
245. Sacrifices horribles que ces peuples lui font, 246. 

Prisio. Nom d'un usage singulier et indécent pratiqué dans plu- 
sieurs églises de France, 369. 

Procession. Les Egyptiennes y portent une petite figure munie 
d'un grand Phallus qu'elles font mouvoir, 53 et 54- Pareille pro- 
cession dans le Congo, 54- Procession où l'on voit la figure d'Osiiis 
munie d'un triple Phallus, 56. Autre procession où l'on porte 
lïdole d'Osiris, 64. Procession des grandes Dionysiaques, 124 et laS, 

Procession ou pompe phallique célébrée à Lavinium, i54. On 
y portait le Phallus sur un char magnifique , et une dame romaine 
venait le couronner, i54. 

Procession de filles publiques de Paris le jour de sainte Made- 
leine, 319. Les excommuniés figurent aux processions, et y sont 
fouettés, 355. 

Processions où les dames romaines transportaient le Phallus de 
sa chapelle dans le temple de Vénus, i55, i56 et iSy. Processions 
chrétiennes où les adultères sont obligés d'y assister nus , 309. 

Processions de flagellans , 356 et 357. 

Processions composées de personnes ayant les pieds nus, 358 et 
359; de personnes en chemise, 359 ^^ 36o ;^ de personnes nues et 
sans chemise, 362, 363 et suw. 

Prostitutions religieuses. Elles sont fort en usage dans le culte 
de Vénus, 189. A Babylone, 190 et 191. Dans l'île de Chypre, à 
Paphos, 191 et 192. A Sicca-Veneria , près de Carthage, 193. 
Dans toute la Phénicie- à Biblos, 194. Au temple des Apha- 
queset à Héliopolis, T95. Chez les Hébreux, 196 et 197. En Armé- 
nie et en Lydie, 197. Chez les Augiles, 198. Chez les jVasamons et 
àNaucratis, 198, 199. Les prostitutions religieuses se maintiennent 
dans les mystères, 201. Existent encore, 398 et suiw. 

Prostitutions dans les villes : ses causes, 344- Lieux de prosti- 
tution nommés abbaye (Voyez ce mot). Les prostitutions religieu- 
ses ont, pour cause unique, le besoin de l'accroissement de la po- 
pulation, 393, 396 et 399. Elles existent encore chez plusieur»; 
peuples, 4*50 et ^o\. ra note. 



4^8 TABLE RAISONKÉE 

Prostitutions religieuses dans le royaume de Juida, 4oi. 

PsAMMETiCHUS, roi d'Egypte. Des soldats révoltes se découvrent 
devant lui, a 17. Motif de cette conduite, id. 

Pudeur. Née de l'habitude de se vêtir, et des pays froids, 18a, 
est une vertu de convenance ; elle diiTèx'e de la chasteté , 229. 

PuLLElAR, Figure qui représente dans l'Inde la réunion des deux 
sexes, loi et 102. Les sectateurs de Chiven le portent pendu à 
leur cou ou à leurs bras dans une boîte d'argent , loi. Anecdote 
singulière sur le PuUeiar, 102 et io3. 

Puy, ville du Velay. On y révérait saint Foutin, et les femmes 
y raclaient son Phallus pour devenir fécondes, 371. Cérémonie 
singulière pratiquée autrefois dans cette ville, 867. 



QuEîiiPiLi. Château de la ci-devant Bretagne, où se trouve una 
idole féminine dont le sexe est Aoilé par une sorte d'étole, 1Z1. 

Queue d'âne , conservée à Gênes comme une relique , 889 la 
noie. Ce qu'en dit un moine italien, ibid. 

R. 

Raclure du Phallus. Ce remède pris en décoction , est un spéci- 
fique contre la stérilité des femmes, 274? 276, 276 et 277. On ne 
connaissait point, chez les anciens, l'usage de racler les Phallus, 
3 00. 

Ramessourin. Temple très-renommé consacré à Chiven dans 
l'Inde, 106. 

Religieuses. Celles accusées d'impudicités , sont soumises à une 
visite, 3o5. Leur débordement , 38o et 38i. Singulier moyen em- 
ployé par un évêque d'Angleterre , pour s'assurer de leur chas- 
teté, 382. Religieuses de France : leurs débauches, 38a et 383. 
Religieuses infanticides , id. Empoisonnent une abbesse qui vou- 
lait les réformer, 38:^. 
Regnaud (saint). Saint Priapiquc, révéré parles Bourguignons, 276. 

René (saint). Saint Priapique, révéré en Anjou : cérémonies in- 
décentes des femmes stériles, 276. 

Ribauds (roi des), Les filles publiques de Paris, suivant la cour, 
-sont tenues de faire son lit pendant tout le mois de mai, 3 19 

Rivau (du). (Je qu'il fait jKiur donner les innocens , 371. 



DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES, ETC. 4^9 

RoCAMADOUR, ville du Rouergue. Les femmes, pour devenir fé- 
condes, baisent le verrou de la porte de Téglise de ce lieu, et une 
barre de fer appele'e Bracquemart de Rolland^ 286. 

Romaines. Les femmes, pour être rendues fe'condes, se font frap- 
per avec des lanières de peau de bouc , 5o. Placent une couronne 
sur le Phallus, i54. Se mettent en contact avec Pidole appelée 
Mutinus , 160, 161 et 162. Voyez Femmes. 

Romains. Du culte du Phallus chez ce peuple, 149. Leur escla- 
vage pour les superstitions et les prêtres contraste avec leur cou- 
rage, 149 et i5o. Ils introduisent leur culte chez les Gaulois et les 
Germains j les dieux du Capitole sont reçus chez ces peuples , et 
avec eux le dieu Priape, 287 et 238. 

Rome. Le pape Jules II établit dans cette ville un lieu de pros- 
titution^ plusieurs papes, ses successeurs le confirment et font de 
règlemens à ce sujet, 32 1. 

S. 

Sabbat des sorciers, paraît tirer son origine du culte du Bouc 
sacré, 5o et 5i. 

SabÉisme ou culte des astres, 20, 

Saint Nectaire, abbé d'Aurillac. Ses débauches, nom obscène 
du lieu où il les exerce j les peintures lascives qui s'y trouvent , 
35o. La note. 

SaintsdeDieu. Ce que c'est en Turquie. Acte étrange des femmes 
à leur égard, m, la note. Saints à Phallus : voyez les noms des 
saints /*'oufj>î, Guignolé, Giierlichon, ReTié , Regnaiid, Arnaud, 
Cyr, Gilles, Corne et Damien. 

Salomon. Ce roi surpasse en sagesse tous les rois de la terre, 186. 
Il épouse la fille du Pharaon d'Egypte, a commerce avec la reine de 
Saba, a de plus sept cents femmes et trois cents concubines, élève 
des temples à des idoles, 186. 

Samos. Les prostitutions religieuses y sont abolies; par qui,. 
201 . 

Santo Membro (il). Nom que les habitansde Trani donnaient à 
une idole de Priape, 292. 

Satyre, même divinité que Pan, Faune, Sylvain et Priape , 45 
et 46. Groupe de Satyres dans les pompes religieuses de Bacchus 
en Grèce; imlt'cence de leur action, 126, 127 et 128. Satyre, es- 



46o TABLE RAlSOiXNÉE 

pcce de Priape, 409- Groupe du Satyre et de la chèvre du musée 
de Portici , 416. Pareil groupe à Dresde, ^i^. 

Sauvage. L'état de l'homme sauvage est celui des plus ancien- 
nes socie'te's du monde, 288 et 28g. 

Sauveur du mojnde. Titre donné à Priape dans une inscription 
antique, i44, 177 61419. 

Saxons. Ils adorent trois dieux, dontTun est une divinité phal- 
lique, 235. 

Scorpion. Est représenté piquant l'extrémité de la partie géni- 
tale du taureau renversé par Mithra, 85. La note. Il devait piquer 
riiomme placé sur l'extrémité d'un des Phallus d'Hiérapolis si cet 
homme venait à s'endormir, 85. 

Seigneurs , laïcs ou ecclésiastiques. Ils prétendent au droit de 
coucher avec les nouvelles m ariées, 3 1 o . Divers é vénem ens à ce sujet , 
3ii. Plusieurs seigneurs de Gascogne sont réduits à ne mettEC 
qu'une jambe ou une cuisse dans le lit de la nouvelle mariée, 3i3. 
Droit singulier d'un vieux seigneur du Vexin normand, sur le ma- 
riage de ses vassaux, 3i3 et3i4. Droit honteux exigé sur les filles 
publiques, par les seigneurs de Montlucon, 3i4 et 3i5. La note. 

Sémelé, mère de Bacchus. Ce Dieu va la chercher aux enfers, 
129 et i3o. 

SÉNAT des dames romaines. Est établi par Héliogabalc à l'oc- 
casion de la fête du Phallus : droits et privilèges que lui accorda 
cet empereur, i56. 

SÉrapis. On trouve plusieurs ci-oix dans le temple de cette 
divinité, à Alexandrie, 60. 

Serment. Se prononçait en posant la main sur l'organe de la gé- 
nération, 219. C'est ainsi qu'on jurait dès le temps d'Abraham et 
de Jacob j c'est ainsi que jurent encore les Arabes modernes, 319 : 
e-.emple d'un pareil serment, 219 et 220. Les filles violées, dans 
le paj-s de Galles, posaient une main sur les reliques des saints, et 
l'autre sur la partie virile de leurs violateurs en pi'ononçant leur 
serment, 221. 

SÉsoSTRiS, roi d'Egypte. Fait élever des colonnes portant une 
Inscription fastueuse et les marques des deux sexes, 216 et 217. 

Sforce (Catherine ) , princesse de Forli , se découvre devant ses 
sujet? révoltés , ?:i7, L'r note. 



DES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES , ETC. 4^1 

Sicca-Veneria, lieu près de Carthage consacre à Venus cf. aux 
prostitutions religieuses, 193 et 194. 

Silène, nourricier de Bacchus. Etait représente dans les l'êtes 
Dionysiaques monté sur un âne, et à demi-ivre, 127. Son âne 
prend dispute avec Priape sur certaines prétentions, x^j. 

SYLVAIN. Espèce de Priape, 407 et 409. 

SiTA, femme de Wisclmou. Bas-relief qui la représente entou- 
rée de pénitens nus lui ofiVant leur Phalhis, 98. 

Soleil printaunier. Est figuré dans le zodiaque parle taureau et 
le bouc, 21 . Le soleil cliez les anciens était représenté par les divers 
animaux, qui sont les signes du zodiaque, 25. Soleil nommé Bat- 
chus et Osiris chez les Egyptiens, Baal et Beel chez les Ass}'- 
riens , adonis en Phénicie , Atis en Phrygie , Mithra en Perse , 
Apollon en Grèce. Voyez ces différens noms. 

Sorcières. Plusieurs font des amas de PhaQus prétendus vivans : 
conte d'un théologien à ce sujet, 209, et la note. 

Spintriexnes. Nom de pierres gravées représentant des obscéni- 
tés, 418. 

Sphexger, inquisiteur. Contes absurdes et indécens qu'il publie, 
' 209. La note. 

Succoth-Benoth. Lieu consacré aux prostitutions religieuses, le 
même que Sicca-Veneria, 193 et 194. 

Suéde. Manière indécente dont on punissait dans ce royaume 
les adultères, 809. 

SuÈvES. Adorent trois dieux, dont l'un est une divinité phalli- 
que, 235. 

SyrÈnes. Sont représentées à Paris dans une cérémonie publique 
par de belles filles toutes nnes, 323. 

Syrie. Culte du Phallus en ce royaume, 80. V. Hiérapolis. 

T. 

Taly. Joyau que les Indiennes portent à leur cou : on y voit 
quelques hiéroglyphes , et leLingam, 102. Les capucins veulent 
faire quitter cet ornement aux chrétiens de l'Inde : querelle qu'ils 
ont avec les jésuites ; parti moyen que les missionnaires ndoptent 
sur cette matière, 102 et io3. 

Ta:\jore. Pagode de l'inde , 98. La note. 



^62 TABLE RAISON NÉE 

Tapisseries représentant des sujets indecens. Voyez Peintures. 
Targilies. Fêtes grecques où figurait le Phallus, 137. 
Taureau. Signe du zodiaque : à quelle époque le soleil entra 
dans ce signe à l'équinoxe du printemps , 20. Adoré comme soleil 
printannicr, 21, 4^5. Les taureaux, les beerofs et lès Taches jouent 
un grand rôle dans la mythologie , 22 , 23. La note. Le taui-eau 
adore' est nomme Apis, comme le bouc sacre', 25. Les membres de 
cet animal sacre ont été adorés isolément, et appliqués à des bor- 
nes , à des troncs d'arbres, et à des figures humaines, 28 et 29. 
Le volume de la partie sexuelle du taureau Apis détermine son 
élection, 29. Ainsi que certaines taches de sa peau \i. 

Taureau sacré. Culte qu'on lui rendait, 4i- Deuil à sa mort, 
42. Joie lorsqu'on lui donnait un successeur; cérémonies observées 
en cette occasion, ^'x. Les Egyptiennes , pour être rendues fécon- 
des, se découvi'ent devant le taureau Apis, 4^ et 43. Le scorpion 
mord ses parties génitales, 85 et 86. La note. 

Temple. Le taureau Apis en habitait un magnifique à Mem- 
phis , 43. Magnificence de celui d'Hiéi-apolis, 81. Ce qui se prati- 
que dans celui de B élus à Babylone, 204. Richesse de celui du 
dieu Thor à Ubsolol, 236. 

Templiers. Sont accusés d'adorer une figuré appelée mandra- 
gore , 252. 

Tejjtiris ville d'Egypte : bas-relief de son temple, 64. 

Ters. Nom de Priape à Anvers, 281 ; signification de ce mot, i<L 

Thamars. Elle se déguise en prostituée : fornique avec son beau- 
père, et en a deux enfaus, 186. 

Thor. Dieu germain, fils d'Odin, 235. 

Thau. Image de la croix, Sg. 

ThÈbes, ville d'Egypte. Possède un temple dédié à Jupiter, où ce 
Dieu communique avec les femmes qui y couchent, 204. 

Thoth. Colonnes cruciformes chez les Egyptiens, 59. 

T1AZOLTEUTI, Priape des Mexicains, 117. 

Toulouse, ville de France. Une grande abbaye de filles publi- 
ques instituée dans cette ville, est protégée par les rois Charles VI 
etCharles VII, 3i8 et 819. Cette ville eu retire quelque profit, 819. 

Trani. Ville du royaume de Psaples où a été découvert un ta- 
bleau votif représentant Priape avec un triple Phallus, 167. Le 
<^ulte de Priape s'y est conservé jusqu'au t8<" siècle, 392. L'idole 



DES DIVINITÉS GÉIVÉRATRÏGES , ETC. 4^5 

de ce Dieu y était porte'e en procession , id. IXom de cette idole ^_ 
•ig-i. J. Davanzati abolit les cére'monies de ce culte , id. 

TrÉviscarÉ, pagode de l'Inde. Inde'cence des bas-reliefs de cet 
édifice, loo^ et de ceux des chai's qui servent ans pompes re- 
ligieuses dans ces contre'es, loi . 

Trinité des Indiens. Sa figure caractéristique, 97. Description 
du piédestal qui exprime cette trinite', 100. 

ÏRIPHALLUS, ou Phallus triple. Osiris figure dans les processions 
des pamylies avec un triple Phallus, 55 et 56. 'Opinion de quelques 
savans sur les Triphallus, Sg. Priape à Triphallus de'couvert à 
Trani, 167; sur i'amphithe'âtre de Nîmes 5 au pont du Gard, aSg ^ 
et dans les fouilles de la montagne du Châtelet, en Champagne , 
a4i. 

TuTUNUS ou TuTiNUS. Nom du Phallus chez les Romains, 35, 
i58, 159. La note. Voyez Mutinus. 

TypHON, principe du mal, frère d'Osiris. Renferme Osiris dan* 
un coffre et le jette dans le Ml , 65. Retrouve ce coffre, coupe le 
corps en quatorze ou vingt-six parties, et les disperse çà et là, 66. 

U. 

Union monstrueuse des femmes égyptiennes avec les animaux 
sacre's, 46 et 47' Des femmes indiennes avec un Phallus de bois ou 
de fer, 108 et 109. Union indiquée du Sinus-Veneris avec le Muti- 
nus, i56. 



Vas mystique. Il faisait partie de la pompe processionnelle de 
Bacchus, ia6. 

Vases du musée de Portici. Indécences des scènes qu'ils repré- 
sentent, 416. Ces vases étaient des objets religieux, 4^7 ^ trouvés 
dans des tombeaux, id. 

Vesta, endormie, est sur le point d'être violée par Priapê, 140. 

VÉNUS. Ce nom dérive de Succoth-Benoth et de Sicca-p^ene- 
ria, qui était le lieu consacré aux prostitutions religieuses, 193. 
et ^02. Vénus est appelée Mylitta par les Babyloniens, 191 ; et 
Astarté en Phc<nioio, 194. Les jeunes filles de la Grèce redoutent 
sa colère et se so";rr.ettent à son culte, uoi. Cette déesse est figurée 



464 TABLE RAlSOî^lNÉE DES DIVINITÉS , ETC. 

clans une fête publique à Lille par une Flamande chargée d'em- 
bonpoint, 324- 

VÉNUS, mère de Priape. Est trompée par Junon , i3g. Son culte 
iiiconnu chez les Romains du temps des rois, iSa. Est associe' à 
celui du Phallus, i55. Cére'monie où les dames romaines plaçaient 
le Mutinus dans le sein de Ve'nus-Ericie , i54 et i55. Du culte de 
Véuns et autres institutions , etc., i8i . Il a pour objet de favoriser 
la population , 188. 11 ne consistait que dans des pros+itutions reli- 
gieuses, 189 et 190. Ve'nus est adore'esous la forme d'une borne, ou 
d'nne pierre pyramidale indistinctement dans divers lieux , 206. 
Origine de cette divinisation symbolique, 4<^ï- ^^^ culte se main- 
tient en Gi'èce, 201. Pourquoi, id. 

VÉNUS. Indique'e par les prêtres comme une de'esse cruelle qui 
punissait les jeunes filles rebelles à son culte, 4o3. Son culte est 
plus ancien que celui du Phallus ou de Priape, 4o4- 

Vierge sainte. Surnom de Ce'rès, i33. 

ViLLEFRANCHE en Beaujolais. Petite ville où se trouvait des lieux 
de prostitution tenus par les deux sexes, 32 1. Charte de franchise 
d'Edouard II à cet e'gard , ibid. 

Vinaigre (saint). Est produit parle vin dont les femmes d'Em- 
brun arrosaient le Phallus de saint Foutin, 269. 

Virginité. Les filles et les jeunes mariées de l'Inde sacrifient 
leur virginité au Lingam 108. Les Romaines en offrent, par un 
certain contact, les pre'mices à Mutinus , 160 et 161. Elle est un 
opprobre pour les filles nubiles, chez les He'breux , 187. Les filles 
de l'Inde croient ne pouvoir aller en paradis avec leur virginité' , 
188. Les filles, prêtes à e'pouser, de'posaient sur l'autel de saint 
Foutin leur robe de virginité, 273. 

Voltaire : son opinion sur les prostitutions religieuses , 21 5 la 
noie. Censure de cette opinion , id. 

Walpurge (sainte) d'Anvers, origine de cette prétendue 
sainte ; signification de ce nom , 281 et 282. Opinion de Goropius à 
ce sujet, id. 

z. 

Zodiaque. Les signes du taureau et du bouc, ou le chevrier , 
se trouvent dans la même division zodiacale , 23, 24, 4^7 • 

FIN DE LA TABLE RAISONNÉE. 




m